130,2 – Accompagnement, Ecoute

– Fleuron d’ingéniosité française (voir à l’annuaire les pages de SOS relevant de l’assistanat). Malheureusement activité trop mal placée à l’exportation pour payer notre pétrole. Promise à un grand avenir grâce à la mode des lamentations et à l’exhibitionnisme et au voyeurisme généralisés.

– Relation décalée entre un bon et un moins bon que le premier aide gentiment à lui ressembler. On recense deux techniques possibles mais opposées, pour l’écoutant : – Soit s’effacer jusqu’à ce que l’écouté s’écroule d’épuisement et de frustration – Soit l’interrompre sans cesse par des relances continuelles afin de s’exprimer à sa place et de bien lui faire sentir qu’il est incapable d’aller plus loin tout seul (méthode privilégiée des journalistes arrogants) ou que cette interruption, généralement hors sujet et perturbatrice de l’écoutant, signifie que ce que dit le soi-disant écouté ne présente aucun intérêt (méthode privilégiée de certaines dames, qui font semblant d’écouter)

– Dés qu’un rhume des foins infantile menace un quartier, une cellule d’assistance psychologique (composée d’experts de haute volée, certainement bénévoles), l’un des rites essentiels de notre nouvelle religion,  est parachutée instantanément. La technique s’en occupe et le voisin, ou le badaud présent par hasard, est considéré comme un minable pleurnichard à materner sauf à le voir s’effondrer. La machine des experts en jérémiades se met en route pour abaisser ceux qu’on traite comme des enfants. « Une rangée de tables, des lignes téléphoniques, des chaises, un médecin pour coordonner la cellule locale d’urgence médico-psychologique (CLUMP), un capitaine-psychologue des pompiers , deux psychiatres, et, dans une grande pièce contiguë, quelques ‘écoutants’ (agents municipaux du service de l’enseignement qui assurent les conversations avec les personnes en quête d’informations ou de réconfort)… » (Philippe Muray – reprenant une description journalistique d’une de ces fameuses cellule de crise) – « Un train est coincé plusieurs heures en rase campagne ? Cellule  d’aide à l’arrivée. On psychiatrise la peur, la tristesse, la colère. Bientôt le deuil sera une maladie et pleurer la mort d’un proche le signe d’un dysfonctionnement. » (Jean-Paul Lilienfeld) – C’est l’Etat thérapeutique, ou le paternalisme sans père.

– Mais convenons que c’est aussi accepter d’entendre ce qui peut nous déranger, de subir une dose tolérable de dérangement. Dans toute expression, il y a peut-être une information intéressante, une étincelle à saisir. Il ne faut pas éteindre l’esprit, il souffle où il veut – même dans des esprits apparemment dérangés. Dans tout ce qu’on reçoit de l’extérieur considérons le sens (ce qui est exprimé) plus que la forme qui n’est qu’annexe. Préférer toujours le signifié, l’esprit, au signifiant, la lettre.

– Paul VI parlait du « martyre des confesseurs ». Tous ceux qui ont passé vingt minutes sur un trottoir à écouter une connaissance énumérant ses pauvres tourments – réels j’entends – comprennent l’expression. Le martyre des politiques qui se mettent à l’écoute et n’entendent rien, car bien sûr tout est bien plus compliqué que ce qu’un vain peuple pense, lui au moins est grassement récompensé.

– Nombreuses sont les personnes curieuses, avides de nouvelles (de vous-même, de l’actualité…) qui vous pressent de questions. Ce qui ne leur constitue aucune obligation d’écouter votre ou vos réponses, ni même de faire semblant.

– Il est d’ailleurs si rare que les gens s’intéressent à ce que vous venez de dire et le reprennent pour manifester au moins qu’ils l’ont entendu. Ils dérivent plutôt vite fait vers l’inévitable : C’est comme moi, je…….

– La fonction dite d’écoute imposée à l’Autre permet à la plupart, empressés de parler sans fin ni interruption d’eux-mêmes, de saturer l’Autre d’histoires sans intérêt concernant l’Un, de le charger des menus incidents de son existence, de ses soucis, ennuis… C’est donc un fleuron du fameux partage, à sens unique.

Ecouter l’herbe pousser ; prêter attention aux tendances à terme qui se dessinent peu à peu sans faire de bruit, à l’insu du vacarme médiatique et de la bruyante actualité quotidienne.

On pourra aussi s’inspirer des extraits  de Marshall B. Rosenberg à la rubrique Communication, 130, 1      

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« Vérifiez, si cela vous amuse, votre capacité à écouter quelqu’un développer des idées très différentes des vôtres sur des sujets qui vous tiennent à cœur sans l’interrompre, sans argumenter, sans combattre. Si vous résistez plus d’une minute sans exploser par un ‘Oui, mais ! Moi, je…’ Bravo ! » (Thomas d’Ansembourg)

« Nous nous sommes mis à l’écoute des sentiments et des besoins de tous, patron, client, voisins, collègues… sauf des nôtres ! Pour survivre et nous intégrer nous avons cru devoir nous couper de nous-même. Cette coupure se paie : timidité, dépression, doutes, hésitations à prendre une décision, incapacité de faire des choix, difficulté à s’engager, perte du goût de vivre… » (Thomas d’Ansembourg )

« Habitue-toi à être attentif à ce qu’un autre dit, et, autant que possible, entre dans l’âme de celui qui parle. » (Marc-Aurèle)

« Se mettre à la portée de l’autre, c’est bien gentil, mais la plupart du temps cela revient à s’abaisser. » (Olivier Bardolle)

« Ecouter celui qui parle, c’est devenir son ami. » (Anne Barratin)

« Ecouter, c’est pourtant ce qu’il y a de mieux pour bien entendre. » (Beaumarchais – Le barbier de Séville)

« L’écoute est une présence … laisser dire ce qui se dit. » (Maurice Bellet)

« Ecoute, ô mon fils… » (règle de saint Benoit, premiers mots) – Oui, c’est bien ainsi que tout doit commencer.

« Si tu veux voir, écoute d’abord, l’audition est un degré de la vision. » (saint Bernard) – « Ecoute, frère, et incline l’oreille de ton cœur. » (maxime des Pères du désert) – « Qui ne se tait pas n’entend pas celui qui parle. » (un moine) – Faire silence. 

« Ecouter est rare, parce que périlleux. Je risque ma tranquillité, j’y engage des biens précieux : mon temps, mon intelligence et mon cœur réunis. Il me faut accepter de ne pas me dire trop vite que je comprends. Ecouter me dépossède de mes a priori et de mes conclusions-clichés. Ecouter m’empêche de fixer l’autre dans une catégorie … On écoute une personne, dans son mystère … Ecouter m’invite, et que c’est difficile, à ne pas vouloir pour l’autre. » (Marie-Claire Berthelin)

« Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd, dit-on. – C’est ce que dira ou pensera le bourgeois forcé d’entendre la ‘symphonie pastorale’ ou un oratorio de Haendel. S’il devenait sourd comme Beethoven, il lui ressemblerait sans doute … mais à quel prix ! Il n’entendrait plus le son divin de la monnaie d’or ou d’argent sur son comptoir… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, LXX)

« Se décentrer de mon vouloir sur l’autre …. Ce n’est pas s’effacer … ce n’est pas chercher des solutions … se décentrer de l’idéal du bien-faire. »  (Florence  d’Assier de Boisredon)

« La seule façon de rejoindre autrui en profondeur est d’aller vers ce qu’il y a de plus profond en soi-même … De suivre le chemin inverse de celui que prennent les esprits dits ’généreux’. » (Emil Cioran)

« Il faut trois ans pour apprendre à parler et toute la vie pour apprendre à écouter. » (Confucius)

« Messages de solution, que je donne (diriger, avertir, moraliser, conseiller, argumenter…) – Messages de dévalorisation (juger, nier, approuver, contester, humilier, analyser, rassurer, questionner, enquêter…) – Messages d’évitement (plaisanter, dévier, se désintéresser…). » (Bruno  Daunizeau – sur les attitudes de non-écoute, ceux qui entendent apporter une solution, ceux qui dévalorisent, ceux qui correspondent à un évitement ) 

« Une réceptivité universelle implique, exception faite de quelques esprits extraordinaires, une passivité dangereuse. » (Raphaël Debailiac)

« La confession a voulu être et a certainement constitué souvent l’un des lieux de la bienveillance paternelle … Combien les ‘conseils aux confesseurs’ firent progresser dans la psychologie collective l’image ‘moderne’ du père … Extraits d’un manuel du XV° siècle : ‘bienveillance, douceur, affection, pitié, aide et consolation, ‘Qu’il participe à la peine (le confesseur) s’il veut partager la joie’, soit recommandation d’être partie prenante à l’aveu, que le confesseur soit ‘affable, bienveillant, prompt  et charitable, prudent et discret , soutenant et encourageant’ … Insistance sur l’apaisement consécutif à l’aveu, la confession pour tranquilliser … Consigne de croire les pénitents … Cette ‘charité’ qui permet de comprendre les difficultés psychologiques du pénitent, conduit les spécialistes de la confession … à préconiser une véritable ‘tactique‘ d’écoute et de questionnement du pécheur. » (Jean Delumeau – L’aveu et le pardon) – Il est certain que la confession a beaucoup fait progresser les facultés et les techniques d’écoute et d’accompagnement.

« Cinq façons de ne pas écouter : – La fuite, je ne suis pas disponible, je détourne la conversation – Le jugement, qu’il soit négatif ou positif, ‘c’est bien’, ‘c’est normal’… – L’interprétation, j’analyse, j’explique – Le conseil, je deviens le sauveur, je donne la solution – L’enquête, je questionne et m’empare de la conversation. » (Tugdual Derville)

« Voulez-vous me prêter l’oreille ? Il paraît que quand on prête l’oreille, on entend mieux. » (Raymond Devos)

« Il n’est de signes que pour ceux qui savent les accueillir. » (Pierre Emmanuel)

«  Taisez-vous donc et Dieu vous parlera. Comment voulez-vous qu’Il se fasse entendre quand vous faites tant de bruit ? » (Fénelon – à une dévote) – Ecouter suppose de se taire.

« Pour penser par soi-même, il faut au préalable avoir appris à penser, dans l’écoute, le silence et le contretemps. » (Emmanuel Godo)

« Qui n’a pas accepté les conditions d’accueil de la parole autre est incapable d’apprendre quoi que ce soit (faire taire son identité, la prétendue singularité qui n’est autre que la conformité aux modèles dominants … sans disponibilité aucun apprentissage n’est possible.) » (Emmanuel Godo)

« Parler est un besoin, écouter est un art. » (Goethe)

« Il n’existe pas d’écoute sans effort personnel de détachement à l’égard des contraintes et des soucis immédiats. » (Jean-Pierre Le Goff) – Sans rejet de nos projections.

« Ecouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe. » (Hegel)

« La seule chose qu’une femme doit faire pour être considérée charmante par les hommes est d’écouter lorsqu’ils parlent. » (Robert Heinlein)

« Ne sachant pas écouter, ils ne savent pas non plus parler. » (Héraclite)

« Il ne lui échappait aucune parole, il n’en attendait aucune avec impatience, il n’avait pour aucune ni éloge ni blâme : il écoutait … La première chose qu’il apprit ce fut à écouter, à écouter d’un cœur tranquille, l’âme ouverte et attentive, sans passion, sans désir, sans jugement, sans opinion. » (Hermann Hesse – Siddartha) – Que peu de gens en sont capables ! Tous, et toutes, impatients, fébriles, interrupteurs, questionneurs, exhibitionnistes,  ailleurs.

« Vous voulez parler à quelqu’un, ouvrez d’abord les oreilles. » (Joseph Joubert)

« Plutarque disait ‘qu’il faut écouter, ‘ préparé.’ » (Joseph Joubert)

« Porter en soi et avec soi cette indulgence qui fait fleurir les pensées d’autrui. » (Joseph Joubert) 

« Pour tirer quelque chose d’un homme il faut parfois l’encourager par quelque confidence, rien n’est plus propre à  faire parler les autres que de parler de soi-même. » (Machiavel)

« Il existe un indéniable rapport entre la compréhension et l’écoute. » (Michel Maffesoli)

« ‘Il n’est de véritable liberté que dans l’acceptation et dans l’amour de l’inévitable, c’est-à-dire de la nature de la réalité’ (principe spinozien) … Il faut donc, afin de bien entendre les voix de la réalité, être silencieux et écouter avec une grande réceptivité. Il faut donc, si l’on veut permettre aux faits de nous révéler leurs obligations, apprendre une certaine écoute que l’on peut appeler  taoïste (calme, non directive, réceptive, patiente, respectueuse et courtoise envers la question). » (Abraham Maslow – Être humain)

« Ecouter n’est pas nécessaire, il suffit d’en avoir l’air. » (André Maurois)

« La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute. » (Montaigne)

« La mise en place fébrile d’une cohorte de psychologues, acoquinés en cellules de crise, chaque fois que se produit un drame quelconque, un accident, une catastrophe, est devenue l’un des rites essentiels de notre nouvelle religion. » (Philippe Muray) – Il s’agit de transformer des hommes et des femmes respectables en pleurnichards invertébrés, pour les média de faire de l’audimat sur la douleur, pour les pouvoirs publics de se faire valoir en tirant parti de tout, comme lors des attentats. Minable. Ecœurant. Accessoirement grotesque.

« Aujourd’hui on ne sait plus parler parce qu’on ne sait plus écouter. » (Alfred de Musset)

« Jugement, Interprétation, Soutien, Enquête, Solution. » (Elias Porter – Les cinq écueils de l’écoute.

« Nous avons une oreille de plus que la bouche n’a de langue …  ‘On dit que la ‘physis’ nous dotant de deux oreilles et d’une langue, conçut de nous obliger à moins parler et à mieux entendre’. » (Pascal Quignard – citant Plutarque) 

« Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un Etat. » (cardinal de Richelieu) – Raison pour laquelle nous avons deux oreilles et une bouche.

« Comment l’empathie peut-elle s’exprimer dans un monde de simulacres dans lequel disparaissent les ressources émotionnelles ? » (Jeremy Rifkin) – Tous sur nos écrans 

« Vous parliez beaucoup avec des gens bien ennuyeux – Je parlais de peur d’avoir à écouter. » (Rivarol)

« Trois niveaux d’écoute qui se superposent (pour essayer d’atteindre à la pratique de ce qu’on appelle l’empathie) : auditive, intellectuelle et en esprit ; lequel requiert un état de vacuité de toutes les facultés, c’est l’être tout entier qui est à l’écoute. » (Marshall Rosenberg – La communication non violente)

« Ecouter l’autre devrait au moins avoir pour conséquence de ne pas nous écouter … Ecouter ne constitue pas le pôle passif de l’échange … il faut beaucoup de vigilance et d‘intériorité créatrice pour susciter cet espace d’accueil dans lequel les propos de l’autre pourront prendre place ; Recevoir, se montrer capable de recevoir, nécessite autant d’initiative et de générosité que donner, à tel point que les  égoïstes, les infirmes de l’échange, ne sauront jamais écouter. » (Pierre Sansot)

« A trop écouter, n’use-t-on pas sa disponibilité … Ces gens-là (les professionnels de l’écoute) cheminent dans le scrupule, courbés sous le poids des propos si bien entendus … ne suintent-ils pas d’humilité, de don de soi, dans l’attente d’un nouveau désespoir, d’un nouveau cas. J’aimerais les surprendre en colère, en état d’égoïsme, voire de méchanceté. » (Pierre Sansot)

« C’est tellement rare, tellement improbable, tellement miraculeux, que c’est peut-être ça la civilisation, la culture, rencontrer quelqu’un qui écoute. » (Michel Serres)

«  Si l’oreille est remplie d’un son, elle n’entend plus aucun autre son … Pour que l’on puisse recevoir, il faut être disponible, libre et dépouillé. » (Jean Tauler) 

« Qui répond avant d’avoir écouté passe pour fou et se couvre de confusion. » (Ancien Testament – Livre des Proverbes)

« Savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres. » (Léonard de Vinci)

« Ecoute, écoute bien, première phrase de tout enseignement. » (?)

« Savoir écouter l’herbe pousser. » (adage) – Entendre, comprendre ce qui monte sans bruit et ce qui, demain, éclatera.

« Ne te contente pas d’agir, sois là.» (précepte bouddhiste)

« Bon entendeur est toujours vainqueur. » (proverbe)

« Si j’écoute, c’est moi qui profite ; si je parle, c’est les autres. » (proverbe)

« Ecoute mille fois, ne parle qu’une. » (proverbe)

« Qui écoute et se tait laisse le monde en paix. » (proverbe)

« Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son. » (proverbe)

« Ecouter quelqu’un qui parle, c’est s’en faire un ami. » (?)

« Personne n’écoute vraiment les autres, il suffit d’essayer pour savoir pourquoi. » (?)

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