015,2 – Anti (tout), Nihilisme

– Les grandes âmes sont toujours anti….. Être anti confère un certificat d’existence et un brevet de bonne conscience. Il est très difficile d’effectuer un recensement des sujets ou objets dont on peut (ou doit) l’être tellement ils sont nombreux et variés. On peut seulement constater qu’ils se terminent souvent par les syllabes : isme, istes, phobes… Mais il faut faire très attention à ne pas se tromper de cibles. Celles-ci sont rigoureusement classées en : Anti et Pro, Phobe ou Phile suivant la position à adopter.  

-« Le terme de phobie ne désigne pas un acte en particulier ni même un comportement mais un affect. Profitant d’une charge émotionnelle, par définition inintelligente, il confond tous les plans, subjectif et objectif, juridique et moral, politique et sentimental, et son avantage réside principalement là pour ceux qui ont assuré son triomphe … Afin d’assurer la psychologisation et la moralisation des comportements sociaux d’une part, la judiciarisation de ces comportements d’autre part … La dimension de pensée et de pensée critique disparait totalement au profit de l’affect roi … Comme toute catégorisation, celle des phobies ne va pas sans arbitraire et elle révèle davantage les rapports de force (groupes de pression) que la logique objective de la réalité sociale. Pourquoi l’homophobie serait-elle un délit et pas l’américanophobie ? » (Christian Godin) – Il permet d’accuser n’importe qui, n’importe comment, pour n’importe quoi, sans aucune amorce de preuve. Même l’inquisition ne s’était pas offert une telle facilité.

– Attention, si toute phobie est dangereuse, pire nauséabonde, le maniement correct du concept nécessite un esprit souple et adapté. « Certaines phobies en annulent d’autres. Ainsi l’élimination anténatale des individus atteint d’une trisomie ou de malformations est exclue, par nécessité idéologique, des manifestations de ‘l’handiphobie’. » (Ingrid Riocreux)

– « Il n’existe rien de plus efficace qu’une rengaine pour obtenir la crétinisation et la docilité des masses comme des individus. » (Francis Blanche)

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« La question fondamentale du nihilisme s’énonce ainsi : ‘Pourquoi devons-nous devoir ?’ ou ‘Sur quel fondement pourrait-il encore exister … quelque chose comme une obligation morale ?’. » (Günther Anders)

« Tout ce qui vient du rien tend de soi vers le rien. » (saint Thomas d’Aquin)

« ‘Ne croire en rien’. La logique du nihilisme est celle d’un ‘présentisme’ absolu. Il vise à la destruction du passé et de l’avenir. Il épargne le présent tout simplement parce que celui-ci abrite le sujet de la destruction. » (Rémi Brague)

« La question nihiliste n’est plus : ‘Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?’, elle est devenue : ‘Faut-il vraiment qu’il y ait quelque chose plutôt que rien ? » (Rémi Brague)

« Le nihilisme des terroristes, des jeunes djihadistes ou des prétendus déséquilibrés répond au nihilisme d’une société qui renonce à son histoire, qui renonce à exister et qui renonce même à nommer ses agresseurs … Notre propre vacuité … Quand il s’agit de nommer nos maux nous sommes terrorisés par nos propres mots. » (Laurent Cantamessi) – Sauf que le nihilisme du terrorisme est plus violent que celui de la société, même si, à terme, ce dernier risque d’être socialement plus dévastateur. Ce qui n’excuse ni ne justifie ni l’un ni l’autre.

« Le nihilisme est le meilleur terreau du fanatisme ; qui ne croit à rien n’a aucune raison de résister aux entraînements collectifs. » (Bernard Charbonneau)

« Rien est encore un programme, même le nihilisme est un dogme. » (Emil Cioran)

« Le nihilisme a seulement été la déconstruction de l’absolu mais aucunement la fin des croyances, qui sont réinstaurées dans des mythes reconfigurant les croyances anciennes … ainsi, par exemple, l’universalisme chrétien du salut se dissout dans le cosmopolitisme de la mondialisation. » (Chantal Delsol)

« Le cycle du nihilisme prophétisé par Nietzsche : d’abord on croit que tout a un sens, et ensuite, lorsque cette totalité s’est effondrée, plus rien n’a de sens. » (Jean-Marie Domenach)

« Le nihilisme lucide (nietzschéen) part de l’idée que les anciens fondements métaphysiques des valeurs n’ont jamais été que fictions édifiées autour du néant. Il engage généralement à un exercice exigeant et souvent salutaire … L’autre nihilisme, le ‘nihilisme fatigué’, renvoie à un moment incertain où toutes les valeurs deviennent grises (refus de toute hiérarchie des valeurs, voire refus de toute valeur). » (Dany-Robert Dufour)

« Le démystificateur (de toute norme sociale, de toute hiérarchie…) n’a rien d’autre à annoncer que la mise à nu de la lutte de tous contre tous et l’imposture de toute légitimité. Comme dit Louis Dumont, ‘une fois de telles prémisses admises, on ne voit pas … ce qui peut empêcher celui qui en a les moyens d’exterminer qui bon lui semble’… » (Jean-Pierre Dupuy)

« Ce n’est que dans un monde sans visage que le nihilisme absolu peut établir sa loi. » (Alain Finkielkraut – à propos de la gestion technique de l’univers concentrationnaire)

« Les Romains distinguaient déjà deux aspects de la barbarie : la ‘feritas’ qui renvoie à une rage ouverte de destruction, et la ‘vanitas’ qui désigne la vacuité, la stérilité du vide. Nietzsche distinguait le ‘nihilisme actif’, force de violence apte à la destruction et le ‘nihilisme passif’, signe de faiblesse et d ‘épuisement. » (Jean-Pierre Le Goff) – La modernité, dans son excellence, arrive à cumuler les deux formes. N’est-ce pas admirable.

« La pensée moderne a, par le doute méthodique, par la remise en cause systématique de tout ce qui paraît acquis, pris le risque de ce nihilisme… » (Henri Guaino)

« La société française …  est lasse de ce nihilisme Charlie qu’on lui fait un devoir d’adorer. Comme si sa seule identité consistait à dessiner des culs et à boire en terrasse. » (Jacques de Guillebon)

 « La liberté universelle ne peut produire ni une œuvre positive ni une opération positive ; il ne lui reste que l’opération négative ; elle est seulement la furie de la déconstruction … Le despotisme de la liberté. » (Hegel – sur la violence révolutionnaire) – Il suffit de voir la fureur nihiliste, la pulsion de mort qui est la motivation profonde et cachée de tous les déconstructionnistes

« Plus rien n’est proposé à l’homme, à son voir ou à son faire, en tant que tâche infinie à la hauteur et à la mesure de son énergie. » (Michel Henry)

« La collusion perverse entre le nihilisme et l’humanisme, phénomène fondateur de la modernité. La modernité a entraîné le nihilisme, mais ce nihilisme est tellement énorme, phénoménal qu’il n’ose pas se regarder en face : un humanisme de façade en est le cache-misère et le complément indispensable. Ce qui lie humanisme et nihilisme, c’est la dénégation. Tout peut se dire, mais rien n’est nommé… » (Claude Jannoud)

« On parle, dans une confusion de concepts mal définis et seulement pour conclure par un non, et pour exhaler un ‘anti’ qui ne correspond à aucun ‘pro’. » (Karl Jaspers)

« Les fils du nihilisme allaient prendre cher, parce qu’ils allaient rencontrer plus nihilistes qu’eux. » (Pierre Joncquez – après le 11 septembre 2001)

« Le nihilisme est terminé.  L’action est devenue si forte qu’il ne reste plus de temps pour le nihilisme. C’est un état d’esprit que l’on adopte quand l’on s’ennuie … le nihilisme, c’est une affaire d’ennui, c’est bon pour les riches. » (Ernst Jünger)

« Le progressisme a tourné au nihilisme, au sens où c’est le néant qui est venu s’asseoir en face de nous … ‘La colombe pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide, sauf, dans le vide, elle ne volerait pas du tout’ … Faute de point d’appui, on se condamne à ne faire aucun chemin. » (Bérénice Levet – citant Emmanuel Kant)

« Beaucoup d’hommes attendent de l’apocalypse la solution de leurs propres problèmes. » (André Malraux)

« Combien savent voir que, depuis des décennies, la France est devenue une « gueulocratie », où la légitimité et la pertinence d’une revendication comptent infiniment moins que la capacité de nuisance de ceux qui la portent ? » (Aurélien Marcq) – Triomphe de la lâcheté.

 « Le silence des anciens absolus, l’effacement de la transcendance et la perte de tout repère ont abouti au nihilisme de l’époque postmoderne où tout se vaut parce que rien ne vaut rien. Les Anciens voyaient dans l‘éternel retour le signe de la régénération du temps ; les Chrétiens attendaient la parousie qui dévoilerait la fin de la création. Privé d’éternité comme d’histoire, le temps des grands récits aboli, le monde contemporain se meut dans un temps vide qui ne mène nulle part ailleurs qu’au relativisme généralisé … Privés de retour éternel aussi bien que d’éternité, les Modernes se meuvent dans un temps vide et chaotique qui vient de nulle part et ne mène nulle part … C’est lorsque  l’orientation se perd puis se désagrège au profit de directions multiples que la notion de sens disparaît … L’hypothèse nietzschéenne amplifiée par Heidegger qui voit dans notre temps, l’époque de la compète absence de sens. » (Jean-François Mattéi – La crise du sens) – Et depuis Nietzsche et Heidegger !

« Je ne connais pas de plaisir plus méprisable que celui de contredire et de contester. Approuver, exposer généreusement, admirer des idées dignes d’attention et d’intérêt, voilà, je pense, les voluptés véritables. » (Charles Maurras) – Autant pour moi !

 « Comment l’Islam, quand bien même il n’en serait pas l’allié objectif, ne trouverait-il pas à se renforcer au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident ? » (Richard Millet) – Mais, il sera sûrement défait quand il va rencontrer l’admirable laïcité.

« Toute résistance à l’inéluctable, c’est-à-dire tout antifatalisme, est considéré comme du nihilisme puisque ce sont les mille et une merveilles du ‘monde qui advient’ qui sont mises en doute … L’argument de l’inéluctabilité est une des armes de notre époque morbide. » (Philippe Muray) – Et des lâches. Il n’y a pas d’autre solution, à la mondialisation, à la démocratie, à la croissance, à l’austérité, à l’Europe, au matriarcat, à la servilité….

« Les pessimistes revenus de tout et les nihilistes partis de rien qui n’arrêtent pas d’aller nulle part. » (Philippe Muray)

« Le nihilisme peut se justifier chez quelques individus, mais il devient fatal dès qu’il est pratiqué à l’échelle d’une société. » (Douglas Murray)

« Plutôt vouloir le rien que ne rien vouloir. » (Nietzsche)

« Il manque le but, la réponse au ‘pourquoi’ ? … Les fins manquent et il n’y a plus de réponse à la question : ‘A quoi bon ?’ » (Nietzsche – sur le nihilisme)

« On n’abandonne pas une position extrême pour une position moyenne, mais pour un autre extrême, inverse, il est vrai … C’est ainsi que la croyance en l’immoralité absolue de la nature, à son absence de sens et de fin, nous saisit comme une passion psychologique nécessaire,  dés que la croyance en Dieu et en un ordre essentiellement moral de l’univers cesse d’être tenable. » (Nietzsche – La volonté de puissance)

« La déréliction sémantique n’est jamais que l’un des signes du nihilisme de notre époque contre lequel les mots ne peuvent plus rien. » (Michel Onfray)

« Le vieux mot de révolution a été remplacé par les mots d’ordre de ‘l’anti’ ou de ‘l’alter’. » (Inspiré de Philippe Raynaud) – Ils font sans doute  moins poussiéreux !

« Le nihiliste mou a pour mot favori : « ‘C’est idiot’ ; le nihiliste dur : ‘C’est révoltant ! C’est scandaleux ! Vite une bombe ! ‘ » (Raymond Ruyer)

« La destruction (verbale) est plus prestigieuse que la construction, le Néant que l’Être. Si le titre de Sartre avait été raccourci de moitié, le livre aurait perdu plus de la moitié de son prestige … L’esthétique ou la philosophie du Non, du Néant, du Négatif, qui a fait le succès de Hegel, de Sartre, de Bataille, de Bachelard… » (Raymond Ruyer)

« ‘Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté’ chantent les chrétiens. Mais les littérateurs, même chrétiens, sont fortement chatouillés par l’envie de chanter Satan, le Grand Résistant, parce qu’il est de bon effet esthétique, certes, mais aussi en vertu de l’impression, assez noble, qu’il est mieux d’être du côté du lièvre que du côté des chiens, qu’il est plus courageux, plus digne de l’homme, d’être ‘anti-‘ plutôt que d’être ‘pro-‘ … Refuser d’entrer dans les lois et les normes de la vie, c’est accepter de mourir … Le Dieu de la vie est, pour chacun l’Ordre qui permet de vivre, l’Ordre formateur, hors duquel rien ne peut subsister … On attend toujours en vain qu’un Révolté, un Sataniste, nous conduisent quelque part, hors de toute niche, hors du monde, hors de la vie. » (Raymond Ruyer)

 « La puissance de contestation est un indice de vitalité. » (Jean Schmitt)

« Le nihilisme est négation des valeurs et de l’esprit, mais il est aussi négation de la réalité concrète et vivante …  … Réalisme cynique pseudo-matérialiste et appétit idéaliste de fuite … Qui dresse un portrait sombre et cynique de la réalité veut la fuir. » (Bertrand Vergely)

« Quand cette soif de néant mystique prend des formes politiques, elle donne le nihilisme terroriste rêvant d’un cataclysme afin de régénérer l’humanité. » (Bertrand Vergely)

« Le mono-athéisme, foi paradoxale de celui qui ne croit en rien du tout. » (Paul Virilio)

« Pour emmerder maman, je me laisserai geler les oreilles. » (proverbe russe – sur la politique du pire)

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