020,1 – Âge, Grandir ; Enfance, Jeunesse, Maturité, Vieillesse

– La génération de mes enfants (nés dans la décennie 1960) et celle de mes petits-enfants  (décennies 1990, 2000) sont les premières à avoir connu, au sens réellement fréquenté autrement que pour eux dans le premier âge, leurs grands-parents, au moins dans la plupart des familles et sauf accident. C’est un phénomène sociologique non négligeable et qui n’existait que très rarement, au moins depuis que l’engendrement est devenu tardif (à quelle époque ?).

– Les  traditions les plus anciennes (védique, talmudique) distinguent des âges de la vie, quatre en général, qu’on peut résumer comme : formation, action, desserrement des liens terrestres, réunification de l’être.

– De toutes manières on ne vieillit plus, on se contente d’avancer en âge, c’est nettement plus confortable.

– Le temps n’est pas le même pour tout le monde. Au plan de l’esprit, de la mentalité, les garçons progressent beaucoup moins vite que les filles vers ce qu’on appelle la maturité. il leur faut plus de temps pour cela. 12, 15, 20, 25, 30 ans même, parfois plus, chez une fille ou un garçon ne recouvrent pas le même niveau d’évolution.

Mais comme le monde est équilibré, peut-être ceux-ci vont-ils plus loin après ? Un âge avancé, 50, 60, 70 ans éloigne également les unes des autres, mais alors souvent à l’inverse.

– Détectons et éloignons-nous de l’admirable-enfant-roi, du tyrannique-ado-prince-sachant-et-décidant-de-tout, du ridicule sexagénaire-s’efforçant-d’en-paraître-vingt-cinq, du lamentable-septuagénaire-dynamique-encore-décidé-à-faire-des-enfants.

– J’ai entendu dire jadis qu’un industriel milliardaire, M. D., devenu âgé se sentait plus proche d’un de ses vieux ouvriers que de jeunes membres de son milieu ou d’un de ses cadres surdiplômés et piaffant d’impatience. C’est évident, l’entente, les complicités et les solidarités de génération existent. Les jeunes le savent, et le montrent bruyamment parfois.

– Apprendre à se séparer en restant entier, tel est le présupposé du verbe grandir.

– Heureux sommes-nous si, de temps en temps, comme le poète, nous parvenons à retrouver « le premier soleil sur le premier matin. »

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« Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps. » (Alphonse Allais)

« On peut simultanément être un vieux tennisman et un jeune cadre ou un jeune ministre. » (Marc Augé)

 « La tension agressive correspondant au sentiment d’être poussé vers la mort par les suivants immédiats épargne ceux dont la naissance sanctionne pourtant l’avancée en âge : les petits-enfants. Comme si l’idée que leurs propres enfants allaient être soumis à leur tour aux tensions inhérentes à la relation entre parents et enfants consolait les grands-parents de vieillir et leur inspirait de la reconnaissance à l’égard de leurs petits-enfants … Les tension s’expriment plus fortement entre les deux générations successives, en prise directe l’une avec l’autre, qu’entre les générations alternes, aux relations moins immédiates et plus désintéressées. » (Marc Augé)

« Prendre de l’âge, c’est expérimenter de nouveaux rapports humains … C’est l’occasion, pour certains, de vivre ce qu’ils n’avaient fait qu’imaginer en se se demandant ce que ressentaient leurs grands aînés, de les rejoindre, en un sens, et donc de relativiser la distance entre générations. » (Marc Augé)

« Les vieux se répètent et les jeunes n’ont rien à dire. L’ennui est réciproque. » (Jacques Bainville)

« Ce n’est pas vraiment ‘qu’il n’y a plus d’enfance’, mais qu’il n’y a plus d’âge adulte, puisque l’enfance est tellement plus rentable pour l’économie du consumérisme. » (Benjamin Barber) – Tous infantilisés. Capitalistes comme politiques sont bien d’accord, même intérêt.

«  Ne devenez jamais une grande personne. » (Georges Bernanos, toujours proche de l’enfance)

« L’âge n’apporte aucune sécurité, aucune paix, mais seulement une lucidité farouche, reflet de l’enfer. » (Georges Bernanos)

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, dit-on. – Qu’arriverait-il ? Le prudent Bourgeois se garde bien de le dire. Qu’on le sache donc une bonne fois. Si jeunesse savait, elle accomplirait des cochonneries dont la vieillesse elle-même n’a aucune idée, et si vieillesse pouvait – la vieillesse du Bourgeois, bien entendu – encore une fois, qu’arriverait-il ? Je vous le donne en cent. Elle pratiquerait la vertu ! et la face du monde serait changée. Tel est le secret redoutable que j’ai longtemps hésité à divulguer… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, CXII)

« Ils ont de magnifiquement commun, ceux qui arrivent et ceux qui vont partir, l’un de ne pas avoir encore été saisi par la volonté de puissance, l’autre d’en avoir été rejeté … même si tous les vieillards ne sont pas des sages. » ( Christian Bobin)

« L’enfance est longue, longue, longue. Après vient l’âge adulte qui dure une seconde… » (Christian Bobin)

« Jusqu’au milieu du XIX° siècle (à peu près) une jeune fille de vingt ans et un homme de quarante … se trouvaient à exister dans un même monde, une même temporalité … Désormais c’est par demi-génération ou moins encore que chacun évolue dans son différentiel de classe d’âge comme dans un environnement discontinu du précédent. » (Baudouin de Bodinat)

« Ceux qui ne tiennent aucun compte de leurs ancêtres, en tiendront bien peu de leur postérité. » (Edmund Burke) – Pertinent. Il suffit de regarder comme nos deux ou trois générations contemporaines méprisent et ont méprisé passé et ancêtres et quel sera l’état du monde que nous léguerons à nos descendants. 

« Ce qu’on appelait autrefois l’âge mûr tend à disparaître : on reste jeune très longtemps, puis on devient gâteux. » (Alfred Capus)

« L’âge qui compte ce n’est pas le nombre d’années où nous avons vécu, c’est le nombre d’années qui nous reste à vivre. » (Alfred Capus)   

« Nous possédons en commun le précieux, l’incommunicable passé. » (Willa Cather – citée par Francis Scott Fitzgerald) – Patrimoine de chaque génération.

« L’enfance et la jeunesse deviennent des états, des en-soi, au lieu d’être des passages et des aventures menacés de leur mort prochaine. » (Jean Cau)

« Comme l’enfant est né au x XVI°-XVII° siècles à titre de catégorie sociale et culturelle, le ‘jeune homme’ pourrait bien être apparu au XIX° avec l’extension du secondaire, les exigences croissantes de la formation technique, l’universalisation du service militaire et la constitution du type littéraire de ’l’adolescent’ poète. C’est au XIX° siècle que peu à peu, le garçon cesse de participer immédiatement aux structures professionnelles. L’apprentissage se détache des métiers. » (Michel de Certeau)

« C’est comme novice qu’on aborde chaque âge de la vie. » (Chamfort)

« Chaque âge a ses problèmes, on les résout à l’âge suivant. » (Maurice Chapelan)

« Il ne s’agit pas de savoir si l’eau est froide, il faut passer. » (Père Teilhard de Chardin)

« Ce n’est pas dans leurs germes que les êtres se manifestent, mais dans leur épanouissement. Pris à leur source, les plus grands fleuves ne sont que des ruisseaux. » (Père Teilhard de Chardin)

« Dans la maison de Colette, on criait : ‘Où sont les enfants !’, on dira aujourd’hui : ‘Où sont les parents !’ » (Jacques Chardonne) – Prémonitoire.

« Trois âges dans la vie humaine : celui des plaisirs, qui est le fait de la jeunesse ; celui des pouvoirs, qui est le fait de la maturité ; et celui des vanités, qui caractérise la vieillesse. » (selon Chateaubriand)

« L’enfance n’est si heureuse que parce qu’elle ne sait rien; la vieillesse si misérable, que parce qu’elle sait tout; heureusement pour elle, quand les mystères de la vie finissent, ceux de la mort commencent. » (Chateaubriand)

« A votre âge, Monsieur, il faut soigner sa vie ; au mien, il faut soigner sa mort … je veux user de cette seconde jeunesse un peu mieux que je n’ai fait de la première. » (Chateaubriand – lettre au fils d’Ampère)

« J’aurais tort de ne pas vous croire, il y a dix ans que vous le répétez. » (Cicéron – à une dame prétendant avoir trente ans)

« Jeune, je rêvais de tout mettre sens dessus dessous. Je suis arrivé à un âge où l’on ne renverse plus, où l’on est renversé. »(Emil Cioran)

« Les sociétés traditionnelles confiaient à ceux que les passions physiques ne tourmentaient plus trop le soin de la cité. Archontes et hiérarques pouvaient jeter sur les affaires un regard assez détaché pour qu’on ne les soupçonnât pas de corruption. Ils étaient la sagesse même, faite d’expérience et de désintérêt. La mode actuelle serait plutôt de se méfier de ceux qui … ne participent plus de la sexualité généralisée. Accéder aux responsabilités désormais suppose une complicité dans la satisfaction des sens. On ne saurait faire crédit à quelqu’un qui ne regarde pas ‘Pink TV’ ou ne se laisse pas tutoyer sur le plateau d’une chaîne publique. » (Jean Clair)

« Le propre de l’enfant est d’acquérir la notion de la solitude, le propre du vieillard, de la retrouver. De là vient que ces deux âges de la vie sont si proches et si naturellement voués l’un à l’autre. » (Christian Combaz)

« La piété filiale et le respect des aînés sont les racines mêmes de l’humanité. » (Confucius)

« Pendant quarante ans, j’ai vu ; maintenant, je regarde. » (Pierre Daninos)

« Autant une société jeune aime à cultiver le vieux sage, autant une société vieillissante a besoin de chair fraîche. » (Régis Debray – sur le jeunisme)

« La sénilité n’attend pas le nombre des années. » (Régis Debray) – Quand on voit des lycéens manifester pour les retraites !

« Jeune, on est ‘mal dans sa peau’ et bien partout ; vieux on est ‘bien dans sa peau’ et on a mal partout. » (Jean Dutourd)

« Ce moment où l’on sait que toutes les sensations à venir, bonnes ou mauvaises, ne seront jamais que la répétition de sensations anciennes et déjà éprouvées. Le reste de la vie, c’est ce qui advient quand, par un décret du destin, rien d’inédit ne peut plus surgir dans l’existence. Ni un paysage. Ni un être. Ni un désir. Ni un chagrin. » (Jean-Paul Enthoven)

« Le bobo veut jouer sur les deux tableaux : être pleinement adulte et prolonger son adolescence à n’en plus finir. » (Alain Finkielkraut)  

« La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir – La vieillesse est impitoyable. » (La Fontaine – Le vieux chat et la jeune souris)

« Un octogénaire plantait – ‘Passe encore de bâtir ; mais planter à cet âge !’ – Disaient trois jouvenceaux… – Et pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre… » (La Fontaine – Le vieillard et les trois jeunes hommes)

« Le corps suscité par la médecine contemporaine, dont la moindre des propriétés est d’avoir gagné une vie quasiment du tiers plus longue que celle de nos ancêtres il y a moins d’un siècle. Ce n’est pas tout à fait rien … Et il vit plus vieux dans des conditions de confort, de bien-être … Une des données primordiales de l’expérience humaine s’est modifiée radicalement : il est possible de vivre très vieux avec un corps dans lequel on se sent bien. » (Marcel Gauchet)

« Qui veut, à un certain âge, réaliser d’anciens désirs et d’anciennes espérances de sa jeunesse, se trompe toujours. A chaque lustre de l’homme, conviennent son bonheur propre, ses espérances et ses perspectives. Malheur à celui que les circonstances ou les illusions incitent à anticiper ou à rétrograder. » (Goethe – Les affinités électives)

« En considérant de plus en plus les enfants et les adolescents comme des adultes et des citoyens, les adultes ont brouillé les places et les rôles, court-circuité l’insouciance de l’enfance et l’indétermination de l’adolescence, étapes indispensables à leur structuration. Qu’on ne s’étonne pas alors de voir apparaître des personnalités fragiles, agitées et instables, sous les apparences du dynamisme le plus convenu. » (Jean- Pierre Le Goff) – Ou comment fabriquer des paltoquets.

« Il est très dur d’être un enfant désiré. Votre existence est toute entière suspendue à la décision de vos parents. Leurs désirs sont des ordres … Vous êtes là pour permettre l’épanouissement de la féminité de madame votre mère, et vous devez compenser par votre réussite les frustrations de papa … Le hochet qu’ils vous offrent n’est qu’une avance pour votre entrée à l’Ecole des mines … Ne surtout pas décevoir. Ne pas trop pleurer la nuit. Et puis briller le jour. Tous les espoirs sont sur vous, écrasants… » (Fabrice Hadjadj)

« Car tout commencement possède  un charme propre. C’est lui qui nous protège et qui  nous aide à vivre. Allons donc, mon cœur, dis adieu et guéris ! » (Herman Hesse – Les jeu des perles de verre)

« Ce sont les jeunes gens les plus ardents qui font les plus sages vieillards. » (Hermann Hesse)  

« Jeunes et vieux peuvent se lier d’amitié, mais ils parlent deux langages différents … Ce sont principalement les êtres primitifs et les jeunes qui font l’histoire du monde … Cependant, pour que l‘histoire conserve quelques périodes isolées de paix, pour qu’elle demeure supportable, il est nécessaire de ralentir le cours des événements, de préserver le passé. Ce rôle de contre-pouvoir revient, lui, aux hommes cultivés et aux personnes âgées. » (Hermann Hesse)

« On n’est malheureusement pas toujours en accord avec son âge, il arrive souvent qu’on soit intérieurement en avance sur lui, ou plus fréquemment encore qu’on retarde par rapport à lui. » (Hermann Hesse)

« La jeunesse a pour mission, pour aspiration, pour devoir le devenir ; l’homme mûr doit se débarrasser de lui-même ou, comme autrefois le disaient les mystiques allemands ‘défaire son être’ » (Hermann Hesse)

« Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

« Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. » (Victor Hugo)

« L’enfance et l’adolescence sont des faits culturels. L’enfance, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, est une invention du XIX° siècle, comme l’adolescence sera une invention du XX° siècle. » (Roland Jaccard)

« Quel jour agréable que celui où nous renonçons à être jeunes et sveltes. » (William James)

« De l’action manifeste à la non-action apparente, en allant pourrait-on dire de l’étant vers l’Être. » (Ernst Jünger– par Alain de Benoist)

« Tout se passe comme si les Français s’émancipaient en grande partie de l’état civil pour vivre à l’âge qu’ils décident d’avoir. » (Hervé Juvin – L’avènement du corps)

« Nul ne comprendra l’autre sans comprendre d’abord son âge. » (Milan Kundera)

« Tant que les gens sont plus ou moins jeunes et que la partition musicale de leur vie n’en est encore qu’à ses premières mesures, ils peuvent la composer ensemble et échange des motifs, mais quand ils se rencontrent à un âge plus mûr, leur partition musicale est plus ou moins achevée et chaque mot, chaque objet signifie quelque chose d’autre dans la partition de chacun. » (Milan Kundera)

« Être grand parent, c’est le dessert de la vie. » (Nicole Lambert – Les triplés)

« Enveloppé dans les langes et les paroles de ceux qui l’aide à naître, l’homme arrive dans le monde du ‘pourquoi ?’. Il entre dans le mystère d’être là. » (Pierre Legendre)

« Les vieux ont voté pour l’aventure et le grand large, les jeunes pour le statu-quo et la sécurité … On croyait que le risque c’était un truc de jeunes, et on les découvre défilant pour leurs retraites et terrifiés à l’idée de devoir voyager sans Erasmus … Quoi de plus amusant que l’idée de vieillards indignes infligeant une petite leçon de vie à des jeunes propres sur eux, pressés de jouir des privilèges de l’économie mondialisée, ce qui n’est bien sûr pas répréhensible, mais pas non plus très exaltant. » (Elisabeth Lévy – sur le Brexit) – Ce n’est pas la première  fois où on remarque l’invraisemblable conservatisme et conformisme des jeunes.

« Si les vieux veulent ressembler aux jeunes, les jeunes adultes ‘refusent’ de grandir … semblant vouloir vivre dans l’éternel prolongement de leur enfance ou de leur adolescence. » (Gilles Lipovetsky)

« On a dit que le XX° siècle était le siècle des enfants. C’est faux ; c’est celui de la fusion des âges. » (Liliane Lurçat, psychanalyste)

« Il ne faut pas neuf mois pour faire un homme, mais 77 ans. » (André Malraux – Les conquérants)

« Les sociétés modernes sont les premières … à expérimenter l’étrange idée que le destin de tout individu n’est pas de devenir adulte mais de rester jeune, et cela éternellement … Toute société progressiste, vivant par définition à l’ombre de l’avenir, est philosophiquement tenue de mythifier la jeunesse (qui représente officiellement cet avenir). » (Jean-Claude Michéa) – D’où des conduites grotesques chez quelques vieillards, indignés comme des adolescents (Albert Jacquard, Sartre, Stéphane Hessel…), d’où la disparition des éducateurs, des maîtres, souvent des parents et le désarroi des enfants.

« L’on ne devient soi même que lorsque ses parents sont morts. » (Henry de Montherlant)

« ‘A douze ans, la partie est jouée’ (Charles Péguy) … A dix-sept ou dix-huit ans, il n’y a plus d’hésitation possible sur ce que sera un être. Tandis qu’à quatorze ans on peut hésiter encore. » (Montherlant – Fils de personne)

« Le processus de nurserysation mondiale. » (Philippe Muray – sur l’infantilisation des peuples et leur maternage)

« La production d’enfants-rois ne va pas sans la multiplication d’adultes enfants. » (Michel Onfray) – Effectivement, jamais des enfants ne sauraient trépigner aussi hystériquement que nos manifestants quasi professionnels habituels.

« Comment retrouver, dans un monde devenu horizontal, le sens de la lignée, si fort au temps où les familles constituaient un temps vertical ? » (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James)

« Plus on avance dans la vie et plus il est évident que c’est la femme qui domine dans la relation. Je le vois sans arrêt  dans les centres commerciaux … C’est pour ça (Les hormones mâles croissent chez l’une quand elles diminuent chez l’autre) que les femmes prennent le dessus dans la dernière partie de la vie. Les hommes jouissent d’un bref moment de pouvoir lorsque leurs hormones sont à leur apogée, vers la fin de leur adolescence  et entre vingt et vingt-cinq ans. » (Camille Paglia) – Il n’y a pas un homme d’un certain âge qui n’ait constaté l’accroissement de l’autoritarisme chez la femme passé un certain âge.

« Après vingt ans, jusqu’à quatre-vingt ans et plus, quelle morne répétition d’inanités et de fadaises ! Quel narcissisme bégayant et désespérant ! »(Louis Pauwels)

«Je ne sens plus la vie comme une découverte et encore moins donc comme de la poésie ; mais plutôt comme une froide matière à spéculations, à analyses et à devoirs. » (Cesare Pavese) – De la jeunesse à la maturité.

« Il est merveilleux de constater combien en tout ce qui touche à l’essence de la vérité, l’opinion de l’enfance coïncide étroitement avec celle de l’homme proprement dit – de l’homme à son apogée … Après quelques années passées à l’âge adulte (scepticisme), nous retrouvons notre admiration première, celle éprouvée à l’enfance, dans la mesure où un jugement mûri nous permet de voir avec précision ce que nous admirions et le pourquoi de notre admiration. » (E. A. Poe)

« Notre hyperdémocratie a inventé l’égalité entre enfants et parents en même temps qu’elle invente les adultes infantilisés. » (Natacha Polony – sur la gifle et la fessée) – La lâcheté ne cesse de progresser, et on fait les fanfarons à l’international, pitoyable.

« Heureux celui qui fut jeune en son temps, heureux celui qui sut mûrir à temps. » (Pouchkine)

« Sortir de son passé en le maîtrisant est toujours une longue affaire intellectuelle, à l’échelle de l’individu comme à celle des sociétés. » (Emile Poulat – cité par Jean Sévillia)

« Notre siècle a renié Dieu, remis en question le bien et le mal, faussé l’honneur et la justice, nié la patrie ; mais il s’interdit de contester l’éminente dignité morale de la jeunesse et le caractère sacré de l’enfance. Ce n’est qu’une inconséquence de plus. Au fond, l’incrédulité moderne consiste à troquer les certitudes élevées contre des certitudes basses. » (Robert Poulet)

« La société humaine étant manquée, l’enfance et la jeunesse apparaissent sans cesse comme l’ébauche d’une société de rechange, pour nous consoler de cet échec et nous persuader que la plus brillante réussite va lui succéder. » (Robert Poulet)

« Un jour nous sommes conduits à aimer morts ceux auxquels, vivants, notre affection ainsi libérée aurait pu causer une immense joie. Mais nous ne les connaissions pas, ni nous-même, ni personne. » (Robert Poulet) – Vains regrets.

« Quand nous avons dépassé un certain âge, l’âme de l’enfant que nous fûmes et l’âme des morts dont nous sommes issus viennent nous jeter à poignée leurs richesses et leurs mauvais sorts, demandant à coopérer aux nouveaux sentiments que nous éprouvons et dans lesquels, effaçant leur ancienne effigie, nous les refondons en une création originale. » (Marcel Proust – la Prisonnière)

« Le moyen le plus propre pour faire passer une affaire extraordinaire dans une compagnie est d’échauffer la jeunesse contre les vieux. » (cardinal de Retz) – Tous nos politiciens modernes ont dû lire le cardinal, et les jeunes naïfs croient que c’est d’eux qu’on s’occupe alors que le politicien ne s’intéresse qu’à sa juteuse place.

« Le rythme de l’évolution (technique, et sociale) est tel que les générations successives vivent dans des milieux différents. » (Olivier Rey)

 « Les adultes savent si bien se méprendre sur le compte des enfants. » (Olivier Rey) – Ces « petits pervers polymorphes » disait Lacan. Si on ne croit pas au péché originel, on est prié d’observer des enfants livrés à eux-mêmes dans une cour de récréation.

 « L’adulte ne doit en aucun cas se poser en modèle, interposer sa  personne entre l’enfant et le monde. Aux transmissions autoritaires d’une génération à l’autre s’est substituée, dans l’idéal pédagogique, une auto-construction de l’enfant à travers l’élaboration de ses savoirs et l’expression de soi… Tels doivent être les adultes : fournisseurs de prestations, éclairés par la science. » (Olivier Rey) – Ou comment fabriquer des zombies.

« Combien d’années me donnez-vous ? Je ne vous donnerai rien. Vous en avez assez. » (Réponse de Rivarol à la question d’une actrice)

« La jeunesse change ses goûts par l’ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l’accoutumance. » (La Rochefoucauld)

« Séparation, différenciation d’êtres chers, proches, renoncements à des situations, des croyances ou des certitudes… La perte est aussi la source de la plupart de nos progrès. » (Jacques Salomé)

« Quand j’étais jeune on me disait : ’Vous verrez quand vous aurez cinquante ans’. J’ai cinquante ans et je n’ai rien vu. » (Erik Satie)

« Autrefois, les adultes attendaient de leurs parents qu’ils leur transmettent des valeurs, des limites, des significations. A présent, c’est vers leurs enfants qu’ils se tournent pour incarner ce qui reste d’un surmoi répressif, et par exemple s’efforcent dans leurs choix et dans leur vie sexuelle de ne faire que ce que les enfants ne leur interdisent pas. Ou encore ils craignent le départ de la maison de leurs rejetons devenus adultes comme un abandon, et sont alors eux-mêmes imaginairement des bébés-délaissés.» (Michel Schneider) – Les Tanguy seraient donc bienvenus.

« Il y  aune différence insurmontable entre l’un qui prend la mer et l’autre qui rentre au port. » (Arthur Schnitzler – sur les écarts d’âge trop marqués.)

« La différence fondamentale entre la jeunesse et la vieillesse reste toujours celle-ci ; que la première a la vie, la seconde la mort en perspective ; que, par conséquent l’une possède un passé court avec un long avenir, et la seconde l’inverse. » (Schopenhauer)

« Les heures de l’enfant sont plus longues que les journées du vieillard. » (Schopenhauer)

« Les consommateurs étant traités en enfants, les enfants peuvent bien l’être en consommateurs à part entière. » (Jaime Semprun – sur le puérilisme de nos sociétés)

« L’époque de la vie la plus délicieuse, c’est lorsqu’on a entamé la descente mais sans dégringoler pour autant … Ce qui remplace le plaisir, c’est de ne pas en ressentir le manque. » (Sénèque)

« Actuellement, chaque génération préfère renaître vierge et ignare presque comme au premier jour de la Création, l’opinion et le savoir des prédécesseurs sont devenus méprisables ou sans valeur  … Fracture radicale … Parce que, les jeunes ont pris de plein fouet toutes les innovations technologiques de la modernité et leurs conséquences culturelles, détachant ce monde des jeunes, parce que ces générations ont été les premières à disposer d’argent personnel (et on sait que la disponibilité  directe et personnelle d’argent contribue plus que tout à susciter la conscience d’appartenir à une’ classe’ distincte … Soit du point de vue du marketing (encourageant cette tendance) comme une cible. » (Raffaele Simone)

« Une infantilisation générale est liée au mythe de la jeunesse … Mais la caractéristique de la puérilité, comprise comme la survivance de traits infantiles chez des personnes adultes, est une attitude agressive, égoïste et dangereuse. » (Raffaele Simone) – Danger de l’obsession de la jeunesse prônée par la société d’ultraconsommation.

« C’est dur de quitter le pays de l’enfance ; c’est dur de quitter le pays de la jeunesse ; c’est dur de quitter l’épanouissement féminin, de quitter la fécondité … Je quitte ce que je connaissais et je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas où j’entre. » (Christiane Singer)

 « Dans l’avancée de la maturité et l’approche de la vieillesse, il est un phénomène qui frappe : le rajeunissement progressif du cœur et de l’âme. » (Christiane Singer) – « Il faut toute une vie pour élargir son cœur, ses opinions, pour conquérir sa liberté spirituelle. » (Jean Sulivan)

« L’enfant humain aurait besoin d’une gestation de vingt et un mois s’il devait atteindre dans le ventre de sa mère l’état de maturité qu’ont les primates à leur naissance. Or il doit naître au bout de neuf mois au plus tard, afin d’utiliser sa dernière chance de passer par l’ouverture du bassin maternel … La plus grande partie, et de loin, de la formation et de la structuration du cerveau humain se déroule en situation extra-utérine. Ainsi, l’attente et l’ouverture à l’information ultérieure postnatale et historique prend définitivement le dessus sur l’inné et l’apporté. » (Peter Sloterdijk) – On imagine les conséquences sur l’humain.

« C’est de la manière dont on a employé la jeunesse que dépend le sort de l’extrême vieillesse. » (Stendhal) – Sans restreindre au seul plan matériel.

« L’enfant, captivé par les choses de ce monde est réaliste, jusqu’à ce qu’il soit lentement parvenu derrière ces choses elles-mêmes. Le jeune homme, enthousiasmé par les idées, est idéaliste, jusqu’à ce qu’il se hausse à l’état d’homme, d’homme égoïste, qui en use des choses et des pensées selon son bon plaisir et fait passer son intérêt personnel avant tout. Quant au vieillard, enfin, il me sera suffisamment temps d’en parler quand j’en serai un. » (Max Stirner)

« On ne vient pas qu’une seule fois au monde. » (Jack Sullivan)

« Que la vie est courte et comme on passe sans transition de l’âge où tout est trop tôt à l’âge où tout est trop tard ! » (Gustave Thibon)

« Tout ce qu’entraîne avec elle la marée montante de la jeunesse, passions, ambitions vaines ou coupables et leurs objets, trouve une justification illusoire dans cet élan ascensionnel qui semble ne devoir jamais tarir. Vient le reflux – et le remords suit la vision des lamentables épaves abandonnées sur la rive. » (Gustave Thibon)

« La jeunesse n’est pas l’âge de la liberté, c’est celui de la ferveur. Des passions violentes au service d’idées étroites. Quand les idées s’élargissent la ferveur tombe en proportion. Et, de cet abîme de scepticisme, émerge une liberté sans limites, mais sans danger : toute menace d’incendie étant conjurée, car les vents intérieurs n’agitent plus que des cendres. » (Gustave Thibon) 

« Il faut choisir : rester fleur et se faner, ou mourir et devenir fruit. » (Gustave Thibon)

« Pourquoi le vieillard désarmé devant la mort nous attendrit-il moins que l’enfant désarmé devant la vie ? » (Gustave Thibon)

« A cette montée du passé en moi, j’ai reconnu que j’avais atteint le deuxième versant de l’existence et que je commençais à descendre chez les morts. » (Gustave Thibon)

« Qui n’a pas l’esprit de son âge, de son âge a tout le malheur. » (Voltaire)

« Les enfants commencent par aimer leurs parents, devenus adultes ils les jugent, quelquefois ils leur pardonnent. » (Oscar Wilde)

« Les personnes âgées croient tout, les adultes doutent de tout, les jeunes savent tout. » (Oscar Wilde)

« Grandir est par nature un acte agressif » (Donald Winnicot) – L’autonomie se prend et ne se donne pas.

« La nature, conformément à son devoir mystique, qui est de préserver l’élan créateur, donne à l’enfant l’esprit de révolte et le mépris des goûts paternels. Elle ne veut pas d’une succession tranquille et indolente, d’une simple continuation, d’une répétition d’une génération à l’autre : elle commence toujours par introduire la discorde entre les êtres de même nature et ce n’est qu’après un pénible et fécond détour qu’elle permet aux descendants de rejoindre la voie des aïeux. » (Stefan Zweig – cité par Jean d’Ormesson) – Encore convient-il de ne pas tarder jusqu’à soixante ans !

« Un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune debout. » (proverbe africain)

« Notre âge se mesure exactement au degré d’irritation que nous procure une idée nouvelle. » (?)

 « Nous vivons une époque où l’on refuse de plus en plus d’agir selon son âge … Le refus de l’âge que l’on a est général … Les jeunes veulent être plus âgés et les vieux plus jeunes … C’est toute l’action de la culture publicitaire. » (?)

« Les jeunes vont en bandes, les adultes vont en couples, les vieux vont tout seuls. » (?)

« Il faudrait naître vieux et débuter par la sagesse, puis décider de son destin. » (?)

« On a la jeunesse de sa foi et la vieillesse de ses doutes. » (?)

« On a l’âge de son temps bien plus que de ses artères. » (?)

Ci-dessous quelques extraits de l’ouvrage de Karl Mannheim, Le problème des générations.

Les ensembles générationnels sont à entendre au sein d’un espace historico-social homogène., au sein d’une même communauté de vie historique, où les individus prennent part aux mêmes courants sociaux et intellectuels qui constituent le moment historique. La jeunesse prussienne de 1800 ne saurait être assimilée à la jeunesse chinoise de la même époque ; sauf circonstances exceptionnelles unifiantes (guerres…) un jeune paysan vivant dans des régions perdues n’appartient pas au même ensemble générationnel qu’un jeune urbain.

A son époque (première moitié du vingtième siècle), l’auteur ne pouvait que se référer à des acteurs culturels recevant une transmission, se souciant d’une culture existante ou à modifier, ou même à créer. C’était avant l’ère actuelle du vide et de l’apologie du caniveau, avant la disparition de toute forme institutionnelle.

 « A chaque situation (de classe ou de génération) est inhérente une tendance à une mode de comportement, une façon de sentir et de penser déterminés, ou dans le vocabulaire de la théorie de ‘l’habitus’, des schèmes de perception, de représentation et d’action … La création et l’accumulation culturelles ne sont pas accomplies par les mêmes individus ; de ‘nouvelles classes d’âge’ émergent constamment, l’apparition permanente de nouveaux agents culturels, d’hommes qui ont une ‘approche nouvelle’ des biens culturels accumulés, ce conjointement avec la disparition des agents culturels antérieurs … Créations, éliminations, révisions, sélections … Le vécu et les expériences du passé n’ont d’importance que dans la mesure où ils existent réellement dans la pratique du présent … Que la jeunesse soit très inexpérimentée signifie une diminution du lest, un allègement de la vie ultérieure … Une espèce qui vivrait éternellement devrait apprendre à oublier pour compenser le manque de nouvelles générations … Recommencer à partir d’un nouveau potentiel vital … ne peut être réalisé que par des êtres réellement nouveaux … Chaque génération a son adversaire à l‘extérieur et à l’intérieur d’elle-même, alors que les vieux combattaient encore quelque chose en eux-mêmes ou dans le monde … cet adversaire là a disparu pour la jeunesse … La possibilité de mise en question n’apparaît guère qu’avec la dix-septième année de la vie … au moment où commence la vie auto-expérimentatrice. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la vie se déroule dans la problématique contemporaine et qu’il s’avère possible de la ressentir comme telle … Dans des conditions statiques, la jeunesse a tendance à s’adapter à la vieillesse, à apparaître même extérieurement plus âgée … Une dynamique accrue incite les plus vieilles générations à l’ouverture envers la jeunesse, plus même grâce à la souplesse acquise dans l’expérience de la vie, que les générations intermédiaires qui ne sont pas encore en mesure de renoncer à leur attitude initiale face à la vie … L’homme socialement enraciné socialement a surtout à faire avec le courant dominant dans son milieu, tandis que ‘l’homme de lettres’ sans attaches a surtout à faire avec le courant dominant contemporain (L’esprit du temps, le ‘zeitgeist’ allemand, qui n’est pas celui de toute l’époque, mais que ce que l’on considère et estime comme tel, trouve le plus souvent son assise dans une couche sociale qui, à un moment défini, a acquis une importance particulière et qui, par la suite, imprime sa marque intellectuelle aux autres courants) … L’influence des formes sociales de la vie communautaire, l’association régie par des statuts est moins susceptible de refléter les nouvelles impulsions de génération que des formes plus fluctuantes comme les ‘salons’ …  les premières impressions (les expériences de jeunesse) ont tendance à se figer comme une image naturelle du monde … Chaque expérience ultérieure s’oriente par rapport à ce groupe d’expériences, qu’elle soit ressentie comme confirmation de cette première couche d’expériences, ou comme sa négation et son antithèse … La prédominance des premières impressions reste encore vivante et déterminante quand bien même tout le développement ultérieur de la vie ne devrait être qu’une négation et un démantèlement de ‘l’image naturelle du monde’ reçue pendant la jeunesse … Un changement radical de conditions objectives (changement de milieu) n’a pas les mêmes conséquences suivant l’âge … La probabilité d’apparition d’un nouveau style de génération et de conflits de génération est d’autant plus élevée que le ‘droit d’entrée’, la définition de la position, l’ordre des successions sont moins expressément réglés par des normes éthiques et surtout juridiques, explicitement constituées et soutenues par des sanctions sociales … La succession des générations apparaît plus clairement dans les regroupements libres  (salons, cercles littéraires…) qu’au sein des institutions qui prédéterminent habitus et manière de faire par des prescriptions ou des tâches collectives et occultent ainsi la nouveauté des générations montantes. »

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