240, 3 – Transmission

 « Nous sommes les enfants de personne. » (Jacques de Guillebon) – Comme il faut bien être quelqu’un malgré tous les non-étants (Bobos) on devient identitaire ou djihadiste suivant l’occasion. Bravo les déconstructeurs.

– La transmission œuvre au transport des messages dans le temps, la communication achemine ceux-ci à travers l’espace.

« Je ne suis pas chargée de vous le faire croire mais de vous le dire. » (sainte Bernadette Soubirous)

– On ne peut découvrir par soi-même que si on a reçu préalablement. Nous ne pensons que parce que d’autres ont pensé avant nous. Il n’y a que l’Education nationale pour ignorer cette évidence, avec les résultats que l’on sait.  Tradition égal transmission.

– La créativité ( soit la capacité de s’extraire du cadre habituel, de rapprocher des éléments apparemment dépourvus de rapports entre eux ), se fait en prenant appui sur une culture, soit sur des choses déjà inventées, des concepts déjà établis, des connaissances déjà acquises et transmises par nos prédécesseurs. D’où la nécessité de la transmission aujourd’hui abolie. Les très grands créateurs sont des gens qui ont eux-mêmes d’abord beaucoup imité, beaucoup copié, les peintres, les écrivains, les bâtisseurs, les scientifiques, les ingénieurs…  Peu ont vraiment inventé. Ils ont présenté ou assemblé autrement des idées, des concepts déjà existants. En imitant, on apprend comment l’autre a créé, et, ce faisant, on apprend à créer. Toute filiation commence par une imitation, donc par l’acquisition d’une culture préexistante. « Chaque homme profite des découvertes de ceux qui sont venus avant lui. Chacun se hisse sur les épaules de ses prédécesseurs » (Jean  d’Ormesson )

– Quand toutes les conditions de la transmission sont détruites, chacun se retrouve transformé en sujet de son propre apprentissage. Situation assurément excessivement pénible, sinon douloureuse et culpabilisante, sert à enfoncer encore plus les défavorisés ; ambition française actuelle. L’absence, le refus, de transmission n’est pas un acte d’amour, c’est une manifestation d’indifférence, et tôt ou tard les victimes le ressentiront ainsi. « Il est craint et adoré en même temps … Dans la classe de M. Germain, pour la première fois, ils sentaient qu’ils existaient, et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération : on les jugeait dignes de découvrir le monde. » (Albert Camus – Le premier homme – sur l’instituteur de son enfance)

– Nous sommes tous pareils. Quand une génération a disparu la suivante se lamente de constater qu’elle a omis de s’informer sur la précédente, de lui manifester quelque intérêt, de savoir comment elle avait vécu, avec quelles idées, quels moyens, quelles expériences, comment eux, les parents, avaient ressenti les événements de leur époque, comment ils les avaient vécu… enfin de les connaître vraiment. Il est trop tard. Le fil est cassé. On n’a pas su le saisir quand c’était possible. On le regrette et toutes les générations à venir recommenceront dans la même indifférente insouciance qu’elles regretteront quand leur tour approchera de laisser la place.  

– Que les jeunes gens, ne perdent pas une occasion de faire raconter leurs souvenirs à leurs anciens. Ils y apprendront probablement, ne serait-ce que leurs erreurs. Ils regretteront sûrement un jour d’y avoir manqué, mais il sera trop tard. De même que beaucoup regrettent de ne pas leur avoir manifesté plus de présence et d’affection – « La responsabilité de la transmission n’est pas le seul fait des parents … Cette responsabilité incombe aussi aux enfants. S’ils n’ont pas posé de questions … Ils portent la responsabilité de n’avoir reçu aucune transmission de la tradition. » (Jean-Pierre Winter)

– L’homme moderne qui prétend se faire tout seul (ou qu’on laisse se faire tout seul, depuis la disparition des pères orchestrée par le féminisme de combat) rappelle l’histoire absurde de l’auto-engendrement, dont la figure du baron de Münchausen tirant sur la tige de ses bottes pour s’extraire d’un marais offre le symbole dérisoire.

– N’oublions pas que si le refus de procréation éteindrait l’humanité en quelques dizaines d’années, le refus de transmission éteindrait la civilisation dans à peu près le même laps de temps.

– Si la communication est horizontale, la transmission est verticale.

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« Dans la société aristocratique, la quasi-immobilité des temps et des lieux rendait les générations ‘contemporaines’ … L’existence démocratique moderne perturbe le lien ‘qui unit les générations entre elles ; chacun y perd aisément les idées de ses aïeux ou ne s’en inquiète guère’. » (Myriam Revault d’Allonnes – citant Alexis de Tocqueville) 

 « Si nous ne leur transmettons pas le monde, ils le détruiront. » (Hannah Arendt – La crise de la culture)  

« Le conservatisme, pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation. » (Hannah Arendt)

« L’autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut signifier qu’une chose : que les adultes refusent d’assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé leurs enfants… C’est comme si chaque jour les parents disaient : ‘Vous devez faire de votre mieux pour vous en sortir, nous sommes innocents, nous nous lavons les mains de votre sort’. » (Hannah Arendt)

« Le concept sublime du progrès humain a été dépouillé de son sens historique et perverti en un pur fait naturel, en vertu duquel le fils est toujours présenté comme meilleur et plus sage que son père et le petit-fils plus libre à l’égard des préjugés que son grand-père … A la lumière d’une telle évolution, l’oubli est devenu un devoir sacré, le manque d’expérience un privilège et l‘ignorance une garantie de succès. » (Hannah Arendt – citée par Raffaele Simone)

« Moins le legs de nos ancêtres pèse sur nous, plus nous avons de marge pour nous définir, plus aussi cette définition devient souple et incertaine … Narcisse a besoin de multiplier les représentations pour se sentir exister. » (Claude Arnaud)

« Chaque époque se choisit un passé, en puisant dans le trésor collectif, chaque existence nouvelle transfigure l’héritage qu’elle a reçu, en lui donnant un autre avenir et en lui rendant une autre signification. » (Raymond Aron) – Ce n’est plus vrai dans notre société qui ne veut plus, et n’a plus, de passé ; excepté quelques imprécations superficielles d’une ignorance crasse pour servir des fins sordides.

« La mémoire collective, c’est-à-dire les événements réels remémorés de manière réaliste par une société, est à peu près fiable sur trois ou quatre générations … C’est aussi le nombre de relais exigés pour la création et la transmission d’un patrimoine culturel, comme, à l’inverse, autant de générations peuvent réussir une intégration complète à une culture étrangère. Il paraît raisonnable de retenir le siècle comme unité de compte du temps culturel primitif. » (Jean Baechler) – Seulement primitif ?

« On devrait inculquer à ses enfants un peu de pessimisme, ne serait-ce qu’à dose homéopathique, afin de ne pas les lâcher dans la vie armés de leurs seules illusions. On leur éviterait bien des souffrances ultérieures. » (Olivier Bardolle) – C’est évident. Mais que deviennent alors l’enfant roi et les parents adorateurs ?

 « ‘Vous n’avez rien à transmettre’, premiers mots d’un inspecteur général à des débutants dans le métier de professeur … Désormais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un chemin personnel, produire son propre savoir. » (François-Xavier Bellamy)

« Phénomène unique, rupture inédite : une génération s’est refusée à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immémoriale qui constituait son héritage … Ligne de conduite délibérée. » (François-Xavier Bellamy)

 « Il ne reste plus qu’à proposer des ‘savoir-faire’, des ‘savoir-être’ ; tous ceux qui enseignent, tous ceux qui transmettent sont coupables … Nous voulions dénoncer des héritages ; nous avons fait des déshérités. » (François-Xavier Bellamy) 

« Mais, contrairement à l’animal, qui possèdent ses aptitudes dés l’instant de sa naissance, l’homme n’est pas un être d’immédiateté. L’homme se distingue par le fait qu’il a besoin de l’autre pour accomplir sa propre nature, besoin d’une médiation. » (François–Xavier Bellamy)

« L’homme est par nature un être nécessiteux. Ce qui est augmenté par la transmission de la culture ce n’est pas l’acquis, le savoir, le ‘capital culturel’ de l’individu mais son être même … L’illusion absolue que constitue l’utopie numérique lorsqu’elle nous fait croire qu’il n’est plus besoin d’apprendre, puisque tout le savoir est désormais stocké et partout accessible. Quelle incroyable erreur … avoir appris un poème et savoir le trouver sur le Web n’est pas du tout la même chose … pouvoir trouver de grandes dates ne dispense pas d’apprendre la chronologie de notre histoire… » (François-Xavier Bellamy)

« La culture est le seul héritage qui s’accroît à mesure qu’il est transmis. » (François-Xavier Bellamy)

« Pour avoir une chance de devenir libre, il faut naître dans un monde dont quelque chose soit dit, et dont quelque chose soit interdit. » (François-Xavier Bellamy)

 « Dans le culte de la spontanéité, un objet concentre à lui seul tout le rejet de la transmission : le livre est nécessairement, si la culture est la cause de l’aliénation, l’ennemi à abattre … Fixité, non participatif, non interactif donc inégalitaire… » (François-Xavier Bellamy)

« Lien entre culture et transmission : l’héritage culturel est constitué dans l’acte même qui le transmet. Il ne se stocke pas, il ne se garde pas pour soi, il n’est protégé que lorsqu’il est partagé … ce qui le rend infiniment fragile. » (François-Xavier Bellamy)

« Notre modernité triomphante a bien accompli la déconstruction libératrice qu’elle s’était donnée pour but : plus de tradition, plus de transmission, plus de médiation. » (François-Xavier Bellamy) – Quelle différence avec les destructions de monuments historiques par les barbares de Daech ?

« L’homme est un héritier. Le monde n’est pas né avec lui, quand il y entre il recueille dans son héritage ce qu’ont découvert et accumulé les générations passées … Ce qu’il n’a ni vérifié, ni créé, ni inventé, ni trouvé, ni forgé … Le fait fondamental de la transmission fait de chacun d’entre nous le bénéficiaire de cadeaux sans nombre. Tout homme conscient se reconnaît débiteur, dit Bertrand de Jouvenel. » (Philippe Bénéton)

« Les personnes délestées de leur expérience sont désormais dénuées d’histoire. » (Walter Benjamin)

« Qui peut encore, aujourd’hui rencontrer des gens capables de raconter quelque chose avec rectitude ? … L’expérience a subi une chute de valeur … L’art de raconter, comme la capacité d’échanger des expériences, s’achemine vers sa fin.» (Walter Benjamin) – D’après l’auteur ce déclin serait une conséquence directe de la Première Guerre mondiale et du mutisme des soldats revenus du front (réticence à raconter l’horreur, devant, en plus, des gens saturés de propagande imbécile).

 « Quand la difficulté de se dire à un autre s’entremêle à un accueil inhospitalier de son témoignage, l’attitude de non-écoute peut générer en lui (le locuteur potentiel) une souffrance destructrice … Quand se forme un écart incommensurable entre le vécu transmis et celui de la communauté ‘d’accueil’. » (Walter Benjamin)

« Nous sommes devenus pauvres. Nous avons sacrifié bout après bout le patrimoine de l’humanité … Nous avons dû le mettre en dépôt au mont de piété pour recevoir en échange la petite monnaie de l’actuel … Que vaut en effet le patrimoine culturel s’il n’est pas lié à l’expérience ? Pauvreté de nos expériences privées, mais aussi celles de l’humanité. Et c’est en cela une nouvelle forme de barbarie … Car la pauvreté d’expérience, où mène-t-elle le barbare ? Elle le mène à recommencer depuis le début : recommencer à nouveau, s’en sortir avec peu, reconstruire avec peu, sans regarder ni à droite ni à gauche. » (Walter Benjamin – sur la nouvelle incapacité de raconter, d’échanger des expériences, et même d’avoir une expérience, de transmettre…)

 « Qui oserait même tenter de se débarrasser de la jeunesse en la renvoyant uniquement à sa propre expérience ? » (Walter Benjamin)

« C’est depuis le lieu profond des racines que se forme le mouvement ascendant qui va  s’étendre et se métamorphoser en l’embranchement multiple de l’arbre végétal comme de l’arbre humain. » (Henri Bosco)

« La transmission est la tactique par laquelle les puissants conservent et reproduisent leur domination. » (Pierre Bourdieu) – Mais, bien entendu, cela ne peut être reproché qu’au conservatisme, le progressisme ne saurait se livrer à une telle mesquinerie.

« Être ‘romain’, c’est se percevoir comme grec par rapport à ce qui est barbare, mais tout aussi bien comme barbare par rapport à ce qui est grec. C’est savoir que ce que l’on transmet, on ne le tient pas de soi-même, et qu’on ne le possède qu’à peine, de façon fragile et provisoire. » (Rémi Brague – sur la romanité, mais en finale sur la transmission)

« On ne peut donner que deux choses à nos enfants : d’abord des racines et ensuite des ailes. » (proverbe – sur le multiculturalisme)  – A défaut d’avoir intégré sa propre culture, on ne peut rencontrer les autres cultures, à défaut de se connaître soi-même on ne peut rencontrer l’autre. – « N’avoir qu’une culture nationale est mortel pour l’esprit ; ne pas en avoir est aussi mortel. » (Pascal Bruckner)

« Des gens qui ne regardent jamais en arrière vers leurs ancêtres ne regarderont jamais en avant vers leur postérité. »  (Edmund Burke) – « Non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants. » (Alexis de Tocqueville)

« L’origine, il en faut pour qu’il y ait de la distance, comme il faut de ‘l’ici’ pour qu’il y ait de ‘l’ailleurs’. » (Renaud Camus) – Mais, comme justement, on ne veut plus d’ailleurs, plus de ‘dehors’, plus d’autre, mais tout du même, l’idéal de la mondialisation de tout.

« Si la société petite-bourgeoise voulait bien un moment sortir d’elle-même, et considérer dans les autres sociétés autre chose que ce qui l’annonce elle, si elle consentait à envisager cet autre chose que comme un ramassis de manifestes aberrations … elle s’aviserait sans mal que toutes les grandes cultures, toutes les civilisations même, ont attaché la plus grande importance à l’hérédité, à la transmission héréditaire, aux ancêtres, aux morts, au ‘don des morts’. » (Renaud Camus)

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » (René Char) – Déplorant l’absence de transmission

« Nous sommes comme des nains assis sur les épaules de géants … Si nous voyons plus de choses que les Anciens, c’est parce qu’ils nous exhaussent de leur taille gigantesque. »  (Bernard de Chartres – approx.)

« Un monde humain est un monde durable. On ne l’aime que si on y sent la trace de son père et une promesse pour son fils. » (Matthieu Bock-Côté)

« Communiquer ? Transporter une information à travers l’espace. Transmettre ? Transporter une information à travers le temps. La communication a rongé, harcelé, puis finalement phagocyté la transmission, comme l’esprit d’Amérique, l’esprit d’Europe. » (Régis Debray)

« Le seul vrai péché est la limite … Disons que je dérange plutôt les choses. Aucun fait n’est à mes yeux sacrés, aucun n’est profane non plus ; j’expérimente, tout simplement, je suis un chercheur perpétuel, sans Passé dans mon dos. » (Ralph Waldo Emerson – Cercles) – Parfait manifeste de refus de transmission, d’individualisme exacerbé, d’autogénèse, d’existentialisme avant la lettre.

« L’un sème, l’autre moissonne. » (Evangiles)

« Ce qu’on a perdu, la verticalité : une notion indispensable à la transmission qui s’effectue de haut en bas ; de père en fils, de maître à élève … Par le passé, des artistes comme Racine ont su embellir des choses abominables comme le parricide, pour en faire de la tragédie. Aujourd’hui, dans l’ère de la communication, nous sommes pris dans un processus horizontal qui nous fait choisir entre un match de foot et un talk-show. » (Frédéric Ferney)

« Quel homme de noble caractère ne souhaite pas revivre sa propre existence dans ses enfants et dans ses enfants de ses enfants … Qui ne souhaite déposer à la postérité et dans les âmes de ses descendants ce qu’il a de meilleur … Répandre le grain qui va germer … Transmettre …  La croyance de l’être noble dans la pérennité de son activité, même sur cette terre … dans le lien qui le rattache à sa nation, et, par l’intermédiaire de celle-ci, à l’espèce humaine tout entière … L’homme ne peut s’aimer lui-même qu’à la condition de se percevoir comme quelque chose d’éternel ; sinon, il ne peut même ni s’estimer, ni s’approuver. » (Fichte) – L’humaniste plus que le nationaliste.

« Les anciens transmettaient leurs connaissances dans le milieu professionnel ou dans la vie familiale. Aujourd’hui, monde à l’envers, nos jeunes sont détenteurs du savoir technique et ce sont eux qui l’enseignent aux aînés. ‘Viens, papy, on va te montrer comment fonctionne internet.’ » (Eric de Ficquelmont)

« La transmission est un préalable nécessaire à la liberté. Il faut de l’école pour que le genre humain puisse vivre débarrassé de ses pédagogues. La première mission de l’école est l’introduction du ‘nouveau venu’ dans un monde plus ancien que lui. » (Alain Finkielkraut)

« Reste à savoir, dans un monde qui remplace l’art de lire par l’interconnexion permanente et qui proscrit l’élitisme culturel au nom de l’égalité, s’il est encore possible d’hériter et de transmettre. » (Alain Finkielkraut)

 « Sans l’hypothèse d’une âme collective, d’une continuité de la vie psychique de l’homme, qui permet de ne pas tenir compte des interruptions des actes psychiques résultant de la disparition des existences individuelles, la psychologie collective, la psychologie des peuples ne saurait exister. Si les processus psychiques d’une génération ne se transmettaient pas à une autre, ne se continuaient pas dans une autre, chacune serait obligée de recommencer  son apprentissage de la vie, ce qui exclurait tout progrès et tout développement. » (Sigmund Freud – Totem et Tabou) – En détruisant tout, les déconstructeurs (comme les révolutionnaires) qui règnent dans le milieu médiatique et le showbiz espèrent bien, après avoir fait ainsi table rase, pouvoir tout régenter dans le sens de leurs sordides intérêts grâce à l’abrutissement général obtenu sur peu de générations.

« Il y a transmission dans les sociétés humaines parce qu’elles sont historiques et que le transfert des acquis, d’une génération à l’autre, est, pour toute société, la condition de sa survie dans le temps. » (Marcel Gauchet) – On ne va donc pas survivre longtemps.

« Quand l’humilité inhérente à la relation maître-disciple est vécue comme humiliante, la transmission du passé devient difficile, voire impossible. » (René Girard)

« Nous adorons nous conjuguer au présent, nous avons oublié de nous accorder au passé et nous sommes incapables de nous décliner au futur. Dés lors, sans rétroviseur ni jumelles, nous avons perdu le goût de la transmission. » (Damien Le Guay)

« Un rapport confiant à la tradition est indispensable pour fonder l’acte de transmettre. » (Jean-Claude Guillebaud)

« J’avais à cœur … de ramener parmi nous un sentiment de justice et de sympathie envers nos anciens souvenirs, envers cette ancienne société française qui a laborieusement et glorieusement vécu pendant quinze siècles pour amasser cet héritage de civilisation que nous avons recueilli. C’est un désordre grave et un grand affaiblissement que l’oubli de son passé. » (François Guizot – Mémoires – cité par Olivier Rey)

« Autrefois, le fils reprenait le métier du père. Il y avait une transmission traditionnelle. En créant un système de mobilité sociale, où chacun doit découvrir ce qu’il veut faire, on a aussi créé un système d’incertitude. » (Fabrice Hadjadj)

« La culture a été condamnée au prétexte de son inutilité dans le monde moderne, technicien, et plus radicalement encore au nom de la lutte des classes et de l’égalitarisme. » (Jean-Louis Harouel) – Elle est remplacée par le stupide autant qu’abrutissant divertissement médiatique. 

« La culture repose sur la transmission privilégiée de la tradition, alors qu’en démocratie la tradition ne se voit reconnaître aucune autorité particulière. » (Jean-Louis Harouel)

« Le pouvoir intellectuel et spirituel traditionnellement assumé par ceux qui, accomplissant en eux le grand mouvement d’auto-accroissement de la vie, se donnaient pour tâche de le transmettre à d’autres en une répétition possible, ce pouvoir a été arraché aux clercs et aux intellectuels par de nouveaux maîtres qui sont les serviteurs aveugles de l’univers de la technique et des médias, par les journalistes et les hommes politiques. » (Michel Henry)

« Nulle génération ne peut léguer à celle qui suit ce qu’elle ne possède pas. » (Walter Hooper) – Rompre la chaîne de transmission ; c’est toute l’ambition des innombrables ministres de l’éducation nationale alliés aux média pour arriver à des générations enfin définitivement moutonnières.

« La terre appartient aux vivants, pas aux morts … Chaque génération détient l’usufruit de la terre pendant le temps de sa persistance. Si elle cesse d’exister, l’usufruit est transmis librement et sans entraves à la génération suivante … Mettez l’accent sur ce que vous êtes. N’imitez jamais. » (Thomas Jefferson) – Il s’agissait évidemment pour le Nouveau Monde de « se détacher de la puissance coloniale européenne … d’établir une discontinuité historique par la mise entre parenthèses ou la neutralisation de l’origine … La sur-nation autodidacte s’apprêtait à prendre la place du Vieux Monde … L’isolationnisme de la doctrine Monroe vise la vieille Europe tenue pour incurablement décadente … Comme l’avait prévu Hegel, l’histoire cessait d’être l’institutrice de la vie. » (Peter Sloterdijk – commentant et qui cite aussi la déclaration des droits de l’homme de 1793 « Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. » ) – Même la notion de melting pot ressort de cette exigence de rupture avec la transmission et même avec la tradition.

« Les conditions de la transmission qui étaient celles d’une identité dans le temps sont transformées … car c’est beaucoup de l’unité et de l’existence de la personne qui s’en vont … Seul l’argent circule entre les générations … L’industrie de la transmission va bien. C’est dire que la transmission va mal … Il y a plus d’argent qui passe parce que plus rien d’autre ne passe … Liquidation du capital structurel non monétisable … Entre les générations, le temps s’est congelé … Ce n’est plus aux parents, aux grands-parents, au maître ou au prêtre de transmettre ce que souvent ils ne possèdent plus : l’usage du monde. Ils n’ont plus les clefs du réel. Les modes d’emploi, les codes, les normes font société entre les mêmes, au sein d’une classe d’âge, et expliquent les leaders de groupe. » (Hervé Juvin)

« La transmission n’est désormais pensée que sur le registre étroit de l’utilité sociale. » (Zaki Laïdi) – Fabriquer de bons laquais.

 « La transmission résulte d’un enchevêtrement de trois éléments : – La reconnaissance d’une référence absolue qui crée une obligation pour les vivants vis-à-vis des générations futures – L’existence de lieux symboliques ou institutionnels où elle prend place – L’acceptation de médiations qui n’ont de sens que si elles s’inscrivent dans la durée … Or aucune de ces conditions ne va de soi aujourd’hui … Comment penser la valeur de la transmission dans une société qui ne reconnaît que la valeur de l’échange ? (malaise enseignant) … Rien n’est plus étranger aux sociétés postmodernes que l’idée d’une paternité symbolique autorisant une prise de parole. Le seul fondement communément accepté est le fondement démocratique … lequel précisément rejette l’argument d’autorité. La démocratie n’est-elle pas l’expression du relativisme et des choix ? » (Zaki Laïdi)

« La transmission indique que nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine ; nous recevons un héritage et ceux qui nous le transmettent l’ont eux-mêmes reçu des générations précédentes. (Nathalie Sarthou-Lajus)

« L’effacement des rites d’initiation, pour marquer le passage de l’enfance à l’âge adulte, expose la jeunesse à s’attarder dans une adolescence sans fin qui participe de son actuelle désorientation. L’adolescence censée être une période de transition … semble durer une éternité impossible à délimiter. » (Nathalie Sarthou-Lajus)

« Les adultes refusent souvent de transmettre parce qu’ils confondent la transmission avec l’endoctrinement. La différence … c’est d’abord l’intention de celui qui transmet plus que le contenu de la transmission … éducation au choix et à la liberté individuelle, marquant des préférences peut-être mais pas un savoir, contre l’intention de rendre identique à soi-même par la contrainte … Le risque, c’est quand le désir de ne rien vouloir imposer se transforme en désir de ne rien proposer pour laisser libre cours à une spontanéité créatrice. Car l’abandon à soi-même peut être très angoissant quand l’identité est incertaine et que les désirs sont flous. » (Nathalie Sarthou-Lajus)

« Le vide de transmission est aujourd’hui tout aussi pesant qu’à pu l’être autrefois l’héritage imposé par les maîtres et les pères. De nombreux jeunes se radicalisent parce qu’ils se trouvent dans la situation pathétique de déshérités souffrant d’un vide de signification … Ils se soumettent à des maîtres ou à des gourous qui les déchargent de la responsabilité de donner du sens par eux-mêmes à leur vie. » (Nathalie Sarthou-Lajus)

« Les parents modernes tentent de faire en sorte que leurs enfants se sentent aimés et voulus ; mais cela ne cache guère une froideur sous-jacente, élément typique de ceux qui ont peu à transmettre à la génération suivante et qui ont décidé, de toute façon, de donner priorité à leur droit de s’accomplir eux-mêmes. » (Christopher Lasch)

« Parce qu’il ne peut plus compter sur l’autre pour poser la limite, le sujet d’aujourd’hui, pour que cette opération ait lieu, ne peut plus compter que sur lui-même. Mais recevoir la limite de l’autre ou devoir se l’imposer soi-même n’est pas du tout équivalent. Se l’imposer soi-même, tâche à recommencer sans cesse, est beaucoup plus difficile et lourd à porter …Tout peut-être à chaque fois renégocié, tout est toujours susceptible d’être remanié. » (Jean-Pierre Lebrun) – Faute d’une transmission adéquate.

« L’humanité est talonnée par la nécessité de se fonder pour vivre » (Pierre Legendre) – Mais nous sommes devenus tellement malins que tout cela est bien inutile.

« ‘La colombe légère, qui, dans son libre vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide’. Sauf que dans le vide, nous dit Kant, elle ne volerait pas du tout … ‘Faute de ‘oint d’appui’ on se condamne à ne faire aucun chemin’, conclut le philosophe. » (Bérénice Levet)

« Rien de plus légitime que de vouloir affranchir les esprits des préjugés qui les accablent, mais le risque n’est-il pas d’assimiler tout ce qui a été ‘jugé’ avant nous, par d’autres que nous, à des préjugés ? … Tel un bagage encombrant. » (Bérénice Levet) – Insupportable prétention de l’homme moderne – « Heidegger se trompe, l’homme n’est pas ‘jeté dans le monde’. » (Hannah Arendt)

« L’éducation consiste en une série de désidentifications : désidentification religieuse (catholique exclusivement), désidentification nationale et, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle … Cette non-transmission engendrant des êtres pensant comme ‘on’ pense, sentant comme ‘on’ sent, jugeant comme ‘on’ juge…» (Bérénice Levet)

« Cinquante années d’éducation progressiste qui, depuis les années 70, a fait de la liberté de l’enfant, de son génie originellement créateur, un alibi pour se dispenser de la tâche de transmettre l’héritage … ‘D’autant que l’âme est plus vide et sans contrepoids, elle se baisse plus facilement sous la charge de la première persuasion’ (Montaigne). » (Bérénice Levet) – La fabrique des zombies, des laquais gauchistes stupidifiés dès les bancs de l’école, et fiers de l’être.  

« L’une des caractéristiques de la génération 68 est qu’elle a interrompu la transmission en prolongeant à l’infini ce moment où l’on reçoit des soins sans en prodiguer soi-même : c’est ainsi que l’aventure humaine risque d’être déséquilibrée du côté de l’enfance. » (Elisabeth Lévy)

« Pour la première fois dans l’histoire, une génération refuse …  d’accomplir son devoir de transmission, de rendre des comptes à ses parents sur ce qu’elle a reçu et de remettre le monde à ses enfants pour qu’ils l’habitent. … Cette conviction de n’être porteur ni d’héritage, ni de promesse, est au cœur de la volonté d’affranchissement absolu censée caractériser la révolution ‘libertino-libertaire. » (Elisabeth Lévy)   

« Les enseignants (de jadis) ne façonnaient pas l’homme suivant un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu … Aujourd’hui, on sait comment produire une conscience. » (C. S. Lewis)

« Je souhaiterais d’avoir un enfant qui pût tout assimiler de moi ; je voudrais l’avertir de tout ce que j’ai compris trop tard, de ce que j’ai omis. Les parents n’instruisent pas assez leurs enfants de ce qu’ils doivent reconnaître avoir raté. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« Le dépassement de l’être n’est possible … que pour celui qui est parti d’une position assurée et a réalisé en premier lieu sa nature propre. » (Jean-Paul Lippi)

« La tradition ne consiste pas dans la vénération des cendres mais dans la transmission du feu. » (Gustav Mahler)

« La staritude génétique : le cinéma français, emblématique de la méritocratie français, tous fils ou filles d’acteurs … En politique, même transmission d’ADN d’une génération à l’autre, on sait placer ses rejetons. » (Corinne Maier) – La dynastie des Debré, et de bien d’autres.

« Nous aimons le nouveau, mais à une condition, c’est que ce nouveau continue véritablement l’ancien et s’ajoute sans la détruire à la substance acquise. Discerner, pour l’accueillir et l’assumer, tout ce que le nouveau apporte de valeurs humaines authentiques mais ne jamais accepter ce qui, dans la nouveauté, voudrait rejeter l’acquis de l’ancien.  » (Jacques Maritain)

« Doué d’un pouvoir de connaître illimité, mais qui doit cependant avancer pas à pas, l’homme ne peut progresser dans sa propre vie, intellectuellement et moralement, que s’il est aidé par l’expérience collective que les générations précédentes ont accumulée et conservée. » (Jacques Maritain)

« A partir du moment où l’on considère que tout ce qui intéresse les jeunes, c’est eux-mêmes, plus aucune transmission n’est possible. » (André Markowicz) – Il est bien vrai qu’on n’ose pas transmettre à des idoles ; et que leur transmettrait-on  d’ailleurs ?

« Nous dépendons de nos contemporains. Nous dépendons bien plus de nos prédécesseurs. » (Charles Maurras)

« Ce que les parents veulent désormais transmettre aux enfants, c’est une position sociale. C’est horrible ! » (Charles Melman) – Si ce n’est pas totalement horrible, c’est du moins fort limité.

« En rabattant la figure du maître comme sujet supposé savoir sur celle du maître comme oppresseur, on se donnait sous des apparences révolutionnaires, les moyens de détruire toute transmission du savoir critique. » (Jean-Claude Michéa) – L’enseignement de l’ignorance) – Et c’était bien le but poursuivi par la fabrique des laquais.

« Si mai 68 n’est rien en soi … un non-événement, cette construction idéologique marque bien le passage de la verticalité à l’horizontalité, notamment dans le refus d’hériter et de transmettre. » (Richard Millet)

« Considérer qu’on peut améliorer certaines idées ou certaines façons de vivre héritées de nos ancêtres n’implique pas qu’il faille transmettre à la nouvelle génération une société chaotique, divisée, méconnaissable.  » (Douglas Murray)

« Nous n’accumulons plus, nous dissipons les capitaux des ancêtres. » (Nietzsche)

Facteurs contribuant à la transmission et aujourd’hui délégitimés et même méprisés : :« Chaque homme profite des découvertes de ceux qui sont venus avant lui. Chacun se hisse sur les épaules de ses prédécesseurs. » (Jean d’Ormesson – reprenant l’aphorisme de Newton) –  Cette considération respectueuse ajoutée à « la force messianique de la génération précédente projetant son droit sur la génération suivante » (Raffaele Simone) – « De nos jours, un esprit moderne (disons un Jacques Attali ou un Claude Allègre) aurait plutôt tendance à considérer que nous sommes des ‘géants juchés sur des épaules de nains’. » (Jean-Claude Michéa) 

« L’homme n’est jamais un premier homme, il ne peut continuer à vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé, voilà son seul trésor, son privilège, son signe. » (Ortega y Gasset)  

« Comment retrouver, dans un monde devenu horizontal, le sens de la lignée, si fort au temps où les familles constituaient un temps vertical ? » (Mona Ozouf – évoquant le romancier Henry James)

« Nous vous transmettons ce que nous avons reçu. » (saint Paul) – Et aussi nos erreurs, nos fautes, afin que, peut-être, elles puissent un peu servir.

« Et que le monde ancien prévienne ses enfants. » (Francisco de Quevedo)

« Le refus de transmettre la loi, de ménager sa place au négatif porté par l’interdit n’ouvre pas sur un monde de jouissance, mais sur un monde où l’accès à l’humanité est rendu plus difficile de devoir être inventé par chacun, vaille que vaille, à partir de morceaux dispersés, de bribes qui traînent. » (Olivier Rey)

 « L’adulte ne doit en aucun cas se poser en modèle, interposer sa  personne entre l’enfant et le monde. Aux transmissions autoritaires d’une génération à l’autre s’est substituée, dans l’idéal pédagogique, une auto-construction de l’enfant à travers l’élaboration de ses savoirs et l’expression de soi… Tels doivent être les adultes : fournisseurs de prestations, éclairés par la science. » (Olivier Rey) – Ou comment fabriquer des zombies.

« C’est par la conscience de la vieillesse du monde… et donc en assurant la transmission du monde comme ‘passé’, que l’éducation peut offrir aux enfants et aux adolescents le monde comme ‘avenir’. » (François Ricard)

« Ennemie de toute autorité comme de toute ‘hauteur’, tenant pour illégitime tout ce qui prétend fixer le mouvement de l’existence et assigner des bornes au désir, comment cette génération aurait-elle accepté de transférer la moindre part d’elle-même à ce qui ne serait pas, à ce qui ne serait plus entièrement elle-même ? » (François Ricard – sur la rupture de tradition des années soixante…) – D’ailleurs comment transférer le vide ?

« La chute du principe d’autorité a interrompu le lien, actif depuis des millénaires, entre les Jeunes et les Vieux (tous deux compris moins comme âges de la vie que comme catégories ontologiques). Les Vieux ont cessé d’être un patrimoine commode et ’portatif’ de savoir et d’expérience pour les jeunes générations (et même sont-ils devenus étrangers, encombrants, des trouble-fête) … Chaque génération préfère renaître ‘ex novo’, vierge et ignare presque comme au premier jour de la création : l’opinion et le savoir des prédécesseurs sont devenus méprisables et sans valeur ; oublier ce que le passé a  accumulé est dans certains cas presque un devoir politique … La fracture est radicale, une faille que l’on ne peut combler …  Parce que, les jeunes ont pris de plein fouet toutes les innovations technologiques de la modernité et leurs conséquences culturelles, détachant ce monde des jeunes, parce que ces générations ont été les premières à disposer d’argent personnel (et on sait que la disponibilité  directe et personnelle d’argent contribue plus que tout à susciter la conscience d’appartenir à une ’classe’ distincte … Soit du point de vue du marketing (encourageant cette tendance) comme une cible. » (Raffaele Simone)

« La famille et le groupe des pairs fournissaient la connaissance ‘évaluative’ (opinions, jugements et préjugés, attitudes émotionnelles, éducation sentimentale et en partie politique, langage), et l’école s’occupait de la connaissance ‘rationnelle’ et scientifique … Le monde extérieur a commencé à produire des masses de connaissance autonomes : culture jeune, formes de consommation, mythe du voyage, phénomènes collectifs, ‘carnaval permanent’ du temps libre, découverte du corps, ésotérisme, refus des formes et des étiquettes, recherche d’expériences extrêmes … On apprend dehors et non plus ‘entre les murs’» (Raffaele Simone) – Maintenant, c’est la rue, la médiasphère, les réseaux dits sociaux, n’importe qui fournissant  n’importe quoi ,n’importe comment.

« Notre société est incapable d’assurer et d’assumer la transmission du savoir et de l’expérience depuis qu’elle a fait de la rupture le moteur de la modernité. Refuser tout héritage, faire table rase du passé, mépriser les modèles et les filiations, rompre systématiquement avec le père : ce geste ‘moderne’ qui nous englue dans le présent, mène aux pires catastrophes, humaines, politiques, économiques. Contre le culte de l’ici-et-maintenant… » (Peter Sloterdijk – Après nous le déluge)

« Les gens qui grandissent sous un régime individualiste subissent une forme de déshéritage intégral … Cette manière étrange dont les jeunes générations se détachent en un bond de leurs parents (jamais vu auparavant) … On ne descend plus d’une lignée d’aïeux, on n’hérite plus de cette lignée, avec sa langue, ses qualités, sa place dans l’être et ses objectifs existentiels … Dans une société qui pratique l’expérimentation, on ne devient pas adulte sans franchir un processus de déshéritage … Plus d’ancêtres pour transmettre par testament un moule complet du monde et de l’existence. On succède à des gens qui, déjà, étaient dans le brouillard … Quand quelqu’un hérite aujourd’hui, on ne demande plus de quoi, mais de combien … La probabilité qu’il la trouve (la manière dont il doit vivre) au fil de sa vie est réduite. Sa vie sera une expérience consistant à chercher une existence… » (Peter Sloterdijk)

« Montherlant avait eu un jugement prophétique quand il disait que les sociétés payent très cher le fait d’avoir constitué la jeunesse comme une entité séparée. C’est le signe que les générations en place ne sont plus sûres de leurs valeurs … Les sociétés se maintiennent parce qu’elles sont capables d transmettre … A partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre … et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades. » (Claude Levi-Strauss) – Alors nous sommes à l’agonie.

« Le chemin qui va du mot grec, latin ou celte, au mot quotidien d’aujourd’hui, installe dans notre conscience un vaste espace temporel …C’est justement cet éloignement qui est indispensable, qui est fécond et qui rend libre. En priver les jeunes générations serait, à travers elles, priver le monde à venir de ces grandes perspectives de l’histoire, incarcérer ceux qui viennent dans l’à-plat du présent, les persuader qu’en fin de compte leur monde se suffit à lui-même, que tout va bien ainsi, qu’il n’ y a rien d’autre à envisager … Assurer l’apprentissage non seulement des langues anciennes, mais plus encore de l’ancienneté de la langue … n’a d’autre sens que d’installer dans l’espace mental, par un éloignement délibéré, la représentation des siècles, des temporalités longues … La reddition  au temps actuel, au désir de courte portée, à l’absence du temps qui demeure le rêve totalitaire par excellence, le rêve de ‘Big Brother’. » (François Taillandier)

 « Une génération qui avait tout reçu a généreusement privé les générations suivantes de ce qui lui avait été donné ; de toute une culture généreuse dans laquelle, précisément, elle avait trouvé les instruments de sa critique, de son refus … Ce dont la nouvelle domination mondiale avait besoin, elle a obtenu à cette date-là que ce fût réclamé à cor et à cri, sous les délicieuses apparences de la libération, par l’ensemble de la jeunesse la plus cultivée et la plus brillante, c’est-à-dire des futures élites … En une génération, on a démoli toute la baraque, je ne dis pas qu’elle était parfaite la baraque, mais elle avait l’avantage d’exister. A présent il n’y en a tout simplement plus. » (François Taillandier – sur mai 68)

« Chaque génération n’est que la gérante temporaire et la dépositaire responsable d’un patrimoine précieux et glorieux qu’elle a reçu de la précédente à charge de la transmettre à la suivante. » (Hippolyte Taine) – De quoi faire bien rire partie de la génération actuelle.

« Un fonds d’idées et de tradition commun, une langue ou un traducteur commun, toutes similitudes étroites formées par l’éducation, l’une des formes de la transmission imitative. » (Gabriel Tarde)

« Comment savoir où l’on doit aller quand on ne sait plus d’où l’on vient ? » (Gustave Thibon)

« Tu méprises les règles, les traditions et les dogmes. Tu ne veux opposer aucun cadre doctrinal à ton enfant ou à ton disciple : tu prétends leur transmettre tes vertus par le seul rayonnement de ton exemple, par pur échange affectif. Tu leur verses à boire un vin précieux, tu oublies seulement de les munir d’une coupe ! Et certes la coupe sans le vin n’est qu’un nid de poussières et d’araignées. Mais le vin sans la coupe ? Il ruisselle en vain sur le sol et, mêlé à la terre, il produit la pire boue. Regarde donc les ‘mystiques’ qui dévorent aujourd’hui le cœur des hommes ! » (Gustave Thibon)

« Pour connaître son présent, la société industrielle se tourne de moins en moins vers son passé car la part du transmis ne cesse de diminuer. » (Alain Touraine) – Les individus aussi.

« Il faut savoir ce qui est inutile pour connaître ce qui est utile … Ce qui est utile à l’homme c’est un endroit où poser ses pieds. » (Tchouang Tseu)

« Les Anciens disaient … que le combustible s’est consumé mais le feu peut être transmis et il est en fait impossible de le voir s’éteindre. » (Tchouang Tseu – sur la mort)

« C’est le plus grand triomphe de l’humanité (et de quelques autres espèces) sur les choses que d’avoir su transporter jusqu’au lendemain les effets et les fruits du labeur de la veille. L’humanité ne s’est lentement élevée que sur un tas qui dure. » (Paul Valéry – Histoires brisées) – C’est bien fini, d’où la dégringolade.

« Le langage est sans doute un instinct, mais il ne peut se manifester que sous l’instance de l’autre. » (Jean-Didier Vincent) – L’indispensabilité de la transmission.

« L’enracinement, (le besoin le plus naturel et le plus méconnu de l’âme humaine). » (Simone Weil – Titre d’un livre, traitant de ce qu’elle appelle les besoins de l’âme, ou besoins non physiologiques de tout être humain). Voir à la rubrique : l’âme humaine, 290, 3.

« Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie  morale, intellectuelle, spirituelle par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. » (Simone Weil)

« La responsabilité de la transmission n’est pas le seul fait des parents … Cette responsabilité incombe aussi aux enfants. S’ils n’ont pas posé de questions … Ils portent la responsabilité de n’avoir reçu aucune transmission de la tradition. » (Jean-Pierre Winter)

« Il n’y a pas de transmission sans verticalité. » (?) – Or comme les médiocres ne supportent plus aucune hiérarchie et qu’ils constituent la classe dominante (voir les média, les politicards…)

« D’autres ont planté ce que nous mangeons, nous plantons ce que d’autres mangeront. » (proverbe)

Suivant Jean-François Bellamy, Les déshérités ou l’urgence de transmettre : Les pères de la déconstruction, du doute radical, et surtout du refus de transmission. Entre autres malfaisances, le soi-disant apprentissage de la lecture par la méthode dite globale, afin d’écarter la contrainte mécanique du célèbre b.a-ba.

 . René Descartes et sa table rase, seulement Descartes n’a entrepris sa recherche de méthode qu’après avoir reçu une des meilleures formations de son époque, avoir beaucoup lu et beaucoup voyagé et observé ensuite, ce n’était plus l’enfant de l’école primaire au cerveau vierge !

. Jean-Jacques Rousseau, l’auteur de ‘L’Emile’ (la bienheuse ignorance, l’éloignement des parents, la non-directivité du précepteur, le rejet des livres et même du langage) ; son éloge de la nature dont nous a éloigné la culture nous rendant à la fois mauvais et malheureux, l’état de nature et l’équilibre originel, le mythe du bon sauvage. Jean-Jacques eût rêvé du numérique : un savoir neutre à disposition, n’y chercher que ce qui est utile à l’instant, sans médiation ni médiateur, plus besoin d’apprendre. Car pour Rousseau,le seul souci doit être l’utilité, le seul livre admis : Robinson Crusoé, qui, isolé sur son île, ne s’intéresse qu’à ce qui lui est profitable.

. Pierre Bourdieu et le capital culturel transmissible, facteur de distinctions. L’école oriente, sépare, divise et répartit, sélectionne (le tout avec violence), fait le jeu des héritiers de la culture dominante, légitime la hiérarchie qu’elle produit. L’éducation n’a pas de valeur en soi, elle ne devrait servir qu’à accéder à une profession ; il ne s’agit plus de communiquer des savoirs mais de développer des aptitudes. Le processus éducatif repose sur l’illusion et le mensonge dissimulés derrière le mythe irrationnel d’une promesse d’égalité … Fatalisme, ambiance dépressionnaire.

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