175,10 – Libéralisme, Néolibéralisme

« On a frauduleusement baptisé ‘libéralisme’ l’idéologie libre-échangiste qui guide les élites. Il a été perdu de vue que le libéralisme bien ordonné vise à éviter les situations de monopole. Que le libéralisme s’efforce de promouvoir une liberté égale et réciproque. Qu’il s’emploie à assurer la pérennité du contrat social en sécurisant les transactions. Qu’il est, en principe, défenseur de  la discussion libre et non biaisée. » (Marc Crapez) – Cet auteur a raison et ci-dessous, dans mes remarques et citations, j’ai certainement quelque peu confondu libéralisme et libre-échange au détriment des qualités du premier. D’où cette mise en exergue.

– L’Etat libéral, simple  « veilleur de nuit. Ayant au plus pour fonction d’assurer l’ordre et la justice afin d’éliminer la violence et de protéger les droits de propriété. » (Gilles Châtelet)

– Si on ne peut nier que le libéralisme associé au capitalisme a réussi économiquement (avec quelques coûts humains certes), il a subi, et cela va s’accentuant, une dérive qui l’a entraîné vers ce qu’on peut appeler le libéralisme libertaire, c’est-à-dire la destruction systématique de toute appartenance et des êtres, le déracinement radical de toute tradition ; ses maîtres mots étant : flexibilité, mobilité, amoralité.

– Sa vision de l’homme : l’être isolé, autonome, indépendant des rapports à autrui et des contextes sociaux, se décidant rationnellement, en fonction de l’information complète et objective qu’on lui délivre gentiment… L’être irréel dont se moquait l’acide Marx, entre autres, en le qualifiant de Robinson et présentant les théories (issues de Thomas Hobbes)  comme des Robinsonnades.

– Le libéralisme est l’ambiance culturelle, philosophique, du capitalisme. Les deux sont difficilement dissociables. Le premier mène au second. Le second ne peut se développer en l’absence des effets de la doctrine du premier. Capitalisme économique et libéralisme culturel sont frères, exactement comme celui-là vient de droite et celui-ci d’une gauche qui s’est reniée. Le libéralisme économique se double aujourd’hui du libéralisme sociétal, les libéraux-libertaires.

– C’est le libéralisme de la Révolution française qui a aboli, entre mille autres destructions, des pans entiers de vie communautaire, par exemple les droits coutumiers de vaine patûre et de parcours qui permettaient, depuis des siècles, aux paysans les plus pauvres de nourrir leur bétail sur les terres communes et privées du village, une fois terminée la saison des récoltes, qui a inspiré l’idée que le droit de clôturer ses propriétés personnelles … constituait l’une des exigences les plus essentielles d’une société libre, qui a interdit le droit d’association (loi Le Chapelier) empêchant ainsi la naissance d’associations, de syndicats de défense des faibles. (considérations en partie dues à Jean-Claude Michéa).

– Laisser faire, laisser aller, postulat du capitalisme, d’abord en matière économique. Le capitalisme est par définition un système social autocontestataire et la dissolution permanente de toutes les conditions existantes constitue son impératif catégorique. Cette position implique l’acceptation, et même la promotion, de bouleversements continuels qui ne peuvent se développer que si le monde culturel, l’environnement des mœurs, est lui-même instable et changeant, évoluant vers toujours moins de règles et de contraintes. Ce qui explique l’alliance complice objective (inavouée et méconnue) du grand capital (obsolescence de tout et mondialisation) et des libertaires-gauchistes s’employant à saper toute structure sociale établie. Libéralisme égale alors libertarisme.

– Si la société libérale n’est pas parfaite, mais est la meilleure ou la moins mauvaise possible (comme la démocratie selon Churchill, comme la sainte croissance…), la clique dominante prétend que toute critique la mettant radicalement en cause ne peut mener qu’au pire, dans ce cas, au totalitarisme le plus féroce.  Ainsi écarte-t-on toute remise en cause un peu sérieuse en diabolisant la contradiction et le contradicteur avec. Génial ! L’éternelle réflexion des médiocres, ou des bénéficiaires sur n’importe quelle proposition qui dérange leur ron-ron : Que mettez-vous à la place ?

– « Pendant longtemps, deux déclinaisons du libéralisme occupaient à elles seules le terrain, le libéralisme politique et le libéralisme économique. Mais voici que depuis quelque temps une nouvelle venue vient de manière insistante complexifier la situation, le ‘libéralisme culturel’ … qui serait mieux appelé le libéralisme multiculturel … Ne tend-il pas à se confondre avec le ‘gauchisme culturel’, et du coup à sérieusement gauchir et corrompre le libéralisme classique … L’hypertolérance… » (Alain Laurent) – Celle-ci, mieux appelée, l’hyperlâcheté. La transposition au domaine sociétal du n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, n’importe avec (et contre) qui.

– Distinguer : libéral au sens anglo-saxon, et surtout américain, qui désigne aujourd’hui une position politique proche de la Gauche française, et souvent de l’extrême gauche, du  libéralisme au sens européen et français qui désigne l’environnement socio-politique du capitalisme au sens liberté d’entreprendre, de gérer ses affaires, sa vie, sans se faire dicter sa conduite par la technocratie, mais au prix d’un libertarisme délirant.

– On pourra également regarder à : Argent, 050,1 – sous rubrique Economie et à Gauche / Droite, 575,6 

A la fin de la rubrique Personne, Individu…, 290, 2, et de la sous-rubrique L’homme moderne. On trouvera l’analyse de l’homme de la post-modernité suivant l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, L’art de réduire les têtes.

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 « Le libéralisme ne promet aucun salut. Il ne remplace ni la religion, ni la moralité, ni la science … Son projet fondamental est la liberté, qu’il faut entendre, au sens politique, comme la limitation maximale de l’emprise étatique … Il revient à chaque sociétaire de se débrouiller parmi les valeurs et les institutions, de construire sa propre destinée et de ne s’en prendre qu’à lui-même s’il échoue … Tout homme assoiffé de certitudes et de totalité sera difficilement libéral … Les pouvoirs de séduction du libéralisme sont si réduits que c’est miracle que des régimes à tendance libérale aient pu apparaître et durer, au moins provisoirement … Avenir possible : une paralysie lente, progressive, indolore et même joyeuse. » (Jean Baechler)

« L’échec du communisme a été pris à tort pour une preuve des mérites du capitalisme, voire de son invincibilité. » (Benjamin Barber)

« L’un des paradoxes du libéralisme est qu’il aboutit, sous couvert de proclamer la liberté, à multiplier les interdits … Comment une époque  qui a autant renoncé à toute conception de la vie bonne peut-elle autant faire la morale ? … Quand la tyrannie du politiquement correct en vient à se retourner contre la tyrannie du plaisir, on assiste au spectacle étrange de mai 68 portant plainte contre mai 68, du parti des conséquences mobilisant ses ligues de vertu pour exiger l’interdiction de ses propres prémisses … ‘Meetoo’ est symptomatique de la schizophrénie de l’époque, déchirée entre frénésie exhibitionniste et fureur répressive … S’exhiber et punir. » (Eugénie Bastié)

« La question n’est pas entre matière et esprit, elle n’est pas entre religion et sacré, pas plus entre spirituel et sacré. Elle est question de l’être ou de l’avoir. » (Matthieu Baumier) – On sait comment la modernité libérale-libertaire l’a tranchée.

« La foi libérale-libertaire est à l’image du monde qu’elle promeut : sectaire. » (Matthieu Baumier) – A propos des exclusions, mises à l’index, mensonges sur le passé, le présent et l’avenir.

« le libéral-libertaire n’a pas d’adversaires, il n’a que des ennemis à abattre et ces ennemis sont nécessairement des gens de droite, donc d’extrême droite, donc fascistes… » (Matthieu Baumier)

« La doctrine économique (le capitalisme économique et financier) a rapidement pris le pas sur la doctrine politique (la promotion et la défens e des libertés individuelles). » (Jean-Léon Beauvois)

« Le rebelle est un antiautoritariste de bon ton. L’antiautoritarisme s’est très bien agencé avec le néolibéralisme qui fait table rase de tout, ne respecte aucune priorité, aucune hiérarchie, aucun principe. Cette idéologie du rebelle tient en trois propositions : ‘je ne respecte rien’, ‘je crois que tout est possible’, ‘je peux tout modifier’. Elle est, contrairement à ce qu’elle prétend, archidisciplinaire ; La discipline comble le déficit de l’autorité … L’ultraconformiste, sorte de sauvage qui ne respecte rien et qui colle à l’esthétique socialisée : il existe des voitures, des vêtements de rebelle … Il s’accorde tout à fait avec les idéaux néolibéraux, qui ne lui posent aucune limite tant qu’il a les moyens. » (Miguel Benasayag)

« Le libéralisme engendre une société en miettes … l’individualisme moderne, en disloquant la société, sème les germes du despotisme. » (Philippe Bénéton – reprenant la pensée conservatrice traditionnelle) – Lequel règne en suscitant la la guerre de tous contre tous. Nous y sommes, et ce n’est qu’un début.

« Le libéralisme … est la doctrine par laquelle la fonction économique s’est émancipée de la tutelle du politique, et a justifié cette émancipation. » (Alain de Benoist)

« Dans le système libéral, seule compte la dimension individuelle, assortie de son antithèse, ‘l’humanité’ ; toutes les dimensions intermédiaires, nations, peuples, cultures, ethnies… tendent à être niées, disqualifiées ou considérées comme insignifiantes. L’intérêt individuel prime l’intérêt communautaire. » (Alain de Benoist)

« L’unité profonde du libéralisme politique, du libéralisme économique et du libéralisme sociétal, et le caractère insoutenable des postures consistant à accepter l’un tout en rejetant l’autre (comme le fait la droite quand elle soutient l’économie de marché tout en critiquant le libéralisme des mœurs, ou la gauche quand elle se déclare ‘permissive’ tout en critiquant la logique du capital). Cette unité profonde du libéralisme a d’ailleurs été bien soulignée … par Jean-Claude Michéa). » (Alain de Benoist)

« Le leitmotiv du nomadisme permissif que résume le principe libéral : ‘Laissez faire, laissez passer’. Telles sont les bases de l’erreur libérale. » (Alain de Benoist)

« La gauche s’est rallié au libéralisme économique parce qu’elle était déjà acquise à l’idée de progrès et au libéralisme ‘sociétal’, tandis que la droite s’est rallié au libéralisme des mœurs parce qu’elle a d’abord adopté le libéralisme économique … Il y a une unité profonde du libéralisme. Le libéralisme forme un tout. » (Alain de Benoist) 

« Le libéralisme est une doctrine philosophique, économique et politique … C’est être piégé par les mots si par ‘libéral’ on entend d’esprit ouvert, tolérant … hostile à la bureaucratie, à l’étatisme envahissant … L’individu étant propriétaire de lui-même, chacun doit être entièrement laissé libre de ses choix et de ses préférences … La doctrine ‘qui est en faveur de permettre à chaque homme d’être son propre guide et souverain’ et ‘d’agir exactement de la manière qu’il considère être la meilleure pour lui’  (Stuart Mill) … Principe d’indifférence … ‘Une économie de droite ne peut fonctionner durablement qu’avec une culture de gauche’ (Jean-Claude Michéa), il s’en déduit que le libéralisme économique et le ‘libéral-libertaire’ sont nécessairement voués à se rejoindre … Le monde libéral, c’est le monde du ‘non-commun’ … ‘le libéralisme n’est pas moins l’adversaire du conservatisme que celui du socialisme’ (Philippe Nemo). » (Alain de Benoist)

« Même s’il se présente sous différentes formes, (économique, institutionnelle, sociétale), ce sont les mêmes principes qui le meuvent ; le libéralisme est un tout et l’attelage libéral-conservateur est un non-sens … Il affirme la toute puissance de l’Ego … la doctrine libérale s’appuie sur l’individualisme et le subjectivisme. Elle élimine la question de la vérité et refuse de subordonner l’homme à une règle qui lui soit extérieure et supérieure … Il n’existe pas de valeur objective mais uniquement des consensus … Les vices privés sont métamorphosés en vertus publiques : la libre réalisation des égoïsmes serait la condition de l’intérêt général. La vie de chacun est donc réduite à une inexorable quête de maximisation des plaisirs. (Guillaume Bernard)

« Conserver, n’est pas figer. Conserver un patrimoine, c’est l’entretenir pour qu’il vive, l’entretenir, le soigner, le réparer, et parfois le détruire et le remplacer partiellement … Etymologiquement, c’est ‘servare’, soit préserver, garder, assurer le salut … Ni une croyance, ni une doctrine, une disposition … C’est préférer le familier à l’inconnu, l’éprouvé à l’inédit, le fait au mystère, le réel au possible, le limité à l’illimité, le proche au distant, le convenable au parfait. » (Laetitia Strauch-Bonart )

« Nous sommes résolus à conserver une église établie, une monarchie établie, une aristocratie établie, chacune au degré où elle existe et pas davantage. » (Edmund Burke)  – Conservatisme plutôt.

« La stratégie néo-capitaliste doit sur le plan idéologique des principes, de la morale, des conduites de consommation et pour conquérir ses marchés, casser, liquider, broyer les valeurs éthiques ; la société ‘d’abondance’ doit promouvoir les valeurs inverses de consommation, de gaspillage, de fête, de libidinalité … Liquider l’éthique (moralisme répressif de papa !), liquider l’économie (de l’accumulation) l’inhibition, les valeurs traditionalistes. » (Michel Clouscard) – D’où l’association libéral-libertaire.

« Mai 68, contre-révolution libérale, cheval de Troie du libéralisme libertaire. Il  fallait un nouveau marché : le marché du désir, une nouvelle société, celle de la confusion de la liberté et de la libéralisation, un double profit, celui du permissif pour le consommateur et du répressif sur le producteur, pour sauver le capitalisme en crise radicale. » (Michel Clouscard)

« La logique du libéralisme est avant tout une logique de principes … Personne n’oserait y faire objection. Qui refuserait d’être rationnel, moral, démocratique ou universaliste ? Cette unanimité n’est pas une force mais une faiblesse. Le signe que le combat intellectuel ne peut plus se placer à ce niveau et qu’il n’est plus possible de déduire de l’acceptation de ces principes un modèle d’action. La vraie caractéristique des libéraux, ce n’est pas la fidélité à des principes désormais inutiles parce qu’ils ont trop bien réussi, mais une certaine façon tranchante et péremptoire de les utiliser. » (Michel Crozier) – N’est ce pas là entrer dans l’ère du vide de Lipovetsky ?

« Le libéralisme, c’est la recherche théorique et pratique, et finalement l’acceptation d’une moyenne entre le meilleur et le pire, entre l’excellent et l’exécrable, entre le vrai et le faux, entre le raisonnable et l’absurde. Le libéral, ce fuyard perpétuel, ce personnage des concessions à perpétuité, est un homme qui révère le bon Dieu mais qui respecte le diable. Il aspire à l’ordre et il flatte l’anarchie … Il va donc s’efforcer de trouver une formule qui concilie un terme et l’autre, d’où la notion de ‘centre’ … Ne tablant jamais que sur des moyennes, il annihile toute originalité de pensée … Vous distinguerez d’emblée le libérai à la crainte qu’il a d’être taxé de réactionnaire … Aux yeux du libéral, c’est le plus violent ou le plus nombreux qui a raison … le libéralisme c’est la réformette … Le libéralisme, c’est  l’individualisme, donc l’anarchie édulcorée. Il aboutit, en fait, à la finance,, à la pire et à la plus dure des tyrannies : celle de l’or … Je me suis toujours demandé en quelle inconsistante mie de pain était construit leur débile cerveau» (Léon Daudet – considérations éparses sur le libéral, le centriste, le démocrate)

« Un libéral est quelqu’un qui croit que son adversaire a raison. » (Léon Daudet) – C’est même devenu la position de tout membre de la droite soumise. 

La réduction des êtres humains au statut « d’atomes isolés sans conscience générique … La désagrégation de l’humanité en monades. » (Friedrich Engels)

« L’essence du libéralisme est l’individualisme. » (Julius Evola) – En régime libéral, faire appel à toute valeur collective relève de l’illusion ou, plus souvent, de la manipulation.

« Le capitalisme moderne est, autant que le marxisme, une subversion. Identique est leur vision matérialiste de la vie ; identiques, qualitativement leurs idéaux ; identiques leurs prémisses, solidaires d’un monde qui a pour centre la technique, la science, la production, le ‘rendement’… » (Julius Evola)

« La gauche française milite en faveur d’un libéralisme culturel, mais reste rétive à toute forme de libéralisme économique. C’est l’inverse pour la droite française. Emmanuel Macron a donc été le premier à afficher de façon explicite un positionnement ouvertement ‘lib-lib’ (libéral-libertaire) alliant libéralisme économique et culturel. »  (Eddy Fougier – cité par Matthieu Baumier) – On comprend le ravissement du Boboland.

« L’idéal de l’hyperlibéralisme, c’est l’hypermarché. » (Pierre-Yves Gomez)

« On a toujours l’impression que le monde libéral est composé de gens n’ayant pour seul désir que d’être en concurrence alors que c’est l’inverse qui est vrai … Pour gagner davantage, les individus ont intérêt à s’entendre, à organiser des collusions afin de limiter leurs coûts et d’augmenter leurs profits d’autant. » (Pierre-Yves Gomez) – Sans compter la tranquillité ainsi acquise.

« Nous entrons dans une Forme de postlibéralisme où les clivages traditionnels privé/public, existentiel/ professionnel, vie intime/appartenance sociale tendent à s’effriter dans une indétermination générale … Brouillage des repères entre l’espace intime et la sphère des intérêts collectifs caractéristique de notre culture néolibéral.». (Roland Gori et Pierre Le Coz) 

« Théofascisme et technofascisme. Il est plus facile aujourd’hui d’employer le terme de ‘fascisme’ pour désigner les mouvements djihadistes hostiles au discours universaliste et rationaliste des Lumières que pour caractériser une civilisation matérialiste, utilitariste et rationaliste, propre à la mondialisation … Même si l’intrication de ces deux formes de totalitarisme n’établit pas pour autant leur équivalence du point de vue des valeurs morales et intellectuelles … Les deux idéologies visent bien à fabriquer un ‘homme nouveau’. Ils encadrent les masses par des dispositifs spécifiques, censurent directement ou insidieusement l’opinion, l’expression de la pensée … répriment violemment, directement ou indirectement les dissidences …  éliminent physiquement ou socialement les ‘étrangers’ ou les adversaires du système … Deux formes de totalitarisme étroitement liés, l’un obscène et affiché, l’autre sournois et souterrain. » (Roland Gori – à propos du néolibéralisme mondialisateur et niveleur)

« C’est dorénavant le libéralisme qui s’affiche comme un généreux progrès universaliste, luttant contre toutes les formes de nostalgie identitaire ou nationale … Il pourrait reprendre à son compte les fameux réquisitoires de Lénine contre le ‘crétinisme villageois’. Le voici paré, comme son ancien adversaire (le communisme) des attributs du progrès planétaire de la modernité en marche. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Le libéralisme est de droite quand il insiste sur la responsabilité de l’individu quant aux conséquences de ses actes … Il est de gauche quand il refuse cette responsabilité au nom de la souveraineté absolue du moi, laquelle renvoie à l’homme-dieu de la gnose à qui est permis l’immoralisme … Quand il ne veut connaître que l’individu et l’humanité, le libéralisme est une religion séculière, une utopie … Le libéralisme sociétal, ou encore libertaire, très présent à gauche et à l’extrême gauche, présente la satisfaction pulsionnelle comme l’essence de la liberté … Tout ce qu’on appelle communément ‘libération des mœurs’, les enjeux sociétaux du libéralisme libertaire, s’inscrivent tous dans un processus favorable aux intérêts marchands. » (Jean-Louis Harouel) – C’est sans doute pourquoi toute nouvelle aberration sur ce plan commence toujours aux Etats-Unis où le terme libéral s’applique aux riches gauchistes enflammés de la classe dominante.

« Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. » (Michel Houellebecq – Extension du domaine de la lutte) – Et à tous les domaines, explicite l’auteur autrement. La concurrence épuisante de tous avec tous.

« Le libéralisme suspend toute possibilité d’évaluation collective du monde commun, au nom de la neutralité publique. C’est sa façon de se retirer du monde, donc d’approuver le monde tel qu’il va. En se retirant du cours du monde, le libéralisme l’épouse. » (MarK Hunyadi) – Voir la tyrannie des modes de vie à la rubrique Mœurs, Modes, Modes de vie  740,4  

« L’opposition aux idéologies n’est pas une opinion parmi d’autres ; elle est tenue par ses partisans pour un obstacle à une ambition  mirifique. Les ennemis du libéralisme, assimilé à tort ou à raison aux constructions supranationales sur lesquelles repose l’Occident : Otan, Union européenne, etc. sont relégués dans les ténèbres extérieures où ont sombré  les gens infréquentables. Infréquentables, c’est-à-dire qu’aucun débat n’est permis avec eux … La moitié néo-conservatrice (ou ultralibérale) de l’opinion américaine, qui a  soutenu Hillary Clinton, n’a toujours pas digéré la victoire de Trump, voué aux gémonies : l’idéologie amène la grande démocratie américaine au bord de la partition. A intervalles réguliers, l’idéologie dominante occidentale désigne un bouc émissaire tenu pour l’ennemi de l’humanité et lui fait la guerre ; elle a besoin de produire des monstres pour se justifier : de Bachar el Assad à Vladimir Poutine, pour ne prendre que de récents exemples. Ceux qui, aux Etats-Unis et en Europe occidentale sont les plus agressifs vis-à-vis de la Russie sont, sur le plan intérieur,  des centristes … Les hommes du centre représentent une idéologie libérale très convenable. Dangereuse illusion, parce que le libéralisme auxquels se réfèrent les gens convenables a, lui aussi, pris au fil des ans le caractère d’une idéologie ; c’est cette idéologie que nous appelons l’extrême centre. Le bilan des guerres des vingt dernières années est accablant : elles ont fait des centaines de milliers de morts. Aucune pourtant n’a été déclarée par des extrémistes, presque toutes par des idéologues du ‘mainstream’. En tous les cas, en Europe au moins, elles ont reçu le soutien de courants centristes et le désaveu de ceux que l’on taxe d’extrémisme. Quand la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright dit en 1996 que le renversement de Saddam Hussein méritait qu’on lui sacrifie la vie de plus de 500 000 enfants irakiens, elle exprime l’opinion d’une centriste. » (Roland Hureaux – sur l’idéologie du libéralisme, exprimée politiquement par le centrisme)

 « La liquidation des sociétés humaines par l’utopie mondialiste, par la politique des droits de l’homme et de l’effacement des frontières, des identités et des discriminations, est bien le travail constant, acharné, efficace, d’un néo-libéralisme européen qui trouve ses alliés les plus constants à l’extrême gauche … La dynamique du projet libéral est celle d’un projet de transformation de l’homme. » (Hervé Juvin)

 « Le libéralisme économique, en tant qu’utopie politique, postule la remise à plat permanente des modes d’organisation économiques et sociaux, le bouleversement total et perpétuel des modes de vies. L’individu ‘nomade’ ainsi créé, sans attaches et sans passé, est aussi sans avenir. »  (Julien Landfried)

« L’ordre social naturel n’est autre, en fin de compte, que celui du capitalisme – La science sociale sert à montrer que les intérêts de la bourgeoisie sont des lois aussi rigoureuses et intangibles que le principe d’Archimède. » (Serge Latouche – reprenant Edmund Burke d’une part et Karl Marx d’autre part) – Bourgeoisie, lire aujourd’hui plutôt grand capital.

« Bernard de Mandeville (la fable des abeilles) représente bien le tournant de la philosophie morale et politique occidentale. Affirmer dans une société encore officiellement chrétienne que ‘les vices privés font la richesse publique’, même si tout un chacun est à même de le constater chaque jour un peu plus dans l’Angleterre marchande et capitaliste du XVIII° siècle, ne pouvait que choquer. » (Serge Latouche)

« Robinsonnades. » (Karl Marx – Terme fort bien choisi que l’auteur utilisait pour qualifier les mythes du libéralisme d’Adam Smith et de David Ricardo, tels le chasseur, le pêcheur individuels et isolés, l’individu parfaitement libre et informé ne se décidant qu’en fonction de sa raison et de son intérêt ; foutaises.

 « La thèse de Polanyi est que l’homme moderne est privé de la protection que pouvaient lui fournir les structures organiques de l’ancienne société … D’où l’exposition absolue de l’homme à l’arbitraire des pouvoirs rationnalisateurs de l’ordre social dont l’idéologie libérale, bien avant les totalitarismes, fut une expression. Le moment où l’imaginaire libéral condamne l’homme à n’être qu’un atome social apparaît donc comme l’origine des totalitarismes ; il n’est pas de société totalitaire possible sans que la société ait été préalablement atomisée et massifiée … Ainsi l’extrême rapidité des transformations sociales vers le marché, les crises inhérentes à celles-ci peuvent susciter un projet social réactif qui promet la sécurité économique et donne l’illusion de reproduire une communauté perdue, même au prix de la liquidation des relations authentiquement personnelles : tel est le sens du projet totalitaire … De plus, certaines conceptions irresponsables de la liberté qui sont courantes dans la société de marché ‘en créant l’injustice, l’insécurité et le désordre ouvrent la voie à une résolution autoritaire, totalitaire’ des difficultés. » (Jérôme Maucourant – interprétant Karl Polanyi) – La massification étant une des fonctions des média, type télévision. L’anarchie, au moins intellectuelle, le relativisme absolu et la tolérance illimitée étant implicitement visées en fin de citation.

 Deux capitalismes : « celui du XIX° siècle, accumulateur et industrialisateur, ne s’articulait pas encore à une société de consommation généralisée. Cela signifie qu’il valorisait l’ l’épargne, la sobriété, le sens de l’effort, et, d’une manière générale l’austérité, et non pas, comme à présent le papillonnement infini du désir, l’obligation de jouir et le culte de la transgression. » (Jean-Claude Michéa)

« L’ambition du libéralisme est d’instituer la moins mauvaise société possible, celle qui doit protéger l’humanité de sa folie idéologique. Pour ses partisans, c’est la volonté d’instituer le règne du Bien qui est à l’origine de tous les maux accablants le genre humain … Il serait la politique du ‘moindre mal’. Il fait donc preuve d’un pessimisme profond quant à l’aptitude des hommes à édifier un monde décent. Cette critique de la ‘tyrannie du Bien’ a un prix. N’exigeant rien de ses membres, cette société fonctionne d’autant mieux quand chaque individu se consacre à ses désirs particuliers sans sacrifier à la tentation morale. Comment expliquer alors que cette doctrine, à mesure que son ombre s’étend sur la terre, reprenne, un à un, tous les traits de son plus vieil ennemi, le ‘meilleur des mondes’, jusqu’à se donner, à son tour, pour objectif final, la création d’un ‘homme nouveau’ ? » (Jean-Claude Michéa) – Le même auteur ramène, entre autres, cette ambition originaire à l’horreur des guerres de religion du XVI° siècle, et donc au souci d’instituer un Etat, une société, entièrement neutres.

« Pour mesurer à quel point est effectivement délirante l’idée que l’esprit du capitalisme serait conservateur, autoritaire et patriarcal, il n’est que d’observer cinq minutes n’importe quelle variante de sa propagande quotidienne (publicité, mode, culture jeune, fêtes ‘citoyennes’, journalisme, etc.) … Le système du ‘laisser passer, laisser faire’ … ne peut fonctionner avec une efficacité maximale que s’il parvient, à chaque instant, à convertir la transgression permanente de toutes les valeurs héritées, en impératif catégorique de sa propre expansion illimitée … Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche). » (Jean-Claude Michéa) –  D’où l’utilisation des clameurs gauchistes en matière sociétale par le grand capital.

« Le libéralisme culturel (‘mariage pour tous’, légalisation du cannabis…) constitue la face ‘morale’ et psychologique du ralliement progressif de la gauche officielle au culte du marché concurrentiel, de la compétitivité internationale des entreprises et de la croissance illimitée … Le libéralisme économique (qui exige l’abolition par l’Etat de toutes les limites à l’expansion naturelle du marché et de la concurrence) et le libéralisme culturel ( qui exige l’abolition par l’Etat de toutes les limites au développement supposé ‘naturel’ des droits de l’individu et des minorités) sont d’un point de vue philosophique logiquement indissociables … Sous leur apparente opposition, inlassablement mise en scène par la propagande médiatique, ils ne représentent que les deux profils complémentaires d’un seul et même mouvement historique  … Le mouvement désormais classique qui conduit, tôt ou tard, des ‘belles âmes’ du libéralisme culturel à devoir apparaître comme les ‘idiots utiles’ du libéralisme économique … Etat sans idées ni valeurs. » (expressions regroupées de Jean-Claude Michéa) – Est-ce un hasard si ces deux faces du libéralisme (économique et culturelle) se sont développées simultanément (les années quatre-vingt), en un même lieu (les Etats-Unis) ainsi que l’instrument sociologique (le féroce conformisme du politiquement correct) qui permettait d’imposer le côté culturel plus délicat à justifier que le côté économique ?

« Le processus concret au terme duquel la logique libérale conduit invariablement à détruire n’importe quelle communauté humaine (de la tribu à la nation, en passant par le village ou le quartier) sous couvert de la faire ‘entrer dans la modernité’ et d’y introduire la ‘liberté’ et les ‘droits de l’homme’ … aberrant projet d’en finir avec le lien social lui-même. » (Jean-Claude Michéa  – à partir des travaux de Marcel Mauss, notamment, sur la logique du don et la trame ultime du lien social)

« Le libéralisme politique et culturel tend à réduire progressivement la sphère de l’échange symbolique, de l’entraide et de la confiance réciproque au profit exclusif de celle du droit subjectif illimité et de cette judiciarisation croissante de l’existence quotidienne … La société libérale ne peut officiellement reconnaître que les relations fondées sur l’échange marchand et le contrat juridique (donnant-donnant), elle ne saurait engendrer par elle-même aucun lien social véritable ni aucune rencontre authentique et désintéressée. »  (Jean-Claude Michéa)

« Du point de vue libéral-libertaire, il est ainsi parfaitement légitime de défendre jusqu’à ses ultimes conséquences l’idée d’un ‘droit de tous sur tout’ (expression de Hobbes) … d’exploiter librement son prochain, d’épouser son chien… » (Jean-Claude Michéa – interprétant Christopher Lasch)

« C’est d’abord pour des raisons de structure qu’il n’existe pas, ni ne pourra jamais exister, de ‘société capitaliste’ au véritable sens du terme … Impossibilité anthropologique. Un système dont les conditions idéales de fonctionnement ne font appel, par définition, qu’à la logique de l’intérêt bien compris est en effet dans l’impossibilité constitutive d’élaborer les signifiants-maîtres que toute communauté humaine requiert pour persévérer dan son être … Le système libéral n’a réussi jusqu’à présent à fonctionner de façon à peu près efficace … que parce qu’il ‘avait hérité de types anthropologiques qu’il n’avait pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers ayant un minimum de conscience professionnelle … ces types ont été créés dans des périodes historiques antérieures par référence à des valeurs alors consacrées et incontestables : l’honnêteté, le service de l’Etat, la transmission du savoir, la belle ouvrage’ … L’utopie libérale ne peut se développer au-delà d’un certain seuil sans détruire du même mouvement ses propres conditions de possibilités écologiques et culturelles … Elle ne peut fonctionner qu’en exploitant sans cesse ces valeurs morales et culturelles non marchandes nées le plus souvent à des époques antérieures et que sa propre croissance contribue justement à épuiser … L’histoire des trente dernières années est précisément celle des efforts prométhéens que déploient les nouvelles élites mondiales pour réaliser à n’importe quel prix cette société impossible. » (Jean-Claude Michéa – citant Cornelius Castoriadis)

« Le libéralisme est, fondamentalement, une ‘pensée double’ : apologie de l’économie de marché, d’un côté, de l’Etat de droit et de la ‘libération des mœurs’ de  l’autre. Mais, depuis George Orwell, la ‘double pensée’ désigne aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondé sur le mensonge à soi-même, qui permet à l’intellectuel totalitaire de soutenir ‘simultanément’ deux thèses incompatibles. Un tel concept s’applique merveilleusement au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. Son ralliement au libéralisme politique et culturel la soumet à un ‘double bind ‘ affolant. Pour sauver l’illusion d’une fidélité aux luttes de l’ancienne gauche, elle doit forger un mythe délirant : l’idéologie naturelle de la ‘société du spectacle’ serait le ‘néoconservatisme’, soit un mélange d’austérité religieuse, de contrôle éducatif impitoyable et de renforcement incessant des institutions patriarcales, racistes et militaires.  Ce n’est qu’à cette condition que la nouvelle gauche peut continuer à vivre son appel à transgresser toutes les frontières morales et culturelles comme un combat ‘anticapitaliste’. La ‘double pensée’ offre la clé de cette étrange contradiction. Et donc aussi celle de la bonne conscience inoxydable de l’intellectuel de gauche moderne … Le libéralisme politique et le libéralisme culturel sont logiquement liés. Si chacun doit être entièrement libre de choisir le mode de vie qui lui convient, toutes les normes de vie traditionnelles perdent automatiquement leur pouvoir prescripteur … Le marché doit toujours finir par apparaître comme l’unique moyen ‘axiologiquement neutre’ qui puisse réunir à nouveau ces individus que le libéralisme politique et culturel ne cesse de séparer et de dresser les uns contre les autres (que ce soit sous l’effet de son individualisme radical, de son ‘multiculturalisme’ ou d’un vague  bricolage ‘citoyen’ entre les deux) … Plus le Droit libéral et sa culture relativiste séparent, plus le Marché libre et la logique des affaires doivent réunir … Plus la nouvelle gauche s’efforce de développer à l’infini les axiomes du libéralisme politique et culturel, plus il lui faut chercher dans l’économie de marché les crans d’arrêt objectifs, capables de suppléer à la disparition du sens commun et de la morale commune qu’elle a ainsi organisée … C’est en ce sens que j’ai parlé de l’unité du libéralisme, … l’unité dialectique de cette ‘double pensée’. » (Jean-Claude Michéa)

«  Plus une dictature s’ouvre à la logique du marché, de la mode et de la consommation, plus elle devra, tôt ou tard, accepter la libéralisation de ses mœurs et de son Droit (en simplifiant beaucoup, c’est la voie chinoise). Inversement, plus une communauté encourage la libéralisation de ses mœurs et de son Droit, plus il lui faudra, tôt ou tard, s’engouffrer à son tour dans la ronde infernale de l’économie de marché, de la mode et de la consommation (en simplifiant beaucoup, c’est la voie espagnole). Savoir qui est premier, de l’œuf ou de la poule n’a pas … beaucoup d’intérêt. » (Jean-Claude Michéa)

« Le système libéral mondialisé ne peut croître et prospérer qu’en détruisant progressivement l’ensemble des valeurs morales auxquelles le petit peuple de droite est encore profondément, et légitimement, attaché. » (Jean-Claude Michéa)

« Le relativisme moral, clé de voûte idéologique du libéralisme culturel. » (Jean-Claude Michéa)

 « Le ‘libéralisme des mœurs’ dont Jean-Pierre Garnier rappelait encore récemment que sa fonction première était de ‘camoufler la perpétuation du libéralisme tout court’ … Le flamboyant ’libéralisme culturel (dernier marqueur électoral de la gauche) ne constitue que le corollaire ‘sociétal’ logique du libéralisme économique. » (Jean-Claude Michéa)

« Les liens entre l’imaginaire ‘no border’ et ‘no limit’ du libéralisme culturel à celui de l’accumulation sans fin du capital. » (Jean-Claude Michéa)

« Une économie de marché intégrale ne peut fonctionner durablement que si la plupart des individus ont intégré une culture de la mode, de la consommation et de la croissance illimitée, culture nécessairement fondée sur la célébration perpétuelle de la jeunesse, du caprice individuel et de la jouissance immédiate … C’est donc le libéralisme culturel (et non le rigorisme moral ou l’austérité religieuse) qui constitue le complément psychologique et moral le plus efficace du capitalisme de consommation. » (Jean-Claude Michéa)

« La gauche s’est ralliée au libéralisme économique parce qu’elle était déjà acquise à l’idée de progrès et au libéralisme ‘sociétal’, tandis que la droite s’est ralliée au libéralisme des mœurs parce qu’elle a d’abord adopté le libéralisme économique. » (Jean-Claude Michéa – par Alain de Benoist)

« La dynamique d’illimitation du capitalisme, loin de trouver sa source première dans une idéologie ‘conservatrice’ ou a fortiori, ‘réactionnaire, reposait bel et bien, et cela depuis Adam Smith et Voltaire, sur des valeurs fondamentalement ‘de gauche’ (individualisme radical, refus de toutes les limites et de toutes les frontières, culte de la science et de l’innovation technologique, mythe du progrès…) … C’est bien du reste pourquoi Marx n’a jamais eu l’étrange idée de se définir comme un ‘homme de gauche’ … Engels appelait ‘la queue de la classe capitaliste, son aile d’extrême gauche’ (‘L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat’). » (Jean-Claude Michéa)

« Libéralisme culturel et libéralisme économique ne sont que les deux faces du même projet historique … Une société libérale est travaillée en permanence par une ‘dynamique révolutionnaire’ (celle de l’accumulation indéfinie et sans limite du capital), qui la porte de façon inévitable à déployer …  toutes les possibilités inscrites dans son logiciel initial et donc à noyer progressivement dans les ‘eaux glacées du calcul égoïste’ toutes les valeurs qui paraissaient encre évidentes et sacrées aux yeux des générations précédentes (le’ monde bouge’, slogan publicitaire) … Il va devenir pratiquement impossible d’opposer la moindre objection cohérente et recevable à quiconque plaide pour l’introduction incessante de ‘nouveaux droits’ … Il ne peut donc plus exister la moindre base légitime – c’est-à-dire qu’on ne puisse aussitôt diaboliser comme ‘conservatrice’, ‘réactionnaire’ ou ‘phobique’ – pour endiguer le déferlement continu des nouvelles revendications sociétales (le droit d’exiger qu’un homme est réellement une femme, qu’un blanc est réellement un noir … Pourquoi ne pas connaître à la fois la légalisation du cannabis et l’interdiction du tabac, la pénalisation simultanée de  l’homophobie et de .l’islamophobie) … Aucune manière de vivre ne saurait être tenue pour supérieure à une autre … C’est pourquoi, tôt ou tard l’économie de marché finit inévitablement par apparaître comme la seule religion possible d’une société axiologiquement neutre. » (Jean-Claude Michéa – s’inspirant de, et citant, Marx) 

« Le libéralisme est trop intellectuel et trop peu émotionnel pour être une force historique efficace. » (Reinhold Niebuhr) – « Niebuhr croyait, comme Georges Sorel, que seuls des ‘mythes’ avaient le pouvoir d’inspirer une action politique efficace. » (Christopher Lasch) – Et l’Histoire semble bien leur avoir donné raison, même si ce ne fut pas toujours pour le mieux.

« Le libéralisme … est la forme suprême de la générosité ; c’est le droit que la majorité concède aux minorités … Il annonce la détermination de partager l’existence avec l’ennemi ; plus encore, avec un ennemi qui est faible. Il n’était pas croyable que l’espèce humaine puisse arriver à une attitude aussi noble, si paradoxale, si raffinée, si antinaturelle. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner si cette même humanité manifeste un désir impatient d’en être débarrassée. C’est une discipline trop difficile, trop complexe pour qu’elle s’enracine fermement sur terre. » (Ortega y Gasset – cité par Friedrich von Hayek) – « Qu’il fût possible aux hommes de vivre ensemble paisiblement et à leur mutuel avantage, sans avoir à se mettre d’accord sur des objectifs concrets communs, et tenus simplement par des règles de conduite abstraites, a été peut-être la plus grande découverte qu’ait faite l’humanité. » (Friedrich von Hayek)

« Contradiction implicite entre une anthropologie universaliste, qui reconnaît tout homme comme sujet de droit, et la dynamique libertaire de l’individualisme qui fait de l’individu le foyer de ses propres valeurs … Entre l’adhésion à des principes censés être universels et la possibilité laissée aux individus d’adopter … des modes d’existence allant à l’encontre de ces principes … Compatibilité du monde commun cher à Hannah Arendt avec le relativisme des valeurs … Une société en est-elle encore une quand ses membres n’ont plus en commun ni croyances, ni projets ? » (Paul-François Paoli)

« Le monde des ordres figés, aussi injuste fût-il, établissait des limites à la ‘libido dominandi’ de l’individu. Le libéralisme, en desserrant le carcan des ordres sociaux (jadis) libère les volontés de puissance individuelles … Plus le nombre d’aspirants à être reconnus s’accroit et plus la lutte entre eux sera féroce. » (Paul-François Paoli – sur des intuitions de Joseph de Maistre, de Balzac, de Léon Bloy et de Charles Maurras plus récemment)

« Le libéralisme nous dit : si vous n’avez pas d’idéal, ce n’est pas grave, vous n’allez pas en mourir, au contraire. La vraie vie commence après les idéaux, et la société ne s’en porte que mieux … Le libéralisme signe la fin des pasteurs et l’émancipation du troupeau.  Il n’y a plus que des individus qui se débrouillent comme ils peuvent avec leur ‘autonomie’ de sujet. Ce monde libéré du devoir, ce monde ‘d’après la vertu’ (Alasdair MacIntyre), nous l’avons désiré, accompagné même, nous qui avons jeté bas tout ce qui pouvait l’empêcher d‘advenir, depuis le pouvoir des pères à celui des curés. Voilà ce que nous dit Houellebecq … Le contraste entre la redondance burlesque des ego de ses personnages et le néant de leurs aspirations» (Paul-François Paoli)

« La gauche qui avalise le libéralisme culturel, notamment à travers le féminisme et l’anti-racisme,  réfute le libéralisme économique sans voir que ces phénomènes ont partie liée. » (Paul-François Paoli) – Elle le voit parfaitement, mais il est plus avantageux de jouer sur tous les tableaux.

« Le culte bavard de l’opinion, la démocratie de l’émotion, l’invasion du champ politique par la morale ne relèvent pas du tout du paganisme, mais d’une forme de protestantisme qui va à contre-courant de notre histoire … Passion compassionnelle, autorité des victimes, impossibilité pour l’Etat de sévir dans des domaines régaliens qui relèvent de sa raison d’être … Nous sommes, sans le savoir, ni même le vouloir, devenus protestants parce que nous privilégions l’individu sur le groupe, la libre conscience sur la vérité déposée, la liberté sur l’autorité … Il existe bien des affinités qu’on pourrait qualifier d’anthropologiques entre protestantisme et libéralisme … La source de l’autorité n’est plus extérieure ou transcendante, elle est devenue intérieure et immanente. » (Paul-François Paoli) – Certes, mais c’est si délicieux de se coucher devant la perversité anglo-saxonne, et plus spécifiquement américaine.

« Le dogme libéral de la neutralité axiologique de l’Etat, en interdisant de trancher entre les multiples revendications de l’individualisme démocratique qui entrent en conflit, conduit à abandonner la solution de ces conflits à l’arbitraire des rapports de force. » (André Perrin – évoquant Jean-Claude Michéa)

« Le libéralisme n’a pas d’autre idéal à proposer aux hommes que celui du conflit, compétition économique et hégémonie politique, et celui du bonheur de l’animal repu. » (Père Philippe Plet)

« Comme Jean-Claude Michéa, je considère que le libéralisme sociétal ou culturel et le libéralisme économique ne sont que les deux faces d’une seule et même médaille. » (Natacha Polony) – L’un a besoin de l’autre et l’autre de l’un. C’est évident, sauf pour les Bobos et les gauchistes, les deux espèces également  obtuses.

« Le libéralisme économique, tout comme la théorie superficielle du contrat social, repose sur le ‘présentisme’ et la méconnaissance des conditions de la durée d’un peuple et de sa vie longue. Selon le libéralisme des droits de l’homme, ‘chacun a le droit de chercher dans cette vie présente son bonheur matériel et son intérêt’ … Les revendications des droits de l’homme, et de nouveaux droits dans l’ordre des mœurs sont, au fond, la revendication du droit de se désintéresser de la durée, de la survie du peuple auquel on appartient, de se désintéresser de sa quatrième dimension (la dimension psychique), et de vivre dans la liberté du présent. » (Raymond Ruyer) – On voit les dégâts ne serait-ce qu’en matière écologique.

« Le libéralisme correspond à l’idée que le progrès résiderait dans la suppression des barrières, dans une inexorable marche en avant vers toujours plus d’échanges, toujours plus de changement, toujours plus de mouvement. Le monde est un vaste marché. En ébullition permanente … C’est la défaite de la volonté, la négation de la politique … L’inéluctabilité est un autre vocable clé de l’univers contemporain. Tout est inéluctable : la mondialisation, les lois du marché, l’effacement des frontières…» (Jean Sévillia) – La stupidité, la lâcheté et la servilité de nos élites sont-elles aussi inéluctables ?

« Négation individualiste, jouisseuse, cynique, de toute transcendance. C’est pourquoi le libéralisme, malgré son indéniable efficacité, n’a jamais inspiré aucun homme de génie, ni aucun poète. Négation de l’idéalisme, de la jeunesse ; il n’est pas une vision du monde, mais le refus d’en avoir aucune. » (Alain Soral) 

« L’individualisme libéral n’a rien d’un individualisme sans limites … Edification de normes communes et refus de l’utopie … Reconnaissance du pluralisme des intérêts et des opinions … Reconnaissance de la circulation des biens, des idées et des pensées, cette condition générale de circulation est très généralement désignée aujourd’hui comme ‘le marché’ … Les idées libérales : exigence de réalisme, refus de l’utopie sociale, défense de la liberté, reconnaissance de la diversité intrinsèque de la société des hommes, acceptation du marché, promotion de la réforme et confiance accordée aux règles et aux procédures … Les idées libérales ne forment pas une dogmatique (possibilité d’évolution) … Elles comportent toutes un seuil de justesse intérieure … Le libéralisme normatif ne consiste pas à laisser le monde être … Les idées libérales ont d’abord servi les luttes contre l’absolutisme pour l’obtention des libertés publiques et de l’égalité devant la loi. Elles ont permis la mise en place de contre-pouvoirs et la préservation d’un domaine social où les opinions peuvent s’affronter en dehors de l’Etat (société civile) … La défense de l’individu fut portée pendant des siècles par le libéralisme … Le libéralisme est une méthode pour lutter contre l’uniformité qui résulte d’une socialisation trop poussée et menace l’individualité … La pensée libérale défend une conception active du pluralisme … pour la libre expression des opinions et leur confrontation … Il justifie la nécessité des consensus en obligeant à considérer que le conflit entre les valeurs n’est jamais totalement résolu … Il ne conduit pas nécessairement à la fragmentation individualiste ni à l’universalisation abstraite. » (Monique Canto-Sperber – Considérations éparses sur le libéralisme) – Version bien raisonnable du libéralisme.

« Imposant au nom de cette guerre (la guerre économique globale) l’adaptation, c’est-à-dire le renoncement à la normativité et à l’individuation … Le règne de l’adaptation, c’est-à-dire du ‘faux soi’, du devenir flexible et, selon le mot de Zygmunt Bauman, de la ‘société liquide’ : la liquidation de toutes les relations de dépendance qui étaient établies par les organisations de la fidélité est devenue le mot d’ordre du libéralisme. » (Bernard Stiegler)

« D’autres … (Pasolini, Jean-Claude Michéa… ) considèrent que le capitalisme moderne a rompu sa vieille alliance avec les formes sociales traditionnelles : Eglise, famille patriarcale, enseignement autoritaire des ‘humanités’. » (François Taillandier) – Capitalisme ou sa version sociétale, le libéralisme. C’est bien évident quand on voit que c’est le grand capital qui possède tous les médias (papier et ondes) et les oriente vers la servilité au  progressisme le plus abject et le plus socialement nocif. Encore faut-il vouloir voir.

« Un être moral, c’est quelqu’un qui exerce son jugement pour faire des choix en des matières importantes ou non. S’il arrive que son droit et son devoir de choisir lui soient confisqués par l’Etat, le parti ou le syndicat, ses facultés morales, sa capacité de choisir, s’atrophient et il devient un infirme moral. » (Margaret Thatcher)

« L’absurdité ultralibérale, qui, voulant libérer l’individu de tout carcan collectif, n’a réussi qu’à fabriquer un nain apeuré et transi, cherchant la sécurité dans la déification de l’argent et sa thésaurisation … L’effondrement des croyances collectives qui mène inexorablement à la chute de l’individu … L’homme qui ne se pense plus comme membre d’un groupe cesse d’être un individu. » (Emmanuel Todd)

« La position des libéraux intégraux pour lesquels tout doit circuler librement, y compris les hommes, ce qui signe l’arrêt de mort des systèmes de protection sociale tels que nous les connaissons. » (Michèle Tribalat – à propos de l’immigration)

« La revendication du ‘maximum de droits pour le maximum de gens’ qui constitue selon Jean-Claude Michéa la matrice même du libéralisme, aboutit moins à l’égalité des conditions qu’à la guerre de tous contre tous. » (ouvrage collectif des Veilleurs : Nos limites)

« Le mot d’ordre du libéralisme est : ‘A chacun sa vérité !’ Saluons cette merveille, le ‘droit à l’erreur’. » (Michel Villey)

« – Dans un contexte historique et politique qui est souvent troublé – Le conservatisme se méfie du pouvoir, mais il défend l’autorité – Il fait l’apologie des coutumes et des aristocraties – Il est enclin aux réformes, mais a en horreur les coups de force et les révolutions – Il puise son inspiration dans le passé, est attaché au présent et au caractère local des événements – Il se méfie des ‘avenirs radieux’ et des généralisations abusives. Tel est, schématiquement, le style de pensée conservateur tel que défini par Karl Mannheim. » (Jean-Philippe Vincent)

 « Pour un progressiste, le présent est le point zéro du temps, le point de départ pour l’avenir (glorieux, bien entendu). Pour un conservateur, le présent n’est que le point d’aboutissement (provisoire) du passé. » (Jean-Philippe Vincent)

 « La moralité et l’honnêteté sont des valeurs conservatrices, au même titre que la propriété et la confiance. » (Jean-Philippe Vincent) – On comprend que le conservatisme soit si décrié de nos jours par nos prétendues élites politiques et médiatiques.

« Le conservatisme se définit … par une confiance dans une vertu fort décriée : la prudence (pourtant la première des vertus cardinales). » (Jean-Philippe Vincent) – Parler de prudence à nos progressistes hystériques !

« Le libéralisme détruit tout ce que la gauche déteste : famille, patrie, frontières, Eglise, Etat, racines, religion. Le libéralisme est un individualisme, un matérialisme, un économisme, un consumérisme. » (Eric Zemmour)

« La fausse promesse de liberté pour tous, c’est-à-dire d’égalité de l’idéologie libérale du XVIII° siècle. » (?)

« Le nœud du libéralisme, la renonciation à des fins transcendantes qui s’imposent à l’individu du dehors. » (?)

« Le libéral est celui qui quitte la pièce quand la bataille commence. » (?)

Sur l’illibéralisme, les sociétés se disant illibérales, objet de la haine du gang dominant et de ses laquais médiatiques, qui l’un comme les autres ne sauraient supporter que l’on mit un frein à la pourriture imposée dans l’Occident libéral.

 On distinguera « les régimes héritiers des libertés mais qui les limitent, par refus de leur excès (par exemple, la Hongrie et la Pologne) … refus considéré comme une impardonnable régression … Même dans un régime de liberté ils pensent que celle-ci a des limites, et ils pensent que ces limites sont franchies dans les démocraties occidentales et dans l’Union européenne … L’émancipation de l’individu a des limites, et pas seulement celles de la technique et du désir : il faut donc restreindre les réformes dites sociétales … s’auto-limiter parce que conscient de ses responsabilités, ce sont celles-ci qui restreignent ma liberté … Supprimer les oppressions ne signifie pas promouvoir la liberté individuelle intégrale. On peut être moderne, vouloir émanciper l’individu, sans pour autant vouloir l’individualisme radical … Les démocraties illibérales signifient : il y a une alternative à l’immigration imposée, aux réformes sociétales, à la mondialisation financière … Annonce de la rupture entre démocratie et libéralisme … Les démocraties illibérales sont démocratiques, mais elles restreignent les libertés. Pendant ce temps, leurs adversaires, les pays comme la France et l’Allemagne, les institutions européennes, sont libéraux mais de moins en moins démocratiques, ils retoquent les votes populaires qui ne leur conviennent pas. » (tiré de Chantal Delsol)

« Une démocratie n’est pas nécessairement libérale. Quelque chose qui n’est pas libéral peut encore être démocratique. Les sociétés basées sur le principe étatique de la démocratie libérale ne seront vraisemblablement pas capables, dans les prochaines décennies, de préserver leur compétitivité mondiale … L’Etat que nous bâtissons en Hongrie est un Etat ‘illibéral’, un Etat non libéral. Cet Etat ne nie pas les valeurs de base du libéralisme, telles que la liberté et d’autres que je pourrais citer… mais il ne met pas cette idéologie au centre de l’organisation de l’Etat et relève d’une approche nationale spécifique qui s’écarte de cette idéologie. » (Viktor Orbàn) –« Il n’en fallait pas plus pour que le premier ministre hongrois soit accusé de dérive autoritaire. » (Alexandre Devecchio) – Et que ne se déclenche contre lui la haine inextinguible entretenue par l’artillerie médiatique au service de la classe dominante et chargée d’écarter le danger  (comme vis-à-vis de Donald Trump, de Jair Bolsonaro, de Mattteo Salvini…)                                                                                                                            

« ‘L’ère de la démocratie libérale touche à sa fin. Elle ne parvient pas à protéger la dignité humaine, est incapable d’offrir la liberté, ne peut pas garantir la sécurité…’ (ViKtor Orbàn). Rarement … aura été aussi clairement dénoncée la ruine, par ‘La Liberté’ à majuscule, des libertés, plurielles et concrètes. La critique populiste met en exergue le processus de déclin des libertés publiques au profit de la liberté individuelle, aporie des ‘droits fondamentaux’. La sécurité qui souffre des politiques libérales en matière d’ordre publique, de répression pénale… La liberté d’expression traquée par la chasse à toute parole ‘déviante’ ouverte à toute association autoproclamée, à tous les groupes de pression, la prescription allongée … La liberté politique à laquelle s’oppose le gouvernement des juges… » (Jean-Luc Coronel de Boissezon –à propos des démocraties dites illibérales) 

Ci-dessous, quelques remarques (simplifiées) de Marcel Gauchet sur le néolibéralisme dans l‘ouvrage, Comprendre le malheur français.

« Les libéraux s’inscrivaient dans le cercle des présupposés dictés par la verticalité politique … Les dirigeants étaient certes élus, mais il allait de soi que ceux-ci étaient en position de domination et en mesure d’imposer une volonté générale … Il y avait un dogme de l’autorité publique … Cette situation relevait d’une certaine organisation héritée du passé religieux … Celui-ci dissipé, le pouvoir n’a plus cette fonction de surplomb autoritaire … La société est première et le pouvoir, second, n’a d’autorité que par rapport à elle … Désubordination de l’économie comme de la société par rapport à l’autorité publique qui n’a d’autre consistance qu’en tant qu’annexe ou dépendance de l’économie … Les limites qu’elle pourrait imposer aux initiatives économiques des acteurs et plus généralement à l’expression de leurs droits peuvent être contestées … Il n’y a que des individus, définis par leurs droits et par leurs intérêts … Le cadre contraignant de la communauté politique, de l’Etat-nation, a disparu … Intérêt général ? Destin collectif ? Cohérence des actions privées ? … Le problème politique n’est plus que celui des moyens de faire coexister les droits des individus et de leur permettre de maximiser leurs intérêts … Le néolibéralisme est plus une pratique qu’une idéologie ou, plus exactement, c’est une idéologie pratique … C’est un système où il n’y a pas besoin de guides mais de techniciens pour faire marcher une société dont l’idéal est l’autorégulation … On discute de technique, on ne discute pas d’une vision opposée à une autre … Les seules utopies que nous avons sont de nature technique : l’homme augmenté, posthumain, quand les ordinateurs penseront tout seuls, etc. Aucune n’est politique … Le néolibéralisme a sa propre utopie, elle lui est immanente : le libertarisme. Il a dévoré l’anarchisme … En fait le monde néolibéral est un monde hyperbureaucratique, car il faut tout définir, régler toutes les clauses de droit qui permettent aux individus d’exercer leur indépendance. »

Ci-dessous, extraits du livre de Thomas Molnar, L’hégémonie libérale.

 « Trois grandes institutions fondamentales, présentes dans l’histoire de tous les peuples : Etat, Eglise et Société civile … L’idéologie libérale a donné la primauté à la Société civile, parce que le libéralisme justifie les appétits humains liés aux intérêts matériels, contre la discipline des vertus, fondement social de l’Eglise et de l’Etat (institutions organisées pour le service d’une dimension sacrée)… La montée de la Société civile, irrésistible depuis le XVII° siècle, et marquée d’une idéologie et d’une volonté de domination va naturellement de pair avec la déchéance graduelle de ses antagonistes, l’Eglise et l’Etat … La prise de pouvoir graduelle par l’une des composantes de la communauté naturelle, la Société civile (soit des individus dispersés, mais se regroupant forcément en groupes de pression fluctuant, et, évidemment, suscitant de nouvelles élites, mais occultes, des micro-despotismes, non repérés et passés sous silence) … Allant jusqu’à entamer la famille (ex-noyau solide) en donnant à chacun des membres des droits qui sont autant d’instigations  à la litigation et à semer le désordre au sein de la famille … Partout, on dresse les uns contre les autres … Le principe du libéralisme est de fragmenter, au nom d’une liberté de plus en plus illimitée, le tissu social , moral et politique (principe d’individuation et de fragmentation qui a trouvé son modèle dans le Protestantisme) … L’idéologie qui inspire le libéralisme : – En philosophie le nominalisme – En économie politique le marché, modèle de toutes les activités – En spiritualité, en symbolique… la désacralisation … Pour le libéralisme, tout ce qui n’est pas société civile appartient soit à l’univers de la force (Etat), soit à celui des émotions et des rêves (Eglise), bien que, dans sa tolérance bizarre, le libéralisme fasse une large place aux caprices individuels … Chacun est autonome et possède tous les attributs de la dignité pleine … La vertu et le vice sont éliminés, car une telle référence n’est pas réductible au dénominateur commun … Le libéralisme est devenu un système d’interdits … Nivellement et uniformisation de ce qui devrait prêter à la différenciation et aux distinctions … La Société civile libérale est philosophiquement adverse aux références verticales et aux rapports intangibles … Le mal-être du libéralisme déspiritualisé est de n’offrir aucun idéal, sauf la consommation … D’où l’industrie de la distraction obligatoire, moins pour amuser la foule, que pour lui enlever le désir de poser des questions, spectacle ininterrompu (‘la société du Spectacle’ de Guy Debord) … Interdire à l’esprit de s’arrêter et d’approfondir, de parvenir à des questions et à des conclusions en dehors des règles … La désacralisation de l’ensemble s’accompagne forcément de la sacralisation de fausses idoles … On voit pour la première fois une société immanente cherchant sa référence ultime en elle-même (où elle n’a aucune chance de la trouver) … Tout ce qui est requis est l’extension quantitative des principes constitutifs : davantage de démocratie (planétaire), davantage de pluralisme, davantage de culture de masses (jusqu’à la frivolité et la vulgarité les plus imbéciles) … Toujours plus …La loi est conçue comme une mesure pragmatique correspondant aux mœurs et aux habitudes d’une époque, d’une génération, d’un groupe de pression … quitte à changer dés que la nature des transactions civiles se modifie (ce qui permet aussi, bénéfice annexe, de déboussoler les gens) … Une des habiletés du libéralisme est de nier le discours qui montrerait que lui aussi encourage la création d’un ‘néo-féodalisme’ ; l’opinion publique avale cette négation et la pensée dite réactionnaire qui en fait état est expulsée. » – Bien sûr, le libéralisme mène à la catastrophe, et elle sera sanglante.

Ci-dessous, extraits simplifiés et remaniés de l’ouvrage de Pierre Dardot et de Christian Laval, La nouvelle raison du monde, sur le néolibéralisme.

« Ce qui est en jeu avec le néolibéralisme, la manière dont nous vivons,  dont nous sentons, dont nous pensons. Ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que la ‘forme de notre existence’, c’est-à-dire la façon dont nous sommes pressés de nous comporter, de nous rapporter aux autres et à nous-mêmes. Le néolibéralisme définit en effet une certaine norme de vie dans les sociétés occidentales et, bien au-delà, dans toutes les sociétés qui les suivent sur le chemin de la modernité … Le principe d’utilité (à vocation homogénéisante) unique critère de l’action publique … L’une des caractéristiques des pouvoirs politiques modernes est l’absence de limite de l’action gouvernementale, c’est le ‘droit de tout faire’… Le libéralisme économique est un projet social qui doit être mis en œuvre pour le plus grand bonheur du plus grand nombre, ’le laisser-faire n’est pas une méthode permettant de réaliser quelque chose, c’est la chose à réaliser’ (Karl Polanyi)… ‘ Être libéral, ce n’est nullement être conservateur … c’est au contraire, être essentiellement progressif, dans le sens d’une perpétuelle adaptation de l’ordre légal aux découvertes … changements … exigences’ (Louis Rougier) … Cette ingérence adaptatrice va même jusqu’à inciter certains comportements afin de rétablir des équilibres qui, bien que naturels ne se constitueraient pas seuls (voir l’obligation de la diversité, les discriminations positives, etc.) … soit une politique de la ‘condition humaine’ …alors ‘gouverner, c’est structurer le champ d’action éventuel des autres’ (Michel Foucault) … La rationalité entrepreneuriale présente l’incomparable avantage de relier toutes les relations de pouvoir dans la trame d’un même discours… Expert de lui-même, employeur de lui-même, inventeur de lui-même, entrepreneur de lui-même : la rationalité libérale pousse le moi à agir sur lui-même … Toutes ses activités doivent se comparer à une production, à un investissement, à un calcul de coût. L’économie devient une discipline personnelle … reportant le poids de la complexité et de la compétition sur l’individu seul, ‘transformant les causes extérieures en responsabilités individuelles et les problèmes liés au système en échecs personnels’ (Ulrich Beck) … Nombre de sociologues ont insisté sur la ‘liquidité, la’ fluidité’ ou ‘l’évanescence’ des personnalités contemporaines … ‘Un soi malléable, un collage de fragments en perpétuels devenir’ (Richard Sennett) … Le sujet néolibéral doit devenir prévoyant en tous les domaines, opter en tout comme s’il s’agissait de placements (capital éducation, santé, etc.), choisir de façon rationnelle entre une large gamme de services pour les services les plus simples … Usure du choix permanent. »

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