575, 6 – Gauche / Droite

– Depuis trente ans, même incompétence, même lâcheté politique, même impuissance. Seul, le niveau de mensonge est un peu supérieur à gauche, ce qui constitue une performance. « La France est un pays où il existe deux gauches, dont l’une s’appelle la droite. » » (?)

– Ce prétendu clivage, droite – gauche,  ne datant que d’hier, exactement de l’affaire Dreyfus à la jonction des XIX° et XX° siècles. Le dit clivage « constituant une arme politique aux mains des partis de gauche. » (Philippe Braud) – Voyez comme nous sommes différents ! Cette obsession du clivage est à la Gauche « à peu près ce que le dogme de la Trinité était (est) au catholicisme. » (Marc Crapez).

« Si le spectaculaire souhaite ‘faire oublier l’esprit historique’, c’est en vue ‘’d’abord de couvrir sa propre histoire’, afin que ‘son pouvoir apparaisse déjà familier, comme s’il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver’. » (Marc Crapez – reprenant Guy Debord)

– Si notre classe politique s’attache à une classification, droite / gauche, qui ne rend plus compte de grand-chose, sauf à servir les intérêts de la gauche  (il ne s’agit plus guère que d’un conflit de doubles), c’est par instinct de survie. Après tout elle en est issue, comme tous ses chefs sont des copains de l’ENA, et elle doit sa confortable existence à cette distinction devenue bidon.

– Il y a un libéralisme économique, une version économiste, dont la promotion et la défense est essentiellement l’affaire de la Droite et un libéralisme culturel, des mœurs, qui est indispensable au premier, dont la promotion et la défense est devenue la spécialité de la Gauche contemporaine et, surtout, de l’extrême gauche, cette pointe la plus remuante du spectacle moderne.

– Cette double entrée par le Marché ou par le Droit place les classes populaires devant une alternative impossible : rallier la Gauche pour se protéger de l’économisme insensé et brutal de la Droite, c’est valider des conclusions culturelles qui lui font horreur ; rallier la Droite pour se révolter contre l’apologie perpétuelle de la transgression, c’est valider le démantèlement systématique de leurs conditions d’existence matérielles.

– « Les notions de droite et de gauche, parmi les hauts gradés de l’oligarchie nationale, n’ont bien entendu aucun sens. » (Sophie Coignard) – Poudre aux yeux pour Gogos. Le fric et les privilèges seuls.

– « L’expression ‘extrême gauche’ est prohibée, on doit dire la ‘gauche de la gauche’. A l’inverse, les intellectuels sont propres à ‘extrême-droitiser’ tout ce qui déborde ‘à droite du centre-droit’, selon la formule de l’un deux. » (Marc Crapez) – En clair tous les extrémistes sont à droite, telle est la leçon.

– « La gauche moderne, une fois au pouvoir, finit donc généralement par se rallier à l’économie de marché, tandis que la droite, quand elle revient aux affaires, se résigne, le plus souvent, à inscrire dans le marbre de la loi les différentes étapes, jugées inéluctables de l’évolution des mœurs … La droite traditionnelle vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre, et le pendant idéologique exact est cette gauche contemporaine  qui n’affirme combattre la logique du Marché que pour se prosterner avec enthousiasme devant la culture qu’il engendre. » (Jean-Claude Michéa – comme l’esprit de ce qui précède) – Alternance truquée qui permet de tout pourrir sans même se concerter.

– « Les Français ont le droit de changer de majorité, mais pas de politique. » (Jean-Paul Fitoussi)

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« « La gauche défend des valeurs, la droite défend des intérêts. » (Martine Aubry) – Rire général. Pour la droite on ne sait pas trop, mais pour la gauche on peut penser qu’il s’agit de valeurs mobilières.

« Ne peut-on plus l’ouvrir de quelque façon, proférer quoi que ce soit d’insolite, d’insolent, d’hétérodoxe ou de paradoxal sans être automatiquement d’extrême droite (ce qui est, il faut bien le dire un hommage rendu à l’extrême droite). Pourquoi tout ce qui est moral, conforme et conformiste, et qui était traditionnellement à droite, est-il passé à gauche ?»  (Jean Baudrillard)

« Les gens de gauche se donnent des coups de poignard dans le dos pour le pouvoir. Les gens de droite se jettent de la boue à la figure pour rien. » (Jacques Bainville)

« Le réactionnaire ne croit pas en l’homme, pour lui l’homme est un animal qui a besoin d’être éduqué, et cela même s’il est plein de promesses et revêt à ses yeux un caractère sacré. Le progressiste, lui, croit d’emblée et de manière très rousseauiste que l’homme est bon dés sa naissance et que ce sont les contraintes sociales et les influences perverses de la société qui le corrompent. » (Olivier Bardolle) – Puisqu’il n’y a plus ni éducation ni valeurs ni autorité, le débat va être vite tranché par l’expérience in vivo, même si l’histoire avait, elle, déjà choisi.

« Un homme de droite, toujours affligé de sa mauvaise réputation, aura à cœur de montrer qu’il a du cœur. Un homme de gauche n’a pas cette obligation puisqu’il incarne le Bien, c’est ce qui rend le prosélytisme de gauche implacable, dogmatique, sans pitié aucune, et c’est ce que l’on sent en filigrane dans le discours de Badiou. » (Olivier Bardolle)

« La théorie du progrès étant d’origine bourgeoise, la gauche en devenant ‘progressiste’ se condamnait par là à rejoindre un jour ou l’autre le camp libéral. Ce qui explique que la droite, déjà libérale en matière économique, le devienne aujourd’hui de plus en plus en matière de mœurs, tandis que la gauche, déjà acquise au libéralisme culturel et ‘sociétal’, s’ouvre de plus en plus à la société de marché. » (Alain de Benoist – s’inspirant de Jean-Claude Michéa) – Echange de bons et loyaux services. Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné.

« Lorsqu’un homme de gauche tient des propos ‘de droite’, les gens de droite applaudissent, tandis que lorsqu’un homme de droite tient des propos ‘de gauche’, les gens de gauche jugent aussitôt qu’il n’est pas ‘net’, qu’il cherche à se ‘démarquer’, à ‘récupérer’… Toujours le sectarisme … A droite le talent est souvent regardé comme une circonstance atténuante, alors qu’à gauche il est plutôt une circonstance aggravante. » (Alain de Benoist)

« La majorité idéologique est plus importante que la majorité parlementaire, la première annonce toujours la seconde, tandis que la seconde, sans la première, est appelée à s’effondrer … Il faut d’abord obtenir la majorité idéologique, car c’est seulement quand elle sera gagnée à des valeurs différentes des siennes propres que la société en place commencera à vaciller sur ses bases … la situation pourra alors être exploitée sur le plan politique … pour une évolution déjà acquise dans les mentalités. » (Alain de Benoist – la leçon de Gramsci) – A l’intention de la droite stupide et ignare.

« La gauche joue tous les rôles, elle énonce les thèses et leur fait des objections, lance les modes et les combat. Les contenus intellectuels ne peuvent se faire admettre qu’en se rattachant à la gauche … Tout se passe comme si la droite avait perdu le goût de se défendre. Critiquée, harcelée, houspillée de toutes les façons, elle reste purement passive, pratiquement indifférente. Mise en accusation, elle se replie sur elle-même … la paresse intellectuelle de la vieille droite. » (Alain de Benoist) – Droite presque aussi inculte que la gauche, plutôt moins cupide, mais aussi lâche. C’est une vieille histoire, la bourgeoisie française ne s’est pas relevée d’avoir vendu, en 1914, la paysannerie française aux intérêts de l’Angleterre. Depuis, au lieu de surmonter cette honte,  elle se cache, se couche et persévère dans la trahison du peuple.

« La gauche joue tous les rôles, elle énonce les thèses et leur fait des objections, lance les modes et les combat. Les contenus intellectuels ne peuvent se faire admettre qu’en se rattachant à la gauche … Tout se passe comme si la droite avait perdu le goût de se défendre. Critiquée, harcelée, houspillée de toutes les façons, elle reste purement passive, pratiquement indifférente. Mise en accusation, elle se replie sur elle-même … la paresse intellectuelle de la vieille droite. » (Alain de Benoist) – Droite presque aussi inculte que la gauche, plutôt moins cupide, mais aussi lâche. C’est une vieille histoire, la bourgeoisie française ne s’est pas relevée d’avoir vendu, en 1914, la paysannerie française aux intérêts de l’Angleterre (qui ne pouvait tolérer l’édification d’une flotte allemande). Depuis, au lieu de surmonter cette honte,  elle se cache, se couche et persévère dans la trahison du peuple.

« Les hommes de gauche, rustres, jettent aussitôt la main au plat, le conservateur pille discrètement le buffet et s’en va d’un pas solennel. » (Georges Bernanos) – Le fait que les hommes de gauche soient maintenant de très grands bourgeois n’a pas changé leurs habitudes ni leur vulgarité.

 « Dites-vous de gauche, tout vous sera consenti. Dites-vous de droite, rien ne vous sera concédé. » (Pascal Bruckner) – Ce qui explique peut-être pourquoi tous les arrivistes comme les ‘people’ arrivés se disent de gauche. Question de beefsteak.

« Le logiciel ‘gaucho-européiste’ est largement commun à la droite et à la gauche. » (Vincent Coussedière)

« L’homme de gauche considère l’humanité ‘in abstracto’. L’homme de droite davantage dans le conditionnement auquel le soumet le réel. » (Marc Crapez) – L’homme de gauche a rarement travaillé autrement qu’en fonction publique dans des occupations pseudo-intellectuelles sinon déjà politicardes.

« La droite s’est retrouvée orpheline de son ennemi, le communisme, tandis que la gauche s’est ralliée au sien, le capitalisme. » (Marc Crapez)

« Dogmatisme ‘de droite’ contre fanatisme ‘de gauche’, entre les deux, une seule victime : l’intelligence. » (Maurice G. Dantec) – Et le bon peuple, toujours cocu.

« A gauche on est passé du profil Léon Blum au profil Tapie. A droite du profil Poincaré ou Pompidou au profil Giscard ou Léotard. » (Régis Debray) – Il n’y a que les aveugles pour ne pas voir le progrès.

« Les victoires politiques se préparent par les conquêtes culturelles. » (Antonio Gramsci) – Programme fidèlement appliqué par la Gauche depuis cinquante ans, et supporté non moins fidèlement par une droite stupide, timorée et même lâche, quand elle n’est pas vendue.

 «  Le système de représentation traditionnel, qui a fait la promotion d’un modèle économique et sociétal contraire aux intérêts des plus modestes, n’a plus aucune légitimité …Le constat s’applique à l’ensemble de la gauche mais aussi à la droite. Le divorce est définitif et structurel. Les intérêts des catégories modestes sont désormais trop divergents de ceux des catégories supérieures. Les représentations de la société française et du monde sont désormais irréconciliables, le consensus n’est plus envisageable. » (Christophe Guilluy)

« Si la mise en avant du ‘populisme’ s’est généralisée parmi les élites, c’est parce que cela permet d’imposer un diagnostic ‘par le haut’, en décrédibilisant le diagnostic ‘par le bas’, celui des classes populaires. Or … le diagnostic rationnel, objectif, est celui des classes populaires, car ce sont elles qui vivent au quotidien, depuis trente ans, les effets de la mondialisation … et de son corollaire lié à l’immigration. Il s’agit bel et bien d’une analyse objective des retombées de choix économiques et sociétaux précis …. Le populisme pose un problème de fond à la classe politique. Il tend à faire disparaître la fracture artificielle entre la gauche et la droite, pour laisser poindre un affrontement entre les classes dominantes (de droite ou de gauche) et les classes populaires … La diabolisation du peuple par le populisme reste une nécessité pour les classes dominantes. » (Christophe Guilluy) – Ce pourquoi gauche et droite défendent férocement leurs privilèges au prix de tous les mensonges méprisants, notamment celui qui « consiste, singulièrement à gauche, à faire perdurer l’idée des classes populaires incultes et manipulées … La nouvelle bourgeoisie, souvent de gauche, s’inscrit dans la droite ligne de la bourgeoisie traditionnelle qui ne pouvait percevoir les classes populaires que comme des classes dangereuses, incultes et infantiles qu’il fallait éduquer … Sur ce point rien n’a changé. » (Christophe Guilluy)

« L’opinion se rassure dans la ‘via media’ qui, condamnant également la droite et la gauche lui donne l’illusion d’avoir du génie. » (Jean Guitton – évoquant d’autres questions) – Mais s’applique très bien à ce qu’on appelle centrisme, soit lâcheté et disponibilité à toutes les trahisons.

« Un fossé de valeur morale séparait de manière absolue l’identité suspecte des ‘hommes de droite’ un peu honteux de ce qu’ils sont de celle, exemplaire, justement satisfaite d’elle-même et dés lors inaccessible à l’autocritique d’un ‘peuple de gauche’ haussé à la dignité d’unique héritier… » (Guy Hermet)

« Au-delà de leurs chamailleries, la droite et la gauche sont d’accord sur un point essentiel, antérieur à tout débat, et qu’elles se gardent bien d’évoquer jamais : qu’en tout état de cause, c’est à elles et à elles seules qu’il appartient de régler les affaires du peuple. Tel est le fondement de la démocratie représentative, qu’il vaudrait mieux appeler substitutive, puisque l’effet, sinon le but de l’élection est de substituer au peuple ses représentants, et pour mieux dire, d’escamoter proprement celui-ci … Il est en effet un non dit qui sous-tend et qui détermine l’univers politique dans son ensemble : c’est que la politique ne peut être faite que par un personnel spécialisé … Cette loi constitutive du monde moderne, antérieure à toute autre distinction, l’existence d’un corps séparé de politiciens professionnels» (Jacques Julliard)

« Se demander si la gauche et la droite n’en sont pas venues à trop partager les mêmes convictions fondamentales, parmi lesquelles une croyance dans l‘aspect désirable et inévitable du développement technique et économique. » (Christopher Lasch)

« L’un des objectifs prioritaires de la censure est précisément de continuer à faire exister par le verbe cette distinction évanouie. D’où le recours incantatoires à des ‘valeurs’ qu’on se garde bien de définir … et qu’il n’importe guère de respecter. » (Elisabeth Lévy) – Il faut bien faire croire, par média interposés, qu’une partie du personnel politique, la gauche, s’occupe du peuple, la gauche champagne-caviar.

« Gauche et droite confondues, ce qui prévaut est une politique de clans luttant les uns contre les autres. Lutte où tous les moyens sont bons pour abattre, soumettre ou marginaliser l’autre. » (Michel Maffesoli) 

« L’alternance unique. » (Jean-Claude Michéa – qualifiant la vacuité du débat gauche-droite)

« En simplifiant beaucoup, on pourrait dire que l’homme moderne dit de droite a tendance à défendre la ‘Prémisse’ (l’économie de concurrence absolue), mais a encore beaucoup de mal à admettre la ‘Conséquence’ (le Pacs, aujourd’hui le mariage pour tous, la délinquance, la fête de la musique, Paris-Plage) tandis que l’homme moderne officiellement de gauche, a tendance à opérer les choix contraires … Le premier mérite du concept de ‘libéral-libertaire’ (mot forgé par Serge July pour désigner la nouvelle ligne politique du journal ‘Libération’) est de rendre immédiatement sensible la complémentarité dialectique  des deux versants de l’Accumulation du Capital, celui de l’Economie et celui de la Culture. » (Jean-Claude Michéa) – Milliardaires et Gauchistes, même combat. 

« La mystification la plus efficace et en même temps la plus grossière, … celle qui prétend que notre destin politique se joue dans l’affrontement impitoyable entre les ‘forces du progrès’ (de la vie , du mouvement, de la jeunesse, du changement) et celles du passé qui représenteraient l’immobilisme, le ‘repli frileux sur soi’, l’incapacité de s’adapter aux nouveaux conformismes, le déclin et la vieillesse en somme … Comment le capitalisme peut-il passer pour un système foncièrement conservateur, alors que jamais … un régime social n’avait fait du bouleversement radical et perpétuel de toutes les conditions existantes le seul fondement de sa légitimité ? … Le papillonnement infini du désir, l’obligation de jouir et le culte de la transgression qui abolit les conditions existantes … ‘Tous les rapports sociaux figés et couverts de rouille … se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier’ … ‘La bourgeoisie ne peut existe sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux’ … Le capitalisme a peu à voir avec la tyrannie de l’Eglise, de la Noblesse ou de l’Etat-Major (qui n’existent plus depuis longtemps). Il est lié à un type de civilisation qui est tout sauf conservateur. » (Jean-Claude Michéa – citant le Manifeste du parti communiste)

« La gauche ayant alors liquidé toute référence au socialisme, et la droite ses dernières sympathies pour la France précapitaliste (sous Mitterrand) … Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche), tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché … Telle est, en définitive, le véritable fondement de la division actuelle du travail entre la ‘droite’ et la ‘gauche’, que seules les contraintes de la comédie électorale incitent encore à masquer … Mais ‘dés que survient un conflit pratique où la classe (politique et dominante) tout entière est menacée (référendum de Maastricht, élection présidentielle de 2002) cette opposition tombe d’elle-même, tandis que l’on voit s’envoler l’illusion que les idées dominantes ne seraient pas les idées de la classe dominante’. » (Jean-Claude Michéa – citant Marx et Engels dans l’idéologie allemande)

« Peu à peu s’est installée en France l’idée qu’on peut se dire de gauche, mais qu’on ne peut pas sans risques se dire de droite. La gauche est la seule étiquette qui peut être revendiquée par ceux qui s’en réclament, l’étiquette droite, elle, est accolée par l’adversaire. » (Jean-Claude Milner) – La gauche : caviar, champagne, mépris et terreur.

« La droite déculturée est devenue la domestique, la valetaille culturelle de la gauche. Son sous-prolétariat, son quart-monde qui n’a pas de langue pour s’exprimer. L’apparition, il y a deux siècles, des concepts de droite et de gauche permet de dater l’appropriation de la culture par la gauche … Le mot droite sert simplement à indiquer tout ce qui n’est pas cultivé. » (Philippe Muray)

« La droite, même conservatrice, a largement intégré l’héritage républicain, une grande partie de la gauche n’a pas accepté la multiplicité des traditions nationales, notamment l’héritage chrétien d’une France marquée par le sceau de la catholicité. » (Paul-François Paoli)

« La force de la gauche est l’intimidation qui ne fonctionne que parce que la droite est intimidable, car incapable de penser par elle-même. » (Paul-François Paoli) – Et aussi parce que sa partie dite centriste rassemble tous les lâches.

« Depuis que les socialistes européens et les ‘libéraux’ américains se sont mis à copier les procédés communistes, la malhonnêteté intellectuelle est à gauche. Ce n’est pas que la droite ait perdu l’envie de s’en servir, mais elle en a perdu le talent, les ressources philosophiques et la virtualité dialectique nécessaires. » (Jean-François Revel)

« A partir de 1945 … avoir fauté à droite ne permettait d’attendre aucune absolution, ni pour avant, ni pour après la conversion. Au contraire, flirter ou fauter avec la gauche totalitaire ouvrait et ouvre toujours droit aux plus flatteuses compensations, tant durant le temps de l’errance que pour y avoir mis un terme . » (Jean-François Revel)

« La distinction actuelle entre droite et gauche correspond moins, quant au fond, à une opposition, qu’à une répartition des rôles dans la liquidation du passé, pour le plus grand profit de la ‘flexibilité’ libérale ; la droite se chargeant en priorité de la modernisation économique, la gauche de la modernisation culturelle, ‘sociétale’, qui, au nom de la lutte contre le conservatisme et de l’émancipation de l’individu, sape les manières de vivre et de penser qui embarrassaient encore la dynamique capitaliste. » (Olivier Rey – s’inspirant de Jean-Claude Michéa)

« Dans l’auguste assemblée il est sûr que tout cloche.

« La raison ? Chacun l’aperçoit ;

« Le côté droit est toujours gauche,

« Et le gauche n’est jamais droit. » (attribué à Rivarol)

« La gauche ne sera jamais forte que des abdications de la droite. » (Dominique de Roux)

 « Quand je dis un homme de droite, je veux dire un salaud. » (Jean-Paul Sartre) – Voilà comment s’exprimait le philosophe, le leader des intellectuels de gauche.    

« La gauche qui, au pouvoir, contribua à réprimer davantage la sexualité tout en clamant sa libération, la droite qui s’est ralliée tôt ou tard à toutes les novations dont elle laissa l’affichage aux socialistes. » (Michel Schneider) – La gauche qui ment toujours, la droite qui se couche toujours. 

« Être ou avoir été de gauche, c’est normal. Être ou avoir été à gauche de la gauche, c’est compréhensible. Être ou avoir été de droite, cela impose de se justifier. Être ou avoir été à droite de la droite, cela disqualifie à vie. Notre climat intellectuel, politique, moral et médiatique reste empreint de ce sinistrisme. »  (Jean Sévillia) – La gauche tient évidemment à garder ses fromages, la droite classique est couchée comme d’habitude.

« Nombreux sont ceux qui abandonnent la gauche comme position politique, en suivant un parcours qui va dans une seule direction : de la gauche vers la droite (et même l’extrême droite) … En revanche, il est rare de trouver des migrants en sens inverse, de la Droite vers la Gauche. » (Raffaele Simone) – Et cela malgré le confort social, idéologique et surtout matériel que confère la prétendue appartenance à la prétendue gauche. Cela doit bien révéler quelque sens.

« La position à la Rousseau veut que l’homme naisse bon, doux et pacifique, privé d’intérêts personnels, enclin à l’égalité, prêt au renoncement et au nivellement et qu’il ne commence à devenir mauvais qu’au moment où la propriété apparaît … L’homme naturel de Rousseau, moitié catholique, moitié de gauche … Trop d’expériences historiques se sont chargées de montrer que ce schéma est l’idéalisation mal à propos d’un état de choses impossible, introuvable, inatteignable, que personne ne pourrait prétendre avoir jamais observé, pas même auprès des enfants en âge d’être à la crèche (il suffit de les voir dans leur parc) … Si ces postulats sont naturels (c’est-à-dire précédant toute médiation ou élaboration), l’idée de droite est elle aussi naturelle, étant donné qu’elle exprime des positions natives. » (Raffaele Simone) – C’est tellement évident.

« La droite, jusqu’à hier, c’était le parti de la pesanteur. A droite, on croit à l’indépassable, à l’incontournable … C’est la raison pour laquelle la droite a toujours eu un concept de la réalité plus dur, plus coriace, mais aussi plus sombre. Le monde est lourd … Les gauches utopiques caressent le rêve d’alléger la vie jusqu’à l’apesanteur, la grande fête, tout de suite et pour toujours … nous devons être prêts à la transformation dans tous les domaines et rapidement. C’est de la rhétorique révolutionnaire à l’état pur, mais on l’entend désormais dans la bouche de managers… La guerre mondiale que se livrent en profondeur le léger et le lourd dégénère, entre dans une nouvelle phase, et les fronts traditionnels s’inversent sur de nombreux points. L’ancienne droite mise sur le léger et prône la flexibilisation de tout et de tous (fêtes continuelles pour abrutir, bouleversement des mœurs…), et certaines personnes, dans l’ancienne gauche, découvrent le champ de la pesanteur (de la valeur de la stabilité, des traditions…) » (Peter Sloterdijk)

« En France le fascisme prend ses sources, et ses hommes, aussi bien à gauche qu’à droite, très souvent beaucoup plus à gauche qu’à droite. » (Zeev Sternhell – cité par Marc Crapez) – Ce qu’on a appelé la collaboration dure : Déat, Doriot, Laval…

« Triste tableau : une droite sans identité, oublieuse de son rôle de conservatrice des traditions et de gardienne des continuités, de garante respectueuse des héritages, pitoyablement soucieuse de sa seule autoconservation ; une gauche caméléonesque, réduite à sa faculté de s’adapter à tous les ‘mouvements’ dominants, une gauche volage dont le seul programme est d’aller dans le sens du vent. » (Pierre-André Taguieff) – Chacune d’abord soucieuse d’aller à la soupe (excellente).

« A droite, on dort ; à gauche, on rêve. » (Gustave Thibon) – Mais il y a des rêves sonnants et trébuchants.

« La droite a renoncé. Elle s’est abîmée dans le culte de l’instant. C’est la victoire du chiraquisme. Le primat de l’homme d’action sur l’homme de réflexion. Celui qui ne regarde ni devant ni derrière. Et court on ne sait où, mais l’important est de ne pas rester immobile. De bouger. La consécration du technocrate aussi. L’ENA n’est pas une école d’architectes mais de mécanos. »  (Eric Zemmour) – L’auteur évoque la droite. Son dire s’applique tout autant à la gauche, d’où le positionnement de cette citation.

« Dans beaucoup de pays, la fraction la plus pauvre de la population est souvent plus favorable aux partis de droite qu’aux partis de gauche . » (?) – Les intellectuels méprisants de gauche vous diront que c’est parce que ce sont des imbéciles aliénés.

« Deux conceptions différentes de l’ouverture : la droite la pratique à gauche, la gauche à l’extrême gauche. Sa cohérence étant dans la constante de son orientation. » ( ?)

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– Être de gauche n’est pas toujours une position personnelle, de raison ou de sentiment, c’est souvent une attitude ancestrale, traditionnelle, quasi religieuse, moralisatrice qui sacralise l’être donneur de leçons, lequel rejette violemment tout par ailleurs : Mon grand-père, ma famille l’étaient – J’ai 77 ans et à vingt j’étais déjà à gauche – Je crois en l’homme, à l’humanité, au progrès sans fin – Moi, je ne suis pas un salaud (comme les autres), je suis bon, moi…

– « L’homme de gauche se sent sacré d’une légitimité qui n’est pas politique, mais sacrale … d’ordre ontologique. On ‘est’ de gauche comme on est beau ou intelligent, c’est une qualité en quelque sorte essentielle qui n’a nul besoin de justification. L’homme de gauche s’intronise homme de bien, ce qui lui épargne parfois la corvée d’être vertueux. » (Paul-François Paoli)

– « L’homme de gauche ne se demande, et ne demande jamais, si c’est vrai ou faux, seulement si c’est bien ou mal, juste ou injuste suivant ses critères obsessionnels évidemment. » (?)

– L’internationalisme de gauche, l’idiot utile du capitalisme financier anglo-saxon. Idéologie, qui se prétend universaliste et qui, au nom de celui-ci, c’est-à-dire des intérêts du grand capital mondialiste, a choisi délibérément et consciemment d’abandonner les travailleurs et les catégories populaires au profit de la grande bourgeoisie mondialiste (show-biz, Jet-set, Bobos, minorités bruyantes et hurlantes…). «  La gauche plurielle devenue la gauche plurien. » (?).

– Rêve et ambition de tout élu de gauche : tout réglementer et en rendant tout soit obligatoire soit interdit.

– Terreur de la gauche en général : être privé de fachos, ne plus même trouver prétexte à en inventer. Que resterait-il à ce noble mouvement ? Hormis les petits fours, le champagne et le copinage qui assure hauts postes et déluge de fric. « Comment ferrailler contre de puissants ennemis quand il n’y a plus d’ennemis ? La réponse est simple, il suffit d’en inventer … Que serait le camp du Bien sans le parti du Mal ? » (Elisabeth Lévy)

– « L’expression politique de la domination bourgeoise. » (?) 

– « Communicationnelle et de bénitier. » (?)

« La ‘préférence immigrée’ est l’envers de la ‘prolophobie’ qui a saisi les élites de la gauche … En privilégiant les immigrés sur les autres catégories populaires, la ‘gauche bobo’ suggère que les ‘petits blancs’ constituent la lie de la société française. Comment se dire de gauche … et cautionner pareil racisme social ? » (Hervé Algalarrondo) – L’image du Beauf, création aussi raciste que gauchiste, manifeste parfaitement la haine dominante et constante du peuple dans les  milieux de gauche, soit des Bobos contre le peuple.

« Le beauf de gauche est l’ami du genre humain. Mais son idée de l’Autre est toute théorique. Lui ne voit pas plus loin que le boulevard Saint-Germain … Une propension permanente, incontrôlée, irrépressible, à voir des fascistes partout … ce qui est une spécialité franco-française … Sonner le tocsin tous les quatre matins devant le retour supposé de la ‘bête immonde’ … L’Histoire se répète à l’infini … chaque année ils dégotent un nouveau fürher … L’intelligentsia de gauche n’a plus d’idées, seulement des préjugés … elle ne pense plus, elle bêle … Son mépris pour le peuple … sa conviction que le ‘Français moyen’ tient de la brute épaisse … La gauche entretient avec le peuple des rapports comparables à ceux d’un tuteur avec un enfant mineur. Le peuple ? Attention danger ! Il ferait des bêtises dés qu’on le quitte des yeux ! … Prétention de l’aristocratie de gauche à faire le bonheur des gens malgré eux … Que le terme ‘populiste’ soit quasiment devenu une injure montre assez le mépris dans lequel les élites autoproclamées tiennent le peuple  … Cette morgue de caste est constitutive de la gauche institutionnelle … Le plus insoutenable chez les ‘beaufs de gauche’ : l’arrogance qu’ils dégagent, leur absence de doutes. » (Hervé Algalarrondo – journaliste militant à gauche, au moins en 1994, époque de parution du livre – considérations éparses sur le beauf de gauche)

« La gauche, à qui l’on prête des objectifs constants ou une vocation éternelle, existe à condition que l’avenir vaille mieux que le présent et que la direction du devenir des sociétés soit, une fois pour toutes fixées. Le mythe de la gauche suppose celui du progrès. » (Raymond Aron) – Comme le progrès est fini (en matière sociale, pas dans le domaine scientifique) la gauche est revenue à un de ses vieux procédés d’intoxication, elle s’abrite derrière la morale dont elle se prétend l’unique détentrice.

« Moi c’est la gauche qui me rend de droite. » (principe d’Audiard – cité par Jean-Claude Michéa)

« Une archéologie de l’antifascisme est représenté par le robespierrisme qui articule l’invention de l’ennemi absolu, la dénonciation des complots contre le parti du Bien ou du Juste … Il enveloppe une justification récurrente du recours à la terreur : face aux ennemis … de la Révolution, du Progrès, de la République ou de la Démocratie, tout est permis, ‘On conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur’. » (Olivier Bardolle – citant Robespierre) – Est-on si loin des crispations de la gauche actuelle qui sait combien l’avenir très proche révèlera le vide (pour ne pas dire le mensonge) des mots dont elle se servait comme instrument de terreur et d’hégémonie ? L’auteur ajoute qu’il ne reste à ceux dont la gauche constitue le casse-croûte qu’à s’égosiller en criant « au fasciste ! »

« Une gauche caviar planétaire, s’est ainsi pendant plusieurs décennies, enivrée de bonnes paroles, où il fut constamment question de solidarité, de partage, de soutien au peuple, aux employés, aux ouvriers, aux caissières, et autres damnés de la terre, tout en vivant dans le confort, et parfois le luxe, le plus débridé. Forte en gueule, déclarative, sophiste dans l’âme, baiseuse et bambocheuse, se vivant ‘artiste’ et ‘décalée’ pratiquant l’ironie opportuniste et le ricanement désabusé, capable de tout expliquer … démagogue en diable, flattant la ‘classe ouvrière’ qui d’ailleurs, et à juste titre, ne l’a jamais reconnue, cette élite dévoyée, experte en simulacre … Elle est en tout cas largement responsable par son inconséquence de cette forme de nihilisme qui a envahi les consciences occidentales ces dernières années. » (Olivier Bardolle)

« Ce grand parti qui a accepté l’entreprise du bonheur du genre humain. » (Baudelaire – sur le socialisme) – Déjà, de son temps !

« Dépouillée de toute énergie politique, la gauche est devenue une pure juridiction morale, incarnation des valeurs universelles, championne du règne de la Vertu et tenancières des valeurs muséales du Bien et du Vrai, juridiction qui peut demander des comptes à tout le monde sans en rendre à personne. » (Jean Baudrillard) – La conjuration des imbéciles – Et encore s’il ne s’agissait que d’imbéciles !

« Son principal titre de gloire est d’avoir proclamé de façon surplombante l’identité des droits humains. Comme à l’époque où la gauche prétendait apporter la ‘civilisation’ aux peuples colonisés, il y a là une tendance arrogante à s’instaurer en instituteur du genre humain, à vouloir donner des leçons à la Terre entière. » (Alain de Benoist) – Et quand on voit qui les donne !

 « A gauche, si l’adversaire est un grand écrivain, un grand savant, un grand peintre, un grand sculpteur, un grand cinéaste, il n’en est regardé que comme plus dangereux. C’est un motif supplémentaire pour chercher à l’éliminer, et c’est pourquoi on s’emploiera à lui dénier tout talent. » (Alain de Benoist) – Voir le médiocre Manuel Valls recommandant de ne pas lire Zemmour, se faisant à juste titre traiter de crétin par Michel Onfray. Ne pas oublier aussi que la gauche est le domaine où se déploie l’envie. « A droite le talent est souvent regardé comme une circonstance atténuante, alors qu’à gauche il est plutôt une circonstance aggravante. »

« Qu’importe que vos intentions soient bonnes ? Il s’agit de savoir qui les exploite. » (Georges Bernanos)

« Principes du véritable homme de gauche, ce saint laïque : « Au clivage droite / gauche tu te tiendras, c’est bien connu, le ‘ni droite-ni gauche’ s’attache intemporellement à l’extrême droite – Tes adversaires tu fasciseras (d’autant plus que tu ignoreras parfaitement ce que signifie le terme fascisme et son histoire) – Le peuple tu ignoreras (mieux, mépriseras et insulteras en le traitant de populiste et en manifestant contre lui). » (Daoud Boughezala)

« Cédé à la tentation de trouver un peuple de remplacement, un ‘prolétariat de substitution’, en remplaçant l’ouvrier par l’immigré comme figure populaire emblématique. » (Laurent Bouvet – sur les dirigeants de la gauche et du PS principalement) « Le peuple est devenu un problème pour la gauche, il n’est plus ni sa raison d’être ni son horizon politique … ‘Changer la vie’, mais laquelle exactement et celle de qui et pour en faire quoi et comment ? … Droit à la différence, abandon des principes d’égalité et de mérite de l’école républicaine, politique de célébration des ‘fiertés’, des ‘mémoires’, des minorités toujours opprimées … L’Etat perçu comme ne protégeant plus que ses agents au détriment des autres Français … comme si ceux qui servent l’Etat se l’étaient accaparé … Le vocabulaire de la domination quitte le registre de la lutte sociale au profit de celui de l’exclusion … L’économique et le social remplacés par l’identitaire et le culturel, le premier terrain devenant impraticable à force de renoncements et de glissades incontrôlées … L’affichage au premier plan des différences identitaires culturelles (genre, ethnie, préférence sexuelle, religion, appartenance régionale…) … Les nouvelles aspirations ’sociétales’ et les nouveaux ‘mouvements sociaux’ (Alain Touraine) dont le PS devient le parti … La figure du peuple, celle du ‘populaire’, si longtemps valorisée, commence dans les années soixante-dix à devenir négative, sous la forme de la dérision, comme un objet de moquerie ou de ridicule, quand ce n’est pas tout simplement un repoussoir (le film ‘Dupont-Lajoie’, figure à la fois caricaturale et abjecte du peuple, le ‘beauf’ français, blanc et masculin de Cabu). Une véritable ‘prolophobie’ se met en place. » (Laurent Bouvet) – Prolophobie basée sur l’arrogance des prétendues élites et  son insultant mépris de la classe populaire. La gauche repue et bavant sur le peuple.

« La dérive économique de la gauche (qu’elle soit étatiste ou libérale n’importe pas) et vers un culturalisme ciblé servant d’échappatoire à cette impasse économiste contribue à ancrer encore un peu plus fortement l’insécurité culturelle … Faisant disparaître les collectifs universels, sociaux et protecteurs qui constituaient l’histoire de la gauche … et cela, circonstance aggravante, en privilégiant et en promouvant des représentations fragmentaires et identitaires de la société. » (Laurent Bouvet – L’insécurité culturelle)

 « Le glissement des élites, du social au culturel, est toujours défavorable au classes populaires. » (Laurent Bouvet) – Vieille tactique, auparavant pratiquée par la bourgeoisie et joyeusement repris par la gauche-bobo-caviar pour dévaluer, occulter, le social.

« Les élites des pays les plus anciennement développés semblent avoir oublié de penser cette réalité sociale qu’est le peuple … Le trait commun d’une certaine élite de gauche reste la ‘prolophobie’ : raciste, homophobe, inculte, le ‘beauf’ sert de justificatif à la désertion des combats sociaux … Le tournant des rapports culturels entre la gauche intellectuelle et le peuple se situe autour des années 1970, au moment où ‘Dupont Lajoie’ supplante l’ouvrier dans l’imaginaire d’une certaine gauche. » (Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin) – Pas tout à fait exact. Ils y pensent de temps en temps pour exprimer leur mépris mêlé de haine.

 « Difficile d’aller au peuple. Difficile de se fondre dans les masses populaires … Nous avons eu la gauche Saint-Tropez, la gauche Lubéron, la gauche Hammamet, la gauche Californie, tous lieux où il n’était pas prudent, pour un homme de droite, de s’aventurer. La gauche caviar, enfin, réalisa une sorte de programme commun de ces différents courants de l’intelligentsia. » (Jean Cau)

« Comme le socialisme sait qu’il a perdu le combat économique … nous assistons à un changement de terrain : la gauche est devenue ‘culturelle’. » (Jean Cau) – Elle ne s’intéresse qu’aux Bobos. Diagnostic prémonitoire, quarante ans avant le cynisme de Terra nova.

« Ce sera tout le travail de sape, somme toute assez obscène, de l’ère Mitterrand : émasculer une tradition de gauche combative pour installer les niaiseries des démocrates modernistes, en prenant soin de ‘se démarquer’ des gesticulations trop criardes de l’administration Reagan. Il s’agissait de promouvoir une capitulation élégante, à la française, devant l’ultimatum de la ‘main invisible’, en le présentant comme un rendez-vous inéluctable avec la modernité, et même comme l’utopie libertaire ayant enfin atteint l’âge adulte. » (Gilles Châtelet)

« Être de gauche, cela ne dispense pas d’être intelligent. » (Coluche) – Le cumul est rare.

« Le tiers-mondisme, l’écologisme, le féminisme et le pédagogisme sont les quatre piliers du gauchisme triomphant … ils s’attaquent aux fondements non politiques du peuple politique français. Le tiers-mondisme remplace l’internationalisme et prépare l’immigrationnisme et la culpabilisation de la solidarité nationale, ainsi que l‘offensive antiraciste des années 80 – L’écologisme remplace la critique du capitalisme et prépare les mouvements altermondialistes ainsi que la culpabilisation de l’industrialisation – Le féminisme remplace l’ouvriérisme et prépare le développement des mouvements identitaires et victimaires, la destruction de la cellule familiale et l’essor de la guerre des sexes – Le pédagogisme remplace l’endoctrinement par le parti et prépare le développement de l’ignorance et de la soumission. » (Vincent Coussedière)

« La droite s’est retrouvée orpheline de son ennemi, le communisme, tandis que la gauche s’est ralliée au sien, le capitalisme … Dés lors le thème de la réduction des inégalités sociales   s’en est trouvé relégué au second plan. La gauche s’est alors rabattue sur un psittacisme anti-exclusionniste … Les immigrés offrent à une gauche en mal d’idée une pseudo-cause en forme de planche de salut … L’ouvrier est devenu le représentant d’une classe sociale décrétée rétrograde» (Marc Crapez) – D’ailleurs, le club de réflexion du parti socialiste (terra nova) a recommandé de délaisser les classes populaires au profit des bobos, bourgeois urbains, des immigrés, de la cause des femmes et …

Les trois gauches (il y a bien longtemps que les deux premières ont disparu) «  La gauche politique a œuvré en faveur de l’extension des libertés publiques, la gauche sociale rêvait d’une réduction des inégalités sociales, la gauche idéologique désormais utilise l’utopie du progrès en tant qu’impératif moral pour éradiquer le passé et, avec lui, les lignées culturelles de la civilisation occidentale … Ce creuset doctrinal porte en lui un redoutable potentiel d’agression idéologique, de terrorisme intellectuel et d’hystérie collective en ce qu’il est un refus de l’histoire, qui implique la culpabilisation de l’autre en général et, en particulier, l’ostracisation d’un ennemi désigné à la vindicte publique comme devant être retranché du corps social ; » (Marc Crapez) – On le constate tous les jours quand la férocité de la meute se déchaîne.

« Dés l’affaire Dreyfus, la dynamique de la gauche repose non seulement sur l’attraction de son pouvoir intellectuel, mais plus encore sur l’endoctrinement …  de ‘demi-intellectuels’ (par Jean-Jacques Chevallier), de ‘demi-lettrés’ (par Marcel Gauchet) armés d’un ‘demi-savoir’ (par Raymond Aron), ‘d’intellectuels prolétaroïdes’ (par Max Weber) ou d’une ‘lumpenintelligentsia’ (par Jean Baechler). » (Marc Crapez)

« Son utopie du progrès (de l’idéologie intellectuelle de gauche) en tant qu’impératif moral implique un déjugement par principe du sens commun, passe par le rite initiatique de la pétition, et confère à la gauche un pouvoir clérical et quasi magique. » (Marc Crapez)

 « La gauche était une vocation, c’est devenu un métier. » (Régis Debray) – évoquant peut-être : « cette gauche, qui courut à l’argent comme on va au bordel. » (Jacques Julliard – cité par Jean-Claude Guillebaud)

« On comprend que la gauche n’aime le peuple qu’abstraitement, ou idéalement, qu’il la dégoûte et l’horrifie sitôt qu’elle a affaire à lui de façon charnelle. Elle est, à son égard, comme une belle dame visitant un hôpital, qui voit des plaies qu’elle n’imaginait pas, qui sent des odeurs qui l’offusquent, où des gens meurent sans panache. De là son mépris pour les humbles… » (Jean Dutourd) – Le monde du show-biz, des média et de la jet-set est autrement plus agréable à fréquenter que la classe ouvrière, comme caviar  et champagne sont plus raffinés que saucisson et gros rouge.

« Le pouvoir a révélé l’insuffisance spirituelle, morale, psychique, doctrinale, intellectuelle, théorique, éthique, humaine en tous les sens, de la gauche et des hommes qui la représentaient ! Son incapacité à discerner les problèmes fondamentaux de notre société et sa démagogie. Laquelle la constitue en lieu d’absorption de tous les lieux communs, de toutes les platitudes, de toutes les banalités, pourvu que cela serve à attirer la clientèle. Elle se prostitue avec une facilité déconcertante, prête à accepter les alliés de tous bords et l’argent de toute main. » (Jacques Ellul) – Ce qui lui donne évidemment le droit d’insulter tout le monde.

« La réalité récalcitrante finira bien par obéir à la juste conscience, pourvu qu’on chauffe suffisamment les gens, continue manifestement d’être le credo de la gauche, toute désorientée, ce en flagrante contradiction avec ses pères fondateurs, et en dépit de la faillite retentissante qu’ont valu au socialisme les mensonges dont il s’est lui-même bercé pendant des décennies. » (Hans Enzensberger – phare littéraire de la gauche, mais allemande !)

« Le grand rêve progressiste de n’avoir jamais affaire à des problèmes, mais toujours à des salauds. » (Alain Finkielkraut) – Mentez et salissez … il en restera toujours quelque chose !

 « La gauche morale n’a pas comme elle le prétend le souci du monde. Elle a le souci de son image.. La gauche morale est une gauche communicationnelle  (Alain Finkielkraut)Elle est aussi une gauche de bénitier, la liturgie sans-papiériste.

« La gauche était la voix du peuple qui souffre. Elle tend à devenir la voix des bobos qui mentent. La gauche du ‘grand journal’ succède à celle de Jaurès. Nous n’avons pas gagné au change. » (Alain Finkielkraut)

« La gauche s’identifie à ce que le paradigme moderne a de plus inquiétant : la constitution progressive d’un sujet souverain, désoriginé, déterritorialisé, séparé de toute détermination, hors-histoire, hors-sexe et hors-sol, pur touriste, consommateur absolu… » (Alain Finkielkraut) – De parfaits laquais, tels les Bobos parisiens.

« La gauche dit craindre plus que tout le racisme, mais le racisme est, en réalité, sa dernière carte, sa bouée de sauvetage, son ultime espoir. » (Alain Finkielkraut) – Ce pourquoi elle fera tout pour le voir partout, quitte à l’inventer.

« Les secours spirituels de l’antiracisme tombent à pic pour faire oublier l’abandon à peu près complet des buts et des moyens du socialisme. » (Marcel Gauchet) – A quoi Marc Crapez rajoute « une utopie se reconstruit (après l’utopie marxiste) avec pour héros social un immigré sacralisé qui a chassé l’ouvrier dans l’imaginaire prophétique. »

« Les dominants profitent du chaos, les opprimés s’en exaspèrent. » (Edouard Glissant – cité par Pierre Veltz) – C’est bien pourquoi la gauche, composée de dominants et à leur service, entreprend toujours de tout bouleverser.

« La gauche a joué depuis les années quatre-vingt un rôle d’avant-garde dans la déstructuration culturelle. » (Jean-Pierre le Goff) – Son champ de tir privilégié ayant été l’école.

« Le discours de gauche s’oriente vers une invocation des valeurs qui, faute de projet plus structurant, tente de redéfinir une identité et d’opérer une démarcation avec la droite. La référence constante à l’éthique est symptomatique d’un corps de doctrine et d’une stratégie mal en point … Les déclarations de fidélité aux grands principes et aux valeurs servent à couvrir un opportunisme qui cède aux pressions libérales et gère tant bien que mal une situation paraissant immaîtrisable … La double référence aux valeurs et à la modernisation permet de se situer toujours du bon côté dans les débats en jouant sur deux tableaux à la fois : celui de la modernité et celui de la morale (opposant : dogmatique, passéiste, nostalgique, ringard ou intolérant, réac..). Le moderniste de gauche est un moralisateur branché » (Jean-Pierre Le Goff)

« Compte tenu du fait que l’antisémitisme, dans sa forme la plus efficace, colle, telle une midinette, à la mode du moment, autrement dit au conformisme de l’époque, il ne pouvait choisir que la gauche comme agent principal de son influence … Nous venons de voir pour quelle raison la gauche et, comme toujours, la frange la plus extrême, incarnaient, aux yeux de l’antisémitisme, le vecteur de diffusion virale le plus prometteur, et ce depuis trente ans. » (Gilles William Goldnadel) – Hostilité à l’égard de tout pouvoir occidental, culture marxiste, trotskiste, internationaliste et tiers-mondiste, restes de judéo-christianisme de base, Israël guerrier et triomphant, utilisation d’une société française saturée de gauchisme dans les domaines médiatique, culturel et artistique… « Ce qui ne veut pas dire que la gauche soit dans  son ensemble porteuse de l’antisémitisme, nous évoquons l’inspiration idéologique et non les personnes, et incriminons en premier lieu les extrêmes. » (même auteur)

« La perte de crédibilité de la gauche en milieu populaire est pour partie la conséquence de son incapacité à prendre en compte la demande de catégories populaires de plus en plus sensibles à l’insécurité sociale mais aussi culturelle, provoquée par la mondialisation économique et son corollaire, l’intensification des flux migratoires. » (Christophe Guilluy) – Le terme d‘incapacité est bien gentil quand il s’agit de non volonté par obéissance servile aux injonctions venues d’ailleurs et de bien plus haut.

« Si les habitants des métropoles s’inscrivent dans une logique d’ouverture, les catégories populaires ne cessent au contraire de hurler leur besoin de protection … Aujourd’hui la gauche est forte là où le peuple est faible. » (Christophe Guilluy) – Et la classe politico-médiatique de rire sinistrement.

« Si les défenseurs du petit commerce ont été hier ‘fascisés’, les défenseurs des petites villes et, plus encore, du monde rural sont aujourd’hui ‘pétainisés’ … La boucle est bouclée : évoquer la France périphérique et/ou rurale populaire revient à évoquer la France de Pétain, de Barrès ou de Maurras … L’antifascisme, une arme de classe … Comme l’annonçait déjà Pier Paolo Pasolini en 1974, analysant la nouvelle stratégie d’une gauche qui abandonnait la question sociale, il s’agit de mettre en scène ‘un antifascisme facile qui a pour objet un fascisme archaïque qui n’existe plus et n’existera plus jamais’. » (Christophe Guilluy) – Pier Paolo Pasolini, justement assassiné l’année suivante.

« L’antifascisme de salon ne vise pas le FN, mais l’ensemble des classes populaires qu’il convient de fasciser afin de délégitimer leur diagnostic, un ‘diagnostic d’en bas’ qu’on appelle ‘populisme’ … Les plus modestes n’ont pas les capacités et, de plus, sont aisément manipulables … Il ne s’agit pas de protéger qui que ce soit … il s’agit d’abord de défendre des intérêts de classe, ceux de la bourgeoisie. » (Christophe Guilluy)

« L’imposition, notamment à gauche, de la thématique du ghetto … Les rapports de classe disparaissent au profit d’un clivage entre des territoires ‘in’ et des territoires ‘out’ …  A partir de 1983 …la réalité sociale d’un électorat ouvrier et populaire s’efface des discours, l’immigré remplaçant alors peu à peu la figure de l’ouvrier … Attention pour les banlieues et les minorités … indifférence pour la classe ouvrière et, plus massivement encore, pour les couches populaires des espaces périurbains et ruraux … Les individus ne sont plus prioritairement définis par leur position sociale mais par une origine ethnoculturelle … La question sociale doit s’effacer derrière celle des minorités … Le développement de la politique de discrimination positive … Les étrangers étant majoritairement extra-européens, cette ‘discrimination territoriale’ est, en France, le faux nez de la discrimination ethnique … Si les élites (comprendre la gauche socialo-médiatique) sont prêtes à s’ouvrir à la diversité ethnique, peu considèrent la diversité sociale, qui remettrait en cause un système dont elles bénéficient. » (Christophe Guilluy) – Exemple type, les accès réservés aux Grandes Ecoles.

«  Si les faits ne s’accordent pas avec la théorie, alors tant pis pour les faits. » (Hegel – cité par Marcuse)

« S’il est une qualité  substantielle de la gauche, c’est l’optimisme. » (Laurent Joffrin) – Tout à fait compréhensible vu les avantages.

« Dans sa précipitation … à voir le péril brun chez ceux qui tentent juste de garder quelque chose des repères et des structures qui les font vivre, le socialisme s’est tourné contre le peuple. » (Hervé Juvin)

« C’est le rôle de la gauche que d’enchanter le discours. C’est le rôle de la gauche de faire  rêver. » (Bernard Kouchner) – Pendant que le populo rêve, on peut se sucrer. Le tout est de mijoter de bonnes explications pour le réveil.

« La gauche, avec sa vision d’un bouleversement social, a toujours attiré plus que sa part de déséquilibrés … De même, elle  a trop souvent servi de refuge à ceux que terrifiait la vie intérieure. » (Christopher Lasch)

« C’était la croyance dans le progrès qui expliquait  le mélange inédit de complaisance et de paranoïa propre à la gauche. Leur confiance dans le devenir radieux de l’histoire rendait les progressistes insupportablement suffisants et supérieurs. » (Christopher Lasch) – L’auteur évoque une période (récente) en Amérique. Mais c’est toujours vrai là-bas comme ici.

« Les progressistes, pour Mumford, croyaient que la nature humaine n’est détournée de sa naturelle bonté que par des circonstances extérieures indépendantes du contrôle des individus. » (Christopher Lasch) – C’est la faute de la société. Les progressistes n’y croient plus depuis longtemps mais font semblant car cette stupidité sert leur objectif de tout pourrir.

«  Cette bonne conscience innée qui rend sourd à toute contradiction est peut-être l’ultime dénominateur commun de ‘l’être de gauche’ : être de gauche, c’est avoir raison … C’est adorer la diversité et détester la divergence … Convaincue de sa supériorité morale, elle ne peut reconnaître une légitimité à ce qui est en dehors d’elle. » (Elisabeth Lévy) – C’est être dans le bon camp, au sens très concret.

« La gauche sait oublier ses divisions et se montrer unie comme un seul homme pour taire ce qui lui déplaît. Et faire taire ceux qui lui déplaisent. » (Elisabeth Lévy) – Et conserver ce que ci-dessus j’ai appelé le sens du concret.

« Le terme de gauche désigne : le Bien moderne opposé au Mal ancien. » (Elisabeth Lévy)

« ‘Discours toujours plus nauséabond’, ‘goût de moisi’, ‘idées nauséabondes’. La gauche olfactive a toujours du nez. » (Elisabeth Lévy – citant un article de Libération salissant un livre)

« La clientèle de la gauche historique changeait de visage, et en bons capitalistes, les socialistes se sont adaptés à la demande de leurs clients. » (Jean-Paul Lilienfeld – Des ouvriers disparaissant aux immigrés s’accroissant)

« Un Etat bureaucratisé et hanté par la loi qui considère la redistribution de la richesse comme plus importante que sa production même. » (Vargas Llosa) – Peu surprenant chez des dirigeants de gauche qui n’ont jamais travaillé que pour intégrer l’E. N. A.

« J’adorerais être de gauche. Mais je trouve que c’est tellement élevé comme vertu que j’y ai renoncé. C’est un gros boulot, c’est un dépassement de soi. Faut être exceptionnel … Le génie moral, le génie de l’entraide… Je crains de ne pouvoir grimper l’Himalaya de générosité que ça exige. » (Fabrice Luchini)

« Quelle est la racine … de ce benêt progressisme, sinon de vilipender l’aspect naturel de l’humain, d’éradiquer ce que celui-ci peut avoir d’instinctuel, d’animal ? » (Michel Maffesoli) – Fabriquer des laquais ou des zombies.

« Ce travail de flic (dénonciation journalistique) m’inquiète. Au fond, les anciens trotskards comme Pl… restent ce qu’ils sont : des commissaires du peuple. » (Michel Maffesoli – parallélisme avec l’Inquisition)

« Les extrémismes de gauche ont joui, et continuent à jouir un peu partout, mais en particulier en France, d’une belle tolérance et d’une belle reconnaissance marquée le plus souvent par de superbes primes dans les alliances électorales, Europe Ecologie-Les Verts…. » (Yves Michaud) – Et à bénéficier de tous les privilèges et places juteuses.

« Un mouvement politique qui tournerait ostensiblement le dos (que ce soit au nom de son ‘relativisme culturel’, de l’idée que ‘le monde bouge’ ou de la croyance selon laquelle ‘la fin justifie les moyens’) à l’idée populaire ‘qu’il y  a des choses qui ne se font pas’ ; comme, par exemple manquer à sa parole … finira tôt ou tard par trahir la cause du peuple. » (Jean-Claude Michéa) – Ou mentir systématiquement.

« Aux yeux de l’intellectuel de gauche contemporain, il va de soi que le respect du passé, la défense de particularismes culturels et le sens des limites ne sont que les trois têtes, également monstrueuses, de la même hydre réactionnaire. » (Jean-Claude Michéa)

« La gauche, le parti pour lequel ‘tout pas en avant est toujours, par définition, un pas dans la bonne direction ( à tel point qu’un militant de gauche est essentiellement reconnaissable, de nos jours, au fait qu’il lui est psychologiquement impossible d’admettre que, dans quelque domaine que ce soit, les choses aient pu aller mieux avant) … Une gauche qui n’évoque plus (pour la partie de l’électorat populaire souvent la plus modeste et la moins protégée) que le culte de la modernisation à outrance, de la mobilité obligatoire et généralisée( géographique et professionnelle) et de la transgression morale et culturelle sous toutes ses formes. » (Jean-Claude Michéa) 

« Tout se passe comme si le soin de justifier la soumission des hommes aux impératifs du marché mondial avait désormais été abandonné pour l’essentiel aux différents courants de la gauche, depuis la social-démocratie la plus moderne jusqu’au ‘gauchisme’ le plus pointilleux … C’est désormais au nom du Progrès, des Droits de l’homme, de la liberté des mœurs et de la lutte contre ‘l’intolérance et toutes les formes d’exclusion’ que nous sommes requis de laisser s’accomplir les dérives majeures de la surmodernité : la destruction de la nature par la société, celle de la société par l’économie, et celle de l’économie par les différentes maffias… Maintenant que la surmodernisation du monde a fait à peu près table rase de ce passé (tout ce qu’on désignait jadis par valeurs, conservatisme, tradition, hiérarchie, protection des faibles et promotion des méritants…), la gauche ne peut conserver sa raison d’être (et donc ses électeurs, le pouvoir et le luxe de ses dirigeants) qu’en maintenant la présence imaginaire de la réalité disparue. C’est ainsi que s’organise le mythe des ‘forces du passé’. » (Jean-Claude Michéa) – D’où les continuelles références, hors sujet neuf fois sur dix, à destination des gogos, aux épouvantails classiques : fascisme, racisme, conservatisme, populisme, intégrisme, inégalités, exclusion, discrimination…

« Depuis le XIX° siècle, la Gauche a surtout fonctionné comme une religion de remplacement, la religion du Progrès … Une simple machine politique destinée à légitimer culturellement,  au nom du ‘Progrès’ et de la ‘Modernisation’ toutes les fuites en avant de la civilisation libérale … Le nom de gauche n’a plus jamais cessé de couvrir pour l’essentiel le simple refus, philosophique et psychologique, de toute tentation ‘conservatrice’ ou ‘réactionnaire’ ainsi que l’exhortation perpétuelle des individus et des peuples à faire ‘table rase’ de leur encombrant passé (ou, à défaut, à ne devoir s’en souvenir que sur le mode ‘religieux’ de la repentance). »  (Jean-Claude Michéa)

« Cette gauche contemporaine dont la fascination pour toutes les formes de transgression est devenue la clé principale de sa culture et de ses combats. » (Jean-Claude Michéa)

« C’est un mode de vie hors sol, dans un monde sans frontières et de croissance illimitée, que la gauche valorise comme le sommet de l’esprit tolérant et ouvert, alors qu’il est simplement la façon typique de la classe dominante d’être coupée du peuple. On a souvent parlé de gauche caviar … s’il ne faudrait pas parler de gauche kérosène pour désigner ce que devient la nouvelle gauche … L’homme de gauche nomade Bouygues perpétuel. » (Jean-Claude Michéa – cité par Christophe Guilluy)

« Le premier moteur psycho-idéologique de cette conviction religieuse a toujours été le rejet et la haine du passé (qu’il s’agisse du passé collectif ou de son propre passé individuel et familial) … Interdiction de regarder en arrière … Interdiction qui suffira amplement à expliquer que la pente idéologique des mouvements de gauche et d’extrême gauche, une fois rompus les liens qui les unissaient encore aux classes populaires et à leur ‘conservatisme tempéramental’, ne puisse être partout et toujours que la surenchère mimétique et la fuite en avant. » (Jean-Claude Michéa – citant George Orwell)

« On chercherait en vain, dans tous les programmes de la gauche contemporaine, la moindre allusion à l’idéal d’une société sans classes (pas plus d’ailleurs qu’au concept de bourgeoisie ou de classe dominante). Alors même que jamais dans l’histoire de l’humanité, les inégalités de classe n’ont atteint une telle ampleur (et un tel degré d’indécence) qu’aujourd’hui. » (Jean- Claude Michéa)

« Dans la culture de gauche (ou progressiste, ou moderniste) toute porte fermée constitue une provocation intolérable et un crime contre l’esprit humain. C’est … un impératif catégorique que d’ouvrir, et de laisser ouvertes, toutes les portes existantes (même si elles donnent sur la voie et que le train est en marche) … cette peur panique d’interdire. » (Jean-Claude Michéa)

« Tout jugement négatif à propos des effets de la  modernisation économique, morale et culturelle permanente que le capitalisme de consommation induit nécessairement ne saurait procéder que d’une coupable ‘nostalgie’ pour un monde disparu ou d’un sinistre penchant ‘réactionnaire’, du ‘repli sur soi’ et de la ‘peur de l’autre’ … Abandon de toute critique du monde de la Marchandise et du Spectacle. » (Jean-Claude Michéa)

« Le mouvement classique qui conduit les ‘belles âmes’ du libéralisme culturel à devenir les ‘idiots utiles’ du libéralisme économique. » (Jean-Claude Michéa)

« Pour beaucoup de militants des ‘nouvelles radicalités’ parisiennes, être de gauche, aujourd’hui, ne signifie plus rien d’autre qu’avoir à se mobiliser en toute circonstance, et si possible devant les caméras du système, pour défendre ce droit libéral de chaque monade isolée ‘à un principe de vie particulier et une fin particulière’. » (Jean-Claude Michéa – citant Friedrich Engels)

« Lénine n’a évidemment jamais appelé les travailleurs à se fondre dans une quelconque ‘union de la gauche’ ; union qui aurait, selon lui, placé le mouvement ouvrier ‘à la remorque’ de la bourgeoisie, ni a fortiori dans un quelconque ‘bloc républicain’. » (Jean-Claude Michéa) – Certes, mais en France l’objectif de la gauche officielle et bourgeoise était, et est, de faire disparaître le mouvement ouvrier.

« L’incapacité manifeste des gauches occidentales contemporaines à prendre la mesure philosophique exacte de l’exaspération croissante des classes populaires face aux effets de plus en plus destructeurs du nouveau mode de vie capitaliste. » (Jean-Claude Michéa)

« Qu’une Louise Michel, une Flora Tristan ou une Rosa Luxembourg aient pu ainsi céder la place à une  Christiane Taubira, une Najat Vallaud-Belkacem ou une Cécile Duflot, sans que nul ne s’indigne ni même s’interroge, devrait suffire … à prendre la mesure exacte de cette effarante régression, tout à la fois politique, morale et intellectuelle. » (Jean-Claude Michéa – La gauche et le peuple)

« La logique de cette gauche moderne qui n’a plus d’autre objectif politique, pour reprendre la formule célèbre de Léon Blum, que de ‘gérer loyalement le capitalisme’ … La gauche moderne dont la volonté de prendre en charge toutes les révolutions sociétales imposées par le développement du capitalisme est devenue l’unique ‘marqueur symbolique’. » (Jean-Claude Michéa)

« Être de gauche n’a plus en France et en Europe, d’autre sens que la référence servile et consensuelle au ventre mou d’un Ordre mondial obèse. » (Richard Millet)

« Cela vous rend inaudible. Être calomnié, ce n’est pas grave ; mais être inaudible, c’est grave. » (Jean-Claude Milner – répondant à la question suivant laquelle on le qualifierait d’ennemi de la gauche, le crime suprême)

« La gauche qui ne voit désormais plus le peuple que comme une simple addition de segments commerciaux à conquérir et de clients à satisfaire. » (Manuel Moreau)

 « On est de gauche comme on est blond ou brun, on est né comme ça, c’est héréditaire. On vote comme papa, comme maman, comme les frères et sœurs. » (Philippe Muray)

« La gauche de l’imposture sentimentale, du chantage aux larmes, de la conviction d’incarner la guerre contre le Mal, la gauche, le parti dévot contemporain. » (Philippe Muray)

« Elle a déjà tout oublié de son essence négatrice, jadis basée sur des  hostilités de classe, au profit d’une inflation de morale et de vertuisme sans précédent. Elle a remplacé le matérialisme dialectique par la pratique du Bien et substitué à la dictature du prolétariat le terrorisme des ‘valeurs’. » Philippe Muray) – Comme le lui a dicté son think tank, elle ne se soucie plus que des bobos, et encore, des plus cons.

« Ce qui me rend malade à propos des gens de gauche, spécialement les intellectuels, c’est leur absolue ignorance de la façon dont les choses se passent dans la réalité. » (George Orwell) – Et c’est bien pire aujourd’hui.

« Tous les partis de gauche dans les pays industrialisés reposent fondamentalement sur une hypocrisie, car ils affichent de combattre quelque chose dont, en profondeur, ils ne souhaitent pas la destruction. Ils ont des objectifs internationalistes, et en même temps ils sont bien décidés à maintenir un niveau de vie qui est incompatible avec ces objectifs … L’attitude humanitaire est nécessairement le fait d’un hypocrite … ‘Vous vous moquez des uniformes qui veillent sur votre sommeil’.» (George Orwell) – citant Rudyard Kipling, se moquant du pacifisme des bourgeois de gauche, pré-Bobos) – Rien de changé depuis le colonialisme anglais.

« Attirer par une attraction magnétique tous les buveurs-de-jus-de-fruit, les nudistes, les illuminés en sandales, les pervers sexuels, les Quakers, les charlatans homéopathes, les pacifistes et les féministes d’Angleterre. » (George Orwell, un vrai socialiste – sur les attraits d’une certaine mystique socialiste – Le quai de Wigan)

« La gauche idéologique n’a pas renoncé à remodeler le monde à l’aune de ses lubies. » (Paul-François Paoli) – Rien de plus délicieux pour des frustrés que de salir et démolir.

« L’idée selon laquelle la gauche serait morale est bien sûr une idée de gauche diffusée par la gauche qui, par sa puissance dogmatique (et grâce à la possession des média), est parvenue à la répandre comme une évidence. » (Paul-François Paoli)

« La gauche a besoin du Front national pour continuer d’être la gauche. Il faut que le FN soit un parti ‘d’extrême droite’ pour que la gauche puisse conserver un ennemi diabolisable… » (Paul-François Paoli)

« La gauche qui avait structuré le vote ouvrier l’a pratiquement abandonné, estimant avec mépris qu’il n’était plus assez bien pour elle. » (Aymeric Patricot) – Soit pour les richissimes grands bourgeois et personnages bavants de haine des média qui représentent la gauche français.

« Que peut-il y avoir de commun entre cet homme et le peuple … En quoi est-il du peuple. En quoi sait-il un peu ce que c’est que le peuple. Qu’est-ce qu’il a de commun avec un ouvrier … Et c’est un tel homme qui parle pour le peuple, qui parle dans le peuple, qui parle du peuple. » (Charles Péguy – sur Jean Jaurès) – Et maintenant, rapportons à M. Strauss-Kahn et à tant de richissimes bourgeois socialistes !

« Nous parlons mariage homosexuel, droit de vote des étrangers et caricatures de Mahomet. Miracle de la gauche de gouvernement qui a pris, depuis le tournant de la rigueur de 1983, l’habitude de masquer son oubli du peuple par une invocation aux minorités et l’extension indéfinie des droits. » (Natacha Polony)

« Le moyen de ne pas varier, c’est de ne pas penser. » (Ernest Renan)

« La gauche … a besoin d’entretenir la fiction qu’il existe un totalitarisme de droite aussi imposant qu’en 1935 … Brandir sans relâche l’épouvantail d’un danger totalitaire de droite et cependant barrer la route le plus possible aux documents qui peuvent permettre au public de savoir ce qu’a été vraiment le totalitarisme de droite … Il est commode pour la gauche d’assimiler au fascisme les idées qui diffèrent des siennes et impérieux de gonfler le danger fasciste (d’où appeler fasciste n’importe qui et n’importe quoi par n’importe qui et n’importe comment) … A la fin, tout le monde devient fasciste, sauf les socialistes et les communistes, bien sûr … Tout se passe comme si la gauche, soudain sevrée d’idéologie et de programmes, reconstruisait grâce au ‘péril fasciste’ l’univers manichéen dont elle a besoin … Plus la réprobation antiraciste … La subordination à cette priorité de tous les autres mots d’ordre, la réduction au racisme de presque toutes les violations des droits de l’homme… » (Jean-François Revel)

« L’intelligentsia de gauche, c’est la bonne conscience plus la subvention. » (Jean-François Revel) – Et les bonnes places.

 « La globalisation a bien correspondu à ce que les classes dirigeantes en attendaient. Elle a été un puissant instrument de remise en cause des avantages arrachés de haute lutte par les classes populaires de 1945 à 1970. Cela ne signifie pas que telle a été sa seule fonction. Mais ceci signifie que ce fut bien aussi l’une de ses fonctions. » (Jacques Sapir) – Les socialistes ayant manifesté concrètement leur enthousiasme pour la globalisation (voir la construction de l’Europe par exemple), il n’est pas surprenant que la grande bourgeoisie se soit découverte socialiste dans l’âme (comme dans le portefeuille) – « L’élargissement de l’Union européenne de 15 à 27 pays membres a joué un rôle considérable dans la pression qu’exerce la globalisation sur l’économie française … Le processus d’élargissement ne s’est révélé ni profitable aux populations des pays de ‘l’Europe de l’Est’ ni à celles de nos pays (de l’Europe de l’Ouest) … Ce processus ne prend sens que si on le conçoit comme la matérialisation de la volonté des élites de casser le modèle social ouest-européen en le soumettant très brutalement à la concurrence de ces nouveaux entrants. » (Jacques Sapir)

« Plus les gens conçoivent le domaine politique comme l’occasion de partager une personnalité collective, moins ils sont tentés d’utiliser cette prétendue fraternité pour changer les conditions sociales. Le maintien de la communauté devient une fin en soi ; l’exclusion de ceux qui n’appartiennent pas vraiment à la communauté devient l’activité principale de ses membres. La poursuite des intérêts communs est remplacée par la recherche d’une identité commune. » (Richard Sennett) – Avec la chasse aux places et privilèges, c’est toute la gauche.

« Malgré leur vocation irrésistible à écrire des livres (en quelque pays que ce soit), il ne semble pas que, pendant ces dix ou quinze dernières années un dirigeant de gauche ait produit une seule œuvre méritant d’être mentionnée, et encore moins que l’un ait suggéré une seule solution à un grand problème politique, social, ou économique, quel qu’il soit. » (Raffaele Simone) –Trop repus pour penser ?

 « Cet air punitif et ce ton irritant et gratuitement provocateur que ses positions ont souvent eus envers les intérêts (légitimes) des autres. » (Raffaele Simone) – L’arrogance infecte de la gauche.

 « Avant tout, la gauche tend indiscutablement à maintenir cachée la classe ouvrière … Elle ne la mentionne pas dans ses programmes ou dans ses propositions de réforme, elle ne se réfère pas à elle ou à ses habitudes … En bref, elle a abandonné les ouvriers, que ce soit en tant que Classe Universelle ou point de repère … Son peuple n’est plus constitué de ‘travailleurs’, mais très tranquillement ‘d’utilisateurs’, de ‘consommateurs’ ou de ‘clients’ … En définitive, la gauche a appris l’art ambigu qui consiste à rester à côté du peuple tout en en ignorant les souffrances et, surtout, en évitant de l’évoquer. » (Raffaele Simone) – Les richissimes bourgeois qui tiennent la gauche ont tout simplement honte du peuple. 

« La gauche bobo et ses combats frivoles pour le mariage gay, le Vélib… la gauche (celle de jadis) du respect de ceux qui travaillent. » (Alain Soral)

« La bourgeoisie de gauche, actuellement aux affaires en France, est la première classe dominante de l’Histoire dénuée de toute culpabilité. Nourrie à la psychanalyse hier … au bouddhisme aujourd’hui … l’idéologie qui la structure est toute entière fondée sur l’inconscience, l’excuse et l’égoïsme. » (Alain Soral)

« Une gauche française qui s’opposa durant toute l’entre deux-guerres au vote des femmes, parce qu’elle redoutait que la ‘bigoterie féminine’ ne ramène la droite catholique au pouvoir. » (Alain Soral)Grossière erreur de sa part, le conformisme féminin ajoutée à sa sensibilité exacerbée lui rendant sympathiques les gigantesques escroqueries intellectuelles et sociales dont est capable la gauche.

« Faut-il, pour être de gauche, admirer la bêtise, la sophistique, le nihilisme, l’inculture, la vulgarité ? » (André Comte-Sponville)

« Depuis les années ‘Mitterrand’ : à la lutte des classes, s’est substituée la lutte pour les places et la ‘visibilité’. » (Pierre-André Taguieff)

« La gauche intellectuelle pantouflarde ne donne dans l’éloge immodéré de la démocratie sans frontières que pour mieux rejeter la France, intrinsèquement ‘moisie’. Elle n’a donc plus rien à dire au peuple français. » (Pierre-André Taguieff) – Et aussi pour accomplir la mission qu’elle a accepté du grand capital : le remplacement de la population locale.

« Cette ‘gauche’ qui contribue comme nulle autre au déploiement du capitalisme qu’elle prétend combattre. Comme la haute finance, la ‘gauche’ exècre aujourd’hui les frontières nationales. Elle représente à la fois, pour le capitalisme débridé une caution idéologique et une posture esthétique … Depuis que cette ‘gauche’ a renoncé au socialisme, il ne lui reste plus que ses  multiples combats de substitution, tous liés au prétendu refus des discriminations … Cette ‘gauche’ fournit aux grands intérêts économiques une splendide contribution aux progrès de la société de consommation sans limites devant libérer radicalement l’individu pour que puisse régner pleinement le ‘je, me, moi’… cachant sa haine d’un peuple trop ‘arriéré’, trop ‘homogène’ et trop ‘patriarcal’, sous le masque de l’anti-populisme. » (Simon-Pierre Savard-Tremblay – sur la gauche des campus américains) – Mais vaut tout autant pour la nôtre.

« La gauche ne fait pas de politique ; elle dit seulement le Bien. Elle n’endoctrine pas, elle prêche. Cela ne s’appelle pas du bourrage de crâne, mais le progrès. Elle n’enfreint pas les principes de neutralité, elle fait la morale. Elle a repris les méthodes de l’Eglise pour mieux la remplacer. Et comme disait Danton, ‘on ne détruit réellement que ce qu’on remplace’. » (Eric Zemmour)

« C’est le rôle de la gauche que d’enchanter le discours. C’est le rôle de la gauche de faire  rêver. » (?)  – Pendant que le populo rêve, on peut se sucrer. Le tout est de mijoter de bonnes explications pour le réveil.

« De la vieille question sociale (tenue pour triste, archaïque et sans intérêt) les gauches sont passées au combat festif, plaisant et multicolore pour l’évolution des mœurs et la fin de toutes les discriminations. C’est bien plus amusant et la fréquentation des bobos bien propres plus plaisante que celle des ouvriers crasseux (?)

« La gauche internationaliste et sans-frontiériste, la meilleure alliée de la politique mercantile, indifférente aux nations. » (?) – Et encore plus aux populations locales !

Raffaele  Simone dans son livre, Le monstre doux, développe la notion de Buonisme, notion connue en Italie, terme sarcastique à l’origine, assez caractéristique de la nouvelle dimension de l’être de gauche (en Italie certes, et aussi ailleurs).

« Le groupe dirigeant de la gauche a adopté une attitude d’acceptation débonnaire de tout ce qui arrive, s’est rendu aux choses telles qu’elles se présentent avec patience, surtout en ce qui concerne les processus sociaux, même lorsqu’ils sont violents …Tout ce qui arrive est bien, les choses qui ne vont pas encore bien s’amélioreront avec le temps, ce qui est cassé sera réparé … Le ‘buonisme’ exclut par principe qu’il puisse y avoir des processus sociaux vraiment nocifs et qu’il soit par conséquent indispensable d’avoir parfois recours à des solutions drastiques et définitives pour les affronter. Le ‘buoniste’ refuse de prendre des mesures radicales … L’exemple le plus flagrant de cette ligne de conduite est apporté, dans presque tous les pays européens, par le comportement catastrophiquement nonchalant et soumis qui a été adopté envers l’immigration clandestine, au mépris de l’alerte lancée par les citoyens à ce propos … Le ‘buonisme’ … révèle une sorte d’avant-garde qui annonce socialement ce que sera économiquement le néo-libéralisme auquel les gauches sont en train de se préparer …’Laissons les choses se faire ! N’y touchons pas ! Elles se réguleront d’elles-mêmes ! Laisser entrer, laisser-faire, laisser évoluer’ … La gauche a converti son ancienne tradition de fermeté en une sorte d’acceptation molle des choses telles qu’elles se présentent. »

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Quant à la droite : Représentée par les gros bataillons de la bourgeoisie, elle n’a plus à faire la preuve de sa stupidité politique, de sa servilité et souvent de sa lâcheté. Elle se précipite dans les PAC (piège à cons) que la gauche ne manque pas de lui tendre et qu’une enfant de douze ans détecterait. Pour servir les intérêts de la gauche, la droite s’est toujours avérée l’instrument idéal. De plus, la gauche idéologique propriétaire des média et de tout ce qui tourne autour « ne tolère du côté de la droite nuancée que des contradicteurs inoffensifs. » (Marc Crapez)

– Il n’y a que la droite stupide et servile pour laisser ainsi la place. Déjà en 1788, la noblesse se pressait dans les salons où on démolissait tout. Puis, en 1945, de Gaulle abandonna la culture, les média d’alors, l’Education et l’Université aux communistes en échange de leur faux soutien ; plus le monopole de l’épuration ! Mais, évidemment, bourgeois, de Gaulle devait même ignorer  qui était Gramsci.

« Les libéraux-conservateurs entendent défendre des valeurs conservatrices (la famille, la morale, la religion) mais au sein de la société moderne. En d’autres termes, ils adhèrent aux principes modernes mais s’efforcent d’en limiter la dynamique et les débordements. Pour des conservateurs authentiques ce projet n’est qu’une illusion. » (Philippe Beneton – sur la pensée conservatrice) – D’où, depuis plus d’un siècle, la droite est toujours cocue (mais contente), composée d’imbéciles (politiquement), de faibles, parfois de lâches, et parfois même de traîtres avérés (voir un  ex-président de la république, cumulard sur tous les plans).

« La droite, qui est toujours plus réactive que réflexive, n’a pas tant des idées que des convictions. Les convictions ne relèvent pas du travail de la pensée. Elles sont un substitut de la foi. C’est pour cela que les gens de droite se soucient rarement de les faire évoluer … Quand elle se divise (et c’est constamment), c’est presque toujours pour des questions de personnes, non pour des divergences doctrinales. » (Alain de Benoist)

« ‘Elle ne recherche que le pouvoir politique, et laisse aux mains de ses adversaires ce qu’elle néglige habituellement (la presse, l’éducation, la culture populaire) autorisant ainsi la subversion de ses objectifs’. Son manque de rigueur et de fermeté, son défaut d’unité, sa répugnance (ou sa paresse) devant le travail de formulation théorique susceptible de dégager la ligne la plus juste, son refus des perspectives à long terme, l’absence dans son camp d’une synthèse doctrinale susceptible (parallèlement à l’action) de cristalliser les énergies, expliquent ses échecs répétés. » (Alain de Benoist – citant Ferenc Molnar) – L’auteur oublie les Egos surdimensionnés, les divisions. Devant le péril, la gauche sait se rassembler pour sauver le magot et les postes. La droite ne sait que se diviser. Rajoutons là-dessus la traditionnelle lâcheté de la bourgeoisie centriste et bien-pensante, c’est-à-dire castrée et pas-pensante du tout.

« L’illusion consistant à croire qu’il est possible de ‘réarmer intellectuellement’ une famille politique dont l’intérêt pour les idées tient à l’aise sur un confetti, surtout quand ces idées contredisent ses intérêts de classe. » (Alain de Benoist)

« Une France scrupuleuse qui finit, à force de bienveillance et d‘angélisme, par être perçue comme légèrement ‘cucul’. Une France dont l’honnêteté frise parfois la candeur, une France dont la docilité a fini par confiner à la lâcheté, laissant doucement, peu à peu, étape par étape, comme on retire des bâtonnets dans un jeu de mikado, démonter un par un tous ses contreforts. » (Gabrielle Cluzel) – Sur cette moyenne bourgeoisie centriste, toujours trompée et insultée, toujours restant modérée, émasculée, apeurée, soumise pour ne pas dire prostituée.

« Au fond la droite existe à peine ; elle ne réfléchit pas toujours, n’a guère d’idées. La droite n‘existe pas en elle-même : elle est congénitalement hétéronome. » (Marc Crapez) – L’auteur est encore bien gentil.

« Si la droite libérale souhaite ne pas rester écartée durablement du pouvoir, elle doit s’employer enfin à ne plus capituler continuellement  dans le domaine métapolitique, intellectuel et culturel … Elle doit cesser de démissionner en se laissant dicter son attitude par la gauche … La droite a une peur bleue de déplaire à la gauche, car ‘le droitier est en France un pestiféré politique’. » (Marc Crapez)

« Nous sommes la génération couille-molles. » (Hugues Dewavrin – ancien jeune responsable de droite)

« En France, il existe deux partis de gauche, dont l’un, par convention, s’appelle la droite. » (Maurice Druon)

 « Une droite qui n’ose pas dire son nom, répudie les richesses de son héritage spirituel au mépris de ses chances et de sa dignité. » (Claude-Joseph Gignoux)

« Sa déférence habituelle à l’égard des valeurs ‘traditionnelles’ ne peut dissimuler le fait que la droite s’en est remise au progrès, au développement économique illimité, à l’individualisme rapace … Le scepticisme au sujet du progrès, jadis signe distinctif des intellectuels considérés comme conservateurs, a pratiquement disparu. » (Christopher Lasch)

« La défense rhétorique par Reagan de la ‘famille et du quartier’ ne pouvait s’accorder avec sa défense de la dérégulation du marché, qui avait remplacé les quartiers par des centres commerciaux et des hypermarchés. Une société dominée par l’esprit de marché … n’avait aucune place à laisser aux valeurs familiales. » (Christopher Lasch) – A bon entendeur, salut.

« Tels furent nos rapports avec le monde de la Fortune assise, que l’on appelle le monde conservateur, sous prétexte qu’il la conserve : trop fréquemment il n’a conservé que cela. » (Charles Maurras) – Depuis un siècle, la droite n’a pas changé.

 « Ce qui est symptomatique c’est que chaque fois que la droite moderne est à nouveau au pouvoir, elle ne revient jamais sur ces ‘acquis culturels’ dont la dénonciation était pourtant au cœur de sa rhétorique électorale. » (Jean-Claude Michéa) – L’explication est dans l’antinomie indispensable au libéralisme entre plein développement de l’économie de marché, du capitalisme, et libération extrême des mœurs (voir Libéralisme, 175,10, Jean-Claude Michéa, notamment les dernières remarques)

 « La nouvelle droite (liée aux secteurs les plus modernistes du grand patronat) a su sous-traiter à la gauche le soin de développer politiquement et idéologiquement l’indispensable volet culturel du libéralisme (l’éloge d’un monde perpétuellement mobile, sans la moindre limite morale, ni la moindre frontière), le mode de vie ‘libéré’ qui représente l’envers culturel du capitalisme de consommation. » (Jean-Claude Michéa)

« Elle plaît moins que la gauche. Ce qui est absurde puisqu’elle en est l’imitation. Or l’imitation, d’ordinaire, plaît davantage que l’original. Le faux, c’est connu, est toujours plus beau que le vrai … La droite, du moins dans la période récente, se présente comme une petite gauche de confort. Elle piétine l’ordre, l’autorité, la famille, la hiérarchie, la stabilité… tout ce qui la composait du temps où elle n’était pas encore l‘imitation de la gauche. » (Philippe Muray)

« Le malheur de cette droite vient de son inconsistance intellectuelle qui la rend totalement dépendante d’une gauche qui use des spectres de Pétain et de Maurras pour l’intimider … La droite française désarmera-t-elle un jour le pistolet que la gauche lui a posé sur la tempe ? » (Paul-François Paoli) – On ne peut en attendre autant d’une petite bourgeoisie imbécile et inculte.

« Les dirigeants de l’UMP sont incapables de défendre une position juste car ils sont eux-mêmes relativistes ou dépourvus de culture fondamentale (traduire par ignares et stupides). C’est la prime au premier de la classe en droit public, à condition d’être dernier en culture générale et dénué de toute imagination, sans oublier ce zeste de suffisance qui tient au classement de l’ENA. » (Yves Roucaute)

La droite, qui ne sait plus être autre chose que « la gauche avec vingt ans de retard. » (Christian Vanneste)

« La droite est une non-gauche … Ce que fait ou dit la gauche concernant les femmes, la famille, les homosexuels, est considéré par la droite comme un dogme. Quand elle est au pouvoir, la droite essaie de se montrer bonne élève en faisant adopter des mesures que la gauche promeut … Révérence craintive pour un auguste maître… » (Eric Zemmour)

« La droite a perdu parce qu’elle n’était pas la droite … De peur d’être ‘ringard’, on ne parlait plus de la nation. De peur d’être ‘facho’, on ne parlait plus de sécurité. De peur d’être ‘raciste’, on ne parlait pas d’immigration. De peur d’être ‘ultra’, on ne parlait pas de libéralisme … ses dirigeants avaient honte d’être à droite, et n’avaient de cesse de plaire à la gauche médiatique ou culturelle. » (Eric Zemmour) – On reconnaît la stupidité politique, la servilité et la lâcheté caractéristiques de la bourgeoisie.

« La droite perdit son influence sur les esprits via l’université, mais surtout renonça à ce qui faisait sa limite, mais aussi sa grandeur : le conservatisme. Elle adopta le zèle frénétique de l’époque, le mouvement perpétuel confondu avec le progrès, et battit en retraite devant les exigences d’un marché dont elle s’enticha, sans se rendre compte que la domination sans partage de celui-ci imposait la mort de tout ce à quoi elle tenait … La droite française n’avait pas lu Marx ! » (Eric Zemmour) – Même remarque que ci-dessus et incidemment, c’est aussi pourquoi la bourgeoisie d’alors (et d’aujourd’hui encore) est à la botte de l’Angleterre et fut, en 1914, prête à lui livrer sa paysannerie avec enthousiasme.

« Tout se passe comme si la droite avait perdu jusqu’au goût de se défendre. Critiquée, harcelée, houspillée … elle reste purement passive … Mise en accusation, elle se replie sur elle-même. » (?)

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– Depuis avant 1914, la seule différence entre la Gauche et la Droite tient au recrutement de leurs dirigeants, ceux de gauche sont majoritairement de grands bourgeois, ceux de droite sont souvent issus des milieux populaires. Pour le reste : trahison de leurs promesses, de l’intérêt général et du peuple (pour le fric à gauche, pour la respectabilité et la soumission servile à droite), souci de préserver leur fromage (sachant qu’à gauche, quand celui-ci est en danger, on sait mieux se regrouper et ne pas se tirer dans les pattes), esprit va-t-en-guerre (que celle-ci est délicieuse, et comme elle permet de détourner l’attention des moutons), pas de différences ; d’ailleurs en cas de risque d’apparition d’intrus venant troubler le jeu, tout ce joli monde sait ne faire qu’un.

 

– Reste quand même deux autres petites différences. L’une est que certaines (pas beaucoup, et pas dans les hauts dirigeants) de personnes de droite ont lu Marx, Engels, Antonio Gramsci (remarquable théoricien)… ; aucune personne de gauche n’a lu ou ne semble avoir lu Joseph de Maistre, Julien Benda, Charles Maurras, Raymond Aron, Jean-Claude Michéa, Philippe Muray… ce qui explique peut-être le rabâchage et l’ennui de leur discours convenu. Qu’il est bon de ronronner ensemble toute sa vie dans le même enclos inculte avec toujours les mêmes moutons, de manger la même herbe (caviar), de partager les mêmes mythes et les mêmes rites sans fin ni réalité, de s’embrasser en rêvant de se poignarder. Cette différence, cet écart de culture, fonctionne exactement à l’inverse de ce qu’il fut au XIX° siècle et jusqu’aux débuts du XX°, période où alors les hommes de gauche (au moins les dirigeants) étaient, de loin, les plus cultivés. Rendons un hommage posthume à M. Mitterrand, lui, au moins, avait lu, (ne comparons pas avec un Chirac) même s’il faisait semblant, pour des raisons de médiocre opportunisme, de n’avoir rien retenu – L’autre différence est qu’à gauche on s’occupe beaucoup à ‘monter des coups’ (des pièges gros comme pour des éléphants), ce qu’on n’aurait pas l’idée de faire à droite et ce qui explique que que l’on tombe allégrement dans tous ceux qui sont tendus.

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240, 3 – Transmission

 « Nous sommes les enfants de personne. » (Jacques de Guillebon) – Comme il faut bien être quelqu’un malgré tous les non-étants (Bobos) on devient identitaire ou djihadiste suivant l’occasion. Bravo les déconstructeurs.

– La transmission œuvre au transport des messages dans le temps, la communication achemine ceux-ci à travers l’espace.

« Je ne suis pas chargée de vous le faire croire mais de vous le dire. » (sainte Bernadette Soubirous)

– On ne peut découvrir par soi-même que si on a reçu préalablement. Nous ne pensons que parce que d’autres ont pensé avant nous. Il n’y a que l’Education nationale pour ignorer cette évidence, avec les résultats que l’on sait.

– La créativité ( soit la capacité de s’extraire du cadre habituel, de rapprocher des éléments apparemment dépourvus de rapports entre eux ), se fait en prenant appui sur une culture, soit sur des choses déjà inventées, des concepts déjà établis, des connaissances déjà acquises et transmises par nos prédécesseurs. D’où la nécessité de la transmission aujourd’hui abolie. Les très grands créateurs sont des gens qui ont eux-mêmes d’abord beaucoup imité, beaucoup copié, les peintres, les écrivains, les bâtisseurs, les scientifiques, les ingénieurs…  Peu ont vraiment inventé. Ils ont présenté ou assemblé autrement des idées, des concepts déjà existants. En imitant, on apprend comment l’autre a créé, et, ce faisant, on apprend à créer. Toute filiation commence par une imitation, donc par l’acquisition d’une culture préexistante. « Chaque homme profite des découvertes de ceux qui sont venus avant lui. Chacun se hisse sur les épaules de ses prédécesseurs » (Jean  d’Ormesson )

– Quand toutes les conditions de la transmission sont détruites, chacun se retrouve transformé en sujet de son propre apprentissage. Situation assurément excessivement pénible, sinon douloureuse et culpabilisante, sert à enfoncer encore plus les défavorisés ; ambition française actuelle. L’absence, le refus, de transmission n’est pas un acte d’amour, c’est une manifestation d’indifférence, et tôt ou tard les victimes le ressentiront ainsi. « Il est craint et adoré en même temps … Dans la classe de M. Germain, pour la première fois, ils sentaient qu’ils existaient, et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération : on les jugeait dignes de découvrir le monde. » (Albert Camus – Le premier homme – sur l’instituteur de son enfance)

– L’homme moderne qui prétend se faire tout seul (ou qu’on laisse se faire tout seul) rappelle l’histoire absurde de l’auto-engendrement, dont la figure du baron de Münchausen tirant sur la tige de ses bottes pour s’extraire d’un marais offre le symbole dérisoire.

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« Dans la société aristocratique, la quasi-immobilité des temps et des lieux rendait les générations ‘contemporaines’ … L’existence démocratique moderne perturbe le lien ‘qui unit les générations entre elles ; chacun y perd aisément les idées de ses aïeux ou ne s’en inquiète guère’. » (Myriam Revault d’Allonnes – citant Alexis de Tocqueville) 

 « Si nous ne leur transmettons pas le monde, ils le détruiront. » (Hannah Arendt – La crise de la culture)

« On devrait inculquer à ses enfants un peu de pessimisme, ne serait-ce qu’à dose homéopathique, afin de ne pas les lâcher dans la vie armés de leurs seules illusions. On leur éviterait bien des souffrances ultérieures. » (Olivier Bardolle) – C’est évident. Mais que deviennent alors l’enfant roi et les parents adorateurs ?

 « ‘Vous n’avez rien à transmettre’, premiers mots d’un inspecteur général à des débutants dans le métier de professeur … Désormais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un chemin personnel, produire son propre savoir. » (François-Xavier Bellamy)

« Phénomène unique, rupture inédite : une génération s’est refusée à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immémoriale qui constituait son héritage … Ligne de conduite délibérée. » (François-Xavier Bellamy)

 « Il ne reste plus qu’à proposer des ‘savoir-faire’, des ‘savoir-être’ ; tous ceux qui enseignent, tous ceux qui transmettent sont coupables … Nous voulions dénoncer des héritages ; nous avons fait des déshérités. » (François-Xavier Bellamy) 

« Mais, contrairement à l’animal, qui possèdent ses aptitudes dés l’instant de sa naissance, l’homme n’est pas un être d’immédiateté. L’homme se distingue par le fait qu’il a besoin de l’autre pour accomplir sa propre nature, besoin d’une médiation. » (François–Xavier Bellamy)

« L’homme est par nature un être nécessiteux. Ce qui est augmenté par la transmission de la culture ce n’est pas l’acquis, le savoir, le ‘capital culturel’ de l’individu mais son être même … L’illusion absolue que constitue l’utopie numérique lorsqu’elle nous fait croire qu’il n’est plus besoin d’apprendre, puisque tout le savoir est désormais stocké et partout accessible. Quelle incroyable erreur … avoir appris un poème et savoir le trouver sur le Web n’est pas du tout la même chose … pouvoir trouver de grandes dates ne dispense pas d’apprendre la chronologie de notre histoire… » (François-Xavier Bellamy)

« La culture est le seul héritage qui s’accroît à mesure qu’il est transmis. » (François-Xavier Bellamy)

« Pour avoir une chance de devenir libre, il faut naître dans un monde dont quelque chose soit dit, et dont quelque chose soit interdit. » (François-Xavier Bellamy)

 « Dans le culte de la spontanéité, un objet concentre à lui seul tout le rejet de la transmission : le livre est nécessairement, si la culture est la cause de l’aliénation, l’ennemi à abattre … Fixité, non participatif, non interactif donc inégalitaire… » (François-Xavier Bellamy)

« Lien entre culture et transmission : l’héritage culturel est constitué dans l’acte même qui le transmet. Il ne se stocke pas, il ne se garde pas pour soi, il n’est protégé que lorsqu’il est partagé … ce qui le rend infiniment fragile. » (François-Xavier Bellamy)

« Notre modernité triomphante a bien accompli la déconstruction libératrice qu’elle s’était donnée pour but : plus de tradition, plus de transmission, plus de médiation. » (François-Xavier Bellamy) – Quelle différence avec les destructions de monuments historiques par les barbares de Daech ?

« Les personnes délestées de leur expérience sont désormais dénuées d’histoire. » (Walter Benjamin)

« Qui peut encore, aujourd’hui rencontrer des gens capables de raconter quelque chose avec rectitude ? … L’expérience a subi une chute de valeur … L’art de raconter, comme la capacité d’échanger des expériences, s’achemine vers sa fin.» (Walter Benjamin) – D’après l’auteur ce déclin serait une conséquence directe de la Première Guerre mondiale et du mutisme des soldats revenus du front (réticence à raconter l’horreur, devant, en plus, des gens saturés de propagande imbécile).

 « Quand la difficulté de se dire à un autre s’entremêle à un accueil inhospitalier de son témoignage, l’attitude de non-écoute peut générer en lui (le locuteur potentiel) une souffrance destructrice … Quand se forme un écart incommensurable entre le vécu transmis et celui de la communauté ‘d’accueil’. » (Walter Benjamin)

« Nous sommes devenus pauvres. Nous avons sacrifié bout après bout le patrimoine de l’humanité … Nous avons dû le mettre en dépôt au mont de piété pour recevoir en échange la petite monnaie de l’actuel … Que vaut en effet le patrimoine culturel s’il n’est pas lié à l’expérience ? Pauvreté de nos expériences privées, mais aussi celles de l’humanité. Et c’est en cela une nouvelle forme de barbarie … Car la pauvreté d’expérience, où mène-t-elle le barbare ? Elle le mène à recommencer depuis le début : recommencer à nouveau, s’en sortir avec peu, reconstruire avec peu, sans regarder ni à droite ni à gauche. » (Walter Benjamin – sur la nouvelle incapacité de raconter, d’échanger des expériences, et même d’avoir une expérience, de transmettre…)

 « Qui oserait même tenter de se débarrasser de la jeunesse en la renvoyant uniquement à sa propre expérience ? » (Walter Benjamin)

« Nous sommes comme des nains assis sur les épaules de géants … Si nous voyons plus de choses que les Anciens, c’est parce qu’ils nous exhaussent de leur taille gigantesque. » (Bernard de Chartres – approx.)

« La transmission est la tactique par laquelle les puissants conservent et reproduisent leur domination. » (Pierre Bourdieu) – Mais, bien entendu, cela ne peut être reproché qu’au conservatisme, le progressisme ne saurait se livrer à une telle mesquinerie.

« Être ‘romain’, c’est se percevoir comme grec par rapport à ce qui est barbare, mais tout aussi bien comme barbare par rapport à ce qui est grec. C’est savoir que ce que l’on transmet, on ne le tient pas de soi-même, et qu’on ne le possède qu’à peine, de façon fragile et provisoire. » (Rémi Brague – sur la romanité, mais en finale sur la transmission)

« L’origine, il en faut pour qu’il y ait de la distance, comme il faut de ‘l’ici’ pour qu’il y ait de ‘l’ailleurs’. » (Renaud Camus) – Mais , comme justement, on ne veut plus d’ailleurs, plus de ‘dehors’, plus d’autre, mais tout du même, l’idéal de la mondialisation de tout.

« Si la société petite-bourgeoise voulait bien un moment sortir d’elle-même, et considérer dans les autres sociétés autre chose que ce qui l’annonce elle, si elle consentait à envisager cet autre chose que comme un ramassis de manifestes aberrations … elle s’aviserait sans mal que toutes les grandes cultures, toutes les civilisations même, ont attaché la plus grande importance à l’hérédité, à la transmission héréditaire, aux ancêtres, aux morts, au ‘don des morts’. » (Renaud Camus)

« Les anciens transmettaient leurs connaissances dans le milieu professionnel ou dans la vie familiale. Aujourd’hui, monde à l’envers, nos jeunes sont détenteurs du savoir technique et ce sont eux qui l’enseignent aux aînés. ‘Viens, papy, on va te montrer comment fonctionne internet.’ » (Eric de Ficquelmont)

« La transmission est un préalable nécessaire à la liberté. Il faut de l’école pour que le genre humain puisse vivre débarrassé de ses pédagogues. La première mission de l’école est l’introduction du ‘nouveau venu’ dans un monde plus ancien que lui. » (Alain Finkielkraut)

« Reste à savoir, dans un monde qui remplace l’art de lire par l’interconnexion permanente et qui proscrit l’élitisme culturel au nom de l’égalité, s’il est encore possible d’hériter et de transmettre. » (Alain Finkielkraut)

 « Si les processus psychiques d’une génération ne se transmettaient pas à une autre, ne se continuaient pas dans une autre, chacune serait obligée de recommencer son apprentissage de la vie, ce qui exclurait tout progrès et tout développement. » (Sigmund Freud – Totem et tabou) – Transmission invisible.

« Il y a transmission dans les sociétés humaines parce qu’elles sont historiques et que le transfert des acquis, d’une génération à l’autre, est, pour toute société, la condition de sa survie dans le temps. » (Marcel Gauchet) – On ne va donc pas survivre longtemps.

« Quand l’humilité inhérente à la relation maître-disciple est vécue comme humiliante, la transmission du passé devient difficile, voire impossible. » (René Girard)

« Nous adorons nous conjuguer au présent, nous avons oublié de nous accorder au passé et nous sommes incapables de nous décliner au futur. Dés lors, sans rétroviseur ni jumelles, nous avons perdu le goût de la transmission. » (Damien Le Guay)

« Un rapport confiant à la tradition est indispensable pour fonder l’acte de transmettre. » (Jean-Claude Guillebaud)

« J’avais à cœur … de ramener parmi nous un sentiment de justice et de sympathie envers nos anciens souvenirs, envers cette ancienne société française qui a laborieusement et glorieusement vécu pendant quinze siècles pour amasser cet héritage de civilisation que nous avons recueilli. C’est un désordre grave et un grand affaiblissement que l’oubli de son passé. » (François Guizot – Mémoires – cité par Olivier Rey)

« Autrefois, le fils reprenait le métier du père. Il y avait une transmission traditionnelle. En créant un système de mobilité sociale, où chacun doit découvrir ce qu’il veut faire, on a aussi créé un système d’incertitude. » (Fabrice Hadjadj)

« Nulle génération ne peut léguer à celle qui suit ce qu’elle ne possède pas. » (Walter Hooper) – Rompre la chaîne de transmission ; c’est toute l’ambition des innombrables ministres de l’éducation nationale alliés aux média pour arriver à des générations enfin définitivement moutonnières.

« Les parents modernes tentent de faire en sorte que leurs enfants se sentent aimés et voulus ; mais cela ne cache guère une froideur sous-jacente, élément typique de ceux qui ont peu à transmettre à la génération suivante et qui ont décidé, de toute façon, de donner priorité à leur droit de s’accomplir eux-mêmes. » (Christopher Lasch)

« L’une des caractéristiques de la génération 68 est qu’elle a interrompu la transmission en prolongeant à l’infini ce moment où l’on reçoit des soins sans en prodiguer soi-même : c’est ainsi que l’aventure humaine risque d’être déséquilibrée du côté de l’enfance. » (Elisabeth Lévy)

« Pour la première fois dans l’histoire, une génération refuse …  d’accomplir son devoir de transmission, de rendre des comptes à ses parents sur ce qu’elle a reçu et de remettre le monde à ses enfants pour qu’ils l’habitent. … Cette conviction de n’être porteur ni d’héritage, ni de promesse, est au cœur de la volonté d’affranchissement absolu censée caractériser la révolution ‘libertino-libertaire. » (Elisabeth Lévy)   

« Les enseignants (de jadis) ne façonnaient pas l’homme suivant un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu … Aujourd’hui, on sait comment produire une conscience. » (C. S. Lewis)

« Je souhaiterais d’avoir un enfant qui pût tout assimiler de moi ; je voudrais l’avertir de tout ce que j’ai compris trop tard, de ce que j’ai omis. Les parents n’instruisent pas assez leurs enfants de ce qu’ils doivent reconnaître avoir raté. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« Doué d’un pouvoir de connaître illimité, mais qui doit cependant avancer pas à pas, l’homme ne peut progresser dans sa propre vie, intellectuellement et moralement, que s’il est aidé par l’expérience collective que les générations précédentes ont accumulée et conservée. » (Jacques Maritain)

« A partir du moment où l’on considère que tout ce qui intéresse les jeunes, c’est eux-mêmes, plus aucune transmission n’est possible. » (André Markowicz) – Il est bien vrai qu’on n’ose pas transmettre à des idoles ; et que leur transmettrait-on  d’ailleurs ?

« Nous dépendons de nos contemporains. Nous dépendons bien plus de nos prédécesseurs. » (Charles Maurras)

« Ce que les parents veulent désormais transmettre aux enfants, c’est une position sociale. C’est horrible ! » (Charles Melman) – Si ce n’est pas totalement horrible, c’est du moins fort limité.

« Nous vous transmettons ce que nous avons reçu. » (saint Paul) – Et aussi nos erreurs, nos fautes, afin que, peut-être, elles puissent un peu servir.

« Et que le monde ancien prévienne ses enfants. » (Francisco de Quevedo)

« Le refus de transmettre la loi, de ménager sa place au négatif porté par l’interdit n’ouvre pas sur un monde de jouissance, mais sur un monde où l’accès à l’humanité est rendu plus difficile de devoir être inventé par chacun, vaille que vaille, à partir de morceaux dispersés, de bribes qui traînent. » (Olivier Rey)

 « L’adulte ne doit en aucun cas se poser en modèle, interposer sa  personne entre l’enfant et le monde. Aux transmissions autoritaires d’une génération à l’autre s’est substituée, dans l’idéal pédagogique, une auto-construction de l’enfant à travers l’élaboration de ses savoirs et l’expression de soi… Tels doivent être les adultes : fournisseurs de prestations, éclairés par la science. » (Olivier Rey) – Ou comment fabriquer des zombies.

« C’est par la conscience de la vieillesse du monde… et donc en assurant la transmission du monde comme ‘passé’, que l’éducation peut offrir aux enfants et aux adolescents le monde comme ‘avenir’. » (François Ricard)

« Ennemie de toute autorité comme de toute ‘hauteur’, tenant pour illégitime tout ce qui prétend fixer le mouvement de l’existence et assigner des bornes au désir, comment cette génération aurait-elle accepté de transférer la moindre part d’elle-même à ce qui ne serait pas, à ce qui ne serait plus entièrement elle-même ? » (François Ricard – sur la rupture de tradition des années soixante…) – D’ailleurs comment transférer le vide ?

« La chute du principe d’autorité a interrompu le lien, actif depuis des millénaires, entre les Jeunes et les Vieux (tous deux compris moins comme âges de la vie que comme catégories ontologiques). Les Vieux ont cessé d’être un patrimoine commode et ’portatif’ de savoir et d’expérience pour les jeunes générations (et même sont-ils devenus étrangers, encombrants, des trouble-fête) … Chaque génération préfère renaître ‘ex novo’, vierge et ignare presque comme au premier jour de la création : l’opinion et le savoir des prédécesseurs sont devenus méprisables et sans valeur ; oublier ce que le passé a  accumulé est dans certains cas presque un devoir politique … La fracture est radicale, une faille que l’on ne peut combler. » (Raffaele Simone)

« Les gens qui grandissent sous un régime individualiste subissent une forme de déshéritage intégral … Cette manière étrange dont les jeunes générations se détachent en un bond de leurs parents (jamais vu auparavant) … On ne descend plus d’une lignée d’aïeux, on n’hérite plus de cette lignée, avec sa langue, ses qualités, sa place dans l’être et ses objectifs existentiels … Dans une société qui pratique l’expérimentation, on ne devient pas adulte sans franchir un processus de déshéritage … Plus d’ancêtres pour transmettre par testament un moule complet du monde et de l’existence. On succède à des gens qui, déjà, étaient dans le brouillard … Quand quelqu’un hérite aujourd’hui, on ne demande plus de quoi, mais de combien … La probabilité qu’il la trouve (la manière dont il doit vivre) au fil de sa vie est réduite. Sa vie sera une expérience consistant à chercher une existence… » (Peter Sloterdijk)

« Les sociétés se maintiennent parce qu’elles sont capables de transmettre d’une génération à l’autre leurs principes et leurs valeurs. A partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre, ou ne savent plus quoi transmettre et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades. » (Claude Lévi-Strauss) – Alors nous sommes à l’agonie.

« Le chemin qui va du mot grec, latin ou celte, au mot quotidien d’aujourd’hui, installe dans notre conscience un vaste espace temporel …C’est justement cet éloignement qui est indispensable, qui est fécond et qui rend libre. En priver les jeunes générations serait, à travers elles, priver le monde à venir de ces grandes perspectives de l’histoire, incarcérer ceux qui viennent dans l’à-plat du présent, les persuader qu’en fin de compte leur monde se suffit à lui-même, que tout va bien ainsi, qu’il n’ y a rien d’autre à envisager … Assurer l’apprentissage non seulement des langues anciennes, mais plus encore de l’ancienneté de la langue … n’a d’autre sens que d’installer dans l’espace mental, par un éloignement délibéré, la représentation des siècles, des temporalités longues … La reddition  au temps actuel, au désir de courte portée, à l’absence du temps qui demeure le rêve totalitaire par excellence, le rêve de ‘Big Brother’. » (François Taillandier)

 « Une génération qui avait tout reçu a généreusement privé les générations suivantes de ce qui lui avait été donné ; de toute une culture généreuse dans laquelle, précisément, elle avait trouvé les instruments de sa critique, de son refus … Ce dont la nouvelle domination mondiale avait besoin, elle a obtenu à cette date-là que ce fût réclamé à cor et à cri, sous les délicieuses apparences de la libération, par l’ensemble de la jeunesse la plus cultivée et la plus brillante, c’est-à-dire des futures élites … En une génération, on a démoli toute la baraque, je ne dis pas qu’elle était parfaite la baraque, mais elle avait l’avantage d’exister. A présent il n’y en a tout simplement plus. » (François Taillandier – sur mai 68)

« Un fonds d’idées et de tradition commun, une langue ou un traducteur commun, toutes similitudes étroites formées par l’éducation, l’une des formes de la transmission imitative. » (Gabriel Tarde)

« Tu méprises les règles, les traditions et les dogmes. Tu ne veux opposer aucun cadre doctrinal à ton enfant ou à ton disciple : tu prétends leur transmettre tes vertus par le seul rayonnement de ton exemple, par pur échange affectif. Tu leur verses à boire un vin précieux, tu oublies seulement de les munir d’une coupe ! Et certes la coupe sans le vin n’est qu’un nid de poussières et d’araignées. Mais le vin sans la coupe ? Il ruisselle en vain sur le sol et, mêlé à la terre, il produit la pire boue. Regarde donc les ‘mystiques’ qui dévorent aujourd’hui le cœur des hommes ! » (Gustave Thibon)

« Pour connaître son présent, la société industrielle se tourne de moins en moins vers son passé car la part du transmis ne cesse de diminuer. » (Alain Touraine) – Les individus aussi.

« Le langage est sans doute un instinct, mais il ne peut se manifester que sous l’instance de l’autre. » (Jean-Didier Vincent) – L’indispensabilité de la transmission.

« L’enracinement, (le besoin le plus naturel et le plus méconnu de l’âme humaine). » (Simone Weil – Titre d’un livre, traitant de ce qu’elle appelle les besoins de l’âme, ou besoins non physiologiques de tout être humain). Voir à la rubrique : l’âme humaine, 290, 3.

« Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie  morale, intellectuelle, spirituelle par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. » (Simone Weil)

« D’autres ont planté ce que nous mangeons, nous plantons ce que d’autres mangeront. » (proverbe)

Suivant Jean-François Bellamy, Les déshérités ou l’urgence de transmettre : Les pères de la déconstruction, du doute radical, et surtout du refus de transmission, les petits pères. Entre autres malfaisances, le soi-disant apprentissage de la lecture par la méthode dite globale, afin d’écarter la contrainte mécanique du célèbre b.a-ba.

 . René Descartes et sa table rase, seulement Descartes n’a entrepris sa recherche de méthode qu’après avoir reçu une des meilleures formations de son époque, avoir beaucoup lu et beaucoup voyagé et observé ensuite, ce n’était plus l’enfant de l’école primaire au cerveau vierge !

. Jean-Jacques Rousseau, l’auteur de ‘L’Emile’ (la bienheuse ignorance, l’éloignement des parents, la non-directivité du précepteur, le rejet des livres et même du langage) ; son éloge de la nature dont nous a éloigné la culture nous rendant à la fois mauvais et malheureux, l’état de nature et l’équilibre originel, le mythe du bon sauvage. Jean-Jacques eût rêvé du numérique : un savoir neutre à disposition, n’y chercher que ce qui est utile à l’instant, sans médiation ni médiateur, plus besoin d’apprendre. Car pour Rousseau,le seul souci doit être l’utilité, le seul livre admis : Robinson Crusoé, qui, isolé sur son île, ne s’intéresse qu’à ce qui lui est profitable.

. Pierre Bourdieu et le capital culturel transmissible, facteur de distinctions. L’école oriente, sépare, divise et répartit, sélectionne (le tout avec violence), fait le jeu des héritiers de la culture dominante, légitime la hiérarchie qu’elle produit. L’éducation n’a pas de valeur en soi, elle ne devrait servir qu’à accéder à une profession ; il ne s’agit plus de communiquer des savoirs mais de développer des aptitudes. Le processus éducatif repose sur l’illusion et le mensonge dissimulés derrière le mythe irrationnel d’une promesse d’égalité … Fatalisme, ambiance dépressionnaire.

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175,10 – Libéralisme

– L’Etat libéral, simple  « veilleur de nuit. Ayant au plus pour fonction d’assurer l’ordre et la justice afin d’éliminer la violence et de protéger les droits de propriété. » (Gilles Châtelet)

– Si on ne peut nier que le libéralisme associé au capitalisme a réussi économiquement (avec quelques coûts humains certes), il a subi, et cela va s’accentuant, une dérive qui l’a entraîné vers ce qu’on peut appeler le libéralisme libertaire, c’est-à-dire la destruction systématique de toute appartenance et des êtres, le déracinement radical de toute tradition ; ses maîtres mots étant : flexibilité, mobilité, amoralité.

– Sa vision de l’homme : l’être isolé, autonome, indépendant des rapports à autrui et des contextes sociaux, se décidant rationnellement, en fonction de l’information complète et objective qu’on lui délivre gentiment… L’être irréel dont se moquait l’acide Marx, entre autres, en le qualifiant de Robinson et présentant les théories (issues de Thomas Hobbes)  comme des Robinsonnades.

– Le libéralisme est l’ambiance culturelle, philosophique, du capitalisme. Les deux sont difficilement dissociables. Le premier mène au second. Le second ne peut se développer en l’absence des effets de la doctrine du premier. Capitalisme économique et libéralisme culturel sont frères, exactement comme celui-là vient de droite et celui-ci d’une gauche qui s’est reniée. Le libéralisme économique se double aujourd’hui du libéralisme sociétal, les libéraux-libertaires.

– C’est le libéralisme de la Révolution française qui a aboli, entre mille autres destructions, des pans entiers de vie communautaire, par exemple les droits coutumiers de vaine patûre et de parcours qui permettaient, depuis des siècles, aux paysans les plus pauvres de nourrir leur bétail sur les terres communes et privées du village, une fois terminée la saison des récoltes, qui a inspiré l’idée que le droit de clôturer ses propriétés personnelles … constituait l’une des exigences les plus essentielles d’une société libre, qui a interdit le droit d’association (loi Le Chapelier) empêchant ainsi la naissance d’associations, de syndicats de défense des faibles. (considérations en partie dues à Jean-Claude Michéa).

– Laisser faire, laisser aller, postulat du capitalisme, d’abord en matière économique. Le capitalisme est par définition un système social autocontestataire et la dissolution permanente de toutes les conditions existantes constitue son impératif catégorique. Cette position implique l’acceptation, et même la promotion, de bouleversements continuels qui ne peuvent se développer que si le monde culturel, l’environnement des mœurs, est lui-même instable et changeant, évoluant vers toujours moins de règles et de contraintes. Ce qui explique l’alliance complice objective (inavouée et méconnue) du grand capital (obsolescence de tout et mondialisation) et des libertaires-gauchistes s’employant à saper toute structure sociale établie. Libéralisme égale alors libertarisme.

– Si la société libérale n’est pas parfaite, mais est la meilleure ou la moins mauvaise possible (comme la démocratie selon Churchill, comme la sainte croissance…), la clique dominante prétend que toute critique la mettant radicalement en cause ne peut mener qu’au pire, dans ce cas, au totalitarisme le plus féroce.  Ainsi écarte-t-on toute remise en cause un peu sérieuse en diabolisant la contradiction et le contradicteur avec. Génial ! L’éternelle réflexion des médiocres, ou des bénéficiaires sur n’importe quelle proposition qui dérange leur ron-ron : Que mettez-vous à la place ?

– On pourra également regarder à : Argent, 050,1 – sous rubrique Economie et à Gauche / Droite, 575,6 

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 « Le libéralisme ne promet aucun salut. Il ne remplace ni la religion, ni la moralité, ni la science … Son projet fondamental est la liberté, qu’il faut entendre, au sens politique, comme la limitation maximale de l’emprise étatique … Il revient à chaque sociétaire de se débrouiller parmi les valeurs et les institutions, de construire sa propre destinée et de ne s’en prendre qu’à lui-même s’il échoue … Tout homme assoiffé de certitudes et de totalité sera difficilement libéral … Les pouvoirs de séduction du libéralisme sont si réduits que c’est miracle que des régimes à tendance libérale aient pu apparaître et durer, au moins provisoirement … Avenir possible : une paralysie lente, progressive, indolore et même joyeuse. » (Jean Baechler)

« Le libéralisme engendre une société en miettes … l’individualisme moderne, en disloquant la société, sème les germes du despotisme. » (Philippe Beneton – reprenant la pensée conservatrice traditionnelle) – Lequel règne en suscitant la la guerre de tous contre tous. Nous y sommes, et ce n’est qu’un début.

« Le libéralisme … est la doctrine par laquelle la fonction économique s’est émancipée de la tutelle du politique, et a justifié cette émancipation. » (Alain de Benoist)

« Dans le système libéral, seule compte la dimension individuelle, assortie de son antithèse, ‘l’humanité’ ; toutes les dimensions intermédiaires, nations, peuples, cultures, ethnies… tendent à être niées, disqualifiées ou considérées comme insignifiantes. L’intérêt individuel prime l’intérêt communautaire. » (Alain de Benoist)

« L’unité profonde du libéralisme politique, du libéralisme économique et du libéralisme sociétal, et le caractère insoutenable des postures consistant à accepter l’un tout en rejetant l’autre (comme le fait la droite quand elle soutient l’économie de marché tout en critiquant le libéralisme des mœurs, ou la gauche quand elle se déclare ‘permissive’ tout en critiquant la logique du capital). Cette unité profonde du libéralisme a d’ailleurs été bien soulignée … par Jean-Claude Michéa). » (Alain de Benoist)

« Le leitmotiv du nomadisme permissif que résume le principe libéral : ‘Laissez faire, laissez passer’. Telles sont les bases de l’erreur libérale. » (Alain de Benoist)

« Même s’il se présente sous différentes formes, (économique, institutionnelle, sociétale), ce sont les mêmes principes qui le meuvent ; le libéralisme est un tout et l’attelage libéral-conservateur est un non-sens … Il affirme la toute puissance de l’Ego … la doctrine libérale s’appuie sur l’individualisme et le subjectivisme. Elle élimine la question de la vérité et refuse de subordonner l’homme à une règle qui lui soit extérieure et supérieure … Il n’existe pas de valeur objective mais uniquement des consensus … Les vices privés sont métamorphosés en vertus publiques : la libre réalisation des égoïsmes serait la condition de l’intérêt général. La vie de chacun est donc réduite à une inexorable quête de maximisation des plaisirs. (Guillaume Bernard)

« Le libéralisme, c’est la recherche théorique et pratique, et finalement l’acceptation d’une moyenne entre le meilleur et le pire, entre l’excellent et l’exécrable, entre le vrai et le faux, entre le raisonnable et l’absurde. Le libéral est un homme qui révère le bon Dieu mais qui respecte le diable. Il aspire à l’ordre et il flatte l’anarchie … Vous distinguerez d’emblée le libérai à la crainte qu’il a d’être taxé de réactionnaire … Aux yeux du libéral, c’est le plus violent ou le plus nombreux qui a raison … le libéralisme c’est la réformette … Le libéralisme, c’est  l’individualisme, donc l’anarchie édulcorée. Il aboutit, en fait, à la finance,, à la pire et à la plus dure des tyrannies : celle de l’or. » (Léon Daudet)

La réduction des êtres humains au statut « d’atomes isolés sans conscience générique … La désagrégation de l’humanité en monades. » (Friedrich Engels)

« L’essence du libéralisme est l’individualisme. » (Julius Evola) – En régime libéral, faire appel à toute valeur collective relève de l’illusion ou, plus souvent, de la manipulation.

« Le capitalisme moderne est, autant que le marxisme, une subversion. Identique est leur vision matérialiste de la vie ; identiques, qualitativement leurs idéaux ; identiques leurs prémisses, solidaires d’un monde qui a pour centre la technique, la science, la production, le ‘rendement’… » (Julius Evola)

« L’idéal de l’hyperlibéralisme, c’est l’hypermarché. » (Pierre-Yves Gomez)

« C’est dorénavant le libéralisme qui s’affiche comme un généreux progrès universaliste, luttant contre toutes les formes de nostalgie identitaire ou nationale … Il pourrait reprendre à son compte les fameux réquisitoires de Lénine contre le ‘crétinisme villageois’. Le voici paré, comme son ancien adversaire (le communisme) des attributs du progrès planétaire de la modernité en marche. » (Jean-Claude Guillebaud)

« Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. » (Michel Houellebecq – Extension du domaine de la lutte)

 « La liquidation des sociétés humaines par l’utopie mondialiste, par la politique des droits de l’homme et de l’effacement des frontières, des identités et des discriminations, est bien le travail constant, acharné, efficace, d’un néo-libéralisme européen qui trouve ses alliés les plus constants à l’extrême gauche … La dynamique du projet libéral est celle d’un projet de transformation de l’homme. » (Hervé Juvin)

« Le libéralisme est trop intellectuel et trop peu émotionnel pour être une force historique efficace. » (Reinhold Niebuhr) – « Niebuhr croyait, comme Georges Sorel, que seuls des ‘mythes’ avaient le pouvoir d’inspirer une action politique efficace. » (Christopher Lasch) – Et l’Histoire semble bien leur avoir donné raison, même si ce ne fut pas toujours pour le mieux.

« L’ordre social naturel n’est autre, en fin de compte, que celui du capitalisme – La science sociale sert à montrer que les intérêts de la bourgeoisie sont des lois aussi rigoureuses et intangibles que le principe d’Archimède. » (Serge Latouche – reprenant Edmund Burke d’une part et Karl Marx d’autre part) – Bourgeoisie, lire aujourd’hui plutôt grand capital.

« Bernard de Mandeville (la fable des abeilles) représente bien le tournant de la philosophie morale et politique occidentale. Affirmer dans une société encore officiellement chrétienne que ‘les vices privés font la richesse publique’, même si tout un chacun est à même de le constater chaque jour un peu plus dans l’Angleterre marchande et capitaliste du XVIII° siècle, ne pouvait que choquer. » (Serge Latouche)

« Robinsonnades. » (Karl Marx – Terme fort bien choisi que l’auteur utilisait pour qualifier les mythes du libéralisme d’Adam Smith et de David Ricardo, tels le chasseur, le pêcheur individuels et isolés, l’individu parfaitement libre et informé ne se décidant qu’en fonction de sa raison et de son intérêt ; foutaises.

 « La thèse de Polanyi est que l’homme moderne est privé de la protection que pouvaient lui fournir les structures organiques de l’ancienne société … D’où l’exposition absolue de l’homme à l’arbitraire des pouvoirs rationnalisateurs de l’ordre social dont l’idéologie libérale, bien avant les totalitarismes, fut une expression. Le moment où l’imaginaire libéral condamne l’homme à n’être qu’un atome social apparaît donc comme l’origine des totalitarismes ; il n’est pas de société totalitaire possible sans que la société ait été préalablement atomisée et massifiée … Ainsi l’extrême rapidité des transformations sociales vers le marché, les crises inhérentes à celles-ci peuvent susciter un projet social réactif qui promet la sécurité économique et donne l’illusion de reproduire une communauté perdue, même au prix de la liquidation des relations authentiquement personnelles : tel est le sens du projet totalitaire … De plus, certaines conceptions irresponsables de la liberté qui sont courantes dans la société de marché ‘en créant l’injustice, l’insécurité et le désordre ouvrent la voie à une résolution autoritaire, totalitaire’ des difficultés. » (Jérôme Maucourant – interprétant Karl Polanyi) – La massification étant une des fonctions des média, type télévision. L’anarchie, au moins intellectuelle, le relativisme absolu et la tolérance illimitée étant implicitement visées en fin de citation.

« L’ambition du libéralisme est d’instituer la moins mauvaise société possible, celle qui doit protéger l’humanité de sa folie idéologique. Pour ses partisans, c’est la volonté d’instituer le règne du Bien qui est à l’origine de tous les maux accablants le genre humain … Il serait la politique du ‘moindre mal’. Il fait donc preuve d’un pessimisme profond quant à l’aptitude des hommes à édifier un monde décent. Cette critique de la ‘tyrannie du Bien’ a un prix. N’exigeant rien de ses membres, cette société fonctionne d’autant mieux quand chaque individu se consacre à ses désirs particuliers sans sacrifier à la tentation morale. Comment expliquer alors que cette doctrine, à mesure que son ombre s’étend sur la terre, reprenne, un à un, tous les traits de son plus vieil ennemi, le ‘meilleur des mondes’, jusqu’à se donner, à son tour, pour objectif final, la création d’un ‘homme nouveau’ ? » (Jean-Claude Michéa) – Le même auteur ramène, entre autres, cette ambition originaire à l’horreur des guerres de religion du XVI° siècle, et donc au souci d’instituer un Etat, une société, entièrement neutres.

« Pour mesurer à quel point est effectivement délirante l’idée que l’esprit du capitalisme serait conservateur, autoritaire et patriarcal, il n’est que d’observer cinq minutes n’importe quelle variante de sa propagande quotidienne (publicité, mode, culture jeune, fêtes ‘citoyennes’, journalisme, etc.) … Le système du ‘laisser passer, laisser faire’ … ne peut fonctionner avec une efficacité maximale que s’il parvient, à chaque instant, à convertir la transgression permanente de toutes les valeurs héritées, en impératif catégorique de sa propre expansion illimitée … Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche). » (Jean-Claude Michéa) –  D’où l’utilisation des clameurs gauchistes en matière sociétale par le grand capital.

« Le libéralisme culturel (‘mariage pour tous’, légalisation du cannabis…) constitue la face ‘morale’ et psychologique du ralliement progressif de la gauche officielle au culte du marché concurrentiel, de la compétitivité internationale des entreprises et de la croissance illimitée … Le libéralisme économique (qui exige l’abolition par l’Etat de toutes les limites à l’expansion naturelle du marché et de la concurrence) et le libéralisme culturel ( qui exige l’abolition par l’Etat de toutes les limites au développement supposé ‘naturel’ des droits de l’individu et des minorités) sont d’un point de vue philosophique logiquement indissociables … Sous leur apparente opposition, inlassablement mise en scène par la propagande médiatique, ils ne représentent que les deux profils complémentaires d’un seul et même mouvement historique  … Le mouvement désormais classique qui conduit, tôt ou tard, des ‘belles âmes’ du libéralisme culturel à devoir apparaître comme les ‘idiots utiles’ du libéralisme économique … Etat sans idées ni valeurs. » (expressions regroupées de Jean-Claude Michéa) – Est-ce un hasard si ces deux faces du libéralisme (économique et culturelle) se sont développées simultanément (les années quatre-vingt), en un même lieu (les Etats-Unis) ainsi que l’instrument sociologique (le féroce conformisme du politiquement correct) qui permettait d’imposer le côté culturel plus délicat à justifier que le côté économique ?

« Le processus concret au terme duquel la logique libérale conduit invariablement à détruire n’importe quelle communauté humaine (de la tribu à la nation, en passant par le village ou le quartier) sous couvert de la faire ‘entrer dans la modernité’ et d’y introduire la ‘liberté’ et les ‘droits de l’homme’ … aberrant projet d’en finir avec le lien social lui-même. » (Jean-Claude Michéa  – à partir des travaux de Marcel Mauss, notamment, sur la logique du don et la trame ultime du lien social)

« Le libéralisme politique et culturel tend à réduire progressivement la sphère de l’échange symbolique, de l’entraide et de la confiance réciproque au profit exclusif de celle du droit subjectif illimité et de cette judiciarisation croissante de l’existence quotidienne … La société libérale ne peut officiellement reconnaître que les relations fondées sur l’échange marchand et le contrat juridique (donnant-donnant), elle ne saurait engendrer par elle-même aucun lien social véritable ni aucune rencontre authentique et désintéressée. »  (Jean-Claude Michéa)

« Du point de vue libéral-libertaire, il est ainsi parfaitement légitime de défendre jusqu’à ses ultimes conséquences l’idée d’un ‘droit de tous sur tout’ (expression de Hobbes) … d’exploiter librement son prochain, d’épouser son chien… » (Jean-Claude Michéa – interprétant Christopher Lasch)

« C’est d’abord pour des raisons de structure qu’il n’existe pas, ni ne pourra jamais exister, de ‘société capitaliste’ au véritable sens du terme … Impossibilité anthropologique. Un système dont les conditions idéales de fonctionnement ne font appel, par définition, qu’à la logique de l’intérêt bien compris est en effet dans l’impossibilité constitutive d’élaborer les signifiants-maîtres que toute communauté humaine requiert pour persévérer dan son être … Le système libéral n’a réussi jusqu’à présent à fonctionner de façon à peu près efficace … que parce qu’il ‘avait hérité de types anthropologiques qu’il n’avait pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers ayant un minimum de conscience professionnelle … ces types ont été créés dans des périodes historiques antérieures par référence à des valeurs alors consacrées et incontestables : l’honnêteté, le service de l’Etat, la transmission du savoir, la belle ouvrage’ … L’utopie libérale ne peut se développer au-delà d’un certain seuil sans détruire du même mouvement ses propres conditions de possibilités écologiques et culturelles … Elle ne peut fonctionner qu’en exploitant sans cesse ces valeurs morales et culturelles non marchandes nées le plus souvent à des époques antérieures et que sa propre croissance contribue justement à épuiser … L’histoire des trente dernières années est précisément celle des efforts prométhéens que déploient les nouvelles élites mondiales pour réaliser à n’importe quel prix cette société impossible. » (Jean-Claude Michéa – citant Cornelius Castoriadis)

« Le libéralisme est, fondamentalement, une ‘pensée double’ : apologie de l’économie de marché, d’un côté, de l’Etat de droit et de la ‘libération des mœurs’ de  l’autre. Mais, depuis George Orwell, la ‘double pensée’ désigne aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondé sur le mensonge à soi-même, qui permet à l’intellectuel totalitaire de soutenir ‘simultanément’ deux thèses incompatibles. Un tel concept s’applique merveilleusement au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. Son ralliement au libéralisme politique et culturel la soumet à un ‘double bind ‘ affolant. Pour sauver l’illusion d’une fidélité aux luttes de l’ancienne gauche, elle doit forger un mythe délirant : l’idéologie naturelle de la ‘société du spectacle’ serait le ‘néoconservatisme’, soit un mélange d’austérité religieuse, de contrôle éducatif impitoyable et de renforcement incessant des institutions patriarcales, racistes et militaires.  Ce n’est qu’à cette condition que la nouvelle gauche peut continuer à vivre son appel à transgresser toutes les frontières morales et culturelles comme un combat ‘anticapitaliste’. La ‘double pensée’ offre la clé de cette étrange contradiction. Et donc aussi celle de la bonne conscience inoxydable de l’intellectuel de gauche moderne … Le libéralisme politique et le libéralisme culturel sont logiquement liés. Si chacun doit être entièrement libre de choisir le mode de vie qui lui convient, toutes les normes de vie traditionnelles perdent automatiquement leur pouvoir prescripteur … Le marché doit toujours finir par apparaître comme l’unique moyen ‘axiologiquement neutre’ qui puisse réunir à nouveau ces individus que le libéralisme politique et culturel ne cesse de séparer et de dresser les uns contre les autres (que ce soit sous l’effet de son individualisme radical, de son ‘multiculturalisme’ ou d’un vague  bricolage ‘citoyen’ entre les deux) … Plus le Droit libéral et sa culture relativiste séparent, plus le Marché libre et la logique des affaires doivent réunir … Plus la nouvelle gauche s’efforce de développer à l’infini les axiomes du libéralisme politique et culturel, plus il lui faut chercher dans l’économie de marché les crans d’arrêt objectifs, capables de suppléer à la disparition du sens commun et de la morale commune qu’elle a ainsi organisée … C’est en ce sens que j’ai parlé de l’unité du libéralisme, … l’unité dialectique de cette ‘double pensée’. » (Jean-Claude Michéa)

«  Plus une dictature s’ouvre à la logique du marché, de la mode et de la consommation, plus elle devra, tôt ou tard, accepter la libéralisation de ses mœurs et de son Droit (en simplifiant beaucoup, c’est la voie chinoise). Inversement, plus une communauté encourage la libéralisation de ses mœurs et de son Droit, plus il lui faudra, tôt ou tard, s’engouffrer à son tour dans la ronde infernale de l’économie de marché, de la mode et de la consommation (en simplifiant beaucoup, c’est la voie espagnole). Savoir qui est premier, de l’œuf ou de la poule n’a pas … beaucoup d’intérêt. » (Jean-Claude Michéa)

« Le système libéral mondialisé ne peut croître et prospérer qu’en détruisant progressivement l’ensemble des valeurs morales auxquelles le petit peuple de droite est encore profondément, et légitimement, attaché. » (Jean-Claude Michéa)

« Le relativisme moral, clé de voûte idéologique du libéralisme culturel. » (Jean-Claude Michéa)

« Contradiction implicite entre une anthropologie universaliste, qui reconnaît tout homme comme sujet de droit, et la dynamique libertaire de l’individualisme qui fait de l’individu le foyer de ses propres valeurs … Entre l’adhésion à des principes censés être universels et la possibilité laissée aux individus d’adopter … des modes d’existence allant à l’encontre de ces principes … Compatibilité du monde commun cher à Hannah Arendt avec le relativisme des valeurs … Une société en est-elle encore une quand ses membres n’ont plus en commun ni croyances, ni projets ? » (Paul-François Paoli)

« Le monde des ordres figés, aussi injuste fût-il, établissait des limites à la ‘libido dominandi’ de l’individu. Le libéralisme, en desserrant le carcan des ordres sociaux (jadis) libère les volontés de puissance individuelles … Plus le nombre d’aspirants à être reconnus s’accroit et plus la lutte entre eux sera féroce. » (Paul-François Paoli – sur des intuitions de Joseph de Maistre, de Balzac, de Léon Bloy et de Charles Maurras plus récemment)

« Le libéralisme n’a pas d’autre idéal à proposer aux hommes que celui du conflit, compétition économique et hégémonie politique, et celui du bonheur de l’animal repu. » (Père Philippe Plet)

« Comme Jean-Claude Michéa, je considère que le libéralisme sociétal ou culturel et le libéralisme économique ne sont que les deux faces d’une seule et même médaille. » (Natacha Polony) – L’un a besoin de l’autre et l’autre de l’un. C’est évident, sauf pour les Bobos et les gauchistes, les deux espèces également  obtuses.

« Le libéralisme économique, tout comme la théorie superficielle du contrat social, repose sur le ‘présentisme’ et la méconnaissance des conditions de la durée d’un peuple et de sa vie longue. Selon le libéralisme des droits de l’homme, ‘chacun a le droit de chercher dans cette vie présente son bonheur matériel et son intérêt’ … Les revendications des droits de l’homme, et de nouveaux droits dans l’ordre des mœurs sont, au fond, la revendication du droit de se désintéresser de la durée, de la survie du peuple auquel on appartient, de se désintéresser de sa quatrième dimension (la dimension psychique), et de vivre dans la liberté du présent. » (Raymond Ruyer) – On voit les dégâts ne serait-ce qu’en matière écologique.

« Le libéralisme correspond à l’idée que le progrès résiderait dans la suppression des barrières, dans une inexorable marche en avant vers toujours plus d’échanges, toujours plus de changement, toujours plus de mouvement. Le monde est un vaste marché. En ébullition permanente … C’est la défaite de la volonté, la négation de la politique … L’inéluctabilité est un autre vocable clé de l’univers contemporain. Tout est inéluctable : la mondialisation, les lois du marché, l’effacement des frontières…» (Jean Sévillia) – La stupidité, la lâcheté et la servilité de nos élites sont-elles aussi inéluctables ?

« Négation individualiste, jouisseuse, cynique, de toute transcendance. C’est pourquoi le libéralisme, malgré son indéniable efficacité, n’a jamais inspiré aucun homme de génie, ni aucun poète. Négation de l’idéalisme, de la jeunesse ; il n’est pas une vision du monde, mais le refus d’en avoir aucune. » (Alain Soral) 

« Imposant au nom de cette guerre (la guerre économique globale) l’adaptation, c’est-à-dire le renoncement à la normativité et à l’individuation … Le règne de l’adaptation, c’est-à-dire du ‘faux soi’, du devenir flexible et, selon le mot de Zygmunt Bauman, de la ‘société liquide’ : la liquidation de toutes les relations de dépendance qui étaient établies par les organisations de la fidélité est devenue le mot d’ordre du libéralisme. » (Bernard Stiegler)

« D’autres … (Pasolini, Jean-Claude Michéa… ) considèrent que le capitalisme moderne a rompu sa vieille alliance avec les formes sociales traditionnelles : Eglise, famille patriarcale, enseignement autoritaire des ‘humanités’. » (François Taillandier) – Capitalisme ou sa version sociétale, le libéralisme. C’est bien évident quand on voit que c’est le grand capital qui possède tous les médias (papier et ondes) et les oriente vers la servilité au  progressisme le plus abject et le plus socialement nocif. Encore faut-il vouloir voir.

« La revendication du ‘maximum de droits pour le maximum de gens’ qui constitue selon Jean-Claude Michéa la matrice même du libéralisme, aboutit moins à l’égalité des conditions qu’à la guerre de tous contre tous. » (ouvrage collectif des Veilleurs : Nos limites)

« Le libéralisme détruit tout ce que la gauche déteste : famille, patrie, frontières, Eglise, Etat, racines, religion. Le libéralisme est un individualisme, un matérialisme, un économisme, un consumérisme. » (Eric Zemmour)

« La fausse promesse de liberté pour tous, c’est-à-dire d’égalité de l’idéologie libérale du XVIII° siècle. » (?)

« Le nœud du libéralisme, la renonciation à des fins transcendantes qui s’imposent à l’individu du dehors. » (?)

« Le libéral est celui qui quitte la pièce quand la bataille commence. » (?)

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760,1 – Voyages, Tourisme, Loisirs

– Le touriste est l’antithèse absolue du voyageur.

– Certains vont à Bali, d’autres en Patagonie, d’autres encore en Thaïlande (chacun ses motivations et ses intérêts, sinon ses addictions).

– Les pays sont devenus des destinations. Ce qui compte c’est d’y être allé, mieux encore d’avoir fait.

– Les sages ou les radins, parisiens, utilisent la Régie Autonome des Transports Parisiens, RATP. Cette agence de voyages est la plus économique de la planète. Elle offre certes des paysages moins exotiques et assez monotones (pas plus que ans le monde mondialisé), mais elle permet déjà – à un prix imbattable donc, en un temps très court et sans vaccinations particulières – d’avoir un aperçu de toutes les cultures et de toutes les civilisations, et même un contact physique rapproché avec toutes les populations du globe.

– On peut aussi voyager sans se déplacer, en faisant les choses de manière moins bousculée, en prenant le temps de regarder, de contempler ce à côté de quoi on passe tous les jours et qu’on ne voit jamais. En procédant à des arrêts sur images.

– Le Livre de Nicolas Bouvier, L’usage du monde, délicieux mode d’emploi de la planète, comme on ne la verra plus.

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« Ce qui faisait la volupté du voyage, depuis le geste d’adieu par la fenêtre, l’attention de ceux qui empochaient joyeusement les pourboires, le cérémonial des repas, le sentiment constant d’un privilège qui n’enlevait rien à personne, tout cela a disparu en même temps que les voyageurs élégants qui se promenaient sur les quais avant le départ et que l’on cherche finalement en vain même dans les halls des hôtels les plus raffinés. » (Theodor Adorno)

« Pour mon goût, voyager c’est faire à la fois un ou deux mètres, s’arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses. » (Alain)

« Comme lors des accidents de chemin de fer, c’est dans les premiers wagons que se trouvent la plupart des victimes, je propose qu’on supprime tous les premiers wagons. » (Alphonse Allais)

« S’il attache de la valeur à son voyage, ce n’est pas parce que la région, ou les lieux, l’intéressent, ce n’est pas pour l’expérience qu’il peut en retirer, mais pour satisfaire sa faim d’omniprésence et son goût pour la bougeotte. » (Günther Anders)

« Heureux le touriste qui a tout vu avant l’arrivée des touristes. » (Bernard Arcand) 

« Le monde est un livre et qui ne voyagerait pas n’en lirait qu’une page. » (saint Augustin)

« Un voyageur est quelqu’un qui va chercher un bout de conversation au bout du monde. » (Barbey d’Aurevilly)

« Médiatisation des richesses du Nord auprès de populations miséreuses, comportements,  prédateurs et méprisants de hordes de touristes incultes et mal élevés, débauche alimentaire des buffets Club Med. et autres fiestas grotesques pratiquées par quelques blancs vieillissants en plein cœur de territoires à bout de souffle et peinant à assurer leur simple survie, mœurs occidentales obscènes et passablement débridées sans respect pour les cultures locales. » (Olivier Bardolle) – En un certain sens, heureusement que la pratique des prises d’otage est venu mettre un terme à ce flux obscène.

« Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir. » (Baudelaire)

« Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,

« Le cœur gros de rancune et de désirs amers,

« Et nous allons, suivant le rythme de la lame,

« Berçant notre infini sur le fini des mers …

« Pour ne pas oublier la chose capitale,

« Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,

« Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,

« Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché. » (Baudelaire – Les fleurs du mal)

« Une fois la terre circonscrite comme sphère, comme espace fini, par la toute-puissance des moyens de communication, il ne reste plus que la fatalité du tourisme circulaire, qui s’épuise dans l’absorption de toutes les différences, dans l’exotisme le plus trivial. » (Jean Baudrillard)

« Un long voyage finit toujours par tourner autour de la terre … circonvolution … Le rythme n’est plus la découverte, l’échange, mais c’est une sorte de déterritorialisation en douceur, une sorte de séduction par l’absence. Vous êtes pris en charge par le voyage lui-même, donc par l’absence, qui est une absence à vous-même également. A ce moment là, vous êtes dans un avion, vous n’êtes plus responsable de rien, y compris de votre propre mort … il y a une irresponsabilité totale, engendrant une forme de fascination très grande, un état second … Cela fait toujours du bien de distancer sa propre culture (ses côtés positifs comme sa bêtise à laquelle on est beaucoup plus sensible qu’à celle des autres ) … C’est peut-être cette forme là qui est plutôt celle de l’expulsion, de l’échappement à soi-même et à son propre désir qui l’emporte aujourd’hui sur le voyage de la découverte, sur le voyage classique. » (Jean Baudrillard)

« Il en est du voyage comme de la relation aux autres. Le voyage comme métamorphose. » (Jean Baudrillard) – Jadis, peut-être.

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

« Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

« Et puis est retourné, plein d’usage et de raison,

« Vivre entre ses parents le reste de son âge !

« Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

« ……………………………………………………. ;

« Plus me plaît le séjour qu’on bâti mes aïeux, » (Joachim du Bellay)

« Entre l’idée de repos et l’idée de déplacement, il n’y avait pas de lien, jusquà la diffusion de l’automobile. » (Emmanuel Berl)

« Pour le week-end nous avons voulu faire les châteaux de la Loire ; malheureusement, ils étaient déjà fait. » (Francis Blanche)

« Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles. » (Christian Bobin)

« C’est le propre des grands voyageurs de ramener tout autre chose que ce qu’on allait chercher. » (Nicolas Bouvier – extrait d’un livre délicieux  : L’usage du monde)

« Voyager est un palliatif dérisoire à la routine. La vie est trop courte. C’est une erreur de croire qu’on peut l’étirer en transportant son ennui dans ses bagages. » (Robert Brisebois)

« Le touriste ne croit aux choses qu’après les avoir transformées en clichés. » (Pascal Bruckner)

« Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. » (Louis-Ferdinand Céline)

« Les autres sont nos voyages. » (Père Michel de Certeau)

« L’apparition du tourisme est due, en même temps qu’au progrès technique, aux conséquences humaines qu’il entraîne : c’est un cataclysme spirituel, quelque part en profondeur, qui jette les hommes sur les routes … Forme moderne de l’inquiétude, le voyage est, dans l’espace, la réplique de la constante pérégrination de l’esprit individuel : de sa poursuite d’une transcendance, et de sa fuite devant lui-même. » (Bernard Charbonneau)

 « Le voyage n’a d’intérêt que par l’invention et l’effort. L’organisation l’annule. » (Bernard Charbonneau)

 « le touriste qui croit saisir une vierge n’étreint qu’une prostituée. » (Bernard Charbonneau) – En matière d’exotisme de tout ordre (paysages, coutumes, civilisations, cultures…)

« Les transports abolissent la distance’, dit-on. Mais la raison d’être du voyage est de prendre ses distances. » (Bernard Charbonneau)

« Voyageurs ? Plutôt voyeurs … nous voyageons parce que nous devons voyager, pour conquérir des mérites … La société fixe aussi les buts de nos pélerinages … A quoi bon aller à Thulé, il n’y a plus qu’un aérodrome… » (Bernard Charbonneau) – Nous voyageons aussi pour ramener des photos et les infliger à nos amis.

« Après la malédiction qui pesait sur lui depuis le châtiment divin de la Genèse et l’esclavage gréco-latin, grâce au capitalisme qui en fit un droit et au socialisme qui en fit un devoir, le travail se sacralisa peu à peu, puis, la machine aidant, permit d’espérer le fruit de sa propre bénédiction : l’avènement des loisirs. Mais une évolution inverse ne risque-t-elle pas de rendre ces mêmes loisirs maudits, après qu’ils auront été pendant si longtemps considérés comme une béatitude ? … D’abord, travailler en proportion des vacances que l’on veut s’offrir, ensuite, plus ils deviennent importants dans la vie de la société, plus s’impose l’obligation de les organiser et, ce qui est plus grave, d’organiser la vie et la nature en fonction de leur déploiement. Ils entraînent dés lors tout un travail… » (Bernard Charbonneau)

« Avoir des loisirs … c’est voyager : partir ailleurs. Autrefois, s’en aller ailleurs n’avait aucun sens ; il n’y avait pas d’ailleurs, seulement un chaos monstrueux et hostile ou des mœurs répugnantes et absurdes. Les sociétés traditionnelles ignoraient le tourisme … Le voyage est un fruit de la paix, et de l’ennui qui l’accompagne ; quand le monde en mouvement, guerre ou révolution, vient trouver l’homme, alors il s’enracine. » (Bernard Charbonneau) – Maintenant, il migre !

« Une société condamnée aux loisirs le serait à la démoralisation ou à la folie … L’ennui la conduirait probablement à quelque explosion, interne ou externe : à une guerre, où elle retrouverait le sérieux et le travail. » (Bernard Charbonneau) – Perspective du chômage généralisé.

« L’humanisme technique (l’actuel) nous apprend que si on ne l’anime, l’homme n’a pas d’âme … Et s’il reste quelques familles créatrices de leurs jeux, on les inculpera s’il le faut d’exercice illégal de loisirs. » (Bernard Charbonneau – sur les animateurs et autres assistants culturels)

« L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir ; il porte avec lui l’immensité. » (Chateaubriand)   

« Tout se réduit souvent, pour le voyageur, à échanger dans la terre étrangère des illusions contre des souvenirs. » (Chateaubriand)

« Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir. » (Chesterton)

« Le globe-trotter vit dans un monde plus restreint que le paysan. » (Chesterton) Quand on lit  Jacques Attali, on s’aperçoit de la pertinence de cette constatation.

« Un ermite qui connaît l’horaire des trains. » (Emil Cioran – sur le poète Henri Michaux)

 « Le voyage n’est utile qu’aux imaginations courtes. » (Colette)

« Sous-produit de la circulation des marchandises, la circulation humaine considérée comme une consommation, le tourisme, se ramène fondamentalement au loisir d’aller voir ce qui est devenu banal. L’aménagement économique de la fréquentation de lieux différents est déjà par lui-même la garantie de leur équivalence. La même modernisation qui a retiré du voyage le temps, lui a aussi retiré la réalité de l’espace. » (Guy Debord – La société du Spectacle)

« Le voyage relate davantage qu’une exploration des confins. Il réalise le passage d’un ordre à l’autre : errance métaphysique, errance spirituelle, par laquelle le monde quotidien se juge insuffisant, mais par laquelle aussi des mondes autres se trouvent analysés, mesurés, explorés… » (Chantal Delsol) – Du temps où on pouvait, et voulait, recourir à l’aventure, à plus qu’à la simple connaissance des terres.

« C’est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager. » (Descartes – à propos de la lecture)

« Lorsqu’on passe trop de temps à voyager on devient étranger en son propre pays. » (Descartes)

« Rouler çà et là dans le monde, en tâchant d’y être spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent. » (Descartes) – Clair refus du voyeurisme des hordes actuelles, ou pire, de l’interventionnisme destructeur des pouvoirs moralisateurs soumis aux incendiaires type Bernard-Henri Lévy.

« Il déteste les étrangers ! Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter ! » (Raymond Devos)

« La soumission de l’homme aux véhicules signifie qu’il ne se sent chez lui nulle part, ou presque … ‘Les usagers briseront les chaînes du transport surpuissant lorsqu’ils se remettront à aimer comme un territoire leur îlot de circulation, et à redouter de s’en éloigner trop souvent’ … La société capitaliste a brisé la connexité … Les espaces personnels sont éclatés en morceaux disjoints, éloignés les uns des autres : le domicile, le lieu de travail, quelques espaces publics de la ville, les commerces et le mythique ‘ailleurs’ des loisirs et de l’évasion. Entre ces domaines des déserts de sens … que l’on vise à franchir le plus efficacement possible en se livrant au système de transport. » (Jean-Pierre Dupuy – citant Ivan Illich)

« L’accès au monde et aux autres dépend autant du libre développement des affinités électives entre prochains que du pouvoir de voyager à peu de frais et ‘rapidement’ au-delà de l’horizon familier, jusqu’aux confins du monde. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Pour les déplacements de tourisme, une plus grande facilité et une plus grande rapidité pour se rendre à des distances moyennes dévalorisent ces dernières en tant que signes ; Acapulco détrône TorreMolinos, et le temps de transport ne change guère. » (Jean-Pierre Dupuy, Jean Robert)

« On ne va jamais chercher assez loin l’envie de rentrer chez soi. » (Georges Elgozy)

« Voyager, c’est changer de chair. » (Saint-Exupéry)

« Voyageur. – Toujours intrépide. Toujours précédé de ‘Messieurs’, en style  de chemin de fer :  ‘Messieurs les voyageurs’. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues) – Aujourd’hui, on est plus galant et on dit :’ Mesdames, Messieurs…’.

« L’un d’eux s’ennuyant au logis – Fut assez fou pour entreprendre – Un voyage en lointain pays – L’autre lui dit : ‘qu’allez-vous faire ?’ – L’absence est le plus grand des maux. » (La Fontaine – Les deux pigeons)

« L’homme peut s’expatrier, mais il ne peut pas se dépatrier. » (Roger Martin du Gard)

« La perception commence au changement de sensation ; d’où la nécessité du voyage. » (André Gide)

« Un gai compagnon de voyage à pied vaut un carrosse. » (Goethe)

« Pourquoi aller toujours plus vite si ce n’est pour aller plus loin, et pourquoi s’en aller si c’est ailleurs comme ici ? » (Nicolas Grimaldi)

« Tous les voyageurs et tous les ambitieux connaissent ce pincement d’arriver, cette menue déception de découvrir chaque fois cette disproportion entre la banalité de cet instant et l’intensité du temps passé à l’attendre. » (Nicolas Grimaldi)

« Les voyages, ça sert surtout à embêter les autres, une fois qu’on est revenu. » (Sacha Guitry)

« Il choisit Rome parce que c’est culturel. Mais il part surtout parce que ses cousins et ses voisins le font, parce qu’on peut ensuite parler de ses voyages et s’en vanter, parce que c’est à la mode et qu’on se sent si bien une fois rentré à la maison. » (Hermann Hesse)      

« Les usagers briseront les chaînes du transport surpuissant lorsqu’ils se remettront à aimer comme un territoire leur ilot de circulation, et à redouter de s’en éloigner trop souvent. » (Ivan Illich – Energie et équité)

«  Le voyageur du périple clos … ne voyage que pour rentrer et ne part que pour revenir … Pourquoi ce détour stérile et négatif dont le seul but est de boucler la boucle et de revenir au point de départ, c’est-à-dire d’annuler toute finalité … Mais … on ne revient jamais ! Celui qui revient, comme le Fils prodigue ou comme Ulysse, est déjà un autre. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le nostalgique oscille entre deux regrets : le regret, au loin, de la patrie perdue ; le regret, au retour, des aventures manquées … Le lendemain même du retour la déception a supplanté la nostalgie (de la patrie perdue). La nostalgie fait face à l’amertume de l’échec. » (Vladimir Jankélévitch – s’inspirant des détours et flâneries d’Ulysse, pressé de rentrer en même temps qu’appréhendant la monotonie du  retour)

« Qui voyage uniquement pour revenir est un mauvais voyageur; qui part uniquement pour rentrer est un faux aventurier ! Le voyageur-casanier, au moment même du départ, pense déjà au plaisir du retour. » (Vladimir Jankélévitch)

« On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé. » (Alphonse Karr) 

« Au cours de leurs voyages, ils consomment le calme, le climat, le paysage et la culture des autres. Puis ils rentrent chez eux pour braver le quotidien pendant quelque temps. » (Jost Krippendorf)

« Notre société projette vers l’extérieur les besoins de repos et a fini par trouver évidente la polarisation ‘travailler et habiter ici – se reposer ailleurs’ … Nos joies sont ailleurs, nos espoirs sont ailleurs, nos désirs ont émigré. » (Jost Krippendorf)

« Le droit au voyage a succédé, en le complétant, au droit aux vacances … On ne dit pas ‘Que fais-tu pendant les vacances ?’ Mais ‘Où pars-tu en vacances ?’ » (Jost Krippendorf)

« Le voyage est motivé bien plus par un désir de quitter quelque chose que d’aller vers quelque chose. » (Jost Krippendorf) 

« Prenons-notre-pied-demain-nous serons-partis. » (Jost Krippendorf – sur la conduite de certains Occidentaux)

« C’est quand le corps est entre quatre murs que l’esprit fait ses plus beaux voyages. » (Augusta Amiel-Lapeyre)

« Un savant se plaignait du fait qu’il avait perdu deux années de sa vie : celles qu’il dépensa en voyages. » (Georg Christoph Lichtenberg)

 « Partout dans le monde s’élèvent de nouveaux musées qui rivalisent en gigantisme, en architecture innovante, en image choc … Le secteur touristique a annexé l’art et la culture comme un élément marchand qui doit être, à ce titre, traité comme els autres : marketing, publicité, offres promotionnelles. » (Gilles Lipovetsky, Jean Serroy) – Attirons le péquenot.

« Il viendra un temps où la terre sera bien ennuyeuse à habiter, quand on l’aura rendue pareille d’un bout à l’autre, et qu’on ne pourra même plus essayer de voyager pour se distraire un peu. » (Pierre Loti) – C’est en route.

« Dans un âge où l’homme, en récompense de ses efforts titanesques, conquiert enfin quelques loisirs, il ne sait plus s’accorder le loisir essentiel qui le sauverait de lui-même et en même temps le ferait se trouver. » (cardinal Henri de Lubac)

« Un Français à l’étranger se reconnaît à deux signes : il parle bien français, il ne parle nulle autre langue. » (Paul Masson)

« Partout le tourisme apporte avec lui le développement économique et l’ouverture mondiale.  Partout aussi il transforme la vie, l’art et la culture en marchandises, la tradition en folklore maquillé, les paysages en cartes postales, les petites plages isolées en dépotoirs, les animaux en figurants protégés et déprimés de réserves et de zoos, les lieux de piété en marchés aux colifichets. Les mœurs, les croyances et la culture sont les domaines les plus atteints … Le tourisme sexuel est une dimension essentielle du tourisme. » (Yves Michaud) – Un de nos ministres de la culture a fort bien exprimé ce dernier aspect pour son propre compte !

« L’exotisme sera toujours le signe de la décomposition d’une société. » (Richard Millet)

« Car j’ai de grands départs inassouvis en moi. » (La Ville de Mirmont)

« Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux. » (Jean Mistler)

« Je sais bien ce que je fuis mais je ne sais pas ce que je cherche. » (Montaigne – sur ses voyages)

« Je sais bien qu’à le prendre à la lettre, ce plaisir de voyager porte témoignage d’inquiétude et d’irrésolution. » (Montaigne)

« Voyager c’est demander d’un coup à la distance ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu. » (Paul Morand)

« Un bon voyageur ne doit pas se produire, s’affirmer, s’expliquer mais se taire et chercher à comprendre. » (Paul Morand)

« Si les gens, actuellement, se déplacent tant, c’est qu’ils sont malheureux : d’où les voyages d’agrément … On veut échapper au ‘spleen’ ; on cherche à se fuir soi-même … Cette nouvelle conception romantique du voyage où il ne s’agit plus de découvrir mais de se perdre. » (Paul Morand)

« On ne saurait aller chercher trop loin le plaisir de rentrer chez soi. » (Paul Morand)

« Ces Leica, ces Zeiss ; les gens n’ont-ils plus d’yeux ? » (Paul Morand)

« S’en aller, seul moyen de parvenir. » (Paul Morand)

« Voyager, c’est être infidèle ; soyez-le sans remords, oubliez vos amis avec des inconnus, trompez vos maîtresses avec des monuments … dites-vous que votre livre d’adresses est un cimetière ; mettez-vous en friche… » (Paul Morand)

« Le plus beau voyage ici-bas, c’est celui que l’on fait l’un vers l’autre. » (Eugène Morand, père de Paul)

« La grande vacance des valeurs fait la valeur des grandes vacances. » (Edgar Morin – cité avec une commisération compréhensible par Bernard Charbonneau) – Jeu de mots certes, mais qui dit bien l’ambition des loisirs d’aujourd’hui et de leurs thuriféraires.

« Les voyagistes … planéticides. » (Philippe Muray)

« Le voyage dévastateur du touriste moderne se soutient d’une image de vertu qui n’est que l’autre nom de la mise à mort de l’altérité … L’Afrique ou la Chine à travers laquelle pérégrine ‘homo festivus’ ne doivent plus être l’Afrique ou la Chine selon les Africains ou selon les Chinois, mais l’Afrique ou la Chine selon lui-même ; et selon sa morale. » (Philippe Muray)

« Le siècle qui commence, et l’Empire qui le domine, ne se connaissent pas d’autre devoir que de transformer le monde en un espace de libre circulation pour cet individu qui incarne au plus haut point le marché universel : le touriste. Le touriste en rotation perpétuelle, dévastatrice et absurde, dans des espaces sans obstacle (sans populations réfractaires)… La touristosphère. » (Philippe Muray)

 « Ce grand mouvement de propagation du Bien en charter et de la philanthropie en camping-caravaning. A ceux qui naguère déclaraient refuser de ‘bronzer idiots’, répondent les nouvelles générations de zélotes qui ont résolu de ‘bronzer vertueux’ … de chanter à travers tous les pays les acquis occidentaux les plus incontestables … Le prix du ‘tourisme responsable’ aux éditeurs de guides touristiques … Il ne s’agit plus seulement de voyager loin ; il s’agit, lorsque l’on sera loin, de marcher dans le Bien … que loin et Bien soient enfin synonymes …. Le retournement de la prédation touristique en catéchèse des droits de l’homme est le tour de force par lequel le touriste contemporain assoit sa légitimité. » (Philippe Muray)

« Les pays ne sont même plus des pays mais des destinations. La fin de l’histoire est aussi celle de la géographie. » (Philippe Muray)

 « L’activité photographique ou caméscopique du touristanthrope, où se résume presque toute la justification de sa malheureuse présence quelque part. » (Philippe Muray)

« Personne n’est jamais davantage anti-touriste qu’un touriste … Il ne souhaite jamais photographier ou camescoper un monument que dégagé de sa lèpre déambulante, photographiante et camescopante, donc libéré de lui-même. L’idéal qu’il nourrit est fondé sur une perpétuelle dénégation de sa propre présence, qu’il est le mieux placé pour savoir désolante … S’il y a quelque chose que le touriste a en horreur, c’est de se voir et d’être vu comme un touriste. Le propre du touriste est de passer sa vie à déplorer la présence de touristes sur les sites qu’il visite … Il cherche à voir les choses comme elles étaient ‘avant le tourisme’, autrement dit ‘avant lui-même’. » (Philippe Muray)

« Le touriste lui-même, ce véritable tueur en série du monde nouveau, cet authentique ‘criminel de paix’ toujours impuni, se retrouve nimbé de l’auréole citoyenne, ce qui le met au-dessus de toute critique et le charge d’une pseudo-mission civilisatrice capable de voiler ses fatales exactions. » (Philippe Muray)

« Un genre nouveau de touropérateurisme, ‘Cap sur la cata’ se propose de promener les amateurs de catastrophes partout où il s’en produit une … Ebauche de slogans : ‘Fouler enfin les sentiers battus par le malheur, par la misère et par la guerre’ – ‘S’éclater dans les pays éclatés’ – ‘Risquer sa peau à Kaboul’ – ‘Marre de bronzer idiot ? Pourquoi ne pas s’exposer au pire ?’ – ‘Les psy sont déjà sur place, ne les laissez pas seuls’ … Le label ‘Vacancier curieux de tout’, attribué aux sites répondant à différents critères de drame, tragédie, etc., selon leur de gré de gravité et d’attractivité … tant d’atrocités perdues pour tout le monde, sauf bien sûr pour les médias audiovisuels, l’industrie touristique aurait fort à y gagner. » (une géniale suggestion de Philippe Muray) – Si on osait, très juteuse vu le nombre de sadiques cachés, de voyeurs et voyeuses eux et elles non caché(e)s sauf derrière, ou devant, leur Télé.

« Avec le temps, la passion des grands voyages s’éteint. » (Gérard de Nerval) – Citation sans grand intérêt, sauf pour culpabiliser nos agité(e)s de retraité(e)s occidentaux qui dévastent le monde.

« Curiosité n’est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. Autrement on ne voyagerait pas sur la mer, pour ne jamais en rien dire, et pour le seul plaisir de voir, sans espérance d’en jamais communiquer. » (Blaise Pascal)

« Ces voyageurs barbouillés de fatigue et de routine. » (Georges Picard)

« Le voyage … a cédé le pas au déplacement, qui n’est que le passage d’un lieu à un autre, et dont la réussite résidera donc dans la grande rapidité avec laquelle il sera effectué. » (Natacha Polony)

« Le véritable voyage de découvertes ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » (Marcel Proust) 

« Les voyages sont amers et vains. Je fixerai ma vie comme on attache une bête à son pieu. » (Charles-Ferdinand Ramuz)

« Les imbéciles se sentent partout chez eux, c’est pourquoi ils aiment tant voyager. » (Charles Régismanset)

« Ceux qui ont fait le tour du monde peuvent faire durer la conversation un quart d’heure de plus. » (Jules Renard)

« A qui revient de voyage, je fais une telle tête qu’il n’a plus envie de me dire que telle chose lui advint. » (Jules Renard) – Bravo, enfin une technique pour se débarrasser des importunités de ces importuns.

« J’irais loin pour ne pas voir des choses qui font haleter mes contemporains. » (Jean Rostand)

« Le tourisme, le voyage sont des garants de la démocratie. Parce que les touristes, ce sont des témoins. C’est très important. » (fondateur des guides du Routard) – Sacralisation suprême de cette activité arrogante et prédatrice. .

« Touriste : habite une tour. » (Erik Satie)

Les Loti et Cie « ont dit ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont senti en présence des choses et des gens inattendus dont ils allaient chercher le choc. Ont-ils révélé ce que ces choses et ces gens pensaient en eux-mêmes, et d’eux ? Car il y  a peut-être du voyageur au spectacle, un autre choc en retour. » (Victor Segalen – cité par  Simon Leys) – Du moins encore du temps de l’auteur, avant que la mondialisation ne rabote tout et tous au même plat niveau.

« C’est d’âme qu’il faut changer, non de climat. » (Sénèque)

« Dans le monde carnavalesque les lieux (villes, sites naturels, réserves, pays entiers) sont restructurés ou refaits pour accueillir les touristes. Mais on invente aussi des non-lieux comme des aéroports et des villages, des villes à thème, des parcs et d’autres espaces factices pour paraître ce qu’ils ne sont pas.» (Raffaele Simone)

« Le tourisme moderne et sa conception du monde comme salle d’embarquement et comme piste d’atterrissage. » (Peter Sloterdijk) 

Socrate disait de quelqu’un que les voyages n’avaient pas amélioré : « Qu’il s’était emporté avec lui. »

« C’est là le danger d’acheter des gravures des tableaux que l’on voit dans ses voyages. Bientôt la gravure forme tout le souvenir, et détruit le souvenir réel. » (Stendhal) – De même pour les obsédés de photographie qu’évoque Paul Morand plus haut.

« Je hais les voyages et les explorateurs. » (Claude Lévi-Strauss)

« Ce que d’abord nous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. » (Claude Lévi-Strauss – sur l’exportation des techniques et des pollutions des civilisations dites avancées)

« Le voyageur est ce qui importe le plus dans le voyage. Tant vaut l’homme tant vaut l’objet. » (André Suarès)

« Le tourisme, ce n’est pas la rencontre de l’autre, c’est le spectacle de l’autre. » (François Taillandier)

« Il répondait … que la fascination pour les voyages était le trait le plus éclatant de la connerie contemporaine. » (François Taillandier) – Vus certains troupeaux, entendus certains racontars de chevaux de retour, on approuve.

« On voyage pour changer non de lieu mais d’idées. » (Hippolyte Taine)

« On ne peut mieux dire que ‘le temps gagné ne se rattrape pas’. Un véritable voyage exige un rythme, où soient sensibles le changement d’horizons, le passage à d’autres climats. Tandis que l’avion… » (Gustave Thibon – citant Alexandre Vialatte)

« Ce qu’il y a de meilleur à l’étranger ce sont les compatriotes qu’on y rencontre. » (Jean-Paul Toulet)

« Plus on voyage au loin moins on se connaît … Plus on va loin, moins on apprend. » (Lao Tseu)

« Le vrai voyageur n’a pas de plan établi et n’a pas l’intention d’arriver. » (Lao Tseu) – Ce qui le différencie du touriste.

« La manie de voyager vient de la topophobie et non de la philotopie. On ne cherche pas le lieu d’arrivée, on fuit celui qu’on laisse. » (Miguel de Unamuno)

« La fuite en avant des nantis dont la démence ambulatoire et touristique n’est jamais que le symptôme clinique d’une perte de repères, d’une désorientation soudaine. » (Paul Virilio)

« Les gens qui demandent sans cesse ‘pourquoi’ sont comme ces touristes plongés dans leur Baedecker (guide touristique) au pied d’un édifice et qui, à force de lire l’histoire de sa fondation… sont empêchés de le voir tout simplement. » (Ludwig Wittgenstein) – Comme les photographes impénitents.

« Moi, le seul voyage qui m’intéresse c’est la mort, parce qu’on ne rapporte pas de diapos. » (Wolinski)

« On gagne peu à courir le monde. » (proverbe)

« Jamais méchant homme ne s’amenda pour être allé à Rome. » (proverbe)

« Qui bête va à Rome, tel en retourne. » (proverbe)

« Il n’y a que les fous et les Européens qui voyagent. » (proverbe chinois) – Doit dater quelque peu si on regarde, en Europe justement, ou alors les Chinois sont devenus fous ?

« Le meilleur qu’on puisse ramener des voyages, c’est soi-même, sain et sauf. » (?)

« Nous tenons plus à voyager qu’à arriver quelque part. » (?)

« Les Français : les pires touristes du monde. » (?)

« Voyager est une œuvre de solitaire. » (?)

« L’industrie du bois travaille le bois. L’industrie des métaux travaille les métaux. L’industrie du tourisme travaille les touristes. » (?)

« On investit une énergie psychique de plus en plus grande dans les loisirs, qui ne sont plus perçus comme un divertissement ou une détente … mais comme une occasion de tester les contours de son propre soi. » (?)

« Le tourisme contemporain est l’accomplissement du divertissement pascalien, c’est-à-dire le désir d’être hors de soi plutôt que celui de s’accomplir … C’est une des modalités de destruction de la vie intérieure. » (?)

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Portraits de voyageurs modernes, suivant Tzvetan Todorov  :

L’assimilateur, universaliste, en mission, celui qui veut modifier les autres pour qu’ils lui ressemblent (prosélyte), les convertir, (missionnaire chrétien, marxiste) – Le profiteur, utilise les autres (homme d’affaires, colon, coopérant), fait des affaires – Le touriste, visiteur pressé de monuments, photographe d’abord, l’ayant tous pratiqué, on sait de qui il s’agit – L’impressionniste, recherche d’expérience, de perceptions, de sensations (Pierre Loti, les hippies à Katmandou), jouit des différences sans chercher à universaliser – L’assimilé, l’immigrant désireux de s’intégrer, le voyageur qui ne le sera plus, pénètre une culture et un mode de vie, l’expert étudiant une question – L’exote, observe en restant distancé, ou en essayant de, (l’ethnologue, les Persans de Montesquieu), et en se délectant de la différence – L’exilé, à la fois immigrant ne recherchant pas l’assimilation et exote, par choix ou par force (Descartes choisit la Hollande pour travailler, Joyce fuit l’Irlande comme Rilke ne peut écrire que hors d’Allemagne) – L’allégoriste, parle d’un peuple pour débattre d’autre chose, ne se déplace pas forcément (Diderot et les Tahitiens), reste centré sur sa propre culture, l’autre pays lui sert d’allégorie, de figure, pour émettre un jugement – Le désabusé, le casanier et l’éloge du chez-soi et des proches après avoir fait le tour du monde (Chateaubriand), ne voyage que pour vérifier la supériorité de sa propre culture – Le philosophe, universaliste, observe les différences pour découvrir les propriétés des choses, des êtres, des situations ou institutions, pour émettre des jugements (Montaigne) et tenter de concilier tout ce fatras dans une vision universelle.

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755,3 – Persévérance / Obstination

« La persévérance, c’est le bon entêtement. » (Anne Barratin)

« La persévérance fait avec la patience un pacte silencieux. » (Anne Barratin)

« Ce que la force ne gagne pas, souvent peut le gagner la persévérance. » (Anne Barratin)

« Ce n’est pas tout de prendre le galop, il faut le soutenir. » (Anne Barratin)

« Résolu : obstiné dans une voie que nous approuvons. » (Ambrose Bierce)

« La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d’un grand effort que d’une longue persévérance : leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencements ; ils se laissent souvent devancer par d’autres qui sont partis après eux, et qui marchent lentement, mais constamment. » (La Bruyère)

« Louable persévérance de ne pas se laisser détourner du but à atteindre par des échecs répétés, et sottise de s’obstiner dans l’emploi de procédés dont l’expérience nous a appris l’inefficacité. » (Hyacinthe de Charencey)

« Par un long effort sans cesse soutenu, repris, modifié, enrichi et finalement mené à bien… » (Paul Claudel)

« Comment tant d’hivers répétés n’ont-ils pas dégoûté la nature de faire des fleurs ? Mais non, le printemps est aussi têtu que l’hiver, et chaque fois, dans son inlassable patience, la nature réveille les bêtes et les plantes comme si elle n’avait rien appris. » (Vladimir Jankélévitch)

« La nature n’a accordé aux hommes que la constance tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination. » (Choderlos de Laclos)

« La persévérance est une stabilité perpétuelle dans des résolutions mûrement réfléchies. » (Marmontel)

« Choisissez une étoile, ne la quittez pas des yeux, elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine. » (Alexandra David-Neel)

« Si la cause est bonne, c’est de la persévérance. Si elle est mauvaise, c’est de l’obstination. » (Laurence Sterne)

« Goute à goutte, l’eau creuse la pierre. » (proverbe)

« Rome ne s’est pas faite en un jour. » (proverbe)

« C’est en forgeant qu’on devient forgeron. » (proverbe)

« Il faut distinguer la ténacité de l’obstination, insister et persévérer au bon moment, renoncer et se retirer quand il le faut. » (?)

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755,2 – Volonté générale

– Qui l’a vue ? Qui l’a fait sienne ? Qui a senti autre chose qu’une pression diffuse, anonyme et arbitraire, mais susceptible de férocité ?

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« La volonté générale, indispensable à toute société, ne saurait jaillir d’aucune multitude, d’aucune agrégation. » (Didier Gaulbert – reprenant la distinction de Rousseau entre agrégation et association dans le Contrat social) – La volonté générale dans le cadre du multiculturalisme !

« Le totalitarisme de la volonté générale, souveraineté illimitée et toute-puissance absolue … L’idéologue du Comité de salut public… » (Henri Guaino)

« Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre ; car telle est la condition qui donnant chaque citoyen à la patrie le garantit de toute dépendance personnelle. »(J. J. Rousseau) – Quel beau programme ! Nous l’avons réalisé. Quelle félicité générale !

« Une coalition d’intérêts particuliers ne suffit pas à définir la volonté générale. » (Jean-Jacques Salomon)

« La démocratie ne se conçoit plus que sous la forme du respect des minorités. Sous l’influence du modèle libéral anglo-saxon, c’est le triomphe des volontés particulières et la mise en cause systématique de la volonté générale par des minorités désavouées par une consultation. » (Jacques de Saint-Victor)

« Comme l’intérêt général, la grandeur de la volonté générale c’est d’abord de n’être nulle part et ensuite de n’être celle de personne. » (?) – Si bien que sa définition relève des plus grandes gueules servies par les média les plus tonitruants car les mieux rétribués.

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755,1 – Volonté ; Persévérance / Obstination

Dans l’Antiquité : « était libre celui qui bougeait comme il l’entendait ; le critère était le Je-peux,  non le Je-veux. » (Hannah Arendt)

« Le moi voulant se délecte de lui-même dans la mesure où le Je-veux anticipe un Je-peux ; leur conjonction ravit la Volonté. » (Hannah Arendt)

« Ou bien la volonté est l’organe de la spontanéité libre et brise tous les enchaînements de motivations causales qui pourraient l’entraver, ou bien elle n’est qu’une illusion … La volonté est l’arbitre entre la raison et le désir (de plus alors que la raison révèle ce qui est commun à tous les hommes et le désir ce qui est commun à tous les organismes vivants, seule la volonté m’est entièrement propre) … Face au désir, d’une part, et à la raison, d’autre part, la volonté produit comme ‘une espèce de coup d’état’ selon Bergson. » (Hannah Arendt)

« Ce n’est pas la raison qui est capable de donner des ordres mais la Volonté … laquelle est le grand réalisateur. » (Hannah Arendt – reprenant Epictète)

« La volonté, avec ses projets de futur (elle suppose l’existence d’un temps ‘droit’), défie la croyance en la nécessité, l’adhésion à l’organisation du monde. » (Hannah Arendt)

« Une des grandes caractéristiques de la volonté est de donner des ordres … Si la volonté n’avait pas le choix de dire ‘non’ ce ne serait pas une volonté ; et s’il n’y avait pas en moi de contre-volonté provoquée par l’ordre même, le ‘tu dois’, si ’le péché n’habitait pas en moi’, je n’aurais en rien besoin d’une volonté … ‘C’était moi qui voulais et c’était moi qui ne voulais pas … Ni je ne disais pleinement oui, ni je ne disais pleinement non … Une même âme qui flottait au gré des volontés contradictoires’ … Elle commande ce qu’il faut faire, mais en même temps, par sa liberté, elle empêche ce qu’elle commande … Comment la volonté, divisée à l’égard d’elle-même, atteint le moment où elle devient entière reste un mystère … ‘Vouloir c’est commander … en tout acte de volonté il est une pensée qui commande’. » (Hannah Arendt – citant saint Paul, saint Augustin et Nietzsche)

« La volonté veut toujours ‘faire’ quelque chose et, par conséquent, méprise implicitement le penser pur dont toute l’activité est conditionnée par le ‘ne rien faire’ … Le Je-veux anticipe un Je-peux … Le moi voulant est normalement plongé dans l’impatience, l’agitation, le souci, non seulement parce que l’âme réagit au futur par la crainte et l’espoir, mais aussi parce que le projet de la volonté implique un Je-peux qui n’est nullement assuré … La tension qui en résulte, à la différence de l’agitation assez stimulante accompagnant, à l’occasion, la résolution des problèmes, plonge l’âme dans une espèce de trouble facilement proche du tumulte, mélange de crainte et d’espoir. » (Hannah Arendt)

« Une des grandes caractéristiques de la volonté est de donner des ordres. La raison peut se charger de cette fonction … puisqu’elle s’intéresse à la vérité et que la vérité est contraignante. Mais elle agit par persuasion, non par impératifs … et ses ordres ne sont pas nécessairement suivis. » (Hannah Arendt)

« L’idée de l’éternel retour, puisqu’elle comporte un retour au vieux concept cyclique du temps paraît en contradiction flagrante avec la notion de volonté qui suppose un temps rectiligne et un futur inconnu et, par conséquent, accessible au changement. » (Hannah Arendt)

« Et puisque la liberté est définie par le fait de ne pas être déterminée par des causes externes, seule une volonté libre de tout penchant peut être dite bonne ou libre … Ou bien elle est libre ou bien elle n’existe pas ; elle doit être la ‘cause totale d’elle-même’. » (Hannah Arendt – citant Duns Scott)

« Vouloir et pouvoir ne sont pas la même chose. » (saint Augustin)

« Pour guérir la volonté, il faut réprimer la puissance. » (saint Augustin)

« L’esprit commande au corps, et le corps obéit sur le champ ; l’esprit commande à lui-même et il rencontre de la résistance. » (saint Augustin) – Là, le corps représente le monde extérieur, c’est à l’intérieur du moi, dans la demeure intérieure, que le conflit entre l’homme et lui-même éclate, que la volonté est défaite.

« Il faut que la volonté imagine trop pour réaliser assez. » (Gaston Bachelard)

« Rien n’est impossible à la mauvaise volonté de l’homme. » (René Barjavel)

« Un excellent caractère est toujours un produit de la volonté. » (Anne Barratin)

« L’obéissance est impossible si la liberté n’est pas respectée. L’obéissance est l’exercice éminent et ultime de la liberté, par où l’homme renonce librement à sa volonté propre. Il n’y a pas de plus grand emploi de la volonté que d’en faire don. » (Jean Bastaire)

« A défaut de la volonté de puissance, bien diminuée, et de la volonté de savoir, problématique, il reste partout aujourd’hui la volonté de spectacle (de sauvetage des spectres et des fictions). » (Jean Baudrillard)

« La volonté est piégée par la liberté illimitée qui lui est donnée, et elle y consent par l’illusion d’une détermination propre. » (Jean Baudrillard)

« Le choix est un impératif ignoble.Toute philosophie qui assigne l’homme à l’exercice de sa volonté ne peut que le plonger dans le désespoir … Rien n’est plus fascinant (pour l’un des aspects de notre conscience) que de ne pas savoir ce qu’on veut, d’être délivré du choix. Mieux vaut s’en remettre à quelque volonté insignifiante que d’être suspendu à sa propre volonté ou à la nécessité de choisir … Non seulement les gens n’ont pas envie qu’on leur dise ce qu’ils veulent, mais ils n’ont même certainement pas envie de le savoir, et il n’est même pas sûr qu’ils aient envie de vouloir … La masse sait qu’elle ne sait rien, et elle n’a pas envie de savoir. La masse sait qu’elle ne peut rien, et elle n’a pas envie de pouvoir … Tous les médiateurs (politiques, intellectuels…) ne serviraient au fond qu’à ceci : gérer par délégation, par procuration, cette affaire fastidieuse du pouvoir et de la volonté, délester les masses de cette transcendance pour leur plus grand plaisir et leur en offrir le spectacle par surcroît. » (Jean Baudrillard)

« Une volonté cherche la satisfaction d’un intérêt, l’autre celle d’un orgueil. » (Julien Benda)

« Une forte volonté permet d’être ce que l’on veut, n’importe ce que l’on était. La volonté prime tous les déterminismes, même celui de la naissance. » (Alain de Benoist)

« Quand la volonté fait défaut, on n’entreprend rien parce qu’on ne veut rien ; mais en l’absence de capacité la volonté ne servirait à rien. » (Boèce)

« Le difficile n’est pas de vouloir un instant mais de vouloir sans trêve. » (Gustave Le Bon)

« Une volonté forte a le plus souvent un désir fort pour soutien. Le désir est l’âme de la volonté. » (Gustave Le Bon)

« On n’est pas maître de ses désirs, on l’est souvent de sa volonté. » (Gustave Le Bon)

« Les volontés faibles se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes. » (Gustave Le Bon)

« ‘Pouvoir ce qu’on veut, vouloir ce qu’il faut’. Lorsque vous ne pouvez pas ce que vous voulez, c’est que vous en avez été empêché par une cause étrangère ; et lorsque vous ne voulez pas ce qu’il faut, le défaut en arrive toujours infailliblement par votre propre dépravation, si bien que le premier n’est tout au plus qu’un pur malheur, et le second toujours une faute .» (Bossuet – reprenant saint Augustin sur la volonté)

« La volonté, il faut que tu en aies pour en avoir ! ça ne s’invente pas ; on ne peut pas faire semblant. » (Daniel Boulanger)

« La faiblesse du caractère anéantit la puissance de la position. Celui qui ne sait pas ajouter sa volonté à sa force, n’a point de force. » (Chamfort – d’un homme accrédité mais échouant dans toutes  ses recommandations)         

« Au carrefour l’un aime toutes les routes, l’autre les hait toutes … Ils restent à la croisée des chemins … Celui qui veut ne rien rejeter, veut la destruction de la volonté ; car la volonté ne consiste pas seulement à choisir quelque chose mais encore à rejeter presque tout. » (Chesterton)

« Dés qu’on commence à vouloir, on tombe sous la juridiction du démon. » (Emil Cioran)

« La volonté, qui contient un principe suspect et même funeste, se retourne contre ceux qui en abusent. Il n’est pas naturel de vouloir ou, plus exactement, il faudrait vouloir juste assez pour vivre ; dés qu’on veut en deçà ou au delà on se détraque et on dégringole tôt ou tard. Si le manque de volonté est une maladie, la volonté elle-même en est une autre, pire encore : c’est d’elle, de ses excès, bien plus que de ses défaillances, que dérivent toutes les infortunes de l’homme. » (Emil Cioran)

« Plus on ‘est’, moins on ‘veut’ … ce que je ‘sais’ démolit ce que je ‘veux’. » (Emil Cioran)

« On insiste sur les maladies de la volonté, en oubliant que la volonté comme telle est suspecte, qu’il n’est pas normal de vouloir. » (Emil Cioran)

« L’homme est libre, sauf en ce qu’il a de profond. A la surface, il fait ce qu’il veut ; dans ses couches obscures, ‘volonté’ est vocable dépourvu de sens. » (Emil Cioran)

« L’homme aime agir suivant sa volonté et non comme l’ordonnent la raison et l’intérêt. » (Dostoïevski – Carnets du sous-sol)

« La volonté n’a d’action sur les passions que si elle est elle-même une passion. » (Louis Dumur)

« La vertu comme le péché résident dans la volonté. » (Maître Eckart)

« La bonne volonté n’a pas moins de force pour le bien que la mauvaise volonté n’en a pour le mal. » (Maître Eckhart)

« L’indifférence désinvolte aux grandes causes  a pour contrepartie l’abdication devant la force, et le fanatisme qui disparaît des sociétés occidentales risque bien de céder la place à une autre maladie de la volonté, guère moins inquiétante : l’esprit de collaboration. » (Alain Finkielkraut)

« La volonté … ne relève pas davantage du principe d’utilité que de la grandeur d’âme … Imprévisible et insaisissable, elle est aussi réfractaire aux principes de l’intérêt qu’aux maximes du désintéressement. Et comme elle ne calcule pas, elle ne peut être calculée. Rien ne discipline ce cheval fou : ni l’altruisme ni l’égoïsme, ni la loi qui commande ni la loi qui interdit, ni l’impératif catégorique ni la nécessité scientifique. » (Alain Finkielkraut – commentant les Carnets du sous-sol de Dostoïevski)

« Nous savons tous que la bonne volonté, le fait de vouloir le bien des autres, n’apporte aucune garantie, ni de la connaissance de ce bien, ni de la qualité des résultats … La bonne intention n’induit pas  la qualité du résultat. » (Jacques Godbout)

« Ne rien vouloir, c’est déjà une volonté. » (Maxime Gorki)

« Si le propre de la vie est d’adapter l’individu à son milieu, le propre de la volonté est de l’en soustraire … Ainsi l’esprit tend-il à s’affranchir de la vie qu’il a reçue pour accomplir celle qu’il a décidé de se donner. » (Nicolas Grimaldi)

« Comme la vertu, la volonté est une faculté. Elle se découvre à mesure qu’elle se développe, et ne se développe qu’à mesure qu’elle s’exerce. » (Nicolas Grimaldi)

« L’extériorisation de la volonté est l’action. » (Hegel)

« Celles-ci (les actions que les hommes accomplissent volontairement), procédant de leur volonté, procèdent de la liberté ; et néanmoins, étant donné que tout acte d’une volonté humaine … procède de quelque chose, et celle-ci d’une autre suivant une chaîne continue, ces actions procèdent aussi de la nécessité. » (Thomas Hobbes)

« Parce qu’il peut prendre le contre-pied de ses proppres désirs, notre vouloir élude son destin, notre vouloir transcende à l’infini toutes les législations qu’on lui impose. » (Vladimir Jankélévitch)

« La volonté est plus ironique et plus intelligente que le désir ; le désir veut la fin mais non les moyens, tout de suite, naïvement, magiquement … Vouloir, au contraire, c’est tendre à la fin à travers les moyens … Pour être capable de vouloir, il faut regarder devant soi, vers le futur … on peut désirer n’importe quoi, mais on ne veut que le possible. » (Vladimir Jankélévitch)

« Le mauvais vouloir, on le reconnaît à ceci qu’il est tantôt la volonté de la fin-sans-les-moyens, tantôt la volonté des moyens-sans-la-fin. Dans le premier cas, la soi-disant volonté prétend vouloir la fin tout de suite en escamotant les moyens qui la rendraient possible … c’est peut-être qu’elle ne veut pas ? … On reconnaît le machiavélisme hypocrite, la malice intéressée, l’arrière-intention du sabotage … A l’inverse, dans le deuxième cas, la volonté est rendue monstrueuse par l’inflation hypertrophique des moyens … Elle veut des moyens superflus avec l’espoir machiavélique d’escamoter le ‘fiat’ dans la propice confusion du discours. » (Vladimir Jankélévitch)

« La volonté qui veut tout en général, la volonté sans chose voulue (sans complément direct) est une velléité ou tout simplement une mauvaise volonté, une subvolonté de sabotage. » (Vladimir Jankélévitch)

« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi universelle. » (Emmanuel Kant)

« Là où il y a une volonté il y a un chemin. » (Lénine) – Sûrement emprunté à quelqu’un d’autre.

« La peur de la causalité représente une des raisons d’ordre affectif qui nous font attribuer une si haute valeur à l’insondable (peur de voir bridé notre libre arbitre) … Cependant jamais la connaissance des causes d’un comportement ne peut diminuer le ‘vouloir’, l’empêcher de transformer en actes sa volonté … L’homme qui saurait, comprendrait, l’enchaînement causal de tous les processus de l’univers, y compris ceux qui se déroulent dans son propre organisme, ne cesserait pas pour autant d’avoir une volonté. » (Konrad Lorenz)

« C’est dans cette troisième puissance (la volonté) que l’homme se sent blessé à mort. Il ne sait ce qu’il veut ; il veut ce qu’il ne veut pas ; il ne veut pas ce qu’il veut ; il voudrait vouloir. Il voit dans lui quelque chose qui n’est pas lui et qui plus fort que lui. » (Joseph de Maistre)

« Une bonne volonté confuse mène à plus de catastrophes que la malveillance ou la bêtise. » (Henning Mankell)

« Il faut pré considérer dans la volonté un certain défaut, une certaine déficience avant l’acte de choix lui-même déficient. » (Jacques Maritain)

« Ma volonté n’est pas une force distincte de moi, elle est moi-même agissant. » (André Maurois)

« Qui a la volonté a la force. » (Ménandre)

« La liberté de la volonté consiste précisément dans la mise en conformité de la volonté avec des désirs de second ordre ; les désirs d’avoir tels désirs et d’en refuser d’autres … La volonté gouverne les désirs selon certaines préférences stables. » (Yves Michaud).

« Qu’on me donne l’action la plus excellente et pure, je m’en vais y trouver vraisemblablement cinquante vicieuses intentions. Dieu sait quelles diversités d’images ne souffre notre interne volonté. » (Montaigne)

« Si vous n’avez pas à l’horizon de votre vie des lignes solides et calmes comme des lignes de montagnes et de forêts, votre volonté la plus intime s’agite, se disperse, s’emplit de désirs comme celle du citadin : cet homme n’a plus aucun bonheur et n’en donne plus aucun. » (Nietzsche)

« Bien des gens sont obstinés en ce qui concerne la voie une fois prise, peu en ce qui touche au but. » (Nietzsche)

« ‘Ce qui fut’ : ainsi s’appelle la pierre que la volonté ne peut soulever. » (Nietzsche)

« En arrière ne peut vouloir la volonté. » (Nietzsche)

« Soyez d’abord de ceux qui peuvent (et savent) vouloir. » (Nietzsche) 

« Scrupules : vermine de la volonté. » (Jules Renard)

« Si nous avions assez de volonté nous aurions toujours assez de moyens. » (La Rochefoucauld)

« Ne lâchez pas la bride à votre volonté. » (Fernando de Rojas)

« La voix de l’Occident va progressivement être mise en cause, puis s’éteindra, parce qu’il a perdu toute volonté. » (Alexandre Soljénitsyne – approx.) – Toute exigence, tout courage, toute virilité, toute rigueur, toute honnêteté…

« Ce qui manque aujourd’hui à l’âme de la vie, c’est désormais la volonté qui, les bras ballants … ne marche contre personne si ce n’est contre elle-même … C’est au but court et sans relief que l’on doit le ressort distendu et la mort de toute envolée. A fin étroite, volonté faible. » (Père Zanotti-Sorkine)

« La volonté s’appelle ténacité pour un bonne cause, obstination pour une mauvaise. » (Laurence Sterne)

« ‘Un homme est de son extraction, un homme est de ce qu’il est. Il n’est pas de ce qu’il fait pour les autres’ … Si l’être l’emporte à ce point sur le faire, il reste peu de chose de la libre volonté. » (Tzvetan Todorov – citant et  contredisant Charles Péguy)

« La pire lassitude, c’est quand on ne veut plus vouloir. » (Jean-Paul Toulet)

« Imposer sa volonté aux autres c’est force. Se l’imposer à soi-même c’est force supérieure. » (Lao Tseu)

« Dieu fait les quatre volontés de celui qui fait sa volonté. » (Jean Marie Vianney, curé d’Ars)

« Qui veut le fruit doit grimper à l’arbre. » (proverbe)

« La mauvaise volonté est une stratégie qui a fait ses preuves, elle n’exige qu’un minimum d’investissement et épuise remarquablement la résistance de l’adversaire. » (?)

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750,1 – Vie, Vivre ; Existence

– On a tous dû l’apprendre tout seul.

– Si nous avons aimé, et l’avons manifesté, si nous avons donné plus que nous avons reçu ou au moins autant, alors nous avons réussi notre vie. Et tout est dit.

– Le végétal, l’animal (nous) vit. L’humain existe (sort de lui-même), soit atteint à un degré supérieur, par la reconnaissance que lui apporte, ou que lui refuse, autrui. Il n’y a pas d’existence sans socialisation.

– On a pu dire qu’une condition d’une vie réussie résidait dans la coexistence harmonieuse des deux hémisphères qui garnissent l’espace entre nos deux oreilles (raison et rationnel d’un côté, imagination et  sensibilité de l’autre), ainsi que dans l’équilibre établi entre le Moi social et le Moi intérieur.

– Il convient aussi de vivre le monde, et soi dans le monde, sérieusement. C’est la garantie d’en être et d’y être. Mais sans le prendre trop au sérieux. Il ne l’est guère, nous non plus d’ailleurs. C’est un théâtre avec ce qu’il faut d’esbroufe pour nous intéresser, nous amuser d’abord et nous effrayer ensuite. Cependant restons toujours proche du réel, lequel ne coïncide pas toujours avec notre vision, notre sentiment du moment.

– Sur le tard, chacun peut se souvenir du moment (jour, mois, année) où il a pris, ou n’a pas pris, la position qui lui a assuré, relativement, succès ou échec, confort ou inconfort, qui lui a permis, toujours relativement, de réussir ou de manquer sa vie. « Des expériences n’ayant qu’une seule occurrence mais déterminant toute une existence chez un individu. » (Michel Onfray). Et, là, pensons à notre attitude de fond devant des situations ordinaires autant qu’à quelques circonstances exceptionnelles. « Nul d’entre nous n’ignore ces moments quelquefois secrets et élucidés depuis longtemps après qu’ils se sont produits. Des événements nous bougent, qui nous changent et dont nous nous rendons compte longtemps après … Une trouée se produit. Une irruption ouvre une brèche. Le paysage, tout à coup, change, à notre étonnement. » (Père Michel de Certeau)

– Et aussi, ce que je fais actuellement, plus tard, bien plus tard, en aurais-je fierté ou honte, plaisir ou regret, quand ces choses me reviendront ? Car elles me reviendront, à l’improviste mais en pleine face. Qui ai-je aimé ? Qui ai-je rendu heureux ? Qui ai-je aidé, soutenu ? Qui ai-je déçu ? Qui ai-je laissé tomber ? Qui ai-je trahi ? Ai-je fais fructifier mes talents ? Quel usage en ai-je fait ? Voilà ce qui nous accompagne sur le tard, quand le soir tombe.

– On peut passer 30 ans de sa vie, et même plus, à côté de ses pompes, par l’étrange attitude qu’on appelle : déni de réalité. Soit le refus inconscient de voir l’évidence d’une situation, d’un contexte, ce par crainte d’affronter, de s’avouer, quelque erreur initiale, des lacunes persistantes ; stratégie de fuite par peur instinctive de se confronter à des problèmes personnels. Ne mésestimons pas notre capacité d’occulter nos fautes, de les ensevelir… Marchons en faisant le vide en nous (l’Esprit ne saurait surgir dans un cerveau encombré), en éloignant provisoirement ce confort faux et artificiel, pour que survienne à l’improviste sans lui opposer nos barrières protectrices, l’évidence du réel. Prenons conseil.

– Vivre bien : « Ne demande pas que les événements arrivent au gré de ta volonté ; mais tâche de vouloir les événements  tels qu’ils arrivent. » (Epictète) – « Accepter tous les événements comme si on les avait demandés et désirés soi-même. » (Sénèque)

– Combat perpétuel de Jacob avec l’ange (soi-même, quelque idéal, part d’ombre, passions, addictions, fautes et culpabilité, parfois l’autre…). « Exister, c’est se tenir hors de l’être, c’est lui apporter la lumière et le frémissement du ‘de’, du ‘hors de’ l’être. » (Renaud Camus)

– Tripartition traditionnelle des genres de vie : vie de jouissance, vie active en quête d’honneur et vie contemplative.

– Suivant la règle de saint Benoît (plus de quinze siècles d’expérimentation) la vie monastique se partage suivant quatre dimensions : la dimension symbolique (cérémonielle, rituelle, trouver sa liturgie est nécessaire à tout groupe humain et sa participation à tout individu) – la dimension économique (non pas la consommation, mais le travail, la communion avec autrui et le partage, accomplissement de soi et participation au monde) – la dimension personnelle (le temps et l’espace de liberté et de culture pour chacun) – la dimension sociale (l’Autre, accueil et ouverture au sein du groupe et au-delà préservant de l’asphyxie). Le respect de ces diverses dimensions est aussi nécessaire dans toute existence profane.

– Ce que les démagogues ne précisent pas pour compléter leur fameux, et stupide, slogan : Changer la vie, c’est que c’est toujours pour le pire.

– Récompense à qui trouvera un slogan plus prétentieux, plus inepte, et également plus pernicieux pour les faibles d’esprit que : Changer la vie. Ce que les démagogues ne précisent pas c’est que c’est toujours pour le pire. Emmanuel Macron vient de gagner la récompense promise avec son slogan En marche ; vers quoi ?

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« Exister, c’est répondre aux chocs du monde environnant. C’est, sans cesse, oublier ce qu’on c’était promis d’être. » (Alain)

« La vie est un travail qu’il faut faire debout. » (Alain)

« Les gens n’accordent guère d’importance à la vie ; la preuve, quand ils la perdent ils ne la réclament jamais. » (Woody Allen)

« Qui de nous n’a eu sa Terre promise, son moment d’extase, et sa fin en exil ? » (Henri Frédéric Amiel – cité par Simon Leys)

« Vivre est un métier comme un autre, cela s’apprend. » (Jean Anouilh)

« Mourir, ce n’est rien, commence par vivre ; c’est moins drôle et c’est plus long. » (Jean Anouilh)

« Toute existence comme telle est bonne. » (saint Thomas d’Aquin)

« La lumière ne se comprend que par l’ombre, et la vérité suppose l’erreur. Ce sont ces contraires mêlés qui peuplent notre vie, qui lui donnent la saveur et l’enivrement. Nous n’existons qu’en fonction de ce conflit, dans la zone où se heurtent le blanc et le noir. » (Louis Aragon)

« Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. » (Louis Aragon)

« La vie bonne ressemble à la santé, dans laquelle chaque élément doit tenir du trop et du trop peu afin de maintenir l’équilibre et le bien-être du tout. » (chez Aristote)

« A force de compliquer notre vie nous ne savons plus jouir de la vie. » (Lucien Arréat)

« La véritable solution du problème de la vie n’est-elle pas de ne pas se la poser ? » (Lucien Arréat)

« On ne jalonne pas sa vie avec ses joies, mais avec ses deuils. » (Lucien Arréat)

« On naît, on meurt ; c’est mieux si entre les deux on a fait quelque chose. » (Francis Bacon)

« L’éthique comme ordre … se compose de deux départements distincts, celui des devoirs d’état et du bien et celui du bien-vivre … Une vie à la fois vertueuse et satisfaisante pour l’individu. » – Peut-être est-ce cette distinction, ou plutôt ce couple,  que résume l’auteur entre, respectivement, la vie bonne et la bonne vie, entre la poursuite, ou au moins la conscientisation respectueuse, des fins dernières de l’espèce et le bonheur conçu individuellement ou presque. Sachant qu’il est faux de croire que chacune des deux dimensions  puisse intégralement se passer de l’autre jusqu’au point de l’oublier ou de la contrarier. « Des récompenses vont aux individus les mieux personnalisés, d’une part, parce qu’en se donnant les moyens personnels de mener une bonne vie bonne, ils élèvent leur chance de toucher les récompenses promises à la vie éthique réussie, et, d’autre part, en raison des bénéfices indirects dont ils sont l’occasion pour les autres. »  (Jean Baechler)

« Le ciel et l’enfer sont deux grands poèmes qui formulent les deux seuls points sur lesquels tourne notre existence : la joie et la douleur. » (Balzac)

« En nous affirmant que ‘c’est la vie’, nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette vie ‘n’est pas une vie’. » (Georges Bastide)

« Temps accéléré, rencontres décousues, engagements momentanés, obsession de la forme, recherche de la sensation vraie, déplacements incessants, rencontre de l’étranger faite dans le tourisme ou la xénophobie, commerce de la violence, surveillance de la vie et toute-puissance technique : voilà ce qui compose notre vie contemporaine décomposée, ‘en miettes’. Comment vivre sans code ni règle sans tomber dans le chaos ? » (Zygmunt Bauman – La vie en miettes)

« La vie liquide est la vie prise dans le flux incessant de la mobilité et de la vitesse. Elle est le triomphe du consumérisme. Tout y compris l’homme, devient objet de consommation, avec une date de préemption au-delà de laquelle il devient jetable. » (Zygmunt Bauman)

« Maladie sexuellement transmissible, et toujours mortelle. » (Serge de Beketch)

« La vie entière apparaîtra comme un flot qui monte, et qui contrarie le mouvement descendant de la matière … effort pour remonter la pente que la matière descend … Tous les êtres organisés, du plus humble au plus élevé, depuis les premières origines de la vie … ne font que rendre sensible une impulsion unique inverse du mouvement de la matière. » (Henri Bergson)

« Il nous faut tous surmonter la vie. Mais la seule manière de surmonter la vie, c’est de l’aimer. Tous les péchés capitaux ensemble damnent moins d’hommes que l’Avarice et l’Ennui. » (Georges Bernanos)

« Combien de gens meurent avant d’avoir fait le tour d’eux-mêmes. » (Sainte-Beuve)

« La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » (Xavier Bichat)

« On confond très souvent vivre et faire des expériences. » (Robert Blondin)

« Pourquoi un homme qui a vécu comme un cochon a-t-il le désir de ne pas mourir comme un chien ? » (Léon Bloy)

« Vivre sa vie, dit-on. – Cela consiste à prendre la vie des autres. Tel est le sentiment de nos anarchistes les plus estimables. Les vampires ne diraient pas mieux. Un homme de bien, un saint, si vous y tenez, ne vit pas sa vie, ne vit pas du tout pour être exact. On ne peut même pas affirmer qu’il végète. Il est inexistant… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, CXXV) 

« Faire la vie, dit-on. – ( sur le fils qui.. ) mais, quand même il est exultant d’avoir un enfant qui est comme Dieu, puisqu’il fait la Vie, quelle que puisse être l’attribution de ce vocable… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, XXIII)

« Tout n’est pas rose dans la vie, dit-on. – Le bourgeois voudrait-il vraiment que tout fût couleur de rose dans ce qu’il nomme la vie, ou ce lieu commun n’est-il que l’offensive et plate constatation d’un fabricant de couleurs ? J’aime la première hypothèse. Il faut du rose au bourgeois, c’est sa couleur… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 1, CLVIII)   

« Le plus beau jour de la vie, dit-on. – L’hésitation est permise. Il y a deux témoignages. Le second vicaire de la paroisse affirme que c’est le jour de la première communion et M. Prudhomme dit, avec une inquiétante fermeté, que ‘Ce sabre fut le plus beau jour de ma vie’. Qui entendre ?… » (Léon Bloy – Exégèse des lieux communs – 2, CXXIVI)

  « C’est facile de mener plusieurs vies ; il suffit de n’en avoir aucune à soi. » (Christian Bobin)

« Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! Et que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant ; on ne m’a envoyé que pour faire nombre ; encore n’avait-on que faire de moi, et la pièce n’en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre. » (Bossuet – sermon sur la mort) – « Pour moi-même, je suis la plus importante personne au monde, bien que je n’oublie pas, sans même considérer l’Absolu, mais que du simple point de vue du sens commun, je ne suis d’aucune espèce d’importance. Cela n’aurait quasiment rien changé à l’univers si je n’avais jamais existé. » (Somerset Maugham)

« Quand on ne vit plus comme on pense, on en arrive à penser comme on vit. » (Paul Bourget)

« Pouvons nous affirmer que la vie est un bien tel qu’elle puisse justifier qu’on ‘l’inflige’ à son prochain ? Nous ne le pouvons en dernière instance, sans quelque chose comme un point d’accroche métaphysique … Sans transcendance, pas de vie … Le choix de la transcendance est la condition de la continuation de l’immanence … Une fois le ‘là-haut’ supprimé, il n’y a plus ‘d’ici-bas’. » (Rémi Brague – simplifié)

« Pourquoi faudrait-il vraiment que l’espèce humaine existât sur terre ? » (Rémi Brague) – Rejoint la question fameuse de Leibniz « Pourquoi y-a-t-il de l’être plutôt que rien ? » – « Vous êtes embarqués » dit seulement Pascal au libertin (et à lui-même) – Nous le sommes tous, et sans l’avoir demandé.

« Pourquoi ce cadeau immérité et fortuit, la vie, lui a été fait. » Pourquoi la vie « par un destin mystérieux » s’est ainsi « condamnée à la peine de mort. » (Pouchkine) –– « L’homme grain de sable jeté dans l’infini par une main inconnue. » (Gustave Flaubert) – (cités par Rémi Brague)

« C’est cela la découverte moderne : que la vie n’est pas aussi répétitive qu’on le dit, que du neuf peut être inventé, mais aussi qu’elle se répète atrocement. » (Pascal Bruckner)

« Il est deux manières d’insuffler du romanesque dans la vie quand il ne vous arrive rien : par l’écoute de son psychisme ou la narration de ses misères physiologiques. » (Pascal Bruckner)

« Les occasions ratées : un mot qui n’a pas été prononcé, une main qui ne s’est pas tendue, un geste esquissé puis rétracté, autant de moments où par peur, timidité, notre sort ne bascule pas. Trop tôt, trop tard : il est des vies qui restent tout entières vouées à l’inexaucé, à l’inaccompli. Ce qui aurait pu être, ce qui ne fut pas … Chaque vie étant unique en rejette et en exclut d’autres. Ou plutôt elle s’élève sur un crime : celui des virtualités qu’elle a exécutées et qui n’ont pu s’épanouir. L’événement est fatal. » (Pascal Bruckner)  

« La quête d’une bonne vie doit obéir à deux injonctions contradictoires. Profiter pleinement de ce qui vient mais aussi rester à l’écoute de ce qui se fait ailleurs … Il n’y a pas de ‘vraie vie’ au sens d’une vérité et d’une seule mais beaucoup de vies intéressantes possibles et c’est cela la bonne nouvelle … Il faut laisser une porte ouverte sur le ‘pays du dehors’ … N’étant pas nécessaire (une vie), elle n’a nul besoin de réussir ou d’échouer, elle peut se contenter d’être agréable .» (Pascal Bruckner- citant Lewis Carroll) – Suite et assemblage de considérations éparses sur la vie.

« La vie a toujours la structure de la promesse : cette ‘promesse de l’aube’ (Romain Gary) ne peut être tenue, les mille merveilles qu’elle nous fait miroiter n’arrivent qu’au compte-gouttes … Nous sommes toujours floués et notre existence se retourne sur nous comme une suite de désastres, d’occasions manquées. » (Pascal Bruckner)

« On s’illusionne d’abord, on se révolte ensuite, on se résigne enfin. » (Paul Brulat)

« Il n’y a rien que les hommes aiment mieux à conserver et qu’ils ménagent moins que leur propre vie. » (La Bruyère)

« La vie est une tragédie pour celui qui sent, et une comédie pour celui qui pense. » (La Bruyère)

« Qui a vécu un seul jour a vécu un siècle : même soleil, même terre, même monde, même sensations ; rien ne ressemble mieux à aujourd’hui que demain. » (La Bruyère) – Hélas, ce n’est plus vrai. Les bouleversements quotidiens qui ne sont rien à côté de ceux qui approchent.

« La vraie sagesse de la vie consiste à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire. » (Pearl Buck)

« La vie c’est comme un solo de violon qu’on devrait interpréter en public, tout en apprenant à jouer de l’instrument au fur et à mesure de l’exécution. » (Samuel Butler)

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. » (Albert Camus)

« Vivre inspiré avant d’expirer. » (Paul Carvel)

 « Les raisons de vivre sont, depuis toujours, exactement les mêmes que les raisons de mourir. Ôtez les unes et et s’effritent les autres (ôtez les secondes et s’effritent les premières) … L’Occident est en train de perdre sa vie à vouloir la sauver. Tant de soins fébriles à dorloter le superflu alors que l’essentiel est à tous les abandons ! » (Jean Cau).

« Une biographie, ça s’invente ! » (Louis-Ferdinand Céline) – Nos grands hommes vivants se la fabriquent, pour les morts et les besoins de l’intoxication générale on la fabrique. Le public naïf avale tout, comme en maternelle !

« Perdre sa vie ; et si c’était se poser les questions essentielles juste un peu trop tard ? » (Gilbert Cesbron)

« La vie contemplative est souvent misérable. Il faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre. »(Chamfort)

« La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. » (Chamfort)

« La vie aime la conscience qu’on a d’elle. » (René Char)

« Comment vivre sans inconnu devant soi ? » (René Char)

« La vie est montée de conscience. » (Père Teilhard de Chardin)

« Suivant la façon dont on s’y livre, le tourbillon entraîne dans des profondeurs sombres ou soulève jusqu’à l’azur des cieux. » (Père Teilhard de Chardin)

 « La vie est courte ; si elle était longue, où en serions-nous ? » (Jacques Chardonne)

« La vie est tragique, on demande qu’elle ne soit pas ennuyeuse. » (Jacques Chardonne)

« Remplissez de votre mieux votre tâche terrestre, non par doctrine, mais parce que là vous trouverez un soutien. » (Jacques Chardonne)

« Les événements de notre vie nous ressemblent : cela double l’injustice. » (Jacques Chardonne)

 « La grandeur de l’homme c’est de vivre dignement dans l’incertain. » (Jacques Chardonne)

« Combien rapidement et que de fois nous changeons d’existence et de chimères … L’homme n’a pas qu’une seule et même vie ; il en a plusieurs mises bout à bout. » (Chateaubriand)

« Il y a des moments où notre destinée, soit qu’elle cède à la société, soit qu’elle obéisse à la nature, soit qu’elle commence à nous faire ce que nous devons demeurer, se détourne soudain de sa ligne première, telle un fleuve qui change son cours par une subite inflexion. » (Chateaubriand)

« Toute création est une séparation. La naissance est une séparation aussi solennelle que la mort. » (Chesterton)

« L’homme est un animal qui se voit vivre. » (Emil Cioran)

« Plus on vit, moins il semble utile d’avoir vécu. » (Emil Cioran)

« Dés que les peuples commencent à tenir la vie pour sacrée, elle les abandonne. » (Emil Cioran)

« Chacun traverse sa crise prométhéenne, et tout ce qu’il fait par la suite consiste à s’en glorifier ou à s’en repentir. » (Emil Cioran)

« C’est peut-être ça la vie … C’est que l’on fait des choses auxquelles on adhère sans y croire. »(Emil Cioran)

« Vivre c’est perdre du terrain. » (Emil Cioran)

« Le fait que la vie n’ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste. » (Emil Cioran)

« L’art de se survivre ; les Occidentaux s’y distinguent. » (Emil Cioran)

« Il y a une chose plus triste que perdre la vie, c’est perdre la raison de vivre. »(Paul Claudel)

« La source désapprouve presque toujours l’itinéraire du fleuve. » (Jean Cocteau)

« Au commencement, il n’y a pas de chemin, il faut marcher. C’est en marchant que se fait le chemin. » (saint Jean de la Croix)

« ‘Vivre sa vie, en beauté’ (Ibsen). J’ai vu trop d’applications, douloureuses ou comiques, de ces insanités pour n’en pas garder rancune à l’auteur. » (Léon Daudet)

« Tout se passe comme si nous héritions d’une seule page blanche et d’un seul crayon, de surcroît indélébile. » (Chantal Delsol)

« Pouvoir, avant de mourir, regarder sa propre vie comme une œuvre … la désigner comme un ensemble plutôt que comme un tas. » (Chantal Delsol)

« Rien n’indique que les autres cultures mondiales en aient assez de vivre. Mais nous, si. » (Chantal Delsol)

« Plus on vit moins on pense, plus on pense moins on vit. » (Arnaud Desjardins)

« La vie ne m’a pas malmené, je me suis écorché tout seul. » (Pierre Desproges)

« La vie serait une comédie bien agréable si on n’y jouait pas un rôle. »  (Diderot)

« Oh ! Si je devais recommencer une autre vie, il me semble que je saurais. Comme ce serait simple ! Comme nous serions heureux ! » (Georges Duhamel) – Beaucoup d’entre nous peuvent se dire cela ; ceux qui, murés en eux-mêmes, n’ont rien vu au moment où il fallait voir. Que les hommes (les mâles) sont balourds ! 

« Tant qu’on voit la vie telle que Dieu l’a faite il n’y a qu’à le remercier d’avoir fait la mort. » (Alexandre Dumas)

« La véritable solution du problème de la vie n’est-elle pas de ne pas se la poser ? » (Louis Dumur)

« On craint la mort pour ce qu’elle cèle et la vie pour ce qu’elle recèle. » (Louis Dumur)

« La vie est une attente perpétuelle de ce qui peut être, un renoncement perpétuel à ce qui n’est pas, une angoisse perpétuelle de ce qui doit être. » (Louis Dumur)

« Dénigrer la vie, c’est lui être supérieur ou inferieur ; l’apprécier, ce n’est jamais que lui être égal. » (Louis Dumur)

« S’il y a du ridicule à haïr la vie, il y a de la mesquinerie à l’aimer. » (Louis Dumur)

« ‘D’abord, des chemins à pic et des casse-cou, ce sont les chemins de la vie purgative, puis, des sentiers encore étroits mais déjà taillés en lacets et accessibles, ce sont les sentiers de la vie illuminative, enfin, une route large presque plane, la route de la vie unitive, au bout de laquelle l’âme se jette dans la fournaise de l’Amour, tombe dans l’abîme de la suradorable infinité’. A nous les démembrés, les dispersés, les étourdis, cette promesse de vie unitive parle d’un paradis perdu. » (Nathanaël Dupré La Tour – citant Joris-Karl Huysmans)

« J’ai commencé tôt à faire de moins en moins ce qui m’aurait plu, et puis à ne plus le faire du tout. C’est ce qu’on appelle une existence bien remplie. » (Marguerite Duras)

« Il en est de la vie comme des œuvres d’art : mieux vaut de la gaucherie, des erreurs de perspective, des maladresses … des morceaux bâclés, pourvu que tout cela soit intrinsèquement de notre fait, et que nul autre ne nous y ait mis la main. » (Jean Dutourd)

« La seule atténuation à la douleur causée par les grandes catastrophes – et l’échec d’une vie est une grande catastrophe individuelle – est de rechercher en quoi on les a méritées … De ’l’avoir voulu’, d’en convenir, mon chagrin s’en trouvait diminué de moitié. » (Jean Dutourd)

«  La manière de mourir dépend de la question de savoir si le mourant a le sentiment, et dans quelle mesure, que sa vie a été bien remplie, pleine de sens, ou au contraire vide de contenu et de signification … Il est permis de supposer que la mort sera plus facile pour celui qui a le sentiment d’avoir accompli sa tâche, plus difficile pour celui qui sent qu’il a  perdu sa vie. » (Norbert Elias) – Et même avant, plus difficile sera celle de vieillir.

« Pour survivre sur une fine couche de glace, il faut patiner vite. » (R. W. Emerson – cité par Zygmunt Bauman à l’appui des qualités nécessaires pour survivre en modernité sans cesse changeante et déstabilisante)

« On peut faire la grève de tout, sauf d’être … L’homme est coincé dans l’être … L’existence, dit Sartre, est un plein que l’homme ne peut quitter. » (Alain Finkielkraut)

« Tout ce qui vit passe, et ce passage, cette fugacité font la dignité de tout ce qui vit. » (Alain Finkielkraut)

« La terre de l’homme, dit Kundera, est ‘la planète de l’inexpérience’ : ‘tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans jamais avoir répété. Mais que peut valoir la vie si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? … Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout’ … La planète de l’inexpérience est aussi la planète de l’irrévocable … Mais, nul n’aborde le monde avec des yeux absolument neufs. Les mots précèdent les choses ; les récits, les événements … On arrive sur scène en ayant déjà répété. On a des répliques et des personnages plein la tête, mais le texte de la pièce ne correspond qu’exceptionnellement à celui que nous soufflent le rêve, la sagesse, la mémoire, l’histoire et toutes les pensées qui battent la campagne ; on est, le plus souvent, à côté de la plaque, on se fourvoie, on fait faux bond à cela même que l’on croit et que l’on veut le plus ardemment rejoindre. Le monde est indocile. La réalité excède perpétuellement l’image qu’on en forme ou l’idée qu’on s’en fait. Les circonstances les plus décisives n’ont presque jamais la tête de l’emploi. » (Alain Finkielkraut – commentant Lord Jim de Joseph Conrad)

« Être connu n’est pas ma principale affaire. Je vise à mieux : à me plaire, et c’est plus difficile… » (Flaubert)

« Il faut faire dans son existence deux parts : vivre en bourgeois et penser en demi-dieu. Les satisfactions du corps et de la tête n’ont rien de commun ; s’ils se rencontrent mêlés, prenez-les et gardez-les ; mais ne les cherchez pas réunis, car ce serait factice, et cette idée du bonheur, du reste, est la cause presque exclusive de toutes les infortunes humaines. »(Flaubert)

« Le malheur de la vie se passe à dire : ‘il est trop tôt’ – puis : ‘il est trop tard’. » (Flaubert)

« Il n’y a pas de saint sans passé, ni de pécheur sans futur. » (pape François) – Le passé n’est pas un conditionnement. L’avenir est ouvert.

« Sans raison de vivre, on parle de ‘vide existentiel’. On peut avoir les moyens (argent…), mais pas les motifs. » (Viktor Frankl) –L’absence de raison de vivre mène à la dépression et au suicide. V. Frankl est le créateur de la logothérapie, soit la recherche et la découverte par chacun d’un sens, qui ne peut être qu’unique, à sa vie.

« De la vie, tangible et pourtant insaisissable, on peut simplement dire qu’elle est une énigme. » (René Frydman)

« L’individu doit se couler dans des moules de socialisation conformes, tout en affirmant une singularité irréductible … doit se réaliser … La vie s’inscrivant dans un projet entrepreneurial d’excellence et de dépassement perpétuel, l‘individu devient responsable de sa réussite ou de son échec. Il ne peut donc s’en prendre qu’à lui-même. » (Vincent de Gaulejac) – sur l’individu hypermoderne)

« Dés que le besoin d’y subvenir ne nous y oblige plus nous ne savons que faire de notre vie et nous la gâchons au hasard. » (André Gide)

« Quel petit nombre d’heures, d’instants, chaque jour, sont vraiment occupés à vivre ! Pour quelques triomphants oasis, que de déserts à traverser ! » (André Gide)

« A partir d’un certain âge, il faut jouer avec les cartes que l’on a. » (André Gide)

« La vie n’est pas un restaurant, mais un buffet. Levez-vous pour vous servir. » (Dominique Glocheux)

« La vie, non l’individu, n’a pas de conscience. » (Goethe)

« Un conseil pour moins souffrir. Ote-toi de la cervelle que tu as le pouvoir de gouverner ta vie. Laisse aux autres cette illusion. » (Henri Gougaud)

« La première partie de ses années raisonnables, il s’emploie à s’entretenir avec les morts (lecture, étude), la seconde à s’entretenir avec les vivants (activité, voyages), et la dernière avec soi-même (méditation de ce qu’on a lu et vu pour en faire un usage convenable à sa condition, ce qui est entré par les sens se retire dans l’esprit). » (Baltasar Gracian – sur le partage de la vie de l’homme sage)  

« Nous sommes tous résignés à la mort, c’est à la vie que nous n’arrivons pas à nous résigner. » (Graham Greene)

« Pas de notation plus récurrente chez Proust que cette impatience d’autres vies dont la nôtre nous prive. Sans cette imagination de vies que nous pressentons d’autant plus intenses qu’elles nous paraissent plus exotiques, nous ne sentirions de la nôtre que le charme et ne la subirions pas comme une frustration. » (Nicolas Grimaldi)

« Quoi qu’il arrive, quoi que nous fassions, ce n’est jamais tout à fait ce que nous attendions, puisque nous attendons encore … L’avenir est un vide que nous nous efforçons en vain de remplir à chaque instant. Car vivre, c’est attendre. Aussi la vie se passe-t-elle à nous faire indéfiniment attendre de l’avenir une plénitude qui se dérobe à mesure que nous nous efforçons d’y pourvoir. Cet échec est le secret de toute vie. » (Nicolas Grimaldi)

« Pour déterminer le sens de la vie s’ouvrent alors deux perspectives. L’une, l’attente … L’infini, l’éternité, la plénitude, la perfection … autant de buts vers lesquels le sens de la vie serait de s’acheminer … Le service de la science, de la justice… le zèle religieux…L’autre, non comme transcendance mais comme immanence à soi … Sentir la vie d’autant plus sensée qu’elle se sent plus intensément elle-même, qu’elle se propage et se communique … Plaisirs partagés, jeux, dépenses d’énergie… » (Nicolas Grimaldi)

« Non qu’on ne puisse chasser seul, ou courir seul, ou frapper seul la balle, ou manger seul … Mais quel ennui ! … Si sa communicabilité fait partie du plaisir, on comprend que la vie se sente d’autant plus intensément qu’elle se communique davantage … Aussi la propagation de la vie doit-elle s’entendre principalement comme une expansion ou une diffusion de sa vitalité. » (Nicolas Grimaldi)

« Si la vie humaine avait un sens, serait-il possible que tant d’hommes manifestent par la leur des sens aussi opposés ? » (Nicolas Grimaldi)

« Le problème n’est pas de se demander quel est le but ou le bout du chemin, mais seulement de découvrir la meilleure manière de marcher. » (Nicolas Grimaldi)

« L’homme, cet animal enterrant ses morts, s’interrogeant, n’a rien appris d’essentiel sur le mystère de la vie, après trois cent milliards d’expériences, qui sont celles des morts humains. » (Jean Guitton)

« ‘Navigare necesse est, vivere non necesse !’ » (devise de la Hanse) – Agir importe plus qu’être (interprétation personnelle).

« ‘Nul ne peut être dit heureux avant la mort’. A la différence des choses qui commencent à exister quand elles sont au complet, terminée (la vie) n’est achevée qu’à partir du moment où elle n’est plus. » (Martin Heidegger – commentant l’antique axiome)

« Nul n’en sort vivant. » (Robert Heinlein)

« La vie de chaque homme est un chemin vers soi-même, l’essai d’un chemin, l’esquisse d’un sentier. Personne n’est jamais parvenu à être entièrement lui-même. » (Hermann Hesse) 

« Jamais on n’arrive à la maison … mais, là où des chemins amis se rencontrent, on a l’impression passagère que le monde est transformé en patrie. » (Hermann Hesse)  

« J’ignore comment vous vivez, mais vous vivez comme j’ai vécu moi-même et comme tout le monde vit, le plus souvent dans les ténèbres et à côté de moi-même, toujours esclave d’un but, d’un devoir, d’un projet. » (Hermann Hesse)

« Je m’étonne toujours de la grande opiniâtreté avec laquelle notre être s’accroche à la vie. On s’habitue avec docilité, quoique peu volontiers, à un sort qui nous aurait semblé la veille encore totalement insupportable. » (Hermann Hesse)  

« Vivre devrait selon moi ressembler à un acte de transcendance, à une progression étape par étape. Il faut traverser les espaces les uns après les autres en les laissant chacun derrière soi comme le musicien … Les instants qui marquent la conclusion d’une période de notre vie ont une tonalité un peu terne, semblent porter en eux le désir de la fin qui incite à passer à autre chose, à s’éveiller, à prendre un nouveau départ. » (Hermann Hesse)  

« Parfois une génération entière se trouve prise entre deux époques, entre deux styles de vie : à tel point qu’elle perd toute notion d’évidence, tout savoir-vivre, tout sentiment de sécurité et d’innocence. » (Hermann Hesse – Le loup des steppes)

« Mais la vie sage et économe, se tut et me laissa aller à la dérive … elle attendit que je fusse redevenu humble et patient et que fût brisé mon esprit de bravade, ma rébellion. Elle me laissa, sans y prendre garde, jouer ma comédie orgueilleuse et faire le malin et elle attendit que l’enfant égaré… » (Hermann Hesse) – Comme pour nous tous ! 

« Vivre seul et libre comme un arbre et fraternellement comme une forêt. Cette nostalgie est la nôtre. » (Nazim Hikmet)

« Une vie brève, pleine d’action et d’éclat, plutôt qu’une existence prolongée mais vide. » (Homère : L’Iliade, Le choix d’Achille) 

« On ne peut pas vivre mal, c’est une contradiction. » (Eugène Ionesco)

« Et si nous devions revivre tout ce que nous avons fait du point de vue de ceux à qui nous l’avons fait. » (Roland Jaccard)

« Comment saboter vous-même votre vie : Dazai (écrivain nihiliste japonais) nous livre la méthode. En trahissant son milieu pour se faire l’allié des faibles … Il se rapproche du parti communiste … Le saboteur se réveille. Il ne lui suffit pas de trahir sa famille, il s’arrange pour être aussi un traître au Parti … Il ne croit qu’en deux choses : la Révolution et l’Amour. La Révolution est une bouffonnerie. L’Amour une illusion. Dazai traîne une ‘odeur d’homme à femmes’ (qu’il trahit tout autant) … Dazai, l’enfant gâté, est un amant lâche, fuyant, un père faible, absent, un homme qui vit dans la honte de soi et la peur des autres. C’est un proscrit. Il n’écrit que sur les réprouvés. Il ne veut être lu que par les perdants. » (Roland Jaccard)

« La vision que ses yeux venaient d’avoir lui nommait comme en lettres de flamme la chose qu’il avait si totalement et si absurdement manquée … Elle ne lui était point venue, cette révélation, sur les ailes de l’expérience : elle l’avait frôlé, basculé, renversé, avec l’irrévérence du hasard, l’insolence de l’accident. Mais maintenant que l’illumination avait commencé, elle embrasait jusqu’au Zénith, et ce qu’à présent il demeurait à contempler, c’était, sondé d’un coup, le vide de sa vie. » (Henry James – La Bête dans la jungle) – L’infinie et incurable tristesse quand on s’aperçoit aussi brutalement que soudainement et à travers un rien combien on a pu passer toute sa vie à côté de : l’évident, l’essentiel, le sens, le bonheur… pour se dire à soi-même le sinistre : trop tard !

 « La vie vécue est comme le déroulement d’un film auquel on assiste pour la première fois, qu’on n’a jamais vu encore tout déroulé : le témoin regarde les images et les séquences qui défilent sur l’écran et reçoit les impressions visuelles au fur et à mesure qu’elle se succèdent, en attendant un dénouement imprévu. » (Vladimir Jankélévitch)

« Si les probabilités statistiques nous laissent peu de chances de trouver deux grains de sable exactement semblables en tous points, les chances se réduisent à zéro pour deux moments successifs du devenir. » (Vladimir Jankélévitch)

« ‘Les transformations lentes et graduelles sont possibles, … fréquentes ; mais elles ne nous mènent pas vers une vie nouvelle, elles ne nous conduisent que d’une ancienne vie à une autre ancienne vie. La vie nouvelle se réalise toujours brusquement, sans aucune gradation, sans préparation aucune’ … Car il y a dans la vie des minutes qui sont plus importantes, plus solennelles et plus heureuses que toute l’éternité. » (Vladimir Jankélévitch – citant Léon Chestov sur les phénomènes de conversion)

« La vie est plutôt une tragédie dans son ensemble alors qu’elle est plutôt une comédie, et même un vaudeville dans le menu détail de sa quotidienneté. » (Vladimir Jankélévitch)

« Si nous ne voulons pas que notre vie se disperse et se perde, il faut qu’elle se situe elle-même au sein d’un ordre. Il faut qu’elle soit soutenue au fil des jours par l’englobant, qu’elle coordonne en une structure unique le travail, l’accomplissement, et l’éclat d’instants privilégiés, soit qu’elle s’approfondisse par la répétition. » (Karl Jaspers)

« La vie est un devoir dont il faudrait tâcher de se faire un plaisir, comme de tous nos autres devoirs. » (Joseph Joubert)

« Dieu a fait la vie pour être pratiquée et non pas pour être connue. » (Joseph Joubert)

« Il faut traiter nos vies comme nous traitons nos écrits, mettre en accord, en harmonie, le milieu, la fin et le commencement. Nous avons besoin pour cela d’y faire beaucoup d’effaçures. » (Joseph Joubert)

« La première et la dernière partie de la vie humaine sont ce qu’elle a de meilleur ou, du moins, de plus respectable, L’une est l’âge de l’innocence, l’autre l’âge de la raison. » (Joseph Joubert)

 « La vie est un pays que les vieillards ont vu et habité. Ceux qui doivent le parcourir peuvent leur demander les routes. » (Joseph Joubert)

« Il n’y a pas d’arrivée, pas de terminus, le seul véritable but de la quête qu’est l’existence réside dans une confirmation quelconque de sa propre valeur. » (Douglas Kennedy)

 « La vie adulte devenant une accumulation de responsabilités et d’engagements personnels qui restreignent les mouvements, empêchent de prendre simplement la porte et de partir tout droit. Et quand nous nous demandons : ‘Pourquoi est-ce que je me suis enfermé dans ce cul-de-sac que je me suis inventé ?’ c’est à nous-mêmes et à nous seul, qu’il faut adresser ce reproche. » (Douglas Kennedy)

« Nous devons vivre la vie en regardant vers l’avant, mais la comprendre en regardant vers l’arrière. » (Kierkegaard – approx.) – Et comme notre société interdit de regarder  vers l’arrière (censure de toute tradition), il n’est pas surprenant que nous ne comprenions plus rien.

« Ma faute est de m’être risqué dans une sphère de vie où je ne suis pas chez moi. » (Kierkegaard) – Chercher l’harmonie de l’être et de l’environnement.

« La vie est ton navire et non pas ta demeure. » ( Lamartine )

« Notre société tend soit à dévaluer les petits conforts soit à en attendre un peu trop. Nos critères d’un ‘travail créatif et rempli de sens’ sont trop élevés pour survivre à la déception. Notre idéal de ‘l’amour véritable’ pèse trop sur nos relations personnelles. Nous demandons trop à la vie, pas assez à nous-mêmes. » (Christopher Lasch)

« L’Occident ‘désenchante’ le monde, en faisant de la vie terrestre la valeur par excellence, une lutte inquiète contre le temps … L’exaltation de la vie biologique comme valeur suprême est ‘inhumaine’ en ce sens qu’elle traduit un refus de notre condition de mortel … Le combat de la vie pour la vie est véritablement totalitaire et exige un abandon total des pratiques sociales d’intégration du négatif, mort, misère, malheur, maladie… » (Serge Latouche)

« Les hommes auraient parfois besoin d’un ‘jour de congé de vie’. » (Stanislas Jerzy Lec)

« Samuel Butler compare la vie à un solo de violon qu’il nous faut jouer en public tout en apprenant la technique de l’instrument au fur et à mesure de l’exécution. Description qui s’applique aussi à la mort … La vie nous soumet à des tests auxquels nous devons instantanément improviser des réponses. Mais le talent de répartie n’est pas donné à tout le monde. » (Simon Leys)

« Quiconque, en fin de parcours, a le sentiment d’avoir réussi sa vie, ne devait pas avoir visé bien haut au départ. » (Simon Leys) – Non, pas forcément, la réussite est dans la cohérence, et surtout l’amour dont on a fait preuve.

« Vivre sans le vouloir est chose épouvantable, mais ce serait bien pis encore d’être éternel sans l’avoir demandé. » (Georg Christoph Lichtenberg)

« La vie en tout ordre est le triomphe de l’improbable – de l’impossible. »(cardinal Henri de Lubac)

« Lorsqu’il perd sa jeunesse, sa vigueur, et même l’excitation de la victoire, il devient déprimé, sans but,  et met en questions ses raisons de vivre. N’étant plus dynamisé par la lutte en équipe, ni capable de se vouer à quelque chose en quoi il puisse croire et qui le transcende, il se retrouve complètements seul. » (Michael Maccoby – cité par Christopher Lasch) – Sur la crise du milieu de vie chez le cadre gagneur, meneur de jeu.

« Les vulgates judéo-chrétiennes et hégéliano-marxistes ont fait reposer leur attente parousique sur la dénégation de cette ‘vie-ci’ par rapport à une ‘vie là-bas’ qui serait meilleure et débarrassée de toute vicissitude … Tout autre est la sensibilité tragique, celle du cycle, qui accepte, avec sagesse, ce qui est. Qui met une forme d’intensité à vivre ce qui est. » (Michel Maffesoli) – Deux manières de vivre ‘sa vie’, d’apaiser la blessure de la finitude.

« A l’idéologie du progrès centrée sur l’individu atomisé se substitue un univers de rituels, de plaisirs et d’imaginaires partagés : un véritable réenchantement du monde passant par la fête et par une autre relation à l’environnement. L’éthique qui naît de cette société nouvelle ne peut être que celle du tragique. Celle d’un acquiescement à la plénitude de l’instant doublé de l’acceptation lucide de l’éphémère. » (Michel Maffesoli) – L’ambiance festive des années 90 et début 2000. N’est-ce pas déjà dépassé, pour le vrai tragique, le sinistre, qui n’a plus rien de festif ?

« Il est bon de se souvenir parfois que la vie se suffit à elle-même, qu’elle n’a pas besoin de finalité. Qu’à trop vouloir chercher quel est son fond, on oublie qu’elle-même est un ‘fonds’ inépuisable. » (Michel Maffesoli)

« Si la vie a un sens c’est à travers un être humain. » (Henning Mankell)

« Notre vie vaut ce qu’elle nous a coûté d’efforts. » (François Mauriac)

« Ceux qui n’espèrent pas en une autre vie sont déjà morts pour celle-ci. » (Laurent de Médicis)

« La vie n’est pas la gestion plus ou moins raisonnable et heureuse de moments qui se succèdent comme des nuages, mais une série d’actes souvent obscurs, incompréhensibles à autrui, sinon à nous-mêmes, que nous passerons notre vie non pas à essayer d‘éclaircir mais à en mesurer l’ombre portée sur un futur où nous ne serons plus. » (Richard Millet)

 « La vie heureuse implique une expérience qualitative unissant la satisfaction et la signification, c’est-à-dire la densité d’une présence en accord avec elle-même et la cohérence d’un sens effectivement voulu et réalisé. » (Robert Misrahi – cité par Pascal Bruckner)

« La vie, c’est bâtir la mort. » (Montaigne)

« Il n’est science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie. » (Montaigne)

« Une vie est belle, où l’on commence par se croire quelque chose, et finit par ne se croire rien. » (Henry de Montherlant)

« J’ai aimé vivre une fois, je n’aimerais pas recommencer. » (Paul Morand)

« L’art de vivre est un art de navigation difficile entre raison et passion, sagesse et folie, prose et poésie, avec toujours le risque de se pétrifier dans la raison ou de chavirer dans la folie. » (Edgar Morin)

« La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité. » (Alfred de Musset)

« Absurdité d’une vie qui travaille pour un cimetière déjà surpeuplé. » (Maurice Nedoncelle)

« Vivre, c’est changer, et pour être parfait, il faut avoir changé beaucoup. » (cardinal Newman)

« Celui qui a un pourquoi qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n’importe quel comment. » (Nietzsche)

« Veux-tu une vie facile ? Demeure dans le troupeau et oublie-toi par amour du troupeau. » (Nietzsche)

« Sots et suants ils gravissent la montagne comme des bêtes : on a oublié de leur dire qu’il y a en chemin de fort jolies vues. » (Nietzsche)

« Quand on la regarde bien en face, il paraît que la vie se trouble et file sans demander son reste. » (Roger Nimier)

« Je suis entré dans le temps. J’ai fait partie de ce monde – sans l’avoir demandé. C’est une chance inouïe, un bonheur et un triomphe. » (Jean d’Ormesson)

« L’essentiel est de fuir les occupations subalternes et d‘éviter de se disperser dans des plaisirs ou des obligations d’emprunt, et puis de se donner tout entier à ce qui sera l’œuvre d’une vie. » (Jean d’Ormesson)

« Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l’éternité précédente et suivante … le petit espace que je remplis et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pour moi ici plutôt que là, pour moi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis ? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps m’a-t-il été destiné ? » (Blaise Pascal)

« On ne pense jamais à l’instant où on vit mais à celui où l’on vivra. De sorte qu’on est toujours en état de vivre à l’avenir, et jamais de vivre maintenant. » (Blaise Pascal)

« La vie n’est pas une accumulation, mais tout au contraire une hémorragie. » (Xavier Patier)

« Trois moments de l’Occident : sous l’Ancien Régime, la vie privée vécue comme une cérémonie ; au XIX° siècle comme un roman secret ; au XX° siècle, la vie privée vécue en public. » (Octavio Paz – cité par Alain Ehrenberg) – Maintenant, exhibitionnisme d’un côté, voyeurisme de l’autre.

« Quand la vie ne tient qu’à un fil, c’est fou le prix du fil. » (Daniel Pennac)

« Il faut vivre, et non pas exister. » (Plutarque)

« Nous ne savons jamais si nous ne sommes pas en train de manquer notre vie. »(Marcel Proust)

« Tout ce qu’il y a d’essentiel dans notre vie nous a été donné, sans que nous y soyons pour rien. Depuis ma naissance, tout est grâce. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« Nous sommes devenus très grands dans le ‘Faire’, mais il n’en va pas de même dans ‘l’Être’, dans l’art de l’existence. » (cardinal Joseph Ratzinger)

« La plupart des gens croient vivre leur vie alors qu’ils l’imaginent. Bovarysme ! » (Charles Régismanset)

« Plus on connaîtra de facteurs influant sur la longévité, plus la vie sera occupée par le souci de la préserver, de la faire durer … L’ennui ne fera que croître … La multiplication des fêtes… » (Olivier Rey)

« Celui-là seulement qui s’attend à tout, qui n’exclut rien… ira au bout de sa propre vie. » (Rainer Maria Rilke)

« Seuls sont enviables ceux qui ayant réussi à s’exonérer de leur moi savent accepter sans révolte les alarmes et les dépossessions qu’inflige l’existence. » (Jean Rostand)

« Il vient un jour pour chacun où les jeux sont faits. Il ne s’agit plus alors de songer à de nouveaux départ mais de considérer où l’on est arrivé. » (André Roussin)

« Laisser la vie prendre toute son envergure. Laisser la vie nous surprendre sans se coincer dans un itinéraire trop précis … Une vie trop contrôlée ne se vit plus. » (Sœur Marie-Anne Le Roux)

« On court vers quelque chose, on trouve autre chose ; on court vers quelqu’un, on se trouve soi. » (Jacques Salomé)

« Chacun de nous a trois existences : une existence de chose, nous sommes un corps ; une existence d’esprit, nous sommes une conscience ; une existence de discours, nous sommes ce dont les autres parlent. » (Eric-Emmanuel Schmitt)

« La vie est une lutte de tous les instants avec la certitude d’être vaincu. » (Schopenhauer) 

« Ouf ! Nous nous en sommes bien tiré. » (Schopenhauer) – A ne dire qu’à la fin.

« Il faut regarder la vie en farce. » (Louis Scutenaire)

« Il faut toute la vie pour apprendre à vivre. » (Sénèque)

« A force de remettre à plus tard, la vie nous dépasse. » (Sénèque)

« C’est perdre la vie que de l’acheter par trop de soucis. » (Shakespeare)

« La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. » (Shakespeare – Macbeth)

« Sauf à être des zombies sur cette terre, devenir vivant nécessite notre accord. » (Christiane Singer)

« La seule manière que nous ayons d’honorer la vie est d’oser l’aborder de neuf chaque jour sans la grever de nos attentes… » (Christiane Singer) – Ni de nos regrets.

« Les désastres de nos biographies. » (Christiane Singer)

« Refuser de vieillir, c’est refuser de s’humaniser … Retenir le flux de l’existence, c’est oublier que la vie est l’art de la métamorphose … Chaque fois que j’ai quittée un espace je suis entrée dans un autre (enfance, jeunesse, épanouissement de la maturité, de la fécondité… ) » (Christiane Singer)

« Tout ce qui est créé est entraîné tôt ou tard de l’ordre au désordre. Tout finit par s’affaiblir et se débiliter … Nous devrions voir là la sagesse primordiale de la création qui ne nous livre pas  une fois pour toutes un réel achevé, parfait et durable, mais nous invite en permanence … à remettre à neuf ce qui s’étiole, à réinventer des contenants et des contenus, à faire que soit neuf ce qui était hier usé … nous sommes en permanence nécessaires à la création quotidienne du monde. Nous ne sommes jamais les gardiens d’un ‘accompli’ mais les cocréateurs d’un ‘devenir’. » (Christiane Singer)

 « La vie … qui se charge de délabrer tout système, n’a cure des bonnes intentions … Dans toute croyance, dans tout principe, dans toute idéologie, elle flaire le ‘système’, la réponse toute faite. La vie ne tolère à la longue que l’impromptu, la réactualisation permanente, le renouvellement quotidien des alliances. Elle élimine tout ce qui tend à mettre en conserve, à sauvegarder, à maintenir intact, à visser au mur. » (Christiane Singer)

« La vie n’a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire. Et si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu’on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle ‘est’ le sens. » (Christiane Singer)

« L’erreur fondamentale de nos pensées binaires est d’opposer la mort à la vie. La vraie paire d’antonymes est naissance et mort, le passage du commencement et le passage de la fin … et l’entre-deux, c’est la vie. Ontologiquement la mort est comme la naissance, inhérente à la vie – et non son opposé. » (Christiane Singer)

« Que la vie, après nous avoir conviés sur terre, ne nous doive rien de plus ; et que c’est de nous, ses invités, qu’elle mérite tous les égards, paraîtra invraisemblable à nombre de nos contemporains … qui macèrent dans le vinaigre des frustrations, s’estiment mal servis, le cœur poisseux de revendications, de réclamations en tous genres. » (Christiane Singer)

« Seul existe, seul perdure l’élan … qui nous fait surgir et nous entraîne. C’est en laissant le chemin de vie passer à travers nous que nous aurons rempli notre contrat. » (Christiane Singer)

« Les conceptions dominantes de la hiérarchie éthique exaltaient la vie de contemplation et la vie de participation, comme l’éthique aristocratique de l’honneur et de la gloire. La vie pleinement humaine se définit maintenant par le travail et la production d’une part, le mariage et la vie familiale d’autre part (c’est ce qu’entend Aristote par l’expression ‘la vie bonne’). En même temps les anciennes activités ‘supérieures’ font l’objet de critiques virulentes. » (Charles Taylor)

« La vie accomplie est celle qui laisse paraître en elle la ligne continue d’un dessein, d’un dessin, général, celle dont la forme peut, à son tour, faire l’objet d’une contemplation esthétique, celle dont l’allure générale nous frappe. » (Frédéric Tellier)

« La vie n’est qu’une nuit à passer dans une mauvaise auberge. » (sainte Thérèse d’Avila)

« Un songe, une farce mal agencée, une comédie, au réveil tout ne sera rien. » (sainte Thérèse d’Avila)

« ‘L’homme désire toujours autre chose qu’exister’ … Il désire reproduire un idéal, incarner une essence, réaliser une valeur … Dés l’instant que nous admettons des degrés dans l’être, dés l’instant que nous nous donnons un but, si humble ou si bas soit-il, à notre vie et que nous jugeons telle chose préférable à telle autre, nous dépassons l’existence pour nous élever jusqu’à l’essence. Tous les jugements de valeur sont des jugements d’essence : ils se réfèrent à une idée universelle, à un modèle éternel … L’essence est par définition universelle, nécessaire et parfaite ; l’existence est en fait  individuelle, contingente et incomplète. Tout le drame humain tient à ce que l’essence et l’existence ne coïncident pas : aucun homme n’incarne en lui l’humanité. » (Gustave Thibon – citant Simone Weil) – Contre l’existentialisme qui supprime idéal, essence et valeur, et du même coup tout principe d’action et de lutte, prétendant délivrer et exalter l’être concret, il le réduit à sa détermination la plus abstraite, l’existence anonyme à la lisière du néant.

« On se demande ‘pourquoi’ on vit et on meurt quand on ne sait plus ‘pour quoi’ on vit et on meurt. » (Gustave Thibon)

« Que la vie est courte et comme on passe sans transition de l’âge où tout est trop tôt à l’âge où tout est trop tard ! » (Gustave Thibon)

« Qu’est-ce qu’une destinée réussie ? Celle de l’homme qui n’a pas eu besoin de renier son essence pour trouver sa place dans l’existence, qui a ‘suivi sa voie, même s’il n’a pas fait son chemin’. » (Gustave Thibon)

« La partie est gagnée si l’on se trouve digne de son approbation. Si la partie gagnée l’a été par calcul, avec volonté, suite et lucidité, le gain est le plus grand possible. » (Paul Valéry)

« Le temps passe ; la vie est un passage. Il faut que l’homme marche ou bien qu’il erre : rester est impossible. » (Lanza del Vasto)

« Une vie n’échoue pas parce qu’elle meurt, mais parce qu’elle n’a pas su vivre quand elle était vivante. Elle se mesure à son intensité, et non à sa quantité … Pouvoir se retourner sur une vie, regarder ce qu’on en a fait et conclure que celui ou celle qui a vécu une telle vie n’a pas perdu son temps sur terre … Il suffit de pouvoir se dire : ‘j’ai aimé’. » (Bertrand Vergely)

« Les saints n’ont pas tous bien commencé, mais ils ont tous bien fini. Nous avons mal commencé ? Finissons bien. » (Jean-Marie Vianney – saint curé d’Ars)

« La vie est une tempête, et il faut s’accoutumer à tenir la mer. » (Alfred de Vigny)

« Une belle vie c’est une pensée de la jeunesse réalisée à l’âge mûr. » (Alfred de Vigny)

« De même qu’une journée bien remplie nous vaut un sommeil heureux, une vie bien employée nous assure une mort heureuse. » (Léonard de Vinci) – Exact, même si le terme mort heureuse ?

L’homme serait né « pour vivre dans les convulsions de l’inquiétude ou dans la léthargie de l’ennui. » (Voltaire – Candide) 

« Se faire le spectateur de sa propre vie c’est échapper aux souffrances de la vie. » (Oscar Wilde)

« L’existence serait supportable sans les distractions. » (Oscar Wilde)

« Vivre est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent ; sans plus. » (Oscar Wilde) – Ce n’est déjà pas si mal.

Une publicité me propose gentiment « d’améliorer ma vie numérique. » – Je découvre avec ravissement cette dimension inconnue de mon être qui aspirait déjà à en savoir plus sur l’humanisme numérique que proposait une conférence fort sérieuse.

« La vie est un voyage de nuit. » (dicton oriental)

« Passer la vie n’est pas traverser une plaine. » (proverbe)

« Ne crains pas d’avancer lentement, crains seulement de t’arrêter. » (proverbe)

« Qui crie à la naissance, en mourant comprend pourquoi. » (proverbe)      

« Quitter le monde avant qu’il ne vous quitte. » (proverbe)

« Il faut regarder la vie en farce. » (?)

« Je pleurais lorsque je vins au monde et chaque jour me montre pourquoi. » (?)

« L’homme n’est pas une nature mais une histoire. » (?)

« Cette vie était si belle, je te remercie ô Toi qui me l’a donnée. » (?)

« Vivre sa vie, c’est souvent gâcher celle des autres. » (?)

« Colomb savait mieux d’où il partait que où il irait. » (?) – C’est notre lot à tous. Encore heureux quand nous savons à peu près d’où nous partons, qui nous sommes…

« Vivez-vous seule ? Non, je vis avec moi. » (?)

« Le geste du moissonneur suit de trop près celui du semeur. » (?)

« Construire sa vie sans se la laisser dicter par les idoles du monde. »(?)     

« La vie est un prêt à échéance limitée. » (?)     

« Le sens de la vie personnelle est de retourner à l’enfance, de faire apparaître de nouveau l’enfant qui n’a jamais totalement disparu. » ( ?)

    

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745,2 – Bouc émissaire, Sacrifice

Sacrifier signifie rendre sacré.

– La découverte, l’invention, du bouc émissaire permet de ressouder la communauté déchirée (on passe du tous contre tous au  tous contre un) et même de renforcer ses liens, comme entre complices. Rien de tel qu’une saleté commise  ensemble pour nous souder.

– C’est le christianisme qui, contre toute l’Antiquité et contre tous les mythes, a proclamé l’innocence de la victime émissaire. C’est notre violence, et elle nous est laissée : « Ils m’ont haï sans cause … Votre maison vous est laissée. » (Evangiles) 

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« Tous les peuples en péril ou frappés par la défaite ont crié à la trahison. Les aveux apportent un perfectionnement à cette pratique séculaire ; la victime sur laquelle doit se concentrer la colère des foules proclame elle-même l’équité du châtiment qui l’accable. » (Raymond Aron – Sur les procès staliniens) – Mais vieille méthode.

« Processus grâce auquel une société régénère à la fois son sens de la solidarité sociale et  sa rectitude morale en se réunissant contre un individu considéré comme l‘origine du mal et dont le choix se fait à partir de critères arbitraires, ce dont la foule des persécuteurs ne peut se rendre compte. » (Gil Bailie) – Pour qui a vu des épurations, chez les meneurs et les inspirateurs le choix n’est pas forcément arbitraire : adversaires politiques, personnes dont on veut s’emparer des biens…

« Lorsque les rituels sacrificiels d’une culture donnée ‘fonctionnent’, ils transfèrent les antagonismes réciproques  sur un individu unique contre lequel tout le monde se rassemble, ce qui apaise les tensions comme par miracle, et les remplace par du lien social. » (Gil Bailie)

« La substitution opérée par Abraham d’un bélier à la place d’un être humain constitue une étape dans le démantèlement historique des systèmes sacrés de violence sacrificielle auquel l’humanité procède … Les récits bibliques ne se contentent pas d’insister sur la nécessité de mettre un terme au sacrifice d’êtres humains et de les remplacer par des animaux … ils attirent l’attention sur le fait que les animaux sacrifiés sont des victimes de substitution, immolées à la place des humains. » (Gil Bailie) – Toujours les thèses de René Girard.

« L’opium du peuple dans le monde actuel n’est peut-être pas tant la religion que l’ennemi accepté … Un tel monde est à la merci de ceux qui fournissent un semblant d’issue à l’ennui. La vie humaine aspire aux passions. » (Georges Bataille) – De l’utilité pour les pouvoirs de créer des ennemis, des boucs émissaires.

« A peu près la totalité des peuples attribua la plus grande importance à des destructions solennelles d’animaux, d’hommes ou de végétaux (les milliers de victimes aztèques), tantôt réellement de grand prix, tantôt censés être fictivement de grand prix. Ces destructions, dans leur principe, étaient tenues pour criminelles, mais la communauté avait l’obligation de les accomplir … L’opinion la plus judicieuse voyait dans le sacrifice l’institution fondant le lien social (sans dire la raison pourquoi une effusion de sang, plutôt que d’autres moyens, effectuait le lien social) … Mais si le fait d’introduire dans la vie, la lésant le moins possible, la plus grande somme possible d’éléments qui la contrarient définit notre nature (le goût du mal), l’opération du sacrifice n’est plus cette conduite humaine élémentaire, néanmoins inintelligible, qu’elle était jusqu’ici (il fallait à la fin qu’une coutume si éminente ‘réponde à quelque élémentaire nécessité dont l’énoncé s’impose par un caractère d’évidence’. » (Georges Bataille – citant Michelet)

« La même indifférence peut porter à des comportements exactement inverses. Le racisme cherche désespérément l’autre sous forme du mal à combattre. L’humanitaire le cherche aussi désespérément sous forme de victimes à secourir. L’idéalisation joue pour le meilleur ou pour le pire. Le bouc émissaire n’est plus celui sur lequel on s’acharne, c’est celui sur lequel on pleure. Mais c’est quand même le bouc émissaire. » (Jean Baudrillard)

« Voilà l’homme tout entier s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable. » (Samuel Beckett)

« Depuis que la division qui opposait le totalitarisme aux démocraties (écroulement de l’ex-URSS) a disparu, nous sommes orphelins d’une antithèse qui rendait beaucoup de services. Pour toute réflexion guettée par le doute, le manichéisme reste la béquille idéale. » (Pascal Bruckner)

« Dans la téléréalité, on regarde comment un groupe se ligue contre quelqu’un et le pousse à être éliminé. Mais ce mécanisme existe à l’état brut dans les établissements scolaires… » (Monique Dagnaud)

« Le judaïsme est protégé par Auschwitz, le protestantisme par sa discrétion, l’orthodoxie par notre ignorance et l’islam par l’antiracisme. On prend sa revanche sur le catho. C’est le bouc émissaire le meilleur marché. Là, pas de danger de représailles. » (Régis Debray) – L’islam est également protégé par sa capacité de réaction !

« La création du bouc émissaire représente le processus mental majeur de l’âge moderne … Permet la désignation d’hommes indignes, radicalement séparés, donc livrés au mépris radical du justicier … ‘Nettoyer la terre russe de tous les insectes nuisibles’ (Lénine) … Notre société fourmille de justiciers, triant sans un soupçon de doute les bons et les méchants des époques révolues, dénonçant, stigmatisant, poursuivant de leur vindicte et ruminant la haine, toujours sur le ton sentencieux et dominateur du procureur … Subsistance de la pensée manichéenne qui produisit les totalitarismes … La responsabilité personnelle due à l’acte tend à s’effacer devant la responsabilité collective qui soupçonne d’entrée la victime et le coupable, par leur appartenance au groupe victime ou au groupe coupable … Vision fausse d’un monde habité par des anges et des démons. » (Chantal Delsol) – Suivant les époques et les lieux : Juifs, Aristocrates, Bourgeois, Koulaks, Prêtres, Gens de souche… ou tout simplement  les gêneurs.

« Le sacrifice, le rituel par excellence, refait les gestes qui ont amené le dénouement de la crise (alors que les interdits, les règles et les obligations résultent de l’impératif de ne pas refaire les gestes qui sont à l’origine de la crise) … Il reproduit … la résolution de la crise, et cherche à en réactiver les effets ordonnateurs et cathartiques … Une victime de rechange est substituée à la victime émissaire originale, et la propension de la violence à se donner des objets de rechange permet à la communauté de se purger efficacement de sa violence contre cette nouvelle victime. » (Paul Dumouchel)

« L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de l’évolution endogène des systèmes sacrificiels, la civilisation faisant des bonds en avant lorsqu’on substitue à la victime humaine un tenant-lieu, un symbole, d’abord un animal, puis des végétaux, puis des entités symboliques abstraites. C’est l’histoire de la symbolisation. » (Jean-Pierre Dupuy)

« Mieux vaut qu’un seul homme meure à la place du peuple. » (Evangiles, recommandation du grand-prêtre Caïphe) – Combien de fois cet argument implicite n’a-t-il pas justifié les sacrifices rituels, explicite n’a-t-il pas servi à couvrir l’injustice.

« Il n’y a pas d’union sans union sacrée et pas d’union sacrée sans victime expiatoire. Privée de l’aliment de la haine, la fraternité dépérirait : pour exister, elle a besoin de chair fraîche. » (Alain Finkielkraut) – C’est peut-être pourquoi tout pouvoir, fabriquant de l’Histoire officielle, tend à pérenniser, en les exacerbant même, les vieux fantasmes, en …ismes ou …istes.

« Il est toujours possible d’unir par l’amour une assez grande masse d’hommes, à condition qu’il en reste assez dehors pour recevoir les coups. » (Sigmund Freud)

« On se demande seulement avec inquiétude ce que pourront bien entreprendre les soviets une fois qu’ils auront exterminé leurs bourgeois. » (Sigmund Freud) – Que fera le capitalisme lorsqu’il aura liquidé totalement la nature, les poissons, les oiseaux ? Qui liquidera-t-il ? L’homme par l’euthanasie d’abord… 

« C’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitié. Du moment qu’il veut  que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. » (Julien Freund) – Ceux dont on veut se servir comme bouc émissaire.

« Le religieux invente le sacrifice, le christianisme l’en prive … Dans le judéo-chrétien les victimes sont innocentes et la violence collective coupable. Dans les mythes, les victimes sont coupables et les communautés sont toujours innocentes. » (René Girard)

« La terrible vocation au conflit de l’humanité aurait rendu impossible l’émergence des sociétés humaines si, dans notre histoire pré-chrétienne, chaque fois que le désordre avait atteint un certain degré d’intensité, il n’avait pas produit spontanément son propre antidote sous la forme du lynchage unanime d’un bouc émissaire. Ce qui a engendré non seulement la mythologie et la notion archaïque du sacré, mais encore les sacrifices rituels, dotant ainsi les sociétés humaines des moyens sacrificiels de mettre en échec leur propre violence. » (René Girard)

 « On purge un organisme sain de l’agent pathogène, on ampute, c’est une nécessité, mais qui doit dissimuler son fondement pour ne pas se perpétuer et pour remplir son office, d’où la croyance à la différence entre : violence bonne ou mauvaise, remède ou poison, transcendante et pure ou immanente et impure … La communauté ne peut se réconcilier que dans la conviction partagée mais absolue d’avoir trouvé la cause unique de tous ses maux, mais l’opération de transfert doit rester méconnue. » (René Girard)

« Pour que le soupçon de chacun contre chacun devienne la conviction de tous contre un seul, rien ou presque n’est nécessaire … La conviction fait boule de neige, chacun déduisant la sienne de celle des autres sous l’effet d’une ‘mimésis’ quasi instantanée. La vérification s’effectue par l’unanimité de la déraison. » (René Girard)

« L’expression ‘bouc émissaire’ (Lévitique, l’Ancien Testament) a été remplacée (en Eglise) par celle ‘d’Agneau de Dieu’, elle dit bien l’innocence et l’absence de cause. » (René Girard)

« La ferme croyance de tous n’exige pas d’autre vérification que l’unanimité irrésistible de sa propre déraison. » (René Girard)

« Le rite du sacrifice a une fonction économique, il substitue une victime unique à toutes les victimes potentielles de la violence spontanée, il permet ainsi d’éviter des débordements … Le sacrifice est un moyen préventif, le rituel de la violence a une fonction cathartique, il purge la collectivité de ses germes de dissension en polarisant sur une victime ‘qui ne sera pas vengée’, les tensions agressives de tous. » (René Girard)

« La victime émissaire n’est pas symbole du passage du chaos à l’ordre, elle est ce qui assure ce passage, elle s’identifie à lui … Il est le mécanisme qui permet de passer de la ‘guerre de tous contre tous’ à la ‘guerre de tous contre un seul’ .. Du ’chacun contre chacun’ au ‘tous contre un’ … Une victime innocente est le prix de l’apaisement général.» (René Girard)

« Un bouc émissaire reste efficace aussi longtemps que nous croyons à sa culpabilité. Avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a. Apprendre qu’on en a un, c’est le perdre a tout jamais, c’est tomber de haut, apprendre qu’on s’est criminellement trompé, et s’exposer à des conflits mimétiques sans résolution possible. Telle est la loi implacable de la montée aux extrêmes. »  (René Girard)

« Le sacrifice polarise sur la victime des germes de dissension partout répandus et il les dissipe en leur proposant un assouvissement partiel … Ce sont les dissensions, les rivalités, les jalousies, les querelles entre proches que le sacrifice prétend d’abord éliminer, c’est l’harmonie de la communauté qu’il restaure, c’est l’unité sociale qu’il renforce. » (René Girard)

« Quand la violence devient unanime, c’est que la victime est devenue l’incarnation collective de tous les scandales, et que chaque témoin éprouve sa mise à mort comme la destruction de son propre scandale, c’est-à-dire comme une libération personnelle. Quand cette  mise à mort a lieu, la paix revient immédiatement et la meute se dissout. » (René Girard)

« La découverte de l’innocence de la victime dérange, puisqu’elle coïncide forcément avec la découverte de notre culpabilité. » (René Girard)

« Partout et toujours lorsque les hommes ne peuvent pas ou n’osent pas s’en prendre à l’objet qui motive leur colère, ils se cherchent inconsciemment des substituts, et le plus souvent ils en trouvent. » (René Girard)

« Le Christ a révélé aux hommes l’inanité des sacrifices et leur a retiré leurs béquilles sacrificielles … La Croix inverse la structure archaïque du sacrifice, la victime n’est pas coupable, elle n’a donc plus le pouvoir d’absorber la violence … Elle (la Croix) est la révélation d’une vérité déstabilisatrice sur le plan social. » (René Girard)

« ‘Et, ce même jour, Hérode et Pilate devinrent deux amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant’, (au dépens de Jésus). Le bouc émissaire commun, symbolique ou réel, opère un rapprochement entre les complices. » (René Girard – citant les Evangiles)

« Les ressources sacrificielles sont épuisées, il n’existe plus d’interdits qui puissent faire obstacle aux contagions catastrophiques du désir et de la violence. » (René Girard)

« Les boucs émissaires des maîtres du soupçon : Marx, les capitalistes ; Nietzsche, la morale des esclaves ; Freud, la loi du père… » (René Girard)

« Toutes les cultures comportent des boucs émissaires et des victimes … Pourquoi la preuve de sacrifices humains est-elle considérée comme une insulte envers certains peuples, alors qu’on sait très bien qu’ils ont été pratiqués pendant des millénaires dans le monde entier ? Il faut vraiment être accroché à une vision ‘politiquement correcte’ de l’anthropologie  pour nier l’évidence. » (René Girard) – L’idole Baal des Carthaginois n’était qu’une nounou un peu sévère, les murailles de cranes aztèques n’étaient que de simples collections funéraires des vieux après soins palliatifs etc. etc… La stupidité servile des bien-pensants occidentaux est encore plus terrifiante.

« La lapidation et le fait de précipiter quelqu’un dans le vide sont des formes très répandues de meurtres rituels. Ce sont des exécutions capitales auxquelles tout le monde participe sans que personne ne soit responsable. Participation unanime, mais à distance, sans contact polluant avec la victime … Personne n’a de relation directe avec la victime. Il s’agit là d’une peine de mort unanime, une façon d’unir la communauté … La crise est conclue parce que le meurtre est unanime. » (René Girard)

« Le caractère inouï de la Révélation évangélique est bien là : en révélant l’innocence des victimes, il disqualifie le sacrifice … En démasquant l’unanimité illégitime des persécuteurs, elle (la Révélation) infléchit virtuellement, toute l’histoire du monde. » (Jean-Claude Guillebaud – reprenant l’analyse de René Girard sur la violence sacrificielle) – « Il a pris en son corps sur la Croix les péchés de tous » (1 Pierre 2, 24 – cité par Raymund Schwager et René Girard) – Indique bien le poids dont est toujours chargé la victime émissaire, le poids du désordre de la communauté persécutrice.

« La société a besoin de traîtres, de boucs, de juifs ou d’épurés, non pas tant pour châtier, condamner, purifier, mais pour faire cesser son angoisse, pour s’unifier elle-même (condamner soulage). » (Jean Guitton)

« De ce que je connais de l’Histoire, je vois que l’humanité ne saurait se passer de boucs émissaires. » (Arthur Koestler)

« Quand on est sûr qu’il existe une (ou des) valeur universelles, quand on pense qu’il y a ‘une’ vérité, quand on est certain que la Morale est générale et applicable en tous lieux et en tous temps, l’inquisition n‘est pas loin. Et ceux qui en sont les protagonistes vont, dés lors, sacrifier régulièrement un bouc émissaire pour célébrer et conforter l’Universalisme, la Vérité, la Morale, la Science, ou autre Dieu unique du même acabit … L’Universalisme étant toujours le fourrier du totalitarisme. » (Michel Maffesoli) – L’imposition des droits occidentaux de l’homme. 

« Jamais cette notion (le sacrifice) n’a pu dériver de la raison, puisqu’elle la contredit, ni de l’ignorance, qui n’a pu inventer un expédient aussi inexplicable, ni de l’artifice des rois et des prêtres en vue de dominer sur le peuple. Cette doctrine n’a aucun rapport avec cette fin. Nous la trouvons plantée dans l’esprit des sauvages … qui n’ont ni rois ni prêtres … Cette croyance ne souffre aucune exception de temps ni de lieu, nations antiques ou modernes, civilisées ou barbares, époques de science ou de simplicité … On peut la considérer seulement dans son rapport avec le dogme universel et aussi ancien que le monde, de la réversibilité des douleurs de l’innocence au profit des coupables … Les hommes n’ont jamais douté que l’innocence puisse satisfaire pour le crime ; et ils ont cru de plus qu’il y avait dans le sang une force expiatrice ; de manière que la vie, qui est le sang, pouvait racheter une autre vie. » (Joseph de Maistre)

« A la réciprocité violente de ‘tous contre tous’ (livre de l’Apocalypse) , de la violence non sacrificielle succède l’unanimité violente de ‘tous contre un seul’ de la violence sacrificielle. » (Christine Orsini – reprenant les thèses de René Girard)

« Le mécanisme sacralisant ne peut plus avoir beaucoup d’efficacité dés lors qu’on devient capable de repérer dans le mécanisme du bouc émissaire cette tendance fondamentale qu’ont les hommes à se débarrasser de leur propre violence aux dépens d’une quelconque victime. » (Christine Orsini – reprenant les thèses de René Girard)

« Il est des catégories particulièrement exposées à la persécution dans la direction desquelles la foule se porte intentionnellement ou par hasard. Ce sont les minorités, les anormaux sociaux ou physiques, c’est-à-dire aussi bien les déshérités que ceux qui excitent l’envie : les rois et les puissants. » (Christine Orsini  – reprenant les thèses de René Girard)

« Les ‘amis’ de Job sont là pour extorquer des aveux à Job … Non par la violence … Il faut que Job adhère sincèrement à la vérité commune, qu’il accepte de l’incarner lui aussi … Mais Job résiste. » (Christine Orsini – reprenant la thèse de René Girard sur la révélation biblique, l’innocence du bouc émissaire) – A l’inverse des bolcheviques des procès de Moscou qui ‘consentent’ (Le zéro et l’infini).

« Cet instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. » (Marcel Proust)

« Pour se venger d’eux-mêmes les mécontents ne manquent jamais d’attaquer le voisin. » (Robert Sabatier)

« Une action collective ‘positivement qualifiée’ parce qu’elle élimine radicalement l’individu tenu pour responsable d’une action ‘négativement qualifiée’. » (Lévi-Strauss – sur l’élimination du bouc émissaire)

« Lorsque la multitude, égarée par une rage aveugle, se rue sur une victime en poussant des clameurs féroces et que chacun frappe son coup, cette espèce d’épouvantable meurtre en commun semble à tous moins horrible, parce que tous en partagent la solidarité. » (Eugène Sue) – La lapidation biblique où tous étant responsables nul ne l’est, certaines scènes de rue, d’émeute… La meute médiatique moderne est aussi féroce, mais encore plus lâche, elle ne frappe qu’à l’abri.

Nous sommes entrés  dans un « nouveau gouvernement de l’insécurité sociale. Une époque où toutes les grandes idées ayant perdu leur crédibilité, la crainte d’un ennemi chimérique est tout ce qui reste aux hommes politiques pour assurer leur pouvoir. » (Loïc Wacquant)

« Les religions ont inventé le bouc émissaire pour mettre fin aux sacrifices des enfants si courant il y a des millénaires. » (?) – Le refus du sacrifice d’Abraham par Dieu.

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745,1 – Victime, Bouc émissaire, Sacrifice

–  A chacun sa souffrance, à chacun son dû.

– Victime, personnage ordinairement de peu d’intérêt médiatique si inconnue et seulement victime d’une banale agression pas du tout phobe de quelque côté qu’on l’envisage. Incident certes déplorable, mais enfin, il faut aussi essayer de  comprendre : l’agresseur est d’un milieu défavorisé, il a été lui-même victime d’une pulsion soudaine qu’il ne s’explique pas, comme tout le monde il a été violé dans son enfance par son beau-père …

– Posture déplorablement répandue de nos jours, elle reflète parfaitement la société émotionnelle, sans colonne vertébrale ni fierté, tour à tour larmoyante, féroce et cupide, mais toujours lâche, engendrée par les média dans laquelle tout le monde est victime de tout le monde et jouit du « plaisir de l’accusation ou du reproche… qui donnent parfois à celui qui l’adopte ou s’y complaît le sentiment d’exister ou celui d’un certain mérite. » (Jacques Salomé)

– Les victimes qui se sont écrasées sur le moment font souvent ensuite les meilleurs bourreaux. D’opprimé on devient vite oppresseur. Bourreaux parce que martyrs, au-delà même des dettes, réelles ou amplifiées, plongés dans l’ivresse de la revanche (à exercer sur n’importe qui) et l’ardeur passionnée (souvent intéressée) de prétendus droits à faire valoir. Ce, d’abord par compensation à retardement de leur honte, ensuite avec la découverte du vulgaire intérêt moral et matériel que présente leur position de victime clamée et revendiquée haut et fort.

La reconnaissance de cet état peut rapporter gros pendant des générations. Ne pas oublier d’en faire partie et de le faire savoir (on peut compter sur les trompettes médiatiques).

– Le malheur peut aussi engendrer des résultats bénéfiques. Ainsi la participation passée à un grand malheur collectif et reconnu, surtout si en plus l’absence de témoins permet d’en rajouter quelque peu, peut permettre de fortement aider à édifier et asseoir une célébrité de bon aloi et bien méritée dans toute carrière éminente nécessitant l’adulation du public, telle que celle d’écrivain par exemple. Rien n’est plus profitable à la noblesse d’une grande image que de générer la compassion, empressée et toujours unanime, des média et ainsi de susciter les larmes suivies d’applaudissements du Gogo.

– Il n’est plus de communauté qui ne soit victime, rien de tel pour idéaliser son passé que de salir celui des autres.

– Il est utile de connaître aussi une bizarrerie : la plupart des personnes, des groupes sociaux, ne pardonnent jamais à ceux à qui elles ou ils ont fait du tort. Cela leur permet d’échapper à leur culpabilité en se posant en victime et en prêtant des torts plus ou moins imaginaires à la vraie victime, ce en inversant la réalité, ou au moins en la tordant à leur convenance. C’est un processus psychologique assez répandu et fort pervers. Gardons-le en mémoire quand nous entendons dire du mal de quelqu’un avec trop d’insistance. Comme le disent fort bien Pascal Bruckner : « Raffinement suprême du salaud : imputer à sa victime le mal qu’il lui a infligé », La Bruyère : « Comme nous nous affectionnons de plus en plus aux personnes à qui nous faisons du bien, de même nous haïssons violemment ceux que nous avons beaucoup offensés. »  – Ou encore Tacite : « Le propre de la nature humaine est de haïr celui qu’on a lésé. » 

– « ‘Il vaut mieux faire pitié qu’envie’. Ce renversement du dicton populaire est la maxime de notre époque. » (Elisabeth Lévy)

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« La religion (toutes) est avant tout un savoir sur la violence des hommes. Le christianisme représente le moment où l’homme se libère de la nécessité de recourir aux boucs émissaires et de leur immolation pour résoudre les conflits et les crises communautaires, en devenant conscient de l’innocence de ces victimes et du caractère arbitraire de leur culpabilisation. » (Pierpaolo Antonnelo – sur des thèses de René Girard)

 « ‘Le courant dominant impose de croire que la victime dit forcément vrai parce qu’elle est victime’. De l’enfant à la femme, il n’y a qu’un pas. Tous deux sont les victimes innocentes et impuissantes de l’homme agresseur et dominateur. Insensiblement se surajoute à l’idée que la victime a toujours raison celle qu’elle incarne le bien menacé par la puissance du mal. » (Elisabeth Badinter – citant Paul Bensoussan – et traitant du féminisme)

 « Non seulement le statut de victime vous rend-t-il célèbre et vous place-t-il au centre d’un petit cercle d’attention, mais il vous donne l’absolution, vous dégage de toute responsabilité, et donne droit à des manifestations de compassion et de soutien ainsi qu’à des compensations financières … Partout aujourd’hui  dans le monde occidental la victime l’emporte sur le terrain moral … Renversement de valeur phénoménal. La force historique et culturelle à l’origine de ce renversement est l’Evangile. Sur ce point-là au moins, Nietzsche avait raison. » (Gil Bailie) – Soyons sérieux, fric d’abord, le reste est du cinéma pour les gogos.

« N’importe qui pratiquant l’agit-prop sait d’instinct qu’avoir son autel de victimes (ou de martyrs) est le meilleur moyen de booster n’importe quelle cause (politique, idéologique, communautaire…) ; et la façon la plus efficace de pétrifier ses adversaires, en les traitant ‘d’oppresseurs’ et de ‘persécuteurs. » (Jean-Marc Bastière) – Suppose la stupidité du public et son ignorance complète de l’histoire comme des mécanismes psychologiques élémentaires. Toutes conditions aujourd’hui largement atteintes.

« Sans doute faut-il que le lien social soit fondé, et nous comprenons aisément qu’il le fût par le sacrifice : car les moments d’intensité sont les moments d’excès et de fusion des êtres … Les auteurs des sacrifices consommaient l’immolation en vue d’un bien, but dernier du sacrifice … Le sacrifice réduit, s’il se peut, l’intrusion d’éléments troubles : il tire ses effets de l’opposition obtenue en marquant la pureté, la noblesse de la victime et des lieux. » (Georges Bataille) – On n’est pas très loin de René Girard et de La violence et le sacré.

« La culture du statut-de-victime-et-compensation ressasse l’antique tradition de la vendetta, que la modernité s’efforça tant de proscrire et d’enterrer … mais qui semble ressortir de son tombeau. » (Zygmunt Bauman)

« Chacun s’est fait à soi-même un tribunal où il s’est fait l’arbitre (le juge) de sa croyance. » (Bossuet – sur la religion prétendue réformée)

« Et ceux que l’on mène au poteau

« Dans le petit matin glacé,

« Au front la pâleur des cachots,

« Au cœur le dernier chant d’Orphée,

« Tu leur tends la main sans un mot,

« O mon frère au col dégrafé… » (Robert Brasillach)

« Le respect  dû aux victimes doit relever de la morale individuelle, pas d’une obligation juridique. » (Rony Brauman) – Sauf en France où des politiques incultes affectant d’être émotifs décident de tout, suivant leur clientèle, leurs intérêts électoraux et la volonté de diriger les consciences pour mieux régner.

« Quand nous ne maîtrisons plus notre destin, il nous plaît de penser qu’une force occulte travaille dans l’ombre à notre perte. »(Pascal Bruckner)

« S’il suffit d’être dit victime pour avoir raison tout le monde se battra pour occuper cette position gratifiante. » (Pascal Bruckner)

« Là réside le lien commun entre l’infantilisme et la victimisation, l’un et l’autre se fondent sur la même idée d’un refus de la dette, sur une même négation du devoir, sur la même certitude de disposer d’une créance infinie sur ses contemporains. Deux manières, l’une risible, l’autre sérieuse, de se mettre en marge du monde en récusant toute responsabilité, deux façons de se retrancher du combat de la vie. La victimisation n’étant jamais qu’une forme dramatisée de l’infantilisme. » (Pascal Bruckner)

« Dés qu’un peuple aspire à la sainteté, en raison de ses souffrances, exhibe ses plaies, convoque ses morts, méfions-nous. C’est qu’il mijote un mauvais coup et que la mémoire au lieu de prévenir le retour du meurtre de masse n’est convoquée que pour le perpétrer à nouveau. » (Pascal Bruckner)

« Les rôles de persécuteur et de supplicié sont devenus interchangeables … Cette réversibilité démoniaque qui fait de la victime d’aujourd’hui l’inquisiteur de demain, comment échapper à cet impitoyable métronome qui rythme toute l’histoire du siècle ? » (Pascal Bruckner)

« Ce que la pensée victimaire ressuscite, c’est l’ancienne catégorie religieuse de la malédiction … La victimisation serait une sorte de discrimination positive sauvage, une manière de s’octroyer un passe-droit… » (Pascal Bruckner)

« Convertir le stigmate en qualité : tel fut toujours le réflexe du dominé, de l’écrasé, de l’esclave… » (Pascal Bruckner)

« La compétition victimaire se double d’une transmission héréditaire : les fils des victimes sont des victimes, les fils des bourreaux sont des bourreaux. » (Pascal Bruckner)

« Être victime n’a jamais été la garantie logique ni morale d’une innocence, ni pour ce qui précède, ni pour ce qui suit. » (Renaud Camus)

« La puissance gagne beaucoup de poids à être incritiquable … Non pas incritiquable en ses actions, mais incritiquable par statut, par privilège historique, par capital d’injustices ou d’humiliations subies. Les ex-victimes deviennent intouchables. La victimité de la victime suscite la paralysie de l’adversaire … Quiconque oserait élever la voix contre elle se verrait taxé de mépris … Mettre en avant suivant les circonstances, celui de ces aspects dont elle a le plus d’avantages à tirer à ce moment précis : je suis martyr, voyez mes bleus et cet odieux mépris que vous me témoignez ; je suis tyran, voyez mes crocs, et les ennuis affreux que vous vous attirez. » (Renaud Camus – sur la petite bourgeoisie, mais on peut étendre à toutes les classes, communautés, groupuscules faisant profession d’être victimes)

« Plus on a subi d’injustices plus on risque de tomber dans l’infatuation ou dans l’orgueil. En exagérant nos maux, nous nous considérons comme des réprouvés de choix, des élus à rebours, flattés et stimulés par la disgrâce. » (Emil Cioran)

« Si une hérésie chrétienne, n’importe laquelle, l’avait emporté, elle ne se serait pas perdue dans les nuances… Victorieux, les cathares eussent surpassé les inquisiteurs. Ayons pour toute victime, si noble soit-elle, une pitié sans illusions. » (Emil Cioran)

« L’inflation de la compassion politique compte parmi les moyens biaisés auxquels le pouvoir politique fait appel pour exercer son autorité. Nos sociétés contemporaines se voient saisies par un ‘zèle compatissant’ … qui ne cesse de se manifester dans le champ politique. A tel point que certains dirigeants n’hésitent plus à faire de leur aptitude à compatir un argument décisif en faveur de leur droit à gouverner, et de la compassion une nouvelle figure du sentiment démocratique. La politique compassionnelle est une figure inauthentique du politique en ce qu’elle substitue une morale affaiblie et dévoyée de la déploration à une véritable éthique politique qui fonde le lien social … Elle opère une confusion entre la sensibilité et la souffrance d’autrui … La mise au premier plan de cette conscience victimaire procède du leurre et ne garantit pas que nous soyons plus sensibles à l’injustice. » (Anne Dalsuet)

« Nous ne jugerons pas le roi, nous le tuerons … Ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables, mais il faut qu’ils meurent parce qu’ils sont hors de place, entravent le mouvement des choses et gênent l’avenir. » (Danton) – comme les Juifs, les Tziganes ou les Koulaks… Bientôt ceux qui ne se prosterneront pas devant la pensée unique.

« Les imbéciles aiment la tragédie, qui les rehausse à leurs propres yeux, fait d’eux des personnages exceptionnels par leurs infortunes. Ils sont bien plus à l’aise dans le malheur qu’on ne le croit communément. Celui-ci leur fournit une merveilleuse occasion de gémir, de se poser en victime, de se parer de la ridicule supériorité d’avoir souffert. La tragédie est la justification de la bêtise, sa sublimation ; elle la sanctifie, elle la transforme en légende. » (Jean  Dutourd)

« Il vaut mieux qu’un seul meure plutôt que tout le peuple périsse » (Evangiles, Caïphe condamnant Jésus) – Logique sacrificielle.

« Le colonisé est un persécuté qui rêve en permanence de devenir un persécuteur. » (Frantz Fanon) – Pour mémoire, l’auteur était de l’espèce des révolutionnaires et ardemment du côté des colonisés.

« La shoah est omniprésente. Ses morts ne connaissent jamais le repos. Constamment sur la brèche, sollicités en permanence, ils n’ont pas une minute à eux … Devant cette mise à contribution effrénée et devant les identifications abusives des vigilants d’aujourd’hui … on a envie de crier grâce … L’oxymore du résistant hilare ou de l’antifasciste festif a quelque chose d’insupportable et même de sacrilège. Il n’est pas moins déloyal de s’approprier les morts que de les laisser tomber. Il n’est pas moins désinvolte d’oublier leur transcendance que d’oublier leur existence. Se détourner froidement des victimes de l’hitlérisme ; en disposer royalement : deux manières de n’être pas tourmenté par leur destruction, deux modalités de l’égoïsme des vivants. Trahie par l’amnésie ou l’indifférence, la mémoire (à force de faire le guet) peut l’être aussi par l’embrigadement des ombres, leur convocation intempestive … C’est rameuter l’événement … Comme d’ailleurs c’est s’y référer lourdement que d’en proscrire l’invocation. » (Alain Finkielkraut – essentiellement sur les comparaisons, invocations à tort et à travers de certains mots, tel Auschwitz…  – et plaidant pour un peu de discrétion, de respect, de doigté – Une voix vient de l’autre rive)

« Fusiller. – Plus noble que guillotiner. Joie de l’individu à qui on accorde cette faveur. » (Flaubert – Dictionnaire des idées reçues)

« Se désigner comme victime permet de victimiser les autres. » (René Girard) 

« Il nous arrive de penser que le juif d’aujourd’hui (entendez la victime) c’est parfois l’autochtone tristement, banalement, majoritaire. Incapable d’être plaint, incapable de se plaindre, faute d’un groupe de pression qui pourrait le défendre, il est abandonné par des autorités attentives exclusivement à la satisfaction des revendications des ‘exclus’ et des populations minoritaires. » (Gilles William Goldnadel) – Pire qu’abandonné, il est méprisé, insulté par ces autorités qu’il entretient par son travail.

« L’unanimisme, cette pensée unique au carré, est l’une des composantes du mécanisme sacrificiel. Elle implique, pour qu’il produise ses effets, une diabolisation de la victime. » (Jean-Claude Guillebaud) – C’est pour pouvoir mettre en œuvre celui-là que nos sociétés recherchent tant ce fameux unanimisme.

 « La compassion à géométrie variable … Les militants des droits de l’homme qui, en Occident, crient légitimement à la barbarie dés qu’un intellectuel laïque est exécuté n’auront, des années durant, pas un mot pour ces victimes là. Ce choix entre bonnes et mauvaises victimes, celles pour qui on manifeste et celles sur lesquelles on ferme les yeux est une des constantes de la censure contemporaine … Certaines victimes sont plus égales que d’autres, et certains criminels plus coupables que d’autres. » (Elisabeth Lévy – sur les victimes des gouvernants soi-disant démocrates algériens dans les années 90) – Comme sur les Serbes bombardés, comme sur la quarantaine d’habitants d’Odessa brûlés vifs en 2012 ou 13 par les paramilitaires de Kiev, régime sous-marin de l’Occident dressé contre la Russie.

« Il est plus gratifiant de penser qu’on a été victime d’un préjugé ethnique ou sexiste que de ses propres insuffisances. » (Elisabeth Lévy) – Consolation qui, en dehors des avantages matériels que peut procurer la position, explique la multiplication des victimes qui, sans ces scandaleuses discriminations, seraient toutes évidemment devenues des phénix !

 « Mais si tout le monde avait le droit de se plaindre, on finirait par ne plus avoir personne à dénoncer. Du reste, les syndicats de victimes ayant déjà obtenu le label par leur patient travail d’éducation des masses n’entendent pas se laisser dépouiller par des envieux. » (Elisabeth Lévy) – Ainsi la cathophobie est une invention, comme la francophobie (même si on nique la France) n’existe pas plus que le racisme anti-blanc… Tout le monde ne peut pas arracher le pompon de chouchou du malheur.

« Une interminable foire d’empoigne entre groupes qui se chamailleront en brandissant leurs souffrances passées.» (Elisabeth Lévy)

 « Une épidémie de nature et d’ampleur inédite a saisi le Nouveau Monde  : la fièvre victimaire … En élargissant les définitions de la violence, en abaissant les seuils de tolérance, en criminalisant les actes que la conscience commune considère comme ‘normaux’, l’ultraféminisme n’éclaire plus le réel, il le diabolise, il n’exhume plus une face cachée de la domination masculine, il crée du sensationnalisme ainsi qu’une victimologie imaginaire … la culture victimaire se construit suivant un strict manichéisme : tout homme est potentiellement un violeur et un harceleur, toute femme, une opprimée … Lubriques, cyniques, violents et des êtres innocents, bons, dépourvus d’agressivité. » (Gilles Lipovetsky) – Citation d’effarantes enquêtes américaines sur les campus, 1 étudiante sur 4 victime de viol ou de tentative (qui continuent à avoir des relations sexuelles avec leur agresseur !), en réalité 1 /2 viol par campus et par an. « Après la femme ‘mystifiée’, voici le temps du féminisme mystificateur. » – Bien sûr il s’agit de l’Amérique, mais nous sommes tellement à leur botte ! « ‘Une sur quatre’ devint la statistique officielle citée dans les départements des ‘women studies’ par les magazines féminins, les associations contre le viol et par les politiques … Plus le pourcentage de viols était haut… » (Elisabeth Badinter)

« On pourrait envisager la modernité, sous le regard des victimes, comme un immense concert d‘indignations qui donne prise à un conflit généralisé de revendications. » (Jean-François Mattéi)

« Le droit actuel stipule que toute revendication est légitime et doit être satisfaite, que sinon il y a injustice et dol … Il s’agit pour le droit d’être en mesure de corriger toutes les insatisfactions qui peuvent trouver à s’exprimer dans notre milieu social … Le droit vient susciter, pour ne pas dire imposer, des caprices invraisemblables … celui qui est susceptible d’éprouver une insatisfaction se trouve du même coup identifié à une victime. » (Charles Melman)

« La compassion s’exprime dans les média, sur les plateaux des débats télévisés, dans les éditoriaux des journaux, sur les réseaux sociaux … pour les pauvres, les immigrés, les exclus, les sans-papiers, les réfugiés, les Roms, les migrants, les victimes de toutes sortes … Les mêmes média, ou presque, célèbrent dans des histoires  saintes qui n’ont rien à envier  à celles du passé sulpicien les vedettes, les ‘people’, les patrons à succès, les chevaliers d’industrie et parfois même les escrocs et les assassins. Le plus risible est que beaucoup de ces personnages se présentent en héros de la bienveillance : ils animent des fondations, patronnent des ONG, militent pour … Même les pires voyous se drapent aujourd’hui dans la bienveillance et l’amour du prochain … L’individualisme possessif devient présentable quand il dégouline d’émotion feinte … Ce que Hegel décrit comme conscience morale plaintive, nous le voyons effectivement se réaliser comme pleurnicherie. » (Yves Michaud)

« Les victimes sont jetables à la façon des briquets. On leur fait faire le tour du pâté de média et puis ça va. Kurdes, délinquants, Libanais… même combat, tous reines d’un jour. Trois petits tours et au suivant ! » (Philippe Muray)

« Des catégories de victimes, en revanche, triées sur le volet, et élevées au rang de minorités, se virent gratifiées de droits sans limites, et d’abord du droit de porter plainte à tour de bras. » (Philippe Muray)

« Celui qui est prêt à faire le sacrifice de sa vie dispose aussi de la vie d’autrui. » (Nietzsche)

« Victimes et bourreaux ont une fâcheuse propension à échanger sans cesse leurs rôles ; les victimes n’ont rien de plus pressé que de se changer en bourreaux, et les bourreaux en victimes. » (Jean d’Ormesson)

« La magistrature du martyre. » (Charles Péguy)

« Le féminisme, un des avatars de ce mouvement amorcé dans les années 1980 dans la lignée de la pensée anti-totalitaire, et qui a reconverti toutes les luttes politiques en une croisade pour le nouveau héros des temps modernes : la victime. Victime du racisme, du machisme, des accidents de la route ou de la pédophilie, peu importe … La victime est l’icône d’une société incapable … de penser un bien collectif ; une société qui se replie donc sur le ‘non-mal’ comme seule valeur acceptable. » (Natacha Polony)

« L’inversion fascinante qui permet de transformer les coupables (quelles que soient les circonstances …) en victimes … de la France en général … Ainsi on peut écrire qu’on peut attraper une petite fille de huit ans par les cheveux et lui tirer une balle dans la tête et être une victime (Tariq Ramadan et Mohammed Merah) » (Natacha Polony) – Admirable compassion.

« Ils prenaient leurs souvenirs pour des droits. » (Rivarol – sur les émigrés de 1792) – Ainsi font beaucoup de victimes, ou prétendues telles.

« On se console souvent d’être malheureux par un certain plaisir qu’on éprouve à le paraître. »(La Rochefoucauld)

« Les victimes souhaiteraient que les associations de défense des droits de l’homme, que les élus et les commissions justice de tous les partis politiques se mobilisent pour leur droit à réparation, avec la même énergie qu’ils déploient pour l’amélioration des conditions d’incarcération. » (Françoise Rudetzski – S. O. S. Attentats) – Il s’agit de victimes d’attentats non de victimes bidons héréditaires. Donc sans intérêt pour la clique dominante.

« On a raison parce qu’on souffre … On m’a fait du tort et je veux être reconnu. Je suis malade ou exclu, donc je n’ai plus que des droits, victime je ne suis ni coupable ni responsable de rien … Quels bénéfices secondaires tirez-vous de votre souffrance ? Qui culpabilisez-vous en vous déclarant innocent ? Quand vous vous plaignez, contre qui portez vous plainte, et n’est-ce pas votre plainte qui vous porte ? … On ne s’aime jamais tant que lorsqu’on se prend pour l’idéal. Or, aujourd’hui, la bonne place, c’est la mauvaise, celle où l’on souffre. » (Michel Schneider)  

« Les victimes d’hier sont les bourreaux de demain. » (Victor Schœlcher)

« Quand les opprimés se relèvent ils croient effacer leur propre honte par l’excès de leur vengeance et surpassent souvent l’injustice qu’ils châtient. » (Louis-Philippe de Ségur)

« Je comprends qu’on éprouve quelque sorte de plaisir dans la plainte, plus grand qu’on ne pense. » (marquise de Sévigné) – Masochisme de médiocre.

« Que penserait-on si, demain, la noblesse d’Ancien Régime, sous prétexte qu’elle fut spoliée par la Révolution française et persécutée par la Terreur, exigeait d’être réintégrée dans ses privilèges ? Confortée dans ses croyances obscurantistes ancestrales par la République laïque et égalitaire ? » (Alain Soral) – Les lamentations infinies et les réclamations incessantes !

« Le statut de victime n’est pas sans procurer des avantages : quelques compensations matérielles peut-être, mais surtout un statut symbolique enviable … Privilège permanent …  Avant tout le monde se vantait d’avoir été le plus fort ; maintenant le plus opprimé … Nouvelle ‘volonté d’impuissance’» (Tzvetan Todorov) – Lamentable généralisation des pleurnicheries, disparition de la moindre fierté.

« Jouer délibérément à la victime … Les échecs que je subis renforcent ma position. Je m’apitoie sur moi-même, et cette autogratification me console de tous les revers subis … Le malheur dit ne se confond jamais avec le malheur vécu … Tout m’est dû, et cela me rend invulnérable … On n’aspire pas à subir le sort de la victime, mais à en acquérir le statut. La distinction est de taille … La victime volontaire préfère la possibilité de revendiquer à la réalisation de ses vœux (qui la priverait d’un statut si valorisant) … La victimisation de soi implique, par corrélation, la culpabilisation d’autrui. » (Tzvetan Todorov – suite de considérations sur le statut victimaire)

« Je conteste qu’une chose aussi inutile que la souffrance puisse donner des droits quels qu’ils soient, à qui que ce soit, sur quoi que ce soit. » (Boris Vian)

« L’illusion constante de la Révolution consiste à croire que les victimes de la force étant innocentes des violences qui se produisent, si on leur met en main la force, elle la manieront justement. Mais les victimes sont souillées par la force comme les bourreaux. Le mal qui est à la poignée du glaive est transmis à la pointe. Et les victimes ainsi mises au faîte et enivrées par le changement, font autant de mal ou plus, puis bientôt retombent. » (Simone Weil)

« Ne le répétez pas : les persécutés finissent par ressembler à leurs persécuteurs. » (Oscar Wilde)

« Chaque ‘communauté’ exigeait sa loi mémorielle et sa journée commémorative, son crime contre l’humanité, son génocide … Chacun rêvait de devenir victime, et d’acquérir la puissance, réelle et fantasmée à la fois, que cette condition victimaire avait apportée aux Juifs. » (Eric Zemmour)

« Les opprimés d’une époque sont trop souvent les oppresseurs de la suivante. » (?)

« On n’est pas victime de père en fils. » (?)

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