290,4 – Autres

– Ex-ister, l’Être ne peut trouver une issue que vers un autre que lui-même.

– « Ce n’est qu’à la condition de la conversion de la pensée vers cette source étrangère, qui est l’extériorité  même, comme le découvrira Emamnuel Lévinas, que l’homme peut échapper à la barbarie latente de la Caverne (celle de Platon). » (Jean-François Mattéi)

– L’accueil de l’Autre qui reposerait sur le reniement de soi ou, à l’inverse, l’absorption de l’Autre qui disparaîtrait en nous et nous laisserait à notre solitude serait dans les deux cas un marché de dupes. Bien plutôt, compréhension que l’Autre est l’Autre et qu’il faut aller vers lui, l’écouter, lui parler, tout en veillant à se tenir à la juste distance.

– La légende de Narcisse raconte qu’il s’est noyé en se mirant dans l’étang où il avait l’habitude de se contempler et dans lequel il a fini par tomber. Son sens signifie que c’est démesure et tentative d’échapper à la condition humaine que d’essayer de se suffire à soi-même ; que la contemplation de soi n’apporte rien, rien d’autre que soi-même, rien qu’on ne sache et à son aboutissement rien que la constatation désespérante du vide et de la solitude. « Narcisse, c’est quelqu’un qui n’a d’autre vis-à-vis que lui-même, qui donc ne peut pas agir par rapport à, ou se référer à un dehors de lui-même, et qui se noie en lui-même … parce qu’il ne perçoit plus rien qui le dépasse ou le transcende. » (Robert Castel) – « Vivre et mourir devant un miroir. » (Baudelaire – sur le dandy)

– Un son un peu différent chez Clément Rosset : « L’image, ici, tue le modèle. C’est au fond l’erreur mortelle du narcissisme que de vouloir non pas s’aimer soi-même avec excès, mais, tout au contraire, au moment de choisir entre soi-même et son double, de donner la préférence à l’image. Le narcissique souffre de ne pas s’aimer ; il n’aime que sa représentation. S’aimer d’amour vrai implique une indifférence à ses propres copies, telles qu’elles peuvent apparaître à autrui et, par le biais d’autrui, si j’y porte trop attention … Tel est le misérable secret de Narcisse : une attention exagérée à l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi il est incapable d’aimer personne, ni l’autre ni lui-même. » (Clément Rosset)

– Sans présence de l’Autre, et même confrontation : pas de reconnaissance de soi-même, pas d’estime de soi, entre autres absences…

– « Pas de ‘je’ sans ‘tu’. » (Emile Benveniste)

 ——————————————————————————————————————————-

« C’est la présence des autres, voyant ce que nous voyons, entendant ce que nous entendons, qui nous assure de la réalité du monde et de nous-mêmes. » (Hannah Arendt)

« L’autre, celui qui n’est ni semblable à moi, ni différent de moi, et qui est donc lié moi. » (Marc Augé)

 « Les autres existent, je les ai rencontrés. Au bistrot. » (Marc Augé – Eloge du bistrot parisien)

« L’alliance admet difficilement le sacrifice de la moindre partie de soi … L’union de deux personnes qui se considèrent moins comme les moitiés d’une belle unité que comme deux ensembles autonomes a succédé à a notion transcendante du couple … L’Autre a un prix à ne pas dépasser. Il est désiré s’il enrichit notre être, rejeté s’il lui demande des sacrifices … Le Moi est devenu notre bien le plus précieux, il devient notre préoccupation centrale  … Jadis il fallait à tout prix donner le sentiment que l’Autre était plus important que le Moi … Le stoïcisme n’est plus de ce monde, la nécessité n’est plus vertu … Un manquement prolongé à la règle de réciprocité est toujours vécu, en fin de ‘compte’, comme une injustice, une preuve d’indifférence ou un manque de considération. » (Elisabeth Badinter – L’Un est l’Autre – considérations éparses sur le couple)

« Le seul fait de la non programmation suffirait à justifier la place essentielle des autres dans le dispositif humain. Une espèce à nature virtuelle et à actualisation culturelle doit être la plus grégaire de toutes, car, seul et sans les autres, l’individu ne peut pas s’humaniser. La grégarité humaine est décisive … L’individu ne peut devenir humain qu’en compagnie d’autres individus attelés à la même entreprise. » (Jean Baechler)

« Nous sommes habitués à juger les autres d’après nous, et si nous les absolvons complaisamment de nos défauts, nous les condamnons sévèrement de ne pas avoir nos qualités. » (Balzac)

« Phénomène de ‘triangulation’. Tout se passe dans certains rapports sociaux ou interindividuels, comme si la relation directe et nue entre individus ou groupes était impossible ou insoutenable, et comme si elle ne pouvait s’établir qu’en présence d’un tiers médiatisant la relation. La nature de ce tiers étant infiniment variée : un autre individu ou groupe que ceux qui sont primitivement en rapport, un objet ou une pratique (moto, cheval, sport…), une institution (l’hôpital entre personnel et malades), la représentation symbolique de l’individu ou du groupe … Réduction ou dédoublement de la personnalité au rôle social (enseignant face à parent d’élève, fonctionnaire face à administré, journaliste face à enquêté…). » (Yves Barel) – Tendance exprimée, renforcée, par la multiplication stupide, démagogique et déresponsabilisante des fameux médiateurs.

« Il ne fallait pas que l’on m’approche de trop près, je l’aurais vécu comme une intrusion intolérable. » (Lytta Basset)

« L’autre est ce qui me permet de ne pas me répéter à l’infini. » (Jean Baudrillard)

« Y a-t-il encore une forme de l’Autre comme destin, et non comme partenaire psychologique ou social de complaisance ? » (Jean Baudrillard)

« L’autre n’est plus fait pour être exterminé, haï, rejeté, séduit, il est fait pour être compris, choyé, reconnu. Après les Droits de l’homme, il faudrait instituer les Droits de l’Autre. C’est déjà fait d’ailleurs : c’est le Droit universel à la différence. Orgie de compréhension politique et psychologique de l’autre, résurrection de l’autre là où il n’y en a plus. Là où était l’Autre est advenu le Même. » (Jean Baudrillard)

« Il appartenait à notre époque de vouloir exorciser ce fantasme comme les autres (celui du double qui reste immatériel), c’est-à-dire de le matérialiser en chair et en os et, par un contresens total, de changer le jeu du double en l’éternité du même ; les clones. » (Jean Baudrillard)

« Ne pas chercher à s’abolir devant l’autre. C’est la tentation d’Isabelle Eberhardt (femme de lettres russo-suisse) : forme fusionnelle, confusion mystique. Elle répond à l’interrogation : comment peut-on être arabe, en devenant arabe, en reniant sa propre étrangeté. Elle ne peut qu’en mourir. Et c’est un arabe qui la précipite dans les flots, pour anéantir cette apostasie. Rimbaud, lui, ne fusionne jamais. Son étrangeté, sa propre culture est trop grande, il n’a pas besoin de diversion mystique. » (Jean Baudrillard)

« Un étrange orgueil nous pousse non seulement à posséder l’autre, mais à forcer son secret, non seulement à lui être cher, mais à lui être fatal. Jouer dans la vie de l’autre le rôle de l’éminence grise. » (Jean Baudrillard)

« Nous sommes dans une orgie de découverte, d’exploration, d’invention  de l’Autre. Une orgie de différences … Finie l’altérité brute, l’altérité dure, celle de la race, de la folie, de la misère, de la mort. L’altérité, comme tout le reste, est tombée sous la loi du marché, de l’offre et de la demande. Elle est devenue denrée rare. » (Jean Baudrillard)

« Les Américains sont des convertis de leur mode de vie qu’ils projettent triomphalement sur le monde. Ils ne peuvent pas imaginer l’Autre, ce à quoi ils font la guerre c’est l’altérité de l’autre. »(Jean Baudrillard)

« L’Autre radical est insupportable, on ne peut pas l’exterminer, mais on ne peut pas l’accepter. Il faut donc promouvoir l’autre négociable, l’autre de la différence. Ici commence une forme d’extermination plus subtile, où entrent en jeu toutes les vertus humanistes de la modernité. » (Jean Baudrillard)

« En éliminant l’autre sous toutes ses formes (maladie, mort, négativité, violence, étrangeté) sans compter les différences de race et de langue, en éliminant toute singularité pour faire rayonner une positivité totale, nous sommes en train de nous éliminer nous-mêmes. Nous nous sommes battus contre la négativité et la mort, en extirpant le mal sous toutes ses formes. En éliminant le travail du négatif, nous avons déchaîné la positivité, et c’est elle aujourd’hui qui est devenue meurtrière. » (Jean Baudrillard)

« La pire déficience mentale, c’est l’incapacité de concevoir les autres comme différents de soi. » (Alain de Benoist)

« Les autres ? Hélas c’est nous. » (Georges Bernanos)

« Une connaissance parfaite des uns et des autres ne peut s’obtenir en cette vie ; peut-être même ne devons nous pas la désirer … La connaissance pourrait desservir l’amour ; car qui peut se flatter de l’absolue netteté de son cœur ? Ce serait bientôt, et pour celui qui serait connu la confusion, et pour celui qui le connaîtrait une désagréable surprise. Il n’y aura de bonheur à se connaître que là où il n’y aura plus de souillures. » (saint Bernard) 

« L’autre, parfois, n’a pas le droit de changer. ‘Je le connais comme ma poche’ … Donner à l’autre le droit d’être autre. » (Marie-Claire Berthelin)

« La sympathie est l’acte par lequel je cesse de me centrer en moi-même pour me tourner vers l’autre. Mais pour que l’autre puisse me toucher, il ne faut pas que je me confonde avec lui : il faut que subsiste un espace entre nous. C’est alors seulement qu’il peut y avoir partage, sentiment éprouvé en commun. » (Antonia Birnbaum – commentant Max Scheler)

« Se créer c’est d’abord copier, à chacune de mes pensées, à chacun de mes gestes, j’expérimente l’empreinte d’autrui en moi. » (Pascal Bruckner)

« Campagnes sirupeuses sur l’acceptation de ‘l’autre’, alors que la nouvelle classe supérieure a rejeté depuis bien longtemps cet ‘autre’ en très grande banlieue. » (Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin) – Et ne cesse de cracher sur les petits par tous ses média asservis.

« L’apparente incapacité de se constituer soi sans exclure l’autre et l’apparente incapacité d’exclure l’autre sans le dévaloriser et, finalement, le haïr … L’infériorité des autres n’est que l’autre face de l’affirmation de la ‘vérité’ des institutions (dieux, croyances, coutumes…) de la société-Ego … Si j’affirme la valeur de A, je dois aussi affirmer la non-valeur de non-A. » (Cornelius Castoriadis – sur le racisme) – Non, pas forcément, c’est au contraire parce que je suis assez fier pour affirmer ma valeur que je peux reconnaître celle d’autrui. Si la démocratie était aussi fière d’elle-même qu’elle le claironne elle ne nierait pas violemment ce qui ne relève pas d’elle, et s’abstiendrait de tout impérialisme insidieux et souvent brutal. On en est fort loin.

« La vigne de chacun est si étroitement unie à celle du prochain, que l’on ne peut cultiver ou ravager l’une sans l’autre. » (sainte Catherine de Sienne)

«Voilà bien l’ennui et l’engluement : l’existence de l’Autre et les problèmes que cet Autre pose à votre liberté. » (Jean Cau)

« C’est assez doux de se dire que les autres n’ont pas réussi à vous modifier. » (Didier van Cauwelaert)

« Les autres sont nos voyages. » (Père Michel de Certeau)

« Il faut un ‘dehors’ pour qu’existe un ‘entre nous’. » (Père Michel de Certeau)

« Ce qu’il y a de plus incommunicable, et donc de plus précieux, en chaque être,, est ce qui le fait un même avec tous les autres. C’est par suite en coïncidant avec tous les autres que nous trouverons le centre de nous-mêmes. » (Père Teilhard de Chardin)  

    Les autres nous semblent toujours plus heureux que nous, et pourtant ce    qu’il y a d’étrange, c’est que l’homme qui changerait volontiers sa position    ne consentirait presque jamais à changer sa personne. Il voudrait bien peut- être se rajeunir un peu … Quant à son esprit, il n’en altérerait pas la    moindre parcelle; nous nous habituons à nous-mêmes et nous tenons à notre  vieille société. » (Chateaubriand)

« Si on pouvait se voir avec les yeux des autres on disparaîtrait sur-le-champ. » (Emil Cioran)

« Être objectif, c’est traiter l’autre comme on traite un objet, un macchabée, c’est se comporter à son égard en croque-mort. » (Emil Cioran)

« Le paradoxe de la condition humaine c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres. » (Boris Cyrulnik)

« Plus nous pénétrons profondément dans le système d’actions, de motifs et de caractères qui est l’objet de notre expérience vécue, plus la possibilité d’une éthique semble reculer devant nous. Ce n’est que pour nous-même que nous disposons d’une expérience de première main ; en ce qui concerne les autres individualités, nous découvrons leur vie intérieure à la lumière de l’analogie … Même pour des actions présentes, l’impulsion consciente n’est pas toujours celle qui est réellement efficace. Ici également, comme dans la vie, les forces les plus efficaces aiment demeurer à l’arrière-plan. Les connexions entre caractère, motif et action ne sont lumineuses que dans les personnages poétiques ; dans la vie réelle elles échappent à notre intuition. » (Wilhelm Dilthey – Le monde de l’esprit)

« Le détour par l’autre nous donne un accès renouvelé à nous-même. » (Roger-Pol Droit)

« Encore faut-il apprendre, pour aller vers l’autre, à être seul. » (Nathanaël Dupré La Tour)

« Les hommes, à la différence des boules de billard, se forment et se transforment dans la relation  des uns avec les autres. » (Norbert Elias)

« Le maître d’un homme c’est celui qui a puissance sur ce que veut ou ne veut pas cet homme pour le lui donner ou le lui ôter. Que celui donc qui veut être libre, n’ait ni attrait ni répulsion pour rien de ce qui dépend des autres ; sinon, il sera fatalement malheureux. » (Epictète)

« C’est l’Autre qui sauve. Le salut n’est pas dans la recherche de la plénitude de soi, ni dans la conquête du vide de cette plénitude. Car en ces recherches et en ces conquêtes n’est jamais vu‚ que le ‘même’. » (Père Gérard Eschbach – évoquant Jean Tauler))

« La dialectique au sens moderne du mot signifie conquête de positivité à travers la négativité … L’homme n’est chez soi qu’en chemin. L’homme, fondamentalement lutteur, ne trouve sa plénitude qu’à travers les affrontements … c’est en rupture plus qu’en continuité que l’homme avance vers sa vérité profonde qui est en avant de soi, dans son propre dépassement. Route à parcourir, distance à franchir, différence à traverser … Si le ‘même’ n’est pas éclaté par ‘l’autre’, il ne reste que lui-même et jamais rien d’autre ne sera. La traversée de la différence est accroissement. L’affrontement d’altérité enrichit. » (Père Gérard Eschbach)

« C’est d’autrui que l’homme apprend tout ce qu’il sait. »  (Euripide) 

« Aimer les autres comme soi-même. » (Evangiles) – Implique d’abord de s’aimer soi-même.

« On est bien à l’étroit quand on se renferme au-dedans de soi-même. » (Fénelon)

« L’homme ne devient homme que parmi les hommes. » (Fichte)

« ‘Pour la première fois (dans l’histoire) l’homme affronte l’homme sans être protégé par des différences de situation et de condition’.  L’homme émancipé de sa condition est plus difficile à affronter que l’homme qui se définit par elle. Pourquoi ?  Parce qu’il a soudain un visage, et moi, par là même, une responsabilité. Mon semblable est mon frère ; il m’incombe, dés lors que rien ne me protège contre son humanité.» (Alain Finkielkraut – citant Hannah Arendt)

«’La relation sociale est le miracle de la sortie de soi’ et n’oscille que secondairement entre les deux pôles de l’harmonie et de la guerre. Avant d’être la puissance aliénante qui menace, qui agresse ou qui envoûte le moi, autrui est la puissance éminente qui brise l’enchaînement du moi à lui-même, qui  désencombre, désennuie, désoccupe le moi de soi, et délivre ainsi l’existant du poids de sa propre existence. »» (Alain Finkielkraut – citant Emmanuel Lévinas)

« La femme aimée ne lui appartient pas, elle le fuit même au moment de l’extase. » (Alain Finkielkraut) – L’épreuve de l’irréductible – « La dualité insurmontable des êtres. » (Emmanuel Lévinas)

« On ne se rencontre qu’en se heurtant, et chacun, portant dans ses mains ses entrailles déchirées, accuse l’autre qui ramasse les siennes. » (Gustave Flaubert)

« La socialisation : le processus par lequel on apprend à se regarder comme un parmi d’autres … S’il est un trait caractéristique de la personnalité ultracontemporaine, c’est précisément l’adhérence à soi … Le narcissisme… Le premier individu à pouvoir se permettre d’ignorer qu’il est en société … déconnecté  symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l’individu pour lequel il n’y a plus de sens à se placer du point de vue de l’ensemble … Nul besoin de se posséder en conscience dés lors qu’on sait se couler … dans l’univers des réseaux. » (Marcel Gauchet)

« Cette fosse commune de la vie qu’est la promiscuité. » (Jean Giraudoux)

« Comment peut-on reconnaître ‘l’altérité’ et s’ouvrir à l’autre si l’on évite soigneusement toute affirmation consistante, toute conviction sensée, et si l’on ne dit rien du contenu de cette ‘altérité’ ? … Ce respect programmé de l’autre signifie en fait une manière élégante d’éviter la rencontre et le dialogue avec lui. En voulant à tout prix éviter le choc des cultures, la tentation du repli et de la fermeture, on en vient à esquiver toute confrontation sur les contenus. La rencontre se doit d’être obligatoirement souriante et bon enfant, et les fêtes en tout genre sont censées manifester un brassage des sensibilités, symbole d’une nouvelle culture universelle réduite à quelques clichés et bons sentiments » (Jean-Pierre Le Goff) – Ce qui explique la gigantesque vacuité de nos relations sociales. Relativisme et multiculturalisme.

Paradoxe : « Plus un homme est occupé de soi, plus il est préoccupé des autres. Plus il est envahi par son égo, plus il est obsédé par les autres … A l’inverse, ce qui me libère de mon moi m’a du même coup délivré de tous les autres. Insoucieux de moi-même, me voici aussi libre de toute complaisance que de toute compromission. Si peu que rien, j’en suis invulnérable et presque inaccessible. » (Nicolas Grimaldi)

« Le malentendu est presque aussi constitutif qu’insurmontable chacun doit d’attendre à être vu autrement qu’il se croit paraître. » (Nicolas Grimaldi)

« Se soucierait-on d’occuper les autres de notre personne si nous n’étions si obstinément occupés d’eux ?  Voudrait-on jamais leur en imposer s’ils ne nous importaient ?  Nous n’avons donc pas notre être en nous-mêmes mais hors de nous … ce qui rend si énigmatique le sens de notre existence : nous avons notre identité dans notre altérité. » (Nicolas Grimaldi)

« Par une sorte de manichéisme inversé, certains en sont venus à penser que l’autre avait toujours raison. » (André Grjebine – cité par Ivan Rioufol) – A condition bien sûr qu’il renforce la doxa masochiste officielle.

« Les moyens de communication et les industries de l’imaginaire ont peut-être fait de la terre un village global, mais pour chaque habitant l’autre est devenu plus ou moins une fiction. Chacun communique certes, mais surtout sur un registre de simulation même quand la rencontre a lieu. L’autre réel est prudemment tenu à distance, voire nié. Les média sont les moyens de cette solitude construite à partir d’un Autre fictif. » (Marc Guillaume)

 « Le clonage met fin à la fameuse incomplétude de l’être humain qui, jusqu’à nouvel ordre, a besoin d’un autre que soi, c’est-à-dire d’une rencontre, pour se perpétuer … L’effacement de la parenté est avéré … L’inceste absolu…. » (Jean-Claude Guillebaud)

« L’identité est construite grâce à l’identification. Le soi est tissé d’autres. » (Nancy Huston) 

« Nos petites et grandes lâchetés accumulées jour après jour constituent peut-être le réservoir qui nous permet de comprendre autrui et de lui témoigner cette indulgence que nous nous refusons. » (Roland Jaccard)  

« Pour se préserver de l’autre, il n’y a toujours pas de préservatif efficace. » (Alexandre Jardin)

« Nous passons une moitié de la vie à aimer les autres et l’autre moitié à en médire. » (Joseph Joubert)

« ‘Les premiers jours à l’école, comme les premiers jours à l’armée, se passent en efforts frénétiques pour découvrir ce que l’on est censé faire’ … L’homme se trouve de la même manière dans un labyrinthe quand il entre dans une profession, est recruté dans une firme, est reçu dans un corps, prend une situation, est admis dans un club ou dans un cercle … Chaque homme commence à agir à l’intérieur d’un milieu bien établi, où il se trouve face à des prédécesseurs et où il rencontre un ensemble de manières et de relations arrêtées … On s’attend à ce que l’individu entrant dans un nouveau cercle résolve de lui-même le problème de son adaptation, opération de longue haleine, qu’il manque souvent de parfaire avec succès … Le pouvoir capital sur sa vie, ce sont  les ‘Autres’ … Le monde des ‘Autres’ est déconcertant pour le nouveau par son caractère de totale non-familiarité … Il ne dispose pas de précédents pour tirer des conclusions de comportement, de clef adaptée pour déchiffrer les messages … L’Ego rétracté occupera le moins de place possible afin de réduire sa surface de contact – L’Ego conformiste s’emboîtera sans difficultés – L’Ego opportuniste tirera avantage de toute fissure et se répandra par infiltration et contorsion – L’Ego solide campera sur sa forme rigide, quitte à se heurter – L’Ego impérieux entreprendra de modifier le milieu … Tout milieu social a son système de prix à payer … dans la monnaie qui a cours dans ce milieu … Les hommes acceptent de très bon cœur les supériorités de situation acquises en payant un prix qu’ils ne peuvent pas payer, dans le cadre d’un système de prix qui a leur aveu. Mais, au contraire, le ressentiment causé par une situation supérieure est tout naturel chez un sujet qui conteste la validité du système de classement régnant, si, notamment, le milieu méprise le genre de talent qu’il possède. » (Bertrand de Jouvenel – citant C. S. Lewis) – Déclassement classique, douloureux et risqué, par changement brutal de milieu, qu’il soit supérieur ou inférieur…

« Pour le chrétien, la réalité première n’est pas la substance, mais la personne, qui n’est concevable que dans l’échange désintéressé du don et du recevoir. » (cardinal Walter Kasper)

« Quand on est soi-même en étant en Celui qui est en et pour lui-même, on peut être en et pour autrui, mais l’on ne peut être soi quand on est uniquement pour les autres. » (Kierkegaard)

« C’est d’abord dans l’autre que le sujet s’identifie. » (Jaques Lacan)

« C’est le regard de l’autre qui me constitue. » (Jacques Lacan)

« Lorsque deux personnes sont en relation, le comportement de chacune à l’égard de l’autre est modifié par le comportement de l’autre, de même que l’expérience de chacune est modifiée par le comportement de l’autre. »  (? – cité par Ronald Laing)

« La passion de ‘l’autre’ est devenue l’autre nom du mépris du peuple. » (Julien Landfried)

« C’est la puissance d’accueil qui est en moi qui fait que les autres m’accueillent. » (Louis Lavelle)

« Je ne commence à intéresser autrui que lorsqu’il sent en moi un parfait désintéressement, une indifférence à le convaincre. » (Louis Lavelle)

« Le plus grand bien que nous pouvons faire aux autres hommes n’est pas de leur communiquer notre richesse, mais de leur découvrir la leur. » (Louis Lavelle)

« Le malentendu qui règne entre les hommes provient toujours de la perspective différente selon laquelle chacun se regarde et regarde autrui. Car il ne voit en lui que ses puissances et ne voit dans un autre que ses actions. Et le crédit qu’il se donne, il le lui refuse. » (Louis Lavelle) – Puissances : potentialités…

« La révélation de ‘l’autre que moi’, c’est celle de l’univers sans moi, qui peut encore subsister et m’exclure. » (Louis Lavelle) – L’angoisse suprême.

« Ne rien recevoir d’autrui sinon ce qui est en moi, comme si, de toute éternité, je possédais ce qui nous vient du dehors. » (Emmanuel Levinas) 

« Autrui est visage … Le visage signifie l’infini … Il est ce qui m’interdit de tuer. » (Emmanuel Levinas)

« Le terme de transcendance signifie qu’on ne peut penser Dieu et l’être ensemble. De même, dans la relation interpersonnelle, il ne s’agit pas de penser ensemble moi et l’autre. La véritable union ou le véritable ensemble n’est pas un ensemble de synthèse mais un ensemble de face à face. » (Emmanuel Levinas)

« Le mouvement démocratique dissout les repères traditionnels de l’autre, le vide de toute dissemblance substantielle en posant une identité entre les individus, quelles que soient par ailleurs leurs différences apparentes. » (Gilles Lipovetsky)

« En parlant des ‘autres’ il ne faut jamais perdre de vue que nous-mêmes, qui que nous soyons, où que nous soyons, nous sommes aussi ‘les autres’ pour tous les autres. » (Amin Maalouf)

« Platon appelait la matière ‘l’autre’ … J’aimerais mieux donner ce nom par excellence à la bête qui est jointe à notre âme … C’est réellement cette substance qui est ‘l’autre’, et qui nous lutine d’une manière si étrange … Si l’homme est double, c’est parce qu’il est composé d’une âme et d’un corps ; et l’on accuse ce corps de je ne sais combien de choses, mais bien mal à propos puisqu’il est aussi incapable de sentir que de penser. C’est à la bête qu’il faut s’en prendre, à cet être sensible, parfaitement distinct de l’âme, véritable ‘individu’, qui a son existence séparée, ses goûts, ses inclinations, sa volonté, et qui n’est au-dessus des autres animaux que parce qu’il est mieux élevé et pourvu d’organes plus parfaits. »  (Xavier de Maistre – Voyage autour de ma chambre) « Cet autre qui conduit le voyageur où il ne veut pas aller … Cet autre qui nous tient à la gorge par toutes les facilités matérielles de notre nature, qui nous tire vers la terre par toutes nos infirmités, et qui fait que le poète le plus superbe de la création s’enrhumera vulgairement s’il s’avise par une nuit d’hiver, de sortir tête nue pour contempler les étoiles. » (Jules Claretie)  – « ‘Nous sommes terre et ciel, nuages et poussière, ni anges ni bêtes, mais un produit de la bête et de l’ange, avec quelque chose de plus intense dans la pensée de l’un et dans l’instinct de l’autre. » (Georges Sand)

« Il vaut mieux s’approcher des autres lentement. Si on va trop vite, on risque la collision ou le naufrage … comme en mer …L’écueil qu’on ne voit pas et qui n’est pas marqué sur la carte, celui qu’on découvre trop tard. » (Henning Mankell)

« Exister c’est coexister. » (Gabriel Marcel)

« Ce que je suis, ou plutôt qui je suis, se définit par ce qui m’advient, donc par l’autre que moi. » (Jean-Luc Marion)

« L’objet se regarde, mais ne nous renvoie que notre propre regard, comme un miroir … Autrui, au contraire modifie de fond en comble les règles d’exercice du regard : lui, et lui seul oppose un regard à mon regard ; il ne reflète plus passivement mon regard … Il répond à mon regard par un autre regard, pas par un reflet du mien … ‘Pourquoi est-ce lui (ou elle) dont le regard pèse sur moi’ (naissance de la vie amoureuse) … La plupart du temps, je ne vois ni m’expose aux visages, m’en tenant aux simples rapports fonctionnels, ‘je les croise’, ce qui signifie les voir comme de simples objets (qu’ils ne sont cependant pas) … Ou bien je refuse le contre-regard d’autrui et le maintiens ainsi au rang d’un objet ou bien j’accepte le visage d’autrui donc qu’il y ait un autrui et que son contre-regard vaille autant que mon regard … L’amitié, l’amour le plus charnel ou le plus sentimental, le désir le plus brutal, comme la bienveillance la plus désintéressée et la charité la plus parfaite ne se jouent que sur ce seul jeu. Seul ce jeu peut transformer un objet en un autrui … l’amour d’autrui répète la création, par le même retrait où Dieu ouvre à ce qui n’est pas le droit d’être et même de le refuser … La réciprocité indique que le contre-regard, concédé gratuitement à autrui, n’en constitue pas moins la condition de possibilité de mon propre regard. » (Jean-Luc Marion)

« La véritable richesse de l’individu dépend entièrement de la richesse des relations réelles où il est impliqué. » (Karl Marx)

« Il disait qu’on ne sait jamais rien de personne, qu’on ne veut rien savoir, qu’on meurt bien plus de cette ignorance que de sa propre mort … Qu’on n’a pas besoin d’en savoir davantage sur les autres, qu’on les connaît bien assez, qu’on en sait même toujours trop et que cette connaissance là n’est pas bien fameuse. » (Richard Millet)

« Il faut frotter sa cervelle à celle des autres. » (Montaigne)

« Quittez avec les autres voluptez celle qui vient de l’approbation d’autruy. » (Montaigne)

« ‘L’avec’ est une détermination fondamentale de l’être. L’existence est essentiellement co-existence … Être-avec, ou s’exposer les uns aux autres, les uns par les autres : rien à voir avec une ‘société du spectacle’. » (Jean-Luc Nancy)

« Il n’y a de ‘soi’ qu’en raison d’un ‘avec’, qui, en vérité, le structure. » (Jean-Luc Nancy)

« L’expression, ‘les gens’ ne recouvre pas exactement le ‘on’ … L’exception ou la distinction dans laquelle ‘je’ me retranche en disant ‘les gens’. Et c’est sans doute pourquoi les gens suscitent si souvent le jugement, ‘les gens sont bizarres’ ou ‘les gens sont incroyables’ … Tendance à ériger en norme nos propres ‘habitus’… » (Jean-Luc Nancy)

« En amour, comme à la guerre, pour en finir il faut se voir de près. » (Napoléon Bonaparte) – C’est encore vrai, majoritairement et très provisoirement en amour. Plus du tout à la guerre ; Napoléon ignorait les pilotes de bombardiers et plus encore les pilotes de drones situés dans des bureaux à des milliers de Kms.

« Comment inventer cet Autre acceptable avec lequel la convivialité serait possible, alors que tous nos repères sont en train de se métamorphoser : l’Etat-nation, la famille, le voisinage, les liens professionnels ? » (Joanna Nowicki)

« L’estime suppose la distance, autrement dit la possibilité même de l’altérité. » (Paul-François Paoli)

« Les hommes les plus estimables ne sont-ils pas justement ceux qui se sont donnés pour tâche de se montrer dignes d’un Autre (Divinité, Maître, Proches, voire un idéal…). Dés lors que cet Autre a disparu de son horizon, l’homme n’a plus besoin de s’efforcer à la dignité puisqu’il ne se sent plus exposé au jugement. Un monde que ne surplombe plus le regard d’aucun Autre est un im-monde. » (Paul-François Paoli)

« Avec les autres, même avec une seule personne … il faut toujours vivre comme si nous commencions à ce moment-là et devions finir un instant plus tard. » (Cesare Pavese) – Tout entier alors, tout entier à eux.

« L’homme est l’être qui ne peur sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment. » (Marcel Proust)

« L’enfer ce n’est pas les autres, c’est l’avalanche des autres. » (Olivier Rey – Question de taille)

« Le grand problème américain est devenu ‘les autres’. La vie contemporaine, par la multiplicité des choix qu’elle propose, a donné naissance à des formes d’anxiété plus nombreuses et plus subtiles, mais a  aussi ouvert l’accès à des possibilités beaucoup plus vastes que par le passé. » (David Riesman – cité par Alain Ehrenberg)

« On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres. »(La Rochefoucauld)

« S’il y a besoin d’un nous pour être soi, construction de soi et construction d’un monde commun vont de pair. » (Pierre Rosanvallon)

« Tous ceux qui, doutant d’eux-mêmes, entreprennent de chercher le salut dans un ‘modèle’ : ‘autre’ magique dont j’espère qu’il me fera échapper à mon sort, alors qu’il m’enferme inexorablement en moi-même. » (Clément Rosset)

« Le narcissique souffre de ne pas s’aimer : il n’aime que sa représentation. S’aimer d’amour vrai implique une indifférence à ses propres copies, telles qu’elles peuvent apparaître à autrui … le misérable secret de Narcisse, une attention exagérée à l’autre. » (Clément Rosset)

« La reconnaissance est bien un devoir qu’il faut rendre, mais non pas un droit qu’on puisse exiger. » (J. J. Rousseau) – Au sens, reconnaissance de l’existence distincte de l’autre.

« L’histoire du discours sur l’autre est accablante. De tout temps les hommes ont cru qu’ils étaient mieux que leurs voisins ; seules ont changé les tares qu’ils imputaient à ceux-ci  … D’une part, on considère son propre cadre de référence comme étant unique, ou tout au moins comme normal ; de l’autre, on constate que les autres, par rapport à ce cadre, nous sont inférieurs … Ce qu’on refuse à l’Autre c’est d’être différent : ni inférieur, ni (même) supérieur, mais autre, justement … On le juge, dans le meilleur des cas, par les critères qu’on s’applique à soi-même. » (Edward W. Said)

« C’est en fréquentant les autres que l’on apprend à se connaître soi-même, et réciproquement. » (Louis Scutenaire)

« La pluie ne tombe pas pour soi, le soleil pour soi ne luit ;

« Toi aussi pour les autres es créé, et non pour toi. » (Angelus Silesius)

« Nous ressentons l’autre, le toi,  comme la créature à la fois la plus lointaine et impénétrable et la plus proche et familière. En effet, d’une part, je suis obligé de lui prêter un être-pour-soi que je ne ressens que pour mon propre moi, par opposition à tous les objets proprement dits, d’autre part, le toi doué d’une âme est notre seul pair dans le cosmos, le seul être avec lequel nous partageons une compréhension mutuelle et pouvons nous sentir ‘un’ comme avec rien d’autre. » (Georg Simmel)

« La métaphore du « pont et de la porte » (selon Georg Simmel) – L’un qui relie, l’autre qui ferme.

« L’Autre est la frontière que la vie a dressée devant toi afin que tu ne sois point perverti par ta toute puissance … La part qui ne se laisse ni dominer ni annexer, qui jusqu’au bout te tiendra tête. L’énigme qu’est l’autre recule comme l’horizon à chaque pas que tu fais vers lui. » (Christiane Singer)

« Ce sont toutes les rencontres d’une vie qui nous font peu à peu advenir. » (Christiane Singer)

« L’œuvre qui t’est confiée n’est pas l’autre, c’est toi. » (Christiane Singer) – S’occuper d’abord de soi-même, puis de ses propres affaires

« Les gens n’entretiennent plus des ‘relations’ les uns avec les autres, mais procèdent à des ‘transactions’. » (George Soros – cité par Richard Sennett)

« Le souci de l’altérité, qui s’affirme si fortement dans la philosophie contemporaine, tend ainsi à prendre la forme d’une ‘religion de l’autre’. » (Monique Canto-Sperber – citant Luc Ferry)

« On n’est un moi que parmi d’autres ‘moi’. On ne peut jamais décrire un moi sans se référer à ceux qui l’entourent. » (Charles Taylor)

 « Nous avons besoin des autres pour nous accomplir mais pas pour nous définir. » (Charles Taylor – pensant surtout par rapport aux parents)

« La découverte de l’autre est amère à l’idolâtrie narcissique. » (Gustave Thibon)

« Contrairement à l’opinion admise, nous estimons le prochain plus que nous- mêmes puisque nous lui demandons d’incarner les vertus dont nous nous contentons de mimer l’apparence – puisque nous lui pardonnons si mal de ne pas valoir mieux que nous. Pas de plus haut signe d’estime que le manque d’indulgence. » (Gustave Thibon)

« Le propre de l’homme est de tirer du regard des autres le sentiment de son existence, dont il ne peut se passer ; or ce besoin se traduit aussi bien en amour qu’en violence. » (Tzvetan Todorov)

« Il peut exister, dans les relations internationales comme dans les relations personnelles, une préférence pour le mal ou, plus modestement pour l’injustice, si l’on est mauvais ou injuste soi-même. Le principe fondamental de l’identification à autrui n’est pas la reconnaissance du bien mais la reconnaissance de soi en l’autre. » (Emmanuel Todd)

« Dans les autres, c’est toujours moi que je cherche, et mon enrichissement, et ma réalisation. » (Raoul Vaneigem)

« L’enfer du narcissique, c’est la tyrannie de son besoin des autres. » (Serge Viderman – cité par Adam Phillips)

« Être continuellement prêt à admettre qu’un autre est autre chose que ce qu’on lit quand il est là (ou qu’on pense à lui). » (Simone Weil)

« Un être aimé qui déçoit. Je lui ai écrit. Impossible qu’il ne me réponde pas ce que je me suis dit à moi-même en son nom. Les hommes nous doivent ce que nous imaginons qu’ils nous donneront. Leur remettre cette dette. Accepter qu’ils soient autres que les créatures de notre imagination, c’est imiter le renoncement de Dieu. Moi aussi, je suis autre que ce que je m’imagine être. Le savoir, c’est le pardon. » (Simone Weil)

« Il est donné à très peu d‘esprits de découvrir que les choses et les êtres existent et sans doute devons-nous nous en féliciter. La découverte d’une existence autre que la nôtre produit un saisissement dont il est malaisé de se remettre. » (Simone Weil – citée par Pierre Sansot)

« Tel qu’il est revendiqué, le terme d’égalité tend à devenir un synonyme d’indifférenciation … L’indifférenciation devient l’objectif vers lequel on nous somme de tendre alors que le désir suppose la différence … Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’indifférenciation est porteuse d’agressivité, de haine … L’Autre devient mon reflet et j’entretiens un rapport identique à celui de Narcisse avec le sien. Soit mon reflet me pousse au suicide, soit je le tue, ce qui signifie tuer l’Autre. » (Jean-Pierre Winter)

« ‘Nous’ vient de Dieu et ‘moi’ du diable. » (Eugène Zamiatine – Nous autres, fiction sur le totalitarisme)

« Celui qui croit qu’il peut se passer des autres se trompe, et celui qui croit que les autres ne peuvent pas se passer de lui se trompe encore plus. » (proverbe)

« Mieux est de parler aux autres que de parler des autres. » (?)

« Prendre peut-être ce qui vient d’ailleurs mais en le recyclant, sans surtout chercher à s’abolir  devant l’Autre (ça finit trop souvent mal), sans fusion, sans confusion. » (?)

« L’être ne saurait devenir « être-étant » que par le regard paternel de l’autre l’appelant à l’existence. » (?)

« L’autre est autre. » (?)

« La personnalité narcissique est décrite comme suit (présente au moins cinq des manifestation suivantes) : – Le sujet a un sens grandiose de sa propre importance – Est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir – Pense être ‘spécial’ et unique – A un besoin excessif d’être admiré – Pense que tout lui est dû – Exploite l’autre dans les relations interpersonnelles – Manque d’empathie – Envie souvent les autres – Fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants. » (Marie-france Hirigoyen ?) – « La vie d’un Narcisse consiste à chercher son reflet dans le regard des autres. L’autre n’existe pas en tant qu’individu mais en tant que miroir. Un Narcisse est une coque vide qui n’a pas d’existence propre … construit sur du vide. » « Vivre et mourir devant un miroir. » (Baudelaire – sur le dandy)

Ci-dessous, extraits de l’ouvrage de Martin Buber, Je et Tu.

 « Martin Buber nous montre les deux sources de la parole qui sont, bien entendu, les deux sources de la pensée : les choses d’une part, les personnes d’autre part, le ‘Cela’ et le ‘Tu’ … Notre dispersion spirituelle dans le règne du cela, au détriment du règne du tu, a envahi peu à peu le règne des relations sociales, et nous a fait invinciblement considérer les personnes comme des moyens … On ne trouve jamais la réciprocité sur l’axe du cela (Gaston Bachelard) … Les bases du langage ne sont pas des mots isolés, ce sont des couples de mots. L’une des bases du langage est le couple ‘Je-Tu’. L’autre est le couple ‘Je-Cela’ (Cela pouvant être ‘Il’ ou ‘Elle’). Donc le ‘Je’ de l’homme est double, lui aussi … Il n’y a pas de ‘Je’ en soi … Le monde en tant qu’expérience relève du mot fondamental ‘Je-Cela’. Le mot fondamental ‘Je-Tu’ fonde la relation … Un homme situé dans un temps, dans un lieu, (ce que je suis obligé de faire), c’est dès lors un ‘Il’ ou ‘Elle’, c’est un ‘Cela’ … L’homme que j’appelle ‘Tu’, je n’ai pas de lui une connaissance empirique. L’expérience est l’éloignement du ‘Tu’ … Toute vie véritable est rencontre. Je m’accomplis au contact du ‘Tu’, je deviens ‘Je’ en disant ‘Tu’ … Dans le monde où nous vivons le ‘Tu’ devient immanquablement un ‘Cela’, si exclusive qu’ait été sa présence dans la relation immédiate, dès que s’interpose un jeu de concepts, schémas, images, buts, appétits, anticipations, aspirations, il devient un objet parmi les objets, l’objet principal peut-être, mais un objet quand même, soumis à la norme et à la loi … D’unique et homogène l’être est redevenu un ‘Il’ ou une ‘Elle’, une somme de qualités … le monde du ‘Cela’ est cohérent dans l’espace et dans le temps … où règne la causalité … il est le moment et le lieu où nous devons vivre … A l’intérieur de cette chronique ferme et salutaire, les moments où se réalise le ‘Tu’ apparaissent comme de singuliers épisodes lyrico-dramatiques … On ne peut vivre dans la seule présence, elle nous dévorerait s’il n’avait été prévu qu’on la surmonte rapidement et totalement … La nature des rapports qui unissent l’homme au monde du ‘Cela’ se ramène à l’expérience … capacité d’expérience et d’utilisation qui se développe le plus souvent au détriment de la force de relation, de la seule force qui permette à l’homme de vivre d’une vie spirituelle … Si l’homme se laisse faire, le monde du ‘Cela’ l’envahit dans sa croissance incessante, et son ‘Je’ perd pour lui sa réalité … L’esprit agit sur la vie, sur le monde, grâce à la force qu’il a de pénétrer et de transformer le monde du ‘Cela’ … Le monde du ‘cours des choses’, de la causalité sans frein, signifie l’abdication de l’homme devant les empiètements du ‘Cela’, empêtré dans les fins et les moyens, celui qui ne connaît que le monde fiévreux du dehors, qui ignore la rencontre et la liaison … Le ‘Je’ du mot fondamental ‘Je-Tu’ est différent du ‘Je’ du mot fondamental ‘Je-Cela’, l’un est le signe intellectuel d’une séparation naturelle, l’individu dit : ‘je suis ainsi’, l’autre d’une liaison naturelle, la personne dit : ‘je suis’ … Nul n’est purement l’un ou l’autre … Qu’elle est puissante, la continuité du ‘Cela’ ! Et qu’elles sont fragiles, les apparitions du ‘Tu’ ! »

Ce contenu a été publié dans 290, 4 - Autres, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.